Whisky. Sans glace. [Hekate & Engel]
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Engel Bauer

Engel Bauer
ADMINISTRATRICE
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Dim 21 Juil - 15:38
Whisky. Sans glace.
ft. @Hekate R. Murphy


Novembre 2003

Mon genou contre le sien, quelques secondes hors du temps. Je ne sais pas ce que je donnerais pour les voir durer encore quelques éternités. Car elle ne recule pas, ne semble même pas mater un seul mouvement vers l’arrière pour réaffirmer ces frontières que je brave pour la première fois. Le sourire espiègle qui étirait ses lèvres se fane et mes pulsations redoublent car je sais tout ce que cela présage, avec plus de certitude encore quand ses yeux ne s’attardent plus seulement sur mon regard. Mon visage si proche du sien, je sais qu’il suffirait d’un geste, d’un fléchissement. Mais je n’y cède pas. Pas encore.

Détournant le regard, j’emporte avec moi la caresse de son murmure sur ma joue alors que je m’écarte et descends du tabouret. Le désir et l’alcool réchauffent mes veines jusque dans la paume que je lui offre comme une invitation teintée de défi. Je sens les battements de mon cœur jusqu’au bout de mes doigts. Chaque seconde qui passe ébranle un peu plus mon souffle alors que je suis là, la main tendue vers elle, à attendre qu’elle accepte de me suivre ou se rétracte pour de bon. Mes yeux fermement ancrés dans les siens traquent le moindre tremblement de ses prunelles, la moindre hésitation qui viendrait crucifier mes espoirs après toutes les promesses que j’ai lues dans le frémissement de ses sourires. Car j’ai vu ses frissons. J’ai senti le trouble qui s’est plusieurs fois emparé de sa respiration. Je vois encore cette façon qu’elle a de me regarder depuis que j’ai accepté d’aller au bout de son jeu. La malice dans ses yeux s’est éteinte et ses iris se sont assombris en miroir des miens. Je connais trop ce regard pour prétendre un seul instant l’ignorer. Et j’attends, avec la docilité confondante de ceux qui acceptent de ne dépendre que du bon vouloir des femmes qui les ont abordés. J’aurais pu la prendre. M’emparer d’elle dans ce bar comme je l’ai fait tant de fois avec d’autres femmes. M’aurait-elle seulement repoussé ? Je n’en sais rien et refoule immédiatement cette pensée car pour la première fois depuis trop de nuits, ce n’est pas ce que je veux. Happé par son regard, perdu dans chaque nuance que j’y trouve, j’ai l’impression qu’elle pourrait m’offrir ce dont j’ai trop pris l’habitude de m’emparer, et cette seule différence me fait frémir au point qu’il m’est difficile de le dissimuler. Alors j’attends. J’attends des secondes infinies, à m’en faire perdre le peu de raison que l’alcool n’a pas encore anesthésié. Jusqu’à ce que son sourire reparaisse et que la vague vienne s’abattre dans le creux de mon ventre.

Lentement, elle décroise ses jambes et se lève à son tour, dépliant son corps que je découvre véritablement pour la première fois. Mes yeux la détaillent du creux de sa clavicule aux talons de ses escarpins qui dépassent du bas de son jean avant de venir recroiser le feu de ses prunelles. Mon cœur fait une embardée alors que je me force à déglutir, les doigts toujours en l’air, priant pour qu’elle accepte de m’offrir les siens. Son regard me sonde et j’inspire un peu trop brusquement, encaissant les pulsations qui frappent toujours plus fort dans ma cage thoracique. Chaque seconde est une épreuve qu’elle semble se plaire à m’infliger et je m’y soumets avec une abnégation surprenante, si opposée à l’homme que j’ai pris l’habitude d’incarner. Mon regard la scrute. J’attends qu’elle cède. Et chaque pulsation rend l’attente plus insupportable que la précédente. Je serre les dents à retenir cette impatience qui embrase mon poignet, fait légèrement trembler cette main que je tiens toujours bien droite face à elle et que je me tue à garder décontractée. Jusqu’à ce que son bras se lève et que mon cœur heurte une dernière fois la barrière de mes côtes.

Ses doigts se glissent contre les miens avec une lenteur envoûtante, brûlant ma peau comme une damnation exquise que je savoure plus que je ne veux bien le montrer. Je la laisse emprisonner ma main, ne fais que refermer mon pouce sur le dos de sa paume alors que son sourire creuse de nouveau les sillons délicats qui encadrent sa bouche. Toujours sans me lâcher des yeux, je la vois se rapprocher et j’inspire brusquement, incapable de prévoir ses gestes, le regard glissant sur ses lèvres qui me frôlent au moment où elle me dépasse. Alors, sans offrir la moindre résistance, je la suis à travers le bar, la laisse me guider entre les danseurs, sa main brûlante serrée délicatement dans la mienne. Je ne vois pas Gregory qui nous suit des yeux derrière son comptoir alors que nous quittons les lieux sans même le saluer. Je ne vois ni le plissement intrigué de ses yeux, ni ce demi-sourire qui étire la commissure de ses lèvres avant qu’il ne se fasse appeler par de nouveaux clients. Le battement assourdissant de la musique n’atteint plus mes tympans. Je n’entends que ceux de mon cœur qui reprennent avec violence, l’excitation pulsant dans mes veines, m’enivrant l’esprit.

L’air glacial de l’extérieur fouette mon visage quand Hekate ouvre la porte pour nous faire regagner la rue. Le choc se fait salvateur alors que les vapeurs du whisky continuent de me monter à la tête. J’inspire une grande bouffée d’air. J’ai bu trop vite ces trois derniers verres et pourtant je n’en regrette aucune gorgée. La main de Hekate toujours dans la mienne, je replonge dans les reflets mordorés de ses yeux alors qu’elle se dit prête à me suivre désormais et le mouvement discret de son pouce sur ma main me fait inconsciemment refermer ma prise sur la sienne. Mon sourire répond enfin à la malice qui s’est glissée sur ses lèvres alors que je réfléchis rapidement au meilleur moyen de nous emmener jusque chez moi. Mon appartement est dans le même quartier. Nous ne mettrions qu’une vingtaine de minutes à nous y rendre à pieds. Mais le frisson qui court déjà sur les épaules de l’Irlandaise m’empêche de considérer plus d’une seconde cette possibilité. Relevant le regard, j’opte pour un taxi et nous dirige immédiatement vers une voiture qui attend patiemment les sorties de boîte à cette heure tardive. Le pas déterminé, j’ouvre la portière d’un geste assuré, m’engouffre à l’intérieur et donne mon adresse au chauffeur en me glissant sur la banquette avant de raffermir l’appui de mon bras pour aider Hekate à entrer. La portière se referme alors derrière elle et le taxi s’engage dans les rues désertes de Londres.

