Whisky. Sans glace. [Hekate & Engel]
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Engel Bauer
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Dim 21 Juil - 15:38
Whisky. Sans glace.
ft. @Hekate R. Murphy


Novembre 2003

Mon genou contre le sien, quelques secondes hors du temps. Je ne sais pas ce que je donnerais pour les voir durer encore quelques éternités. Car elle ne recule pas, ne semble même pas mater un seul mouvement vers l’arrière pour réaffirmer ces frontières que je brave pour la première fois. Le sourire espiègle qui étirait ses lèvres se fane et mes pulsations redoublent car je sais tout ce que cela présage, avec plus de certitude encore quand ses yeux ne s’attardent plus seulement sur mon regard. Mon visage si proche du sien, je sais qu’il suffirait d’un geste, d’un fléchissement. Mais je n’y cède pas. Pas encore.

Détournant le regard, j’emporte avec moi la caresse de son murmure sur ma joue alors que je m’écarte et descends du tabouret. Le désir et l’alcool réchauffent mes veines jusque dans la paume que je lui offre comme une invitation teintée de défi. Je sens les battements de mon cœur jusqu’au bout de mes doigts. Chaque seconde qui passe ébranle un peu plus mon souffle alors que je suis là, la main tendue vers elle, à attendre qu’elle accepte de me suivre ou se rétracte pour de bon. Mes yeux fermement ancrés dans les siens traquent le moindre tremblement de ses prunelles, la moindre hésitation qui viendrait crucifier mes espoirs après toutes les promesses que j’ai lues dans le frémissement de ses sourires. Car j’ai vu ses frissons. J’ai senti le trouble qui s’est plusieurs fois emparé de sa respiration. Je vois encore cette façon qu’elle a de me regarder depuis que j’ai accepté d’aller au bout de son jeu. La malice dans ses yeux s’est éteinte et ses iris se sont assombris en miroir des miens. Je connais trop ce regard pour prétendre un seul instant l’ignorer. Et j’attends, avec la docilité confondante de ceux qui acceptent de ne dépendre que du bon vouloir des femmes qui les ont abordés. J’aurais pu la prendre. M’emparer d’elle dans ce bar comme je l’ai fait tant de fois avec d’autres femmes. M’aurait-elle seulement repoussé ? Je n’en sais rien et refoule immédiatement cette pensée car pour la première fois depuis trop de nuits, ce n’est pas ce que je veux. Happé par son regard, perdu dans chaque nuance que j’y trouve, j’ai l’impression qu’elle pourrait m’offrir ce dont j’ai trop pris l’habitude de m’emparer, et cette seule différence me fait frémir au point qu’il m’est difficile de le dissimuler. Alors j’attends. J’attends des secondes infinies, à m’en faire perdre le peu de raison que l’alcool n’a pas encore anesthésié. Jusqu’à ce que son sourire reparaisse et que la vague vienne s’abattre dans le creux de mon ventre.

Lentement, elle décroise ses jambes et se lève à son tour, dépliant son corps que je découvre véritablement pour la première fois. Mes yeux la détaillent du creux de sa clavicule aux talons de ses escarpins qui dépassent du bas de son jean avant de venir recroiser le feu de ses prunelles. Mon cœur fait une embardée alors que je me force à déglutir, les doigts toujours en l’air, priant pour qu’elle accepte de m’offrir les siens. Son regard me sonde et j’inspire un peu trop brusquement, encaissant les pulsations qui frappent toujours plus fort dans ma cage thoracique. Chaque seconde est une épreuve qu’elle semble se plaire à m’infliger et je m’y soumets avec une abnégation surprenante, si opposée à l’homme que j’ai pris l’habitude d’incarner. Mon regard la scrute. J’attends qu’elle cède. Et chaque pulsation rend l’attente plus insupportable que la précédente. Je serre les dents à retenir cette impatience qui embrase mon poignet, fait légèrement trembler cette main que je tiens toujours bien droite face à elle et que je me tue à garder décontractée. Jusqu’à ce que son bras se lève et que mon cœur heurte une dernière fois la barrière de mes côtes.

