Requiem pour un diable [Severus & Moira]
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Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
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Dim 13 Jan - 11:48





flashback - juin 1998

La mélodie des pas qui résonnent dans les couloirs du Ministère est parmi les plus dissonantes que Moira ait jamais entendues. Mélange de précipitation fébrile et de lassitude morne. On cherche à reconstruire vite, à réparer les fissures, à ranger les papiers épars et à remplacer le mobilier fracassé. On veut effacer les traces, oublier le combat, reprendre au plus vite la vie qu’on a délaissée. Mais chaque nouvelle pièce que l’on découvre dévoile les stigmates percutants de l’horreur qui s’est abattue sur ces lieux. Les regards se troublent. Les gestes s’alanguissent. Et le monde ralentit de nouveau, sclérosé par la morosité ambiante qui ne semble pas prête de s’évaporer. L'ombre des Mangemorts s'est dissipée, laissant entrevoir les dégâts d'une main mise qui a tout désagrégé. Les traces des combats sont encore visibles un peu partout, incrustées dans les murs, imprégnées dans l'odeur de cendres et de poussière qui a envahi le Ministère. Il faudra des jours pour reconstruire la bâtisse. Des semaines pour réparer les corps. Des années pour rasséréner les esprits.  

Le claquement des talons de la juge sur le carrelage garde un rythme presque martial, précision de métronome qui fait se tourner certains regards vers elle. Elle a retrouvé la droiture de son port de tête et l’élégance de sa stature malgré la gêne que l’on devine autour de son épaule droite. Blessure toujours délaissée. Douleur encore lancinante. Moira s’applique à ne pas la montrer, une épreuve qu’elle s’inflige dans le seul but de retrouver le crédit qu’on a voulu lui enlever. Mais le souvenir des deux Mangemorts qui ont pénétré dans sa maison il y a plusieurs semaines est encore gravé dans ses chairs, les os fracturés sous la peau qui a fini de bleuir. Son exil forcé n’ayant permis que des soins rudimentaires, elle doit passer à Sainte Mangouste dans la journée pour enfin se faire prendre en charge par un médecin. Mais il y a quelqu’un qu’elle doit voir avant de s’occuper d’elle, une croyance qui doit devenir certitude avant qu’elle ne reprenne le cours de sa vie. Les couloirs qui se succèdent la guident jusqu’aux escaliers qu’elle emprunte pour atteindre le deuxième étage du Ministère où se trouve son département. Ici aussi, les sorciers et autres créatures s’activent pour redonner au lieu son faste d’antan. Il y aura encore du travail pour des jours, Moira en est certaine. Mais elle ne prend pas le temps d’évaluer l’ampleur des dégâts. Ses pas la mènent jusqu’aux cellules du Ministère, dans une section de l’étage aux murs mornes et sombres. Elle croise plusieurs Aurors qui sursautent presque en la voyant, comme assaillis par une vision si improbable qu’ils se croient sous l’emprise d’un sombre sortilège. L’a-t-on crue morte depuis tout ce temps ? Moira chasse la pensée de son esprit et demande seulement qu’on l’accompagne à la cellule du directeur de Poudlard. Les Aurors échangent un regard soucieux, questions silencieuses qui les paralysent de longues secondes avant que l’un d’entre eux ne l’invite à le suivre.

Les murs semblent devenir de plus en plus ternes à mesure qu’ils s’avancent vers les quartiers de haute sécurité du Ministère. Un frison dévale l’échine de la juge alors qu’elle ne peut s’empêcher de se demander dans quel état peut se trouver Severus. On le dit miraculé, mais de quoi ? Devant la porte d’une cellule, deux Aurors montent la garde, l’air hagard. La voix de Moira est courtoise, mais ferme.
- Ouvrez cette porte, s’il-vous-plaît.
Ils s’exécutent. Le bruit glacial du métal qui crisse sur ses gonds la fait se tendre sous son imperméable. Moira hésite une dernière seconde et fait enfin quelques pas à l’intérieur.