Le silence dans l’habitacle résonne aussi fort que l’électro que nous avons délaissée, me laissant entendre chaque souffle, chaque tremblement dans nos respirations alors que je ne me risque pas encore à regarder celle que j’emmène sur mes terres. Je mets quelques secondes à réaliser que je n’ai pas lâché sa main et la chaleur qui continue de se diffuser dans ma paume me fait osciller entre cette douceur rare et cette envie dévorante que je crève d’épancher contre elle. Expirant entre mes lèvres entrouvertes, je tourne légèrement le visage pour laisser mes yeux embrasser de nouveau les traits anguleux de sa mâchoire, la ligne si singulière de son nez, et ma main étreint plus fermement la sienne, toujours sans brusquerie, enroulant mes phalanges autour de ses doigts fins. La promiscuité qui s’impose fait se tendre les muscles de mon dos à chaque mouvement de Hekate. Mes pensées s’entrechoquent, me noient sous les fantasmes que je ne parviens pas à réfréner. Elle est trop proche. Et pourtant pas assez. Mais je n’approche pas. Pas encore. Pas encore.

Quelques minutes s’écoulent à peine avant que le chauffeur ne se gare devant mon immeuble et je n’ai pas prononcé un mot. Lâchant enfin la main de Hekate, je tire plusieurs billets de la poche intérieure ma veste sans même vérifier la somme que je tends et j’ouvre la portière de mon côté sans attendre que le gars me rende la monnaie. Harcelé par le désir qui cingle mes lombaires, je contourne la voiture d’un pas rapide, gagne l’autre portière déjà ouverte pour tendre ma main gauche et attendre que Hekate la prenne pour la guider de nouveau jusqu’à mon appartement. Alors que nous nous éloignons, le chauffeur élève la voix pour me dire quelque chose, sans doute que j’ai payé trois fois l’équivalent de la course, mais je ne l’entends pas. Je n’écoute que le battement assourdissant dans mes tempes et le sifflement de mon souffle chaque fois que j’inspire cet air vicié par des parfums aussi enivrants que cet alcool dont j’ai trop abusé.

Les portes de l’immeuble s’ouvrent sur une entrée haute de plafond, bien plus grande que les standards, dont le carrelage beige est éclairé par les trop nombreux luminaires qui habillent le plafond. Je ne prends pas la peine de lever les yeux une seconde, continue mon chemin jusqu’à l’ascenseur que j’appelle avec cette précipitation fébrile que j’ai de plus en plus de mal à cacher. Quelques secondes s’écoulent. Je m’interdis encore de regarder Hekate. Et quand le tintement typique de l’ascenseur résonne enfin, je ne fais qu’une dernière pression sur sa main avant m’engouffrer entre les portes en acier.

Toujours sans me tourner vers elle, je lâche délicatement ma prise pour me diriger vers le panneau de commande et sors les clés d’une poche de ma veste pour récupérer celle qui me sert à activer l’accès au dix-septième. Le dernier étage ne dessert aucun autre appartement que le mien et une petite serrure près du « 17 » permet aux rares personnes détenant la clé de sélectionner cet étage pour y faire monter l’ascenseur - sécurité moldue, assez efficace pour tenir les curieux loin de ma porte d’entrée. Le bouton enfin disponible, j’appuie délicatement dessus et observe les portes se refermer, nous condamnant pour la première fois à l’intimité d’un espace clos loin de tout regard extérieur.

L’ascenseur tremble légèrement sous nos pieds et je reste de dos, profitant de ces quelques secondes de pleine conscience avant de me laisser de nouveau ensorceler par son regard. Je sens le sang pulser dans ma carotide, ce désir qui me tord le ventre avant même que je ne me risque à me retourner. La cabine n’est pas exiguë, confort des constructions les plus luxueuses. Une part de moi aurait sans doute aimé qu’elle le soit davantage et pourtant j’aime savoir Hekate encore éloignée, si proche et pourtant intouchable tant que je décide de la garder ainsi. Entendre son souffle dans mon dos fait courir un frisson délicat le long de ma nuque. Je crève d’envie de me retourner et crains pourtant encore l’hésitation que je pourrais trouver dans ses yeux, triste habitude de ces femmes dont la force de caractère n’est qu’une façade qui se délite dès qu'il n’y a plus de public pour l’admirer. Je clos les paupières un instant, prie pour qu’un seul regard suffise à me détromper, et quand je me retourne enfin, la brûlure qu’elle m’inflige gagne jusqu’au dernier de mes capillaires qui était encore épargné.

Elle se tient face à moi, conquérante, bien droite près de la paroi, son immense regard toujours indomptable captant irrémédiablement mes prunelles. L’ascenseur gronde autour de nous et ma respiration se trouble, devient légèrement erratique alors que je prends le temps d’observer celle qui s’est accaparé toutes mes pensées depuis qu’elle m’a frôlé en me rejoignant à se putain de bar. Sans chercher un seul instant à m’en cacher, je glisse mon regard sur la ligne saillante de sa mâchoire, descends le long de son cou jusqu’aux rondeurs discrète de sa poitrine et les envies qui s’accumulent depuis un temps maintenant bien trop long me tiraillent les entrailles, rendues intolérables. Le poids de mon regard sur elle se fait de plus en plus lourd. Je me force à déglutir pour ravaler une dernière fois les élans qui me feraient trop précipiter un dénouement que je veux encore prendre le temps de construire seconde après seconde, sans jamais le précipiter. Car cette rencontre me murmure trop de promesses à l’oreille pour que j’en perde une seule dans une étreinte trop brusque et trop vite achevée. Alors, c’est avec une lenteur terrible que je me décide enfin à me mouvoir, m’approchant pas à pas sans plus jamais détourner mon regard du sien.

Le bruit de mes bottes trouble le ronronnement régulier de la machine. Encore une dizaine d’étages avant d’arriver au sommet. Bien assez pour venir chercher la dernière preuve que je désire avant de faire entrer Hekate sur mon territoire. Arrivant à sa hauteur, j’alanguis encore mes gestes sur mes derniers pas. Le souffle court, le regard acéré, j’ai perdu depuis longtemps l’amabilité de mon sourire pour ne plus lui laisser voir que la convoitise qu’elle a su glisser dans mes prunelles et que si peu de femmes avant elle ont su exciter à ce point. Le myocarde continue de s’acharner férocement sous mes côtes. Je l’ignore comme ces acouphènes que je n’entends plus à trop écouter les tremblements qui se glissent dans la respiration de Hekate. Pénétrant de nouveau dans sa sphère, je refuse d’abandonner son regard et mon bras gauche se lève doucement pour s’appuyer à hauteur de son épaule, imposant une intimité que je ne veux néanmoins aucunement menaçante. Comme pour lui laisser une dernière échappatoire, je garde l’autre main sagement le long de ma cuisse, refusant de l’enfermer tant qu’elle n’a pas elle-même cherché ce contact que je crève de refermer sur sa peau. Et j’approche mon visage jusqu’à caresser le sien à chaque souffle, effleurant ses lèvres que je refuse au dernier moment d’embrasser. Je veux qu’elle achève mon geste, qu’elle condamne sa dernière issue sans en être aucunement forcée, qu’elle me veuille avec autant de certitude que je la désire à cet instant. Je veux qu’elle me choisisse cette nuit, pour chaque minute qu’elle passera dans mes bras. Qu’elle me choisisse sans autre raison que celles qu’elle a trouvées dans ce bar, et que mon prénom soit la seule chose qu'elle ait besoin de connaître ce soir.

roller coaster

(2429 mots)



En italique, Engel parle allemand.
Non-germanophone, tes oreilles s'affolent !