Ses doigts se glissent contre les miens avec une lenteur envoûtante, brûlant ma peau comme une damnation exquise que je savoure plus que je ne veux bien le montrer. Je la laisse emprisonner ma main, ne fais que refermer mon pouce sur le dos de sa paume alors que son sourire creuse de nouveau les sillons délicats qui encadrent sa bouche. Toujours sans me lâcher des yeux, je la vois se rapprocher et j’inspire brusquement, incapable de prévoir ses gestes, le regard glissant sur ses lèvres qui me frôlent au moment où elle me dépasse. Alors, sans offrir la moindre résistance, je la suis à travers le bar, la laisse me guider entre les danseurs, sa main brûlante serrée délicatement dans la mienne. Je ne vois pas Gregory qui nous suit des yeux derrière son comptoir alors que nous quittons les lieux sans même le saluer. Je ne vois ni le plissement intrigué de ses yeux, ni ce demi-sourire qui étire la commissure de ses lèvres avant qu’il ne se fasse appeler par de nouveaux clients. Le battement assourdissant de la musique n’atteint plus mes tympans. Je n’entends que ceux de mon cœur qui reprennent avec violence, l’excitation pulsant dans mes veines, m’enivrant l’esprit.

L’air glacial de l’extérieur fouette mon visage quand Hekate ouvre la porte pour nous faire regagner la rue. Le choc se fait salvateur alors que les vapeurs du whisky continuent de me monter à la tête. J’inspire une grande bouffée d’air. J’ai bu trop vite ces trois derniers verres et pourtant je n’en regrette aucune gorgée. La main de Hekate toujours dans la mienne, je replonge dans les reflets mordorés de ses yeux alors qu’elle se dit prête à me suivre désormais et le mouvement discret de son pouce sur ma main me fait inconsciemment refermer ma prise sur la sienne. Mon sourire répond enfin à la malice qui s’est glissée sur ses lèvres alors que je réfléchis rapidement au meilleur moyen de nous emmener jusque chez moi. Mon appartement est dans le même quartier. Nous ne mettrions qu’une vingtaine de minutes à nous y rendre à pieds. Mais le frisson qui court déjà sur les épaules de l’Irlandaise m’empêche de considérer plus d’une seconde cette possibilité. Relevant le regard, j’opte pour un taxi et nous dirige immédiatement vers une voiture qui attend patiemment les sorties de boîte à cette heure tardive. Le pas déterminé, j’ouvre la portière d’un geste assuré, m’engouffre à l’intérieur et donne mon adresse au chauffeur en me glissant sur la banquette avant de raffermir l’appui de mon bras pour aider Hekate à entrer. La portière se referme alors derrière elle et le taxi s’engage dans les rues désertes de Londres.

Le silence dans l’habitacle résonne aussi fort que l’électro que nous avons délaissée, me laissant entendre chaque souffle, chaque tremblement dans nos respirations alors que je ne me risque pas encore à regarder celle que j’emmène sur mes terres. Je mets quelques secondes à réaliser que je n’ai pas lâché sa main et la chaleur qui continue de se diffuser dans ma paume me fait osciller entre cette douceur rare et cette envie dévorante que je crève d’épancher contre elle. Expirant entre mes lèvres entrouvertes, je tourne légèrement le visage pour laisser mes yeux embrasser de nouveau les traits anguleux de sa mâchoire, la ligne si singulière de son nez, et ma main étreint plus fermement la sienne, toujours sans brusquerie, enroulant mes phalanges autour de ses doigts fins. La promiscuité qui s’impose fait se tendre les muscles de mon dos à chaque mouvement de Hekate. Mes pensées s’entrechoquent, me noient sous les fantasmes que je ne parviens pas à réfréner. Elle est trop proche. Et pourtant pas assez. Mais je n’approche pas. Pas encore. Pas encore.