Les murs nus rendent le silence de la pièce plus pesant encore. Il règne ici une froideur effroyable, un vide à rendre fou. Son regard balaye la cellule jusqu’à se poser sur la silhouette maigre de Severus. Son cœur fait une embardée. Elle resserre ses paumes en deux poings dans les poches de son trench beige pour ne rien laisser paraître, mais il lui faut un instant supplémentaire pour retrouver l’usage de sa voix. Elle se retourne vers les Aurors qui l’ont suivie à l’intérieur.
- Que diriez-vous d’aller prendre une pause ?
- Madame ?
Elle penche légèrement la tête sur le côté avant d’insister d’une voix basse.
- Allez prendre une pause.
Les deux hommes hésitent, se lancent un regard inquiet, ne sachant visiblement pas quelle attitude adopter. On leur avait pourtant bien ordonné de garder cette cellule coûte que coûte. Alors, Moira les aide un peu.
- Fermez donc la porte si cela vous rassure. Mais sortez de cette cellule.
Un sursaut qu’ils peinent à mater. Un incompréhension presque palpable sur leurs traits. L'un deux s'apprête à refuser mais l'autre attrape son bras et fait un signe de tête vers la porte, sans un mot. Il connaît Moira et sait qu'elle n'est pas sorcière dont il convient de douter. Il sait aussi que la contredire n'est jamais stratégie avisée. L'autre pince les lèvres. Son soupir est éloquent, mais fini par acquiescer. Ils lancent tous deux un dernier regard vers l'incarcéré et se retirent finalement de mauvaise grâce, verrouillant la porte et laissant Moira seule avec Rogue.

Quelques secondes s’étirent alors que Moira se retourne vers lui, la tendresse dans ses yeux ayant rapidement remplacé la dureté qu’elle réservait aux deux Aurors. Elle finit par s’approcher lentement, détaillant ses traits pour y déceler le moindre indice sur son état de santé. Une grimace. Une crispation. Une cicatrice qui dévoilerait toute sa condition. Les cernes sous ses yeux témoignent des nuits trop longues qu’il traverse sans trouver le repos. Elle ne peut prétendre en être surprise. Elle avance jusqu’à se placer face à lui, lui laisse tout le loisir de l’observer comme elle le fait. Et sa voix résonne enfin pour briser la quiétude effrayante de sa geôle.
- Tu as une mine affreuse.
Elle tient le masque quelques secondes avant qu’un sourire ne fende son visage, dévoilant sans qu’elle n’y prenne gare tout le soulagement qu’elle ressent à le savoir en vie. Blessé. Déchu. Mais en vie. Elle baisse les yeux un instant, rappelant sa pudeur alors que son sourire dévoile une amitié intacte dont Severus ne doit pas douter. Elle trouve une chaise dans un coin qu’elle rapproche pour s’asseoir, et son timbre se fait plus doux quand elle demande :
- Comment tu te sens ?
Une question simple au cœur des interrogations bien plus complexes dont on doit l’abreuver depuis qu’il est enfermé ici. Elle est venue aussi rapidement qu’elle a pu, mais elle a l’impression d’arriver désespérément tard. Pourtant elle en est sûre : il faudra encore des mois avant d’espérer sortir Severus d’ici.

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Severus Rogue

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Sam 19 Jan - 10:05
REQUIEM POUR UN DIABLE



Les heures s’entremêlent d’un absolu. Sentiment intime de la défaite me fait flamboyer le derme d’une douloureuse ignition. Brûlure à la gorge, les crocs de Nagini encore fichés dans la chair, déchirant les muscles et les artères. Rouge. Flambées de sang et d’ire tourbillonnant dans le fracas des batailles. Cauchemar éveillé. Le corps fracassé sur la couche, j’ai clos les yeux. L’ordre du Seigneur des Ténèbres susurré en Fourchelang claque encore dans mon esprit. Si je n’ai aucune aptitude à parler aux orvets sinon ceux de ma maison, la nature de l’injonction n’est pas difficile à deviner. « Tue-le ».