Hekate R. Murphy

Hekate R. Murphy
MEMBRE
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Lun 19 Aoû - 1:29
Whisky. Sans Glace


ft. @Engel Bauer ( 2. 083 mts )
Boum.

Boum.

Boum.

Il lui semble sentir à nouveau, une simple seconde, la vibration coutumière de la musique qui frappe méthodiquement contre les murs. Le sol en tremble presque, remontant le long de ses jambes pour se perdre en écho dans ses reins, le long de son dos jusqu’à éclater sous le carcan de ses côtes. La musique. L’explication la plus probable, finalement, pour expliquer les pulsations délirantes de son coeur et la frénésie avec laquelle ses poumons cherchent à se remplir d’air. Mais elle, elle sait. L’électro minable, tout juste bon à animer les foules transcendées par l’alcool et la fatigue, n’a aucun mérite dans l’exaltation qui l’embrase depuis de longues minutes. Au contraire, c’est le silence même. L’absence de mots échangés depuis qu’elle a laissé sa main rejoindre la paume brûlante d’Engel qu’elle enserre de la finesse de ses phalanges, point d’ancrage transcendant pour l’entraîner au travers des danseurs vers la porte, à la recherche d’une solitude bienvenue. Ils n’ont pas besoin de parler, alors qu’ils traversent la pièce. Elle sent contre sa peau la fournaise de la sienne et sa chaleur dessine sur ses nerfs les promesses envoûtantes de la soirée à venir.

Si l’Irlandaise profite de ces derniers instants où les circonstances lui permettent de mener véritablement la danse, sa fébrilité la force à accélérer le pas, franchissant de deux enjambées la porte menant à l’extérieur. L’air s’écrase contre elle et la violence de la collision pousse Hekate à s’arrêter, tant le contraste du vent froid contre la chaleur qui l’embrase se fait violent. Une inspiration lui est nécessaire avant qu’elle ne puisse prononcer quelques mots. Une courte phrase, au ton moqueur. Qu’elle lance pour s’assurer que son désir est partagé. Etait-il de ces hommes à épancher ses envies en deux poussées, coinçant son corps du leur contre la paroi froide et collante d’une banquette arrière de voiture ? Ils avaient été nombreux, et le seraient sans doute encore après aujourd’hui. Mais ce soir, elle aspirait à autre chose. Leur échange avait allumé dans le regard d’Engel d’innombrables promesses, ravivant chez la jeune femme des exigences qu’elle prenait pourtant l’habitude d’ignorer lorsque l’heure se faisait aussi tardive, au profit du premier venu et d’une étreinte décevante. Elle espérait simplement que cette lueur n’était pas simplement le fruit de l’alcool qui roulait librement dans leurs veines.
Le sourire qu’il lui offre la rassure un peu, tandis que sur sa peau blême court un frisson désagréable. Un coin de son esprit s’égare pour rejoindre son petit blouson, seul et oublié dans un coin du bar précédemment visité. Peut être sera-t il toujours là lorsqu’elle retournera le chercher le lendemain. Le lendemain… Ca semble si loin. Et pourtant si proche. Le jour devient son seul ennemi, ce soir. A la lumière, tout est différent. Il faudrait redevenir Professeur Murphy, entre les pierres de Poudlard, et laisser sur ses draps, bien enfermée dans sa chambre, son envie dévorante de vivre.

Le jeune homme semble s’être décidé, l’entraînant d’un pas vif vers un taxi non loin, une berline quelconque dont la carrosserie noire reflète en déformé les lumières des néons. Un rire s’échappe dans le vent. Sans doute le sien, riant de l’empressement qu’elle retrouve chez Engel et qui flatte son égo autant que son désir. La portière s’ouvre et elle s’engouffre dans le véhicule à sa suite, raffermissant sa poigne sur les doigts masculins pour empêcher l’alcool de la faire trébucher alors qu’elle se glisse sur la banquette et referme la porte derrière elle. Sa main dans la sienne lui semble une évidence, et pas une seule seconde ne lui vient à l’esprit l’idée de la lâcher. La voiture s’ébranle, quittant la sortie des boîtes de nuit pour tracer les rues de SoHo. Hekate connait peu le quartier. Ou plutôt, les fois où elle s’y aventure, il est plus honnête de dire qu’elle ne s’en souvient pas. Son regard suit, par la vitre à son côté, le trajet de la voiture pendant que de temps à autre, machinalement, elle trace sur la peau d’Engel une légère caresse du pouce. Le silence a envahit l’habitacle, et même la radio bien souvent présente dans les taxis, est absente. Tout est plus intense, alors. Le regard bleu qui effleure sa peau. La respiration à son côté, et la sienne qui soulève sa poitrine à un rythme profond. Le battement régulier de son coeur, et celui plus désordonné qui bat dans ses reins. La notion du temps n’existe plus. Le trajet dure dix secondes. Une heure. Peu importe, elle se laisse regarder, détailler pendant que derrière le doré de ses prunelles, son cerveau se plaît à imaginer la tournure que prendra la fin de la nuit.
Son souffle se trouble, un instant.
Et la voiture s’arrête. Ses doigts glissent entre les siens, la privant de leur contact et tandis qu’elle laisse à son compagnon d’un soir le soin de payer, elle se tourne vers la portière pour en actionner la poignée. A peine le talon de sa chaussure frappe-t il le sol qu’en relevant les yeux elle rencontre la silhouette d’Engel, la main tendue et qu’elle ne tarde pas à saisir pour déplier son corps. La porte claque, à nouveau. Et ils sont déjà loin. La situation s’est retournée et à présent c’est lui qui l’entraîne vers l’entrée d’un immeuble qu’Hekate ne prend même pas la peine de regarder, pas plus qu’elle n’accorde au chauffeur de taxi autre chose qu’un remerciement d’un signe de main. L’entrée s’étale devant elle et la lumière crème qui s’écoule du plafond lui permet de le détailler un peu plus, sous un meilleur éclairage que celui de quelques spots et néons. Le carré de sa mâchoire, et la manière dont les bijoux d’acier à ses oreilles renvoient la lumière. Il lui semble entrevoir, là où le col de son blouson ombre sa peau, le reflet argenté d’une petite chaîne. Le détail, pourtant insignifiant, la fait frémir. Depuis l’entrée dans le taxi, aucun regard n’avait été échangé, pas plus qu’un mot, et pourtant la tension se fait à chaque pas plus forte, plus conséquente, si bien que la sorcière est persuadée de pouvoir la sentir, aussi physiquement que le contact de la paume ferme contre la sienne.