Quelques minutes s’écoulent à peine avant que le chauffeur ne se gare devant mon immeuble et je n’ai pas prononcé un mot. Lâchant enfin la main de Hekate, je tire plusieurs billets de la poche intérieure ma veste sans même vérifier la somme que je tends et j’ouvre la portière de mon côté sans attendre que le gars me rende la monnaie. Harcelé par le désir qui cingle mes lombaires, je contourne la voiture d’un pas rapide, gagne l’autre portière déjà ouverte pour tendre ma main gauche et attendre que Hekate la prenne pour la guider de nouveau jusqu’à mon appartement. Alors que nous nous éloignons, le chauffeur élève la voix pour me dire quelque chose, sans doute que j’ai payé trois fois l’équivalent de la course, mais je ne l’entends pas. Je n’écoute que le battement assourdissant dans mes tempes et le sifflement de mon souffle chaque fois que j’inspire cet air vicié par des parfums aussi enivrants que cet alcool dont j’ai trop abusé.

Les portes de l’immeuble s’ouvrent sur une entrée haute de plafond, bien plus grande que les standards, dont le carrelage beige est éclairé par les trop nombreux luminaires qui habillent le plafond. Je ne prends pas la peine de lever les yeux une seconde, continue mon chemin jusqu’à l’ascenseur que j’appelle avec cette précipitation fébrile que j’ai de plus en plus de mal à cacher. Quelques secondes s’écoulent. Je m’interdis encore de regarder Hekate. Et quand le tintement typique de l’ascenseur résonne enfin, je ne fais qu’une dernière pression sur sa main avant m’engouffrer entre les portes en acier.

Toujours sans me tourner vers elle, je lâche délicatement ma prise pour me diriger vers le panneau de commande et sors les clés d’une poche de ma veste pour récupérer celle qui me sert à activer l’accès au dix-septième. Le dernier étage ne dessert aucun autre appartement que le mien et une petite serrure près du « 17 » permet aux rares personnes détenant la clé de sélectionner cet étage pour y faire monter l’ascenseur - sécurité moldue, assez efficace pour tenir les curieux loin de ma porte d’entrée. Le bouton enfin disponible, j’appuie délicatement dessus et observe les portes se refermer, nous condamnant pour la première fois à l’intimité d’un espace clos loin de tout regard extérieur.

L’ascenseur tremble légèrement sous nos pieds et je reste de dos, profitant de ces quelques secondes de pleine conscience avant de me laisser de nouveau ensorceler par son regard. Je sens le sang pulser dans ma carotide, ce désir qui me tord le ventre avant même que je ne me risque à me retourner. La cabine n’est pas exiguë, confort des constructions les plus luxueuses. Une part de moi aurait sans doute aimé qu’elle le soit davantage et pourtant j’aime savoir Hekate encore éloignée, si proche et pourtant intouchable tant que je décide de la garder ainsi. Entendre son souffle dans mon dos fait courir un frisson délicat le long de ma nuque. Je crève d’envie de me retourner et crains pourtant encore l’hésitation que je pourrais trouver dans ses yeux, triste habitude de ces femmes dont la force de caractère n’est qu’une façade qui se délite dès qu'il n’y a plus de public pour l’admirer. Je clos les paupières un instant, prie pour qu’un seul regard suffise à me détromper, et quand je me retourne enfin, la brûlure qu’elle m’inflige gagne jusqu’au dernier de mes capillaires qui était encore épargné.