Froideur noir des écailles. Embrasement des plumes. Serpent et Phénix. L’un m’achève, l’autre me relève. Le chant de Fumseck résonne encore à mon oreille, ses larmes gouttent sur ma gorge. Glace apaisante, purifiante. Serais-je mort d’exsanguination ou par empoisonnement ? L’interrogation est dérisoire mais me tient au moins occupé. Depuis plus d’un mois, mon cerveau envisage les deux cas de figure, se raccrochant à ces morbides pensées comme le naufragé s’agripperait au premier rameau flottant à sa hauteur.

Les interrogatoires se succèdent et se ressemblent. Le veritaserum et la legilimancie sont d’excellentes techniques de question. Je le sais pour les avoir moi-même abondamment utilisés lorsqu’il le fallait. Chacune de mes actions est passée au crible, chaque circonstance de mon enfance, de mon adolescence, de ma vie d’adulte. Dépouillé de ma mémoire et de ma sphère intime, je me raccroche à la seule bouée capable de me maintenir à flots : quelle aurait été la cause exacte de ma mort sans l’intervention de l’oiseau d’Albus ?

J’ai cru savoir que le phénix errait régulièrement aux abords du Ministère. Pièce d’information interceptée au moment d’un changement de gardien. Le foutu piaf, objet du courroux et de l’amusement de mes geôliers, ne peut qu’être le caractériel phénix. La silhouette rouge et or brûle dans ma mémoire. Je l’ai toujours connu aux côtés d’Albus. J’ai entendu son oraison tonner dans le ciel après avoir assassiné mon mentor, ai vu les flambées de ses plumes devenir soleil parmi les étoiles. Et le monde s’est tu lorsque la dalle de marbre blanc a enclos le cadavre sur les terres de son règne. Albus Dumbledore repose à Poudlard, désormais. Je suis venu à l’enterrement, caché l’orée des arbres, le myocarde explosé par le remords. Acte inévitable n’en est pas moins intolérable pour qui doit perpétrer le forfait. Lorsque je suis revenu à Poudlard sur ordre du Seigneur des Ténèbres, le lieu m’a paru bien froid et bien vide sans Albus et Fumseck.

Carcan gelé d’un coeur désaccoutumé de vivre.

Le fil de mes pensées se rompt lorsqu’un pas claque dans le couloir tout proche. Le bourreau qui me visite parfois pour se repaître de ma misérable situation revient-il ? Depuis quelques temps, les chuchotements moqueurs d’une voix sortie du néant troublent mon sommeil et tourmentent mes esprits… Je ne suis pas fou, cependant. Les voix nées de l’insanité ne respirent pas. Ne se déplacent pas. Ne marchent pas. Il y a quelqu’un qui s’amuse. Les accents d’une voix que je ne pensais jamais entendre à nouveau grondent sous la politesse de façade. Il semblerait que même les Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres n’aient pu venir à bout de l’inflexible Moira Oaks. Enfin une bonne nouvelle. J’en sourierais presque si je n’avais cette aiguë conscience de l’endroit où je me trouve. En détention. En prison. Définitivement pas le meilleur cadre pour des retrouvailles.

«  Que diriez-vous d’aller prendre une pause ?
- Madame ?
- Allez prendre une pause. »

Le silence répond à l’ordre. Je devine l’hésitation des deux hères qui accompagnent Moira. Yeux clos, je n’esquisse pas un mouvement. Silhouette noire jetée dans les ombres, j’attends. Inspiration, expiration, le souffle est lent, imperceptible. Pour peu, l’on pourrait croire le terrible prisonnier de guerre parfaitement endormi. Ou mort. Y a-t-il si grande différence?