La fébrilité, électrique, en devient douloureuse et alors qu’Engel appelle un ascenseur dont la largeur des portes témoignent de la taille, elle doit réprimer la pulsion qui l’aurait obligé à en maltraiter le bouton pour en faire descendre la putain de cabine plus vite, tant chaque seconde devient un calvaire. Dans un chuintement pneumatiques, l’acier coulisse enfin, et sur le sol impeccable claque les talons de ses chaussures, et le frappement sourd des bottes d’Engel. Dos à elle, il insère une petite clé dans le panneau de commandes. Grand bien lui fasse. Il pourrait se charger de faire monter l’ascenseur à la main qu’elle n’en aurait rien eu à foutre, du moment qu’il grimpe dans les étages. Ses paumes picotent, impatientes. Elle crève d’envie d’en laisser courir l’épiderme sur le cuir de son blouson et pour se prémunir d’un geste qu’elle n’était pas sûre de pouvoir contrôler, elle entoure ses doigts autour de la barre de soutien qui court sur deux des quatre parois de la cabine, de chaque côté de son corps, alors qu’elle y appuie son dos.

La scène est intrigante, il faut bien l’avouer, et Hekate en prend conscience en détournant quelques secondes le regard en direction des miroirs clichés qui lui renvoient le moment. Toujours de dos, il ne semble pas vouloir la regarder. Est-ce qu’elle fait peur à ce point ? L’amusement de la chose lui arrache un sourire amusé.

Et enfin il se tourne.

Le bleu de son regard la frappe de plein fouet et malgré le sourire qui refuse délibérément de la quitter, sa respiration s’affole tandis que la pression autour d’eux s’alourdit d’un coup. Ils se toisent. Ou plutôt, elle le toise alors qu’il laisse courir ses yeux sur les courbes de son corps. Pour la première fois de la soirée, elle réagit à son regard. Son dos se redresse, accentuant le drapé sanguin de son débardeur. Le menton se relève et la commissure droite de ses lèvres pleines s’étire un peu plus, dans le même mouvement que son sourcil qui se hausse en une interrogation muette. Hekate s’amuse, de le voir si loin, alors qu’elle meurt de le sentir plus près tandis qu’ils continuent de monter dans les étages, tout tremblant légèrement autour d’eux. Sa bouche s’ouvre, pour lancer à nouveau quelques mots moqueurs qui ne manqueront pas de résonner dans le silence lourd tout autour d’eux. Mais Engel s’avance. Lentement. Et ses lèvres se referment. Le sourire disparaît. Et le noir de sa pupille achève de dévorer le mordoré de son iris.

La lenteur de ses gestes lui fait resserrer sa prise sur la barre de métal froid. Elle se voit déjà agripper d’une poigne ferme la fermeture de son vêtement pour le tirer à elle et faire taire son corps qui hurle à la torture. Mais malgré tout, elle le laisse s’approcher. Pas par peur de le faire fuir. Pour savourer plutôt les ardeurs flamboyantes qui animent les yeux qui refusent de lâcher les siens. Dans un petit crissement de cuir, son bras se lève et aussitôt, son corps réagit. Se tend. Dans l’attente du contact. Mais il lui préfère le mur derrière elle et de la gorge de l’Irlandaise tremble un petit grondement à peine audible, qui se perd dans les ronrons des mécanismes. Il n’y a plus rien, elle ne voit plus rien. N’entend plus rien. Son seul champ de pensées se résume maintenant à la silhouette qui se tient devant elle, à peine contre elle. A une distance presque plus insupportable que l’éloignement précédent. De son souffle qui caresse sa peau, il lui tire un frémissement qui entraîne la fermeture de ses paupières. Sur ses lèvres, sa respiration chaude lui arrache intérieurement une expression de victoire et tout son être vibre en écho. Enfin.
Le soulagement disparaît aussitôt. Le baiser avorté lui fait immédiatement r’ouvrir les yeux, qu’elle plonge dans ceux d’Engel. Il ne s’est pas éloigné, il est resté là. Si c’est un jeu, elle le déteste. Cette fois, le grondement revient, légèrement plus présent, et ses muscles se tendent sous l’épiderme blanc. Il lui semble avoir oublié comment respirer.


Inspirer.


Cette fois, la pulsion n’est pas réprimée, et ses doigts lâchent le métal. Son bras se tend, aussitôt. Sa main se glisse sur sa taille, sous le blouson. Effleurant de ses ongles le tissu de son t-shirt. Anticipant déjà les gestes qu’elle rêve de déposer sur sa peau nue. D’une petite pression, elle l’attire à nouveau, par la crainte qu’il lui échappe. Qu’il se décide à nouveau à reculer tandis qu’elle franchit lentement les quelques centimètres qui les séparent. Qui la séparent de ses lèvres qui devienne, en une seconde, le seul désir de son existence. Elle les frôle. Capturant un instant l’inférieur entre les siennes. Et elle s’en empare finalement.
Son odeur l’entoure. Trouble son coeur, achève ses pensées. En temps normal, elle aurait souri de la saveur légèrement sucrée du whisky qu’elle retrouve sur sa peau. Mais elle a oublié comment sourire. Comment exister en dehors de ce contact attendu depuis… deux heures. Depuis une putain d’éternité. Son dos quitte la paroi. Ses doigts se glissent dans sa nuque, le pressant un peu plus. Caressant de leur pulpe les cheveux bruns alors que sous son pouce, déposé par habitude sur sa mâchoire, elle sent la légère rugosité de sa barbe. L’ascenseur aurait pu s’arrêter. Elle aurait même préféré qu’il s’arrête aussitôt, pour leur laisser le temps. Pour lui laisser le temps. De savourer le moment, le baiser qui décuple ses nerfs, qui hérisse sa peau.

Derrière ses paupières closes, dans son esprit embrumé, il lui semble percevoir le tintement clair de l’ascenseur. Les portes s’ouvrent. De l’air s’engouffre pour balayer l’atmosphère irrespirable qui s’est construit dans l’habitacle. Et il lui faut s’éloigner. Lentement, à contre coeur, Hekate rompt le contact dans un geste traînant. Mais sa main sur sa taille se raffermit un peu plus. Le défiant de s’éloigner, de la laisser ainsi. De faire autre chose que de l’entraîner au delà de la seule porte du palier pour laisser éclater cette envie assourdissante qui la fait trembler Qui fait pulser dans sa tête un désir brut, innommable et qu’elle ne veut finalement qu’écraser contre lui. Qu’il a allumé. Et que lui seul pourra éteindre.
lumos maxima


GEALACH DUBH

You'll never beat the Irish
©️️ FRIMELDA

Spoiler:
 

Engel Bauer

Engel Bauer
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Jeu 29 Aoû - 11:23
Whisky. Sans glace.
ft. @Hekate R. Murphy


Novembre 2003

Inspirer.