Elle se tient face à moi, conquérante, bien droite près de la paroi, son immense regard toujours indomptable captant irrémédiablement mes prunelles. L’ascenseur gronde autour de nous et ma respiration se trouble, devient légèrement erratique alors que je prends le temps d’observer celle qui s’est accaparé toutes mes pensées depuis qu’elle m’a frôlé en me rejoignant à se putain de bar. Sans chercher un seul instant à m’en cacher, je glisse mon regard sur la ligne saillante de sa mâchoire, descends le long de son cou jusqu’aux rondeurs discrète de sa poitrine et les envies qui s’accumulent depuis un temps maintenant bien trop long me tiraillent les entrailles, rendues intolérables. Le poids de mon regard sur elle se fait de plus en plus lourd. Je me force à déglutir pour ravaler une dernière fois les élans qui me feraient trop précipiter un dénouement que je veux encore prendre le temps de construire seconde après seconde, sans jamais le précipiter. Car cette rencontre me murmure trop de promesses à l’oreille pour que j’en perde une seule dans une étreinte trop brusque et trop vite achevée. Alors, c’est avec une lenteur terrible que je me décide enfin à me mouvoir, m’approchant pas à pas sans plus jamais détourner mon regard du sien.

Le bruit de mes bottes trouble le ronronnement régulier de la machine. Encore une dizaine d’étages avant d’arriver au sommet. Bien assez pour venir chercher la dernière preuve que je désire avant de faire entrer Hekate sur mon territoire. Arrivant à sa hauteur, j’alanguis encore mes gestes sur mes derniers pas. Le souffle court, le regard acéré, j’ai perdu depuis longtemps l’amabilité de mon sourire pour ne plus lui laisser voir que la convoitise qu’elle a su glisser dans mes prunelles et que si peu de femmes avant elle ont su exciter à ce point. Le myocarde continue de s’acharner férocement sous mes côtes. Je l’ignore comme ces acouphènes que je n’entends plus à trop écouter les tremblements qui se glissent dans la respiration de Hekate. Pénétrant de nouveau dans sa sphère, je refuse d’abandonner son regard et mon bras gauche se lève doucement pour s’appuyer à hauteur de son épaule, imposant une intimité que je ne veux néanmoins aucunement menaçante. Comme pour lui laisser une dernière échappatoire, je garde l’autre main sagement le long de ma cuisse, refusant de l’enfermer tant qu’elle n’a pas elle-même cherché ce contact que je crève de refermer sur sa peau. Et j’approche mon visage jusqu’à caresser le sien à chaque souffle, effleurant ses lèvres que je refuse au dernier moment d’embrasser. Je veux qu’elle achève mon geste, qu’elle condamne sa dernière issue sans en être aucunement forcée, qu’elle me veuille avec autant de certitude que je la désire à cet instant. Je veux qu’elle me choisisse cette nuit, pour chaque minute qu’elle passera dans mes bras. Qu’elle me choisisse sans autre raison que celles qu’elle a trouvées dans ce bar, et que mon prénom soit la seule chose qu'elle ait besoin de connaître ce soir.

roller coaster

(2429 mots)



En italique, Engel parle allemand.
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Hekate R. Murphy
MEMBRE
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Lun 19 Aoû - 1:29
Whisky. Sans Glace


ft. @Engel Bauer ( 2. 083 mts )
Boum.

Boum.

Boum.

Il lui semble sentir à nouveau, une simple seconde, la vibration coutumière de la musique qui frappe méthodiquement contre les murs. Le sol en tremble presque, remontant le long de ses jambes pour se perdre en écho dans ses reins, le long de son dos jusqu’à éclater sous le carcan de ses côtes. La musique. L’explication la plus probable, finalement, pour expliquer les pulsations délirantes de son coeur et la frénésie avec laquelle ses poumons cherchent à se remplir d’air. Mais elle, elle sait. L’électro minable, tout juste bon à animer les foules transcendées par l’alcool et la fatigue, n’a aucun mérite dans l’exaltation qui l’embrase depuis de longues minutes. Au contraire, c’est le silence même. L’absence de mots échangés depuis qu’elle a laissé sa main rejoindre la paume brûlante d’Engel qu’elle enserre de la finesse de ses phalanges, point d’ancrage transcendant pour l’entraîner au travers des danseurs vers la porte, à la recherche d’une solitude bienvenue. Ils n’ont pas besoin de parler, alors qu’ils traversent la pièce. Elle sent contre sa peau la fournaise de la sienne et sa chaleur dessine sur ses nerfs les promesses envoûtantes de la soirée à venir.