«  Fermez donc la porte si cela vous rassure. Mais sortez de cette cellule. »

Quelques moments, encore, avant que ne résonne le bruit d’une serrure que l’on verrouille. Seuls. Les prunelles d’ombre sont délivrées de la protection blafarde de paupières. Cils papillonnent quelques instants, le temps que la prunelle puisse saisir les contours du visage de la magistrate. La mâchoire volontaire, les mèches blondes… Elle a si peu changé depuis leur dernière entrevue.

« Tu as une mine affreuse. »

L’esquisse d’un sourire en coin fait tressauter la commissure de lèvres desséchées. Chaque centimètre de sa peau lui paraît être fait de parchemin craquelé, prêt à se rompre au moindre geste. Si les larmes de phénix ont refermé les plaies, reformé les chairs et détruit le venin du serpent, le corps n’en est pas moins affaibli, la magie hasardeuse. Les fréquents interrogatoires n’aidant pas, de surcroît, à trouver le repos. Mais quelle importance ? Un prisonnier de guerre est un prisonnier de guerre, et ne suis-je une prise de choix, moi, le mangemort, maître des potions, assassin d’Albus Dumbledore ?

« Comment tu te sens ? »

Le sourire s’élargit sur mes lèvres. Pâle torsion d’une bouche qui n’a plus connu cette expression au cours de la dernière année. Coude Placé sous le corps, je me redresse, m’assois avec des gestes mesurés, prenant garde à éviter tout mouvement brusque susceptible d’envoyer une décharge de douleur le long de ma colonne vertébrale. Nagini n’y est vraiment pas allée de croc mort. Je laisse à mon côté une place à Moira si elle désire s’asseoir, et m’adosse au pan de mur qui soutient la couche sur laquelle je passe une partie de mes journées à méditer. La main glisse dans la chevelure, écartant les mèches noires mêlées d’argent. L’épreuve traumatisante de mourir a clairsemé mon crâne de fils immaculés.

« Vieux. Je me sens vieux. »

Une fraction de silence, l’oeil glisse sur le visage souriant, amical. Le premier vu depuis un très long moment. Ma voix est à peine un grondement rauque qu’empesantit la quiétude du lieu. Moment d’iréel repos dans la tourmente de la guerre et des interrogatoires. Je ne sais même pas quoi dire.

« Je suis heureux que tu aies survécu à la guerre. »

Avant que je ne puisse les retenir, mes questions fusent ; je les ai posées à de nombreuses reprises, mais me suis toujours heurté au mutisme de mes interlocuteurs. Peut-être aurais-je des réponses, cette fois ?

« Que se passe-t-il en ce moment au dehors ? On a retrouvé Potter ? Et le seigneur des Ténèbres ? »

La seule interrogation que je n’ose poser est ce qu’il adviendra de moi. Je me suis déjà résigné à finir mes jours à Azkaban.