Comme un damné privé d’air, un noyé qu’elle tirerait à la surface. Perdu dans mon propre jeu, enivré par ses parfums autant que par les vapeurs du whisky, je sais avoir condamné ma dernière issue à l’instant où je me suis laissé pourfendre par son regard, quand j’ai embrassé chaque nuance assombrie de ses iris pour les faire hanter mes prochaines insomnies. Le bras appuyé sur la paroi glaciale de l’ascenseur, mon souffle si proche de sa joue, il me faut convoquer mes dernières bribes de lucidité pour retenir les pulsions qui hurlent dans chaque muscle de mon corps, freiner mes élans jusqu’à cette inertie douloureuse dans le seul but de la contraindre à achever mon geste. Car je veux qu’elle vienne, qu’elle s’empare de ce que je lui offre plutôt qu’elle ne se contente de le recevoir. Je veux ces instincts que j’ai sentis dans l’air étouffant du Viper, ce désir assumé que j’ai cru lire dans ses yeux à la lumière bleue des projecteurs. Je veux cette femme envoûtante que j’ai découverte au comptoir de ce bar, me prouver qu’elle existe, que cet alcool qui pulse dangereusement dans mes veines n’a pas déformé ma réalité au point de me faire entrevoir un fantasme que je n’ai jamais rencontré. Je la veux dans toute la puissance de ses désirs de femme et ne rien lui imposer qu’elle n’ait avant tout appelé dans cette convoitise que je crève de retrouver dans son regard. Le grondement qu’elle échappe glisse un frisson entre mes omoplates qui me fait serrer le poing pour réussir à me contrôler. Je ne recule pas, ne détourne pas les yeux, et quand les siens me reviennent, la tension gagne chacun de mes muscles. Car soudain je sais. Je sais qu’elle ne fuira pas.

J’inspire, tremble au contact de ses doigts sur mes côtes. La satisfaction de la voir me retenir étire un instant la commissure de mes lèvres alors que son grondement résonne jusque dans mon bas ventre. La barrière de mon tshirt paraît si fine, insupportable pourtant. Mais je ne précipite rien, laisse le rythme s’alanguir autant qu’elle le souhaite. Car je la veux libre de prendre, de repousser, de fasciner… Ma peau brûle sous ses phalanges alors qu’elle me tire vers elle et je plonge dans la flamboyance de ses iris, admire toutes les ardeurs que je ne demande qu’à boire sur la pulpe de ses lèvres. Une seconde encore. Une seule seconde avant d’irrémédiablement tomber pour elle. Elle effleure ma bouche. Je clos les paupières. Et je me laisse enfin happer par la profondeur de son baiser.

Inspirer.

Comme on s’imprègne d’une femme, respirant ses charmes jusqu’à la déraison. Mes retenues tremblent sous la fureur de ses lèvres et ma main libre referme l’échappatoire que j’ai eu la folie de lui laisser. Prise instinctive. Douceur chancelante. Je glisse sur le tissu pourpre de sa taille, froisse le vêtement que je ne rêve que de lui ôter. Le monde autour de moi s’éteint comme le bruit sourd de l’ascenseur pour ne plus me laisser entendre que les battements lourds de mon cœur et le souffle court de celle qui s’est emparé de toutes mes pensées. Pulsation violente. Ma bouche se durcit en miroir de la sienne, répond à chaque appel qu’elle glisse du bout de sa langue, de ses doigts que je sens remonter le long de ma nuque. Le frisson qu’ils déclenchent me fait échouer un grondement contre ses lèvres et ma main contourne sa taille pour échouer dans la chaleur de ses reins, la pressant davantage contre moi alors que le son strident de l’ascenseur m’arrache un grognement qui hurle toutes mes frustrations. Les portes s’ouvrent et je voudrais les refermer d’un geste brusque, nous condamner dans cet espace trop froid et trop restreint pour mieux sentir encore toutes les brûlures que je pressens rien qu’à tenir cette femme contre moi. Mais elle s’éloigne, rompt le contact d’un geste si lent qu’il suffirait d’une inflexion pour l’empêcher d’y mettre fin. Je la laisse faire, pourtant, et mes yeux se rouvrent pour trouver toute la défiance des siens qui s’assombrissent encore quand sa main appuie davantage sur ma taille. La tension dans mes reins raffermit la prise de mes doigts dans son dos, un instant encore, pour me convaincre de ne pas la prendre dans cette foutue cabine, et mon bras toujours contre la paroi s’en détache enfin pour me laisser reculer d’un pas. Ma main droite quitte alors ses lombaires et vient s’emmêler à ses phalanges pour l’attirer à ma suite après un dernier regard que je sais aussi sombre que le sien.

Je quitte l’ascenseur à grandes enjambées, Hekate sur les talons, et me dirige vers la seule porte desservie par ce couloir. Le martèlement nerveux de mes bottes est amorti par la moquette rouge au sol alors que le tintement aigu de mes clés perturbe le bruit effréné de ma respiration. J’essaye de trouver à tâtons celle de mon appartement mais le bout du couloir vient trop vite et je ne parviens plus à penser convenablement depuis déjà de longues minutes. L’alcool et mon désir grisent mon esprit et seul l’ancrage de cette main chaude enfermée dans ma paume me permet de garder un cap résolument droit.

Un dernier mètre. Je tire Hekate pour la placer devant moi, dos à la porte sur laquelle je la plaque sans violence, accompagnant son mouvement pour qu’elle ne heurte pas le bois. L’ivresse de la savoir mienne excite une tension animale qui me refait agripper sa hanche alors que je la presse du poids de mon corps contre le battant désespérément clos. Obsédé par les promesses qu’elle m’a faites dans ce bar, je reviens les goûter sur ses lèvres en cherchant toujours la clé de chez moi de ma main gauche. Le bruit du trousseau me vrille les nerfs. Mes gestes rendus imprécis par le whisky se saccadent. Je grogne en m’éloignant brusquement, rouvre les paupières pour trouver cette putain de clé et l’enfoncer sèchement dans la serrure pour enfin déverrouiller la porte. Deux tours fébriles. Je reviens à Hekate, plonge une nouvelle fois dans le noir de ses prunelles, et ma colère s’y noie pour me laisser retrouver la douceur de sa bouche alors que je fais enfin céder le battant derrière elle.