Si l’Irlandaise profite de ces derniers instants où les circonstances lui permettent de mener véritablement la danse, sa fébrilité la force à accélérer le pas, franchissant de deux enjambées la porte menant à l’extérieur. L’air s’écrase contre elle et la violence de la collision pousse Hekate à s’arrêter, tant le contraste du vent froid contre la chaleur qui l’embrase se fait violent. Une inspiration lui est nécessaire avant qu’elle ne puisse prononcer quelques mots. Une courte phrase, au ton moqueur. Qu’elle lance pour s’assurer que son désir est partagé. Etait-il de ces hommes à épancher ses envies en deux poussées, coinçant son corps du leur contre la paroi froide et collante d’une banquette arrière de voiture ? Ils avaient été nombreux, et le seraient sans doute encore après aujourd’hui. Mais ce soir, elle aspirait à autre chose. Leur échange avait allumé dans le regard d’Engel d’innombrables promesses, ravivant chez la jeune femme des exigences qu’elle prenait pourtant l’habitude d’ignorer lorsque l’heure se faisait aussi tardive, au profit du premier venu et d’une étreinte décevante. Elle espérait simplement que cette lueur n’était pas simplement le fruit de l’alcool qui roulait librement dans leurs veines.
Le sourire qu’il lui offre la rassure un peu, tandis que sur sa peau blême court un frisson désagréable. Un coin de son esprit s’égare pour rejoindre son petit blouson, seul et oublié dans un coin du bar précédemment visité. Peut être sera-t il toujours là lorsqu’elle retournera le chercher le lendemain. Le lendemain… Ca semble si loin. Et pourtant si proche. Le jour devient son seul ennemi, ce soir. A la lumière, tout est différent. Il faudrait redevenir Professeur Murphy, entre les pierres de Poudlard, et laisser sur ses draps, bien enfermée dans sa chambre, son envie dévorante de vivre.

Le jeune homme semble s’être décidé, l’entraînant d’un pas vif vers un taxi non loin, une berline quelconque dont la carrosserie noire reflète en déformé les lumières des néons. Un rire s’échappe dans le vent. Sans doute le sien, riant de l’empressement qu’elle retrouve chez Engel et qui flatte son égo autant que son désir. La portière s’ouvre et elle s’engouffre dans le véhicule à sa suite, raffermissant sa poigne sur les doigts masculins pour empêcher l’alcool de la faire trébucher alors qu’elle se glisse sur la banquette et referme la porte derrière elle. Sa main dans la sienne lui semble une évidence, et pas une seule seconde ne lui vient à l’esprit l’idée de la lâcher. La voiture s’ébranle, quittant la sortie des boîtes de nuit pour tracer les rues de SoHo. Hekate connait peu le quartier. Ou plutôt, les fois où elle s’y aventure, il est plus honnête de dire qu’elle ne s’en souvient pas. Son regard suit, par la vitre à son côté, le trajet de la voiture pendant que de temps à autre, machinalement, elle trace sur la peau d’Engel une légère caresse du pouce. Le silence a envahit l’habitacle, et même la radio bien souvent présente dans les taxis, est absente. Tout est plus intense, alors. Le regard bleu qui effleure sa peau. La respiration à son côté, et la sienne qui soulève sa poitrine à un rythme profond. Le battement régulier de son coeur, et celui plus désordonné qui bat dans ses reins. La notion du temps n’existe plus. Le trajet dure dix secondes. Une heure. Peu importe, elle se laisse regarder, détailler pendant que derrière le doré de ses prunelles, son cerveau se plaît à imaginer la tournure que prendra la fin de la nuit.
Son souffle se trouble, un instant.
Et la voiture s’arrête. Ses doigts glissent entre les siens, la privant de leur contact et tandis qu’elle laisse à son compagnon d’un soir le soin de payer, elle se tourne vers la portière pour en actionner la poignée. A peine le talon de sa chaussure frappe-t il le sol qu’en relevant les yeux elle rencontre la silhouette d’Engel, la main tendue et qu’elle ne tarde pas à saisir pour déplier son corps. La porte claque, à nouveau. Et ils sont déjà loin. La situation s’est retournée et à présent c’est lui qui l’entraîne vers l’entrée d’un immeuble qu’Hekate ne prend même pas la peine de regarder, pas plus qu’elle n’accorde au chauffeur de taxi autre chose qu’un remerciement d’un signe de main. L’entrée s’étale devant elle et la lumière crème qui s’écoule du plafond lui permet de le détailler un peu plus, sous un meilleur éclairage que celui de quelques spots et néons. Le carré de sa mâchoire, et la manière dont les bijoux d’acier à ses oreilles renvoient la lumière. Il lui semble entrevoir, là où le col de son blouson ombre sa peau, le reflet argenté d’une petite chaîne. Le détail, pourtant insignifiant, la fait frémir. Depuis l’entrée dans le taxi, aucun regard n’avait été échangé, pas plus qu’un mot, et pourtant la tension se fait à chaque pas plus forte, plus conséquente, si bien que la sorcière est persuadée de pouvoir la sentir, aussi physiquement que le contact de la paume ferme contre la sienne.