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Moira A. Oaks

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Mar 22 Jan - 10:56





flashback - juin 1998

Il règne dans la cellule une froideur sèche, sévère, bien différente de l’air moite emprisonné dans les couloirs d’Azkaban. Ici, pas de remous assommant de vagues fracassées sur le ciment, pas de moisissures grimpant sur des murs rongés par le sel, ni de râles incessants de prisonniers rendus fous par leur exil. Juste le silence, celui des moments de repos et des menaces aphones, car le calme ici n’est jamais qu’éphémère et les visites sont rarement courtoises. Il y a pourtant ce sourire qui étire avec peine les lèvres du détenu, celui d’un soulagement profond qui luit jusque dans ses yeux. Est-ce le fait de la revoir ou le seul réconfort de savoir qu’elle n’est pas son tourmenteur ? Moira ne saurait dire, mais la question s’échappe de ses esprits aussi vite qu’elle les a envahis. Severus se relève, dévoilant ses traits tirés que la magistrate observe comme si elle savait les lire. Ses yeux s’arrêtent sur les quelques cheveux blancs qu’il dégage de son front et ses sourcils se froncent imperceptiblement. Elle ne se souvient pas les avoir vus auparavant, et cette demi-certitude fait légèrement accélérer son cœur car elle sait que si la vieillesse n’est pas responsable de cette blancheur qui s’est sournoisement invitée dans ses mèches ébène, alors ce sont bien les épreuves qu’il subit entre ces murs qui la provoquent. Le cœur de Moira se pince, la faisant baisser un instant le regard pour contenir cette émotion qui la prend. Elle ne veut pas que Severus s’inquiète pour quelqu’un d’autre que lui-même en ces jours encore sombres, particulièrement pour lui. L’adjectif qu’il murmure pour se qualifier la fait légèrement sourire. Elle revient à lui, le visage tendrement penché sur le côté. Elle écoute sa voix brisée par l’épuisement et l’angoisse qui ne doit pas quitter son corps. Ces quelques mois l’ont vieilli, en effet, plus encore qu’elle ne le croyait. Mais il reste le même malgré la pâleur de sa peau : l’air sévère, l’esprit tourmenté, et le regard toujours plus loquace que sa bouche.
- Je suis heureux que tu aies survécu à la guerre.
Un soupir amusé s’échappe des narines de Moira alors qu’elle le regarde comme si elle redécouvrait son incorrigibilité. La fadeur des termes jure avec l’émotion qu’elle lit dans ses yeux, comme toujours. Severus n’a jamais été homme à se dévoiler, même après n’avoir visiblement plus rien à cacher. Les Aurors l’ont peut-être dépouillé de ses secrets les plus intimes, il garde cette pudeur chevillée au corps et ce côté si mesuré qu’on douterait parfois qu’il soit fait de chair et d’os. La voix de Moira est douce, une note rieuse vibrant dans son timbre.
- Moi aussi. Il s’en est fallu de peu…
Elle bouge légèrement sur sa chaise, assez pour faire se tendre son épaule qui craint encore le moindre mouvement incontrôlé. La fracture laissée par les Mangemorts ne sera bientôt qu’un douloureux souvenir et c’est une crainte d’un nouvel ordre qui s’immisce lentement dans sa tête depuis ce matin : celle de ne plus être constamment rappelée à l’ordre par la blessure, celle d’oublier assez les menaces qui rôdent pour se laisser surprendre une fois encore par ses ennemis. La souffrance avait ce côté salutaire, cette capacité à exciter sans relâche son instinct de survie, celui qui l’a protégée elle et ses parents jusqu’à la fin de la guerre. Mais la douleur ronge doucement ses esprits, attise sa colère et pervertit ses réflexions. Les nerfs traumatisés hurlent dans sa tête pour qu’on cesse leur torture, supplient pour qu’on apaise le mal qui pulse constamment dans ses veines. Il lui faut soigner son épaule si elle veut retrouver pleinement ses capacités, quitte à devoir trouver un autre moyen de sauvegarder sa vigilance.

Soudain, les questions de Severus se précipitent, rapides, viscérales, comme sorties à la hâte par la première ouverture qu’il perçoit à travers sa venue. S’amuse-t-on tant de voir le puissant bras droit de Voldemort sous les verrous qu’on le prive des informations les plus élémentaires sur ce qu’il se passe dehors ? Personne n’a-t-il eu la décence ne serait-ce que de le prévenir de la fin supposée du Seigneur des Ténèbres ? L’ire irradie chaque capillaire de la peau de la magistrate alors qu’elle se prépare d’ores et déjà à faire un détour par le bureau des geôliers pour qu’on tente ne serait-ce qu'un instant de lui justifier pareille ignominie. La sévérité a toujours été son credo, jamais la cruauté. Quel mal pourrait bien faire Severus dans l’état où il se trouve, continuellement surveillé par deux Aurors aguerris à sa porte, coupé de tous ceux qui pourraient profiter de ses talents pour prolonger un peu plus les horreurs qui ont frappé le pays ? Quel but y a-t-il à ce silence si ce n’est la perversion de quelque gardien rendu saoul par sa soudaine puissance sur ses otages ? La chose est plus simple quand l’ennemi est à terre. L’amertume qui emplit la bouche de Moira la fait grimacer un instant, mais elle reprend rapidement ses esprits et se penche pour poser une main sur celles de son ami.
- Severus, attends… Calme-toi. Tu vas réussir à me faire un infarctus au beau milieu de mes vacances.
La légèreté de sa dernière phrase tente maladroitement de réduire la tension dans l’air, laisse planer quelques secondes de silence qui ne sont là cette fois que pour les apaiser. Le regard de Moira reste plongé dans celui de Severus, et elle ne se redresse qu’une fois qu’elle sent la raideur de ses mains s’atténuer doucement sous ses doigts. Son sourire tremble légèrement, en proie à un trouble qu’elle peine à maquiller, car son ami se doute bien des ravages qui ont été causés dehors et ces « vacances » dont elle lui parle ne sont qu’un chômage technique qui ne dura que le temps de la reconstruction des lieux et des cœurs, soit quelques heures pour elle, car elle compte bien y prendre part. Elle est restée bien trop longtemps exilée en campagne pour attendre une journée de plus loin du Ministère.