Je la fais entrer avec une précipitation renouvelée, la laissant pénétrer pour la première fois dans mon univers. Devant nous, un couloir avance sur quelques mètres avant d’être éventré sur le côté gauche par une ouverture de plusieurs mètres qui donne sur la pièce à vivre et ses immenses baies vitrées qui occupent tout le mur extérieur. Aucun luminaire ne vient troubler la pénombre qui nous entoure, mais les rares meubles qui occupent mes pièces immenses se découpent distinctement dans les lumières de Londres percent à travers les vitres et s’éparpillent en reflets bleus, ocres et rouges sur les surfaces blanches de mon appartement. Le carrelage pâle claque sous les escarpins de Hekate que je récupère dans mes bras à peine la porte franchie. D’un geste sec, je referme le battant derrière elle avant de venir cueillir sa nuque dans un réflexe mâle pour retrouver ses lèvres. Le rythme de mon baiser s’emballe. La docilité qu’elle trouvait dans l’ascenseur hurle de se voir ainsi négligée et il me faut convoquer toutes mes forces pour résister à la brutalité de mes envies. Car je veux la laisser faire. La laisser faire. Je me le suis promis. Alors, je détourne mes pensées, contrains mes ardeurs. Cherchant à détourner mon attention de mes désirs les plus brutaux, je sens enfin la baguette magique qui me cisaille le dos et je bénis ma bonne étoile pour m’avoir fait m’en souvenir avant que Hekate ne la trouve. M’éloignant d’elle sans la priver de mes lèvres, je me débarrasse de mon blouson sous lequel j’étouffe et attrape discrètement l’acajou coincé dans ma ceinture pour l’enrouler dans le cuir au moment de le faire tomber. Ma couverture enfin protégée, je ne suis de plus que le moldu qu’elle a rencontré dans ce bar. Rien que cela. La crainte de me voir découvert s’évanouit alors aussi vite qu’elle m’est apparue et j’attire de nouveau Hekate dans mes bras pour la guider jusqu’à la chambre.

Ma démarche est maladroite, troublée par les sensations qui se bousculent dans ma poitrine, l’alcool qui embrume mes sens, et mon incapacité à lâcher plus d’une seconde celle qui s’est accaparé tous mes fantasmes. Alors que je la tire pour l’emmener dans le couloir, ma jambe heurte un meuble sur lequel je me rattrape brusquement avant de retenir Hekate pour lui éviter de tomber. Je crois qu’elle perd un escarpin dans manœuvre mais n’ouvre pas les yeux pour m’en assurer. Ma bouche ravageant la sienne, je la guide en la portant à moitié, la relâchant quand je perds l’équilibre – ce qui arrive fréquemment. Risquant de tomber une seconde fois, je me rattrape au mur avant de pousser délicatement Hekate pour la faire avancer encore. Nous dépassons rapidement le salon et prenons un virage à droite pour nous diriger vers la porte du fond, déjà ouverte, que je repousse d’une main pour enfin laisser Hekate entrer.

Comme dans le séjour, les immenses baies vitrées sur la gauche peignent de couleurs artificielles les immenses murs blancs qui semblent agrandir plus encore les quatre mètres de hauteur sous plafond. Sous nos pieds, la chaleur du parquet flottant répond à la froideur du carrelage que nous venons de quitter. La pièce paraît aussi vide que celles qui ont précédé. Un bureau se planque à droite, jamais utilisé. En face, un lit démesurément grand est encadré par deux tables de nuit. Rien n’habille véritablement la pièce hormis une plante en pot sur le point de crever dans un coin. Je n’ai jamais aimé occuper l’espace. Je me sens trop vite étouffé.

Mais ce soir, j’inspire. Je respire comme j’ai l’impression de ne plus l’avoir fait depuis des années. Les paumes jouant avec les plis du débardeur qui me provoque depuis des heures, je glisse à escient sur le trait de peau blanche innocemment découvert, brûlant de mes doigts le derme froid que les quelques minutes passées à l’intérieur de l’immeuble ne sont pas parvenues à réchauffer. Chaque frisson de Hekate se répercute dans mes muscles, contracte mon dos qui frémit à chaque effleurement de ses ongles. Un tressaillement me fait légèrement reculer le visage et mes yeux s’ouvrent sur ses lèvres devenues rouges d’avoir été trop embrassées. Un instant, mes gestes se figent, me laissent entrevoir le trésor que je m’apprête à profaner. Car elle en est un ce soir, tant qu’elle me regarde comme elle le fait.

roller coaster

(1780 mots)



En italique, Engel parle allemand.
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Hekate R. Murphy

Hekate R. Murphy
MEMBRE
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Mer 25 Sep - 17:14
Whisky. Sans Glace


ft. @Engel Bauer ( 2. 238 mts )
Les lèvres qui se durcissent en extase d’un combat langoureux. Le corps qui répond à des sollicitations informulées qui déchirent l’air d’une tension insupportable, alourdi de promesses et d’engagements d’une seule nuit qu’elle se plaît à cueillir sur sa bouche découvrant la sienne. Elle les attire contre elle en même temps que ses doigts se serrent sur la taille masculine, crucifiant à dessein les dernières portes de sortie qu’il avait eu la politesse de lui offrir encore. Comme si le suivre jusqu’ici n’avait pas suffi à étouffer les craintes qui s’agitaient sous la masse de cheveux bruns dans lesquels elle avait enfoui ses doigts, d’une caresse lente de ses ongles sur sa nuque tendue. De chacun de ses gestes, elle lui tire un frisson et de chacun de ses souffles, il arrache à son cœur un battement irrégulier. Rien n’est plus important à présent que leurs lèvres en point de contact, en point d’ancrage aussi délectable que la main ferme qui ceint ses reins et que son derme brûlant sous la pulpe de ses doigts. La retenue qu’elle peut sentir dans son corps comme dans le sien devient extase et agonie, mue en tremblement délicat qui vient mordre ses lombaires.

Le baiser s’achève au glas de l’ascenseur, dans un glissement de métal. A défaut de sa bouche, ce sont ses yeux qui attirent son regard fauve désormais, alors que sa poitrine se soulève plus rapidement en miroir de son souffle. Les iris hypnotiques qu’elle avait bien entraperçues d’un bleu d’orage à la lumière des néons encerclent à présent en un mince anneau délavé autour d’une pupille assombrie. Nul besoin de prendre la peine de tourner la tête vers les miroirs qui tapissent - quel cliché - les parois libres de l’ascenseur, Hekate sait pertinemment que les siennes sont identiques. Noircies. Dangereuses. Désireuses. Les doigts d’Engel quittent son dos en une dernière caresse d’adieu sur le tissu écarlate de son débardeur - qu’il ne tardera pas à retrouver, c’est d’une évidence - et viennent attraper les siens. Immédiatement, elle referme un pouce fébrile sur le dos de sa main, se laissant entraîner sans peine hors de la cabine dont l’intimité froide n’est plus suffisante.