La fébrilité, électrique, en devient douloureuse et alors qu’Engel appelle un ascenseur dont la largeur des portes témoignent de la taille, elle doit réprimer la pulsion qui l’aurait obligé à en maltraiter le bouton pour en faire descendre la putain de cabine plus vite, tant chaque seconde devient un calvaire. Dans un chuintement pneumatiques, l’acier coulisse enfin, et sur le sol impeccable claque les talons de ses chaussures, et le frappement sourd des bottes d’Engel. Dos à elle, il insère une petite clé dans le panneau de commandes. Grand bien lui fasse. Il pourrait se charger de faire monter l’ascenseur à la main qu’elle n’en aurait rien eu à foutre, du moment qu’il grimpe dans les étages. Ses paumes picotent, impatientes. Elle crève d’envie d’en laisser courir l’épiderme sur le cuir de son blouson et pour se prémunir d’un geste qu’elle n’était pas sûre de pouvoir contrôler, elle entoure ses doigts autour de la barre de soutien qui court sur deux des quatre parois de la cabine, de chaque côté de son corps, alors qu’elle y appuie son dos.

La scène est intrigante, il faut bien l’avouer, et Hekate en prend conscience en détournant quelques secondes le regard en direction des miroirs clichés qui lui renvoient le moment. Toujours de dos, il ne semble pas vouloir la regarder. Est-ce qu’elle fait peur à ce point ? L’amusement de la chose lui arrache un sourire amusé.

Et enfin il se tourne.

Le bleu de son regard la frappe de plein fouet et malgré le sourire qui refuse délibérément de la quitter, sa respiration s’affole tandis que la pression autour d’eux s’alourdit d’un coup. Ils se toisent. Ou plutôt, elle le toise alors qu’il laisse courir ses yeux sur les courbes de son corps. Pour la première fois de la soirée, elle réagit à son regard. Son dos se redresse, accentuant le drapé sanguin de son débardeur. Le menton se relève et la commissure droite de ses lèvres pleines s’étire un peu plus, dans le même mouvement que son sourcil qui se hausse en une interrogation muette. Hekate s’amuse, de le voir si loin, alors qu’elle meurt de le sentir plus près tandis qu’ils continuent de monter dans les étages, tout tremblant légèrement autour d’eux. Sa bouche s’ouvre, pour lancer à nouveau quelques mots moqueurs qui ne manqueront pas de résonner dans le silence lourd tout autour d’eux. Mais Engel s’avance. Lentement. Et ses lèvres se referment. Le sourire disparaît. Et le noir de sa pupille achève de dévorer le mordoré de son iris.