Moira cherche ses mots quelques secondes, consciente du peu de réponses qu’elle détient. Que le monde entier détient. Elle finit par soupirer :
- On sort doucement du chaos. Tous les volontaires sont à pied d’œuvre pour tenter de reconstruire ce qui peut l’être. On a déjà arrêté plusieurs Mangemorts. Les autres sont activement recherchés par les Aurors qui sont encore en état. On commence à avoir une idée précise du nombre de morts de part et d’autre, mais beaucoup sont encore portés disparus…
Elle prend une inspiration plus profonde avant d’ajouter.
- On n’a pas retrouvé Potter. Voldemort non plus. On pense qu’ils se sont détruits tous les deux…
La peine filtre dans les tremblements de son timbre. Potter n’était qu’un gamin, un gamin assez courageux pour venir à bout du plus dangereux sorcier de Grande Bretagne. La nouvelle de sa disparition s’est répandue jusque dans la petite maison dans laquelle elle se terrait avec ses parents, loin de la capitale. Harry et Voldemort s’étaient volatilisés et avaient emporté la bravoure des Mangemorts dans leur sillage. Beaucoup s’étaient échappés quelques minutes seulement après le flash qui avait illuminé la Forêt Interdite. Intuition lugubre. Instinct de survie. Ce sont eux que les services du Ministère ont le plus de mal à localiser.
- Je suis revenue dès que j’ai pu. Je suis désolée d’avoir été si longue, Severus…
Son regard se trouble d’une culpabilité qu’elle ne parvient pas à étrangler. Tant de choses se sont accumulées en si peu de temps… Mais lui n’a eu d'autre choix que de toutes les affronter et d’assumer la responsabilité des horreurs qui ont frappé l’Angleterre pour tous ceux qu’on ne pouvait pas encore atteindre. Et si son désir de remettre au plus vite la société magique sur pied est bien prégnant, Severus est la raison pour laquelle Moira s’est tant précipitée pour rentrer.
- Réponds-moi sincèrement. Est-ce qu’on te traite convenablement depuis que tu es enfermé ici ?
Oh, elle sait que la justice magique n’a jamais été clémente, qu’elle sait même parfois se montrer cruelle. Cependant, Moira a toujours refusé qu’un détenu soit injustement malmené, surtout avant la tenue de son procès. Mais les ressentiments d’après-guerre sont ce qu’ils sont et Severus est une cible à la fois évidente et facile à atteindre. Elle ne serait pas surprise d’entendre que des Aurors se sont livrés à des interrogatoires plus poussés qu’à l’accoutumée, à un dédain plus prégnant dans leur façon de le traiter et à d’autres sévices réguliers pour peu qu’ils ne laissent pas de marques capables de les incriminer. Et si tel est le cas, elle se jure de se faire dès aujourd’hui le rempart contre lequel ils devront tous s’acharner.