Après le ronron régulier de la machine, le silence se fait déroutant. Le moindre son, absorbé par la moquette rouge, se fait plus faible, plus velouté. Si léger en comparaison de l’orage qu’elle sait venir. Il attend, derrière l’unique et si lointaine porte du palier, que le propriétaire des lieux franchisse le seuil avant d’enfin éclater. L’anticipation embrase sa peau, y faisant courir une chair de poule agréable et le cliquetis des clés qui battent dans la poche de l’homme de sa nuit ne cessent de lui rappeler le désir grandissant qui perturbe ses sens. De toute évidence - et Morrigan soit louée, encore heureux, elle n’est pas la seule. D’une inflexion du poignet, Engel la ramène au devant et elle se laisse docilement faire, ne tardant pas à sentir la dureté de la porte tout contre son dos, concurrencée par celle du torse qui vient épouser ses courbes, la froideur du cuir contre ses bras nus alors qu’il revient s’emparer de ses lèvres. L’échange est plus léger cette fois-ci, et son absence est aisée à deviner, à en juger par les gestes brusques et le tintement du trousseau. La hargne avec laquelle l’allemand s’acharne à retrouver la clé déverrouillant le précieux sésame l’amuse et sur ses lèvres vient se peindre un sourire tandis qu’il se recule en grondant, sans doute inconscient de la vitesse à laquelle ce son est venu enflammer le creux juste sous son nombril. Pour faire bonne mesure, de la poitrine de l’Irlandaise jaillit un petit rire tandis qu’elle hausse un sourcil. Peut-être bien qu’elle le juge, qui peut le dire ? Et Hekate est intimement persuadée qu’il n’y trouvera absolument rien à redire.


Il l’embrasse à nouveau.



Et la porte s’ouvre.



Enfin.



Inconsciemment, Hekate se surprend à noter l’écart léger de température qui l’entoure à l’instant même où dans une fébrilité croissante, il la fait pénétrer dans les lieux. Légèrement masquées par les murs du couloir dans lequel ils viennent de s’avancer, les lucioles de couleurs s’étirent sur les murs en camaïeu de rouge et de jaune, pâles reflets filtrés des lumières qui baignent la nuit londonienne. Par les baies vitrées, un peu plus loin sur la gauche, il lui semble découvrir un panorama qui avait d’étonnant le simple fait qu’elle ne s’attendait pas à être montée aussi haut. Mais sans doute ses souvenirs du court trajet en ascenseur avaient-ils été pervertis par la torpeur enivrante à laquelle l’alcool et la chaleur de leur baiser n’avaient rien d’étrangers. Peut-être aurait-elle pu continuer longtemps à laisser son regard errer sur les surfaces démesurées du penthouse dont elle vient à peine de fouler le sol. À observer avec cette curiosité étrange de l’inconnu tout ce qui était à la portée de sa vue. Mais un bras vient enserrer sa taille, et le désir fait à nouveau sentir sa morsure, exacerbé par le claquement bref et sec de la porte derrière eux. Il vient de les enfermer ici, de les couper du reste du monde et pendant une simple seconde, si vite passée, l’estomac d’Hekate se leste d’une angoisse sourde et muette, muselée depuis vingt ans et qui pourtant recommence toujours à faire des siennes. La main d’Engel se lève, ses doigts perdus dans les longues mèches d’encre à niveau de sa nuque, et l’anxiété cesse de rugir pour se tapir à nouveau dans la pénombre. Elle fait taire ses angoisses à la chaleur de sa bouche. Sur la peau blême de son poignet, alors qu’elle agrippe sa taille aussi farouchement qu’il était venu réclamer son corps, une petite chaîne d’argent s’agite et son pendentif vient un instant taper contre le verre rayé de sa montre en un petit cliquètement, dans l’indifférence générale.

Pourtant, sous sa prise, elle sent son corps lui échapper alors qu’il s’éloigne un peu. La main pressée contre sa joue, ses sourcils se froncent au-dessus de ses paupières closes et en réponse, ses lèvres se durcissent contre les siennes alors que faute de mieux, elle vient serrer de ses dextres le devant de son t-shirt. La tension du bar lui revient en mémoire, l’extrême torture de le savoir si loin lui fait raffermir sa prise en un ordre silencieux. Pour une nuit, une simple nuit, il est à elle. Un petit crissement caractéristique lui indique que la veste de cuir vient de perdre la bataille, et le bruit mat qui suit vient confirmer sa défaite alors qu’elle gît abandonnée sur le carrelage clair. Voilà qui était beaucoup mieux. Attirés par la promesse que vient de lui faire la reddition de ce putain de blouson, Hekate laisse dans un frisson d’envie la paume retracer la forme chaude de son biceps.

La progression est malhabile, étourdie par les baisers qui ne cessent d’être échangés. Respirer même devient un calvaire, tant cela revient à s’éloigner de l’autre ne serait-ce que le temps d’un simple battement de cils et il est parfaitement étonnant qu’ils aient réussi à faire quatre ou cinq pas en direction de ce qu’elle devine être la chambre. L’entreprise est périlleuse mais ce qu’ils en retirent bien trop délectable pour songer un seul instant à s’arrêter. Aveuglément elle se laisse conduire, la démarche rendue difficile par ses talons trop hauts qui claquent à chaque pas maladroit. Le manque d’équilibre d’Engel - qui à en juger par le petit bruit sourd avait vu son cheminement perturbé par un meuble mal intentionné - lui offre l’occasion parfaite de s’en débarrasser. Il l’entraîne déjà, et la jeune femme prend une seconde pour murmurer un “ Attends... attends...” tout contre lui tandis qu’elle retire d’un geste rapide la dernière chaussure qu’il lui reste, l’autre étant déjà délaissée à quelques centimètres. Du bout du pied, elle les repousse hors du chemin et revient emprisonner ses lèvres. Par Morrigan, qui avait eu l’idée de faire un couloir aussi long ? À chaque nouveau pas, les quelques pensées cohérentes qui parvenaient encore à percer le brouillard de son crâne, suscité par le feu qui ne cessait de grandir dans ses reins se faisaient plus diffusent, plus lointaines jusqu’à totalement disparaître lorsque - après un dernier vacillement - Engel poussa enfin la porte de sa chambre.

Ici non plus, aucune décoration ne saute aux yeux. Que les murs immaculés et l’atmosphère significative de ces lieux peu utilisés, que la puissance des fantasmes qui s’échouent contre leurs lèvres, contre leurs corps, vient immédiatement combler. Par chance, Hekate est trop occupée pour jeter un coup d’oeils aux alentours, sans doute se serait-elle étranglée devant l’état pitoyable de la plante verte qui meurt à petit feu dans un coin, les feuilles basses et ternes d’un manque d’eau évident. Mais à présent, ses ongles maltraitent le tissu sur ses côtes, avides de contact et de chaleur. Il est de ces envies violente et étranges dont on en regretterait presque la fin, qu’on chercherait quasiment à faire durer pour savourer un peu plus l’exquis bonheur de leurs réalisations. À leur côté, la ville dessine sur le mur dénudé leurs deux silhouettes étroitement enlacées en une représentation picturale parfaite du besoin qui anime furieusement chacun de leurs gestes.