La lenteur de ses gestes lui fait resserrer sa prise sur la barre de métal froid. Elle se voit déjà agripper d’une poigne ferme la fermeture de son vêtement pour le tirer à elle et faire taire son corps qui hurle à la torture. Mais malgré tout, elle le laisse s’approcher. Pas par peur de le faire fuir. Pour savourer plutôt les ardeurs flamboyantes qui animent les yeux qui refusent de lâcher les siens. Dans un petit crissement de cuir, son bras se lève et aussitôt, son corps réagit. Se tend. Dans l’attente du contact. Mais il lui préfère le mur derrière elle et de la gorge de l’Irlandaise tremble un petit grondement à peine audible, qui se perd dans les ronrons des mécanismes. Il n’y a plus rien, elle ne voit plus rien. N’entend plus rien. Son seul champ de pensées se résume maintenant à la silhouette qui se tient devant elle, à peine contre elle. A une distance presque plus insupportable que l’éloignement précédent. De son souffle qui caresse sa peau, il lui tire un frémissement qui entraîne la fermeture de ses paupières. Sur ses lèvres, sa respiration chaude lui arrache intérieurement une expression de victoire et tout son être vibre en écho. Enfin.
Le soulagement disparaît aussitôt. Le baiser avorté lui fait immédiatement r’ouvrir les yeux, qu’elle plonge dans ceux d’Engel. Il ne s’est pas éloigné, il est resté là. Si c’est un jeu, elle le déteste. Cette fois, le grondement revient, légèrement plus présent, et ses muscles se tendent sous l’épiderme blanc. Il lui semble avoir oublié comment respirer.


Inspirer.


Cette fois, la pulsion n’est pas réprimée, et ses doigts lâchent le métal. Son bras se tend, aussitôt. Sa main se glisse sur sa taille, sous le blouson. Effleurant de ses ongles le tissu de son t-shirt. Anticipant déjà les gestes qu’elle rêve de déposer sur sa peau nue. D’une petite pression, elle l’attire à nouveau, par la crainte qu’il lui échappe. Qu’il se décide à nouveau à reculer tandis qu’elle franchit lentement les quelques centimètres qui les séparent. Qui la séparent de ses lèvres qui devienne, en une seconde, le seul désir de son existence. Elle les frôle. Capturant un instant l’inférieur entre les siennes. Et elle s’en empare finalement.
Son odeur l’entoure. Trouble son coeur, achève ses pensées. En temps normal, elle aurait souri de la saveur légèrement sucrée du whisky qu’elle retrouve sur sa peau. Mais elle a oublié comment sourire. Comment exister en dehors de ce contact attendu depuis… deux heures. Depuis une putain d’éternité. Son dos quitte la paroi. Ses doigts se glissent dans sa nuque, le pressant un peu plus. Caressant de leur pulpe les cheveux bruns alors que sous son pouce, déposé par habitude sur sa mâchoire, elle sent la légère rugosité de sa barbe. L’ascenseur aurait pu s’arrêter. Elle aurait même préféré qu’il s’arrête aussitôt, pour leur laisser le temps. Pour lui laisser le temps. De savourer le moment, le baiser qui décuple ses nerfs, qui hérisse sa peau.

Derrière ses paupières closes, dans son esprit embrumé, il lui semble percevoir le tintement clair de l’ascenseur. Les portes s’ouvrent. De l’air s’engouffre pour balayer l’atmosphère irrespirable qui s’est construit dans l’habitacle. Et il lui faut s’éloigner. Lentement, à contre coeur, Hekate rompt le contact dans un geste traînant. Mais sa main sur sa taille se raffermit un peu plus. Le défiant de s’éloigner, de la laisser ainsi. De faire autre chose que de l’entraîner au delà de la seule porte du palier pour laisser éclater cette envie assourdissante qui la fait trembler Qui fait pulser dans sa tête un désir brut, innommable et qu’elle ne veut finalement qu’écraser contre lui. Qu’il a allumé. Et que lui seul pourra éteindre.
lumos maxima


GEALACH DUBH

You'll never beat the Irish
©️️ FRIMELDA
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