Et pourtant, tout contre elle, Engel se calme un instant. Elle sent ses lèvres délaisser les siennes d’une dernière caresse de son souffle et la jeune femme se force à ouvrir de nouveau les yeux, le souffle court et irrégulier, pour croiser son regard dans lequel elle se plonge. Sans doute ne comprend-t elle pas le trouble qui l’agite à présent. Peu importe. Il aura tout le temps d’être troublé plus tard. Lorsqu’il aura regagné la solitude qui, sans nul doute, ne manque pas de se faire sentir lorsqu’on habitait seul un appartement de cette taille. Mais pas maintenant. Pas maintenant qu’il a réussi à enflammer chez elle ce quelque chose qui la fait vibrer comme elle en avait tant besoin en ce moment. Sans lui laisser le temps de formuler quelque chose, Hekate tend la main. Entourant de ses doigts la boucle de sa ceinture pour l’attirer toujours plus vers elle alors qu’elle recule, les pulsations erratiques de son cœur tranchant singulièrement avec le léger bruit calme et mat de ses pieds nus sur le parquet. Elle est chez lui et pourtant cette fois-ci c’est elle qui l’attire, avec la même détermination que celle qui l’avait poussée à l’entraîner loin des néons du Viper. Bien loin de la longue marche du couloir, il ne lui faut que quelques secondes pour sentir le matelas se presser à l’arrière de ses genoux.

D’une pirouette hésitante se fait l’inversion des rôles, et c’est Engel qui ne tarde pas à tourner le dos au lit tout aussi démesuré que le reste des surfaces. Elle appuie, doucement, sur ses épaules prisonnières du carcan de tissu qu’elle ne rêve plus à présent que de lui retirer. Le sommeil s’affaisse sans bruit sous le corps masculin qui vient de s’asseoir et que pour la seconde fois de la soirée, elle domine de sa taille. Londres éclaire doucement le visage du rockeur qui ce soir n’en est plus vraiment un. La lumière tamisée redessine ses traits droits d’un jeu d’ombres, retaillant un peu plus l’angle de sa mâchoire que son doigt ne peut s’empêcher de retracer. Les traits sont familiers bien sûr. Connus de tous. Mais l’expression, elle, est si différente de l’homme qu’elle a déjà observé sur scène, maltraitant sans ambages les cordes criardes de sa guitare. Dans un petit bruissement, son genou se glisse entre les siens, s’assurant un équilibre relatif alors qu’elle se saisit de son menton pour réclamer à nouveau ses lèvres, pour les faire siennes de la pointe de sa langue.


Ses mains délaissent son corps l’espace d’un instant, pour venir crocheter le bas de son débardeur, qu’elle tire sans hésitation au-dessus de sa tête, exposant l’épiderme blanc à son regard, et au ciel par les fenêtres, simplement tranché par l’encre noir d’un petit trèfle qui a fait son nid sur le léger arrondi de sa hanche. Et tout comme la veste d’Engel précédemment, le vêtement est abandonné par terre en une tache rouge sur le bois du parquet. Sa peau se hérissa au contact de l’air, et en réponse, c’est contre lui qu’elle se lova, maudissant la barrière de tissu qui subsistait encore. Cette fois, la tension est trop forte, et le cisaillement qu’elle déclenche dans son ventre en devient insupportable. Bien partis pour continuer, et bien décidés à ne pas s’arrêter en si bon chemin, c’est maintenant son t-shirt que ses doigts viennent chercher, effleurant en se glissant dessous la peau chaude de ses abdominaux. Le léger tremblement qui avait saisi le jeune homme au moment où ses ongles avaient effleuré ses côtes auparavant lui revient en mémoire et Hekate ne résiste pas à la tentation de réitérer son geste, avide de sentir son souffle se troubler sous ses lèvres. La remontée du vêtement le force à lever les bras, faisant jouer la musculature agréable sous sa peau. Un effleurement plus tard, un simple instant accompagné d’un geste de son bras et l’Irlandaise balance sans ménagement sa trouvaille devenue inutile, la laissant atterrir où elle voudra bien se poser. Sa bouche s’affirme contre la sienne. Cette fois encore, elle gronde à la sensation du torse brûlant tout contre elle. Mais cette fois, la frustration n’est pas en cause. À présent, c’est une victoire.
lumos maxima


GEALACH DUBH

You'll never beat the Irish
©️️ FRIMELDA

Spoiler:
 

Engel Bauer

Engel Bauer
ADMINISTRATRICE
hiboux : 194
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Dim 27 Oct - 12:59
Avant propos:
 



Whisky. Sans glace.
ft. @Hekate R. Murphy


Novembre 2003

Je tombe dans ses yeux, me noie dans chaque nuance de son regard. Une seconde hors du temps. Un instant dont je m’empare avec une avidité qui me surprend, moi qui ai si rarement pris le soin d’admirer une femme avant de m’en emparer ces derniers temps. Perdu dans ma contemplation, je n’entends même plus hurler mes instincts et ce sont ceux de Hekate qui me traquent, viennent ceindre la boucle de ma ceinture dans une asymétrie que j’ai si rarement connue dans ce sens. Le prise de sa main si proche de mon entrejambe fait se tendre chaque muscle de mon bas ventre alors que ma respiration se coupe. Le frisson qui me parcourt à la voir me tirer vers le lit excite des désirs qui gagnent jusqu’aux dernières nuances de mes iris alors que je fixe cette femme sans plus savoir lequel de nous est la proie de l’autre dans cet antre qui m’appartient pourtant. Sans un mot, j’approche alors, n’attendant que le moment où ses jambes rencontreront le matelas pour l’allonger sur le lit et retrouver cette domination que mes pulsions mâles continuent d’appeler.

Mais soudain, la prise sur ma ceinture devient plus ferme, me tire sur le côté, et je ne réagis pas assez vite pour empêcher Hekate d’échanger nos places. Brutalement, mes sourcils se froncent et un grognement étouffé meurt dans le dans le fond de ma gorge alors que tout mon corps se crispe, hurlant à l’outrage comme si elle n’avait aucun droit de me contraindre. Mon regard la pourfend alors que ses doigts glissent sur mes épaules. Je manque de l’arrêter, de saisir ses poignets pour la repousser, retrouver le contrôle dont elle me départit sans même me le demander. Mais ses mains restent douces, se pressent lentement sur mes muscles comme on tente de dompter un animal sauvage. Battement de cœur alarmé. L’hésitation cingle mes nerfs. J’entends hurler mes envies qui ne demandent que de m’emparer de sa taille pour lui faire reprendre la place qui devrait être la sienne car c’est ainsi que je suis, ainsi que je jouis, ainsi que je les prends toutes… Et pourtant je ne fais rien. Comme hypnotisé par ses charmes, envoûté par ses désirs de femme, je me laisse faire, m’asseyant sur le matelas pendant qu’elle me surplombe. L’inconfort de me voir dans une position qui n’est pas habituellement la mienne s’accompagne d’une excitation nouvelle que j’appréhende encore mal mais qui fait accélérer les battements de mon cœur. Le genou de Hekate se glisse impérieusement entre mes jambes. Ses doigts reviennent s’emparer de ma mâchoire et je lève le visage vers elle avec une docilité confondante, offrant mes lèvres avec une douceur que peu de femmes ont connue avant elle.



roller coaster

(1584 mots)



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