(1462 mots)

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Severus Rogue

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Ven 25 Jan - 22:20
REQUIEM POUR UN DIABLE



La voix de Moira se fait brise glaçante dans le tumulte de mon esprit. A la panique cède la clarté limpide des accents féminins tourneboulés d’inquiétude. Le fracas de l’angoisse s’apaise au contact de la glace tanslucide qui agit comme un prisme diffractant les lumières éternelles de la mémoire. Moira est là. La mignonne Gryffondor de mes jeunes années. La femme brisée après son divorce. L’inébranlable, courageuse et inénarrable Moira. Cette même blonde à l’oeil vif, à la mâchoire serrée sur le visage de laquelle passe le glas d’une émotion trop limpide pour être ignorée.

« Severus, attends… Calme-toi. Tu vas réussir à me faire un infarctus au beau milieu de mes vacances. »

Je n’avais eu conscience de crisper mes muscles dans l’attente du silence, du doute, de la douleur, de la noirceur. Je n’en prend connaissance qu’en sentant un lénifiant relâchement dénouer mon échine et courir jusqu’au bas des reins. Le soulagement vibre, l’hébétude carillonne. Moira est là. Elle paraît irréelle. Blessures de guerres à l’épaule, sans doute. Sa présence est un soulagement. Je me sens vieux soldat à côté de la fraîcheur diaphane d’une lueur d’espoir. Sa voix enveloppe d’accents chaleureux le glacial effarement des cachots.

« On sort doucement du chaos. Tous les volontaires sont à pied d’œuvre pour tenter de reconstruire ce qui peut l’être. On a déjà arrêté plusieurs Mangemorts. Les autres sont activement recherchés par les Aurors qui sont encore en état. On commence à avoir une idée précise du nombre de morts de part et d’autre, mais beaucoup sont encore portés disparus… On n’a pas retrouvé Potter. Voldemort non plus. On pense qu’ils se sont détruits tous les deux… »

Au soulas succède le frimas. Si le coeur gambade de mille réjouissances à l’idée de la chute du Seigneur des Ténèbres, ce même myocarde se serre pour la disparition d’Harry Potter. Un enfant. C’est un enfant que l’on a envoyé au coeur de la tourmente, dans les bouches de l’enfer. Les souvenirs de mes rencontres avec Albus Dumbledore déchirent le néant, fracassent les mémoires. « Vous l’élevez comme un porc qu’on envoie à l’abattage ». Mes mots exacts brûlent les vestiges de mes souvenirs d’une marque rouge. Je n’ai pu le sauver, pas plus que je n’ai pu sauver Lily avant lui. Malédiction frappe deux fois. Mort une troisième. A quoi bon survivre. Le visage s’est défait, décomposé le masque altier d’indifférence. Les pensées fracassées par de trop fréquentes incursions dans le tissu de mon esprit laissent s’échapper piaillement d’émotions. Une larme goutte sur la pommette. Soulagement, horreur. Soulagement d’être enfin libre. D’avoir enfin la confirmation de ce que cette marque des ténèbres fanée sur mon avant-bras promettait. Effroi d’avoir laissé mourir à ma place un enfant. Ultime sacrifice aux causes de la guerre. Un sacrifice que nous, adultes, aurions du faire plutôt que d’en laisser le soin à la jeunesse.

L’esprit bouillonne, la douleur retenue encore par la pudeur que seuls peuvent avoir ceux qui se sont désaccoutumé de l’implacable ouragan des émotions. Perle cristalline dévale le galbe cireux d’une peau flétrie par les intempéries de trop longues années. A peine s’est elle perdue dans le néant que je laisse le crâne se poser contre la fraîcheur de la pierre. Couronne d’épines, les souvenirs scintillent dans les ténèbres avant que ne disparaissent avec eux les visages d’Albus Dumbledore le boucher et d’Harry Potter, sa victime. Le couperet du Seigneur des Ténèbres ne fut que l’arme née d’une prophétie, de manigances, d’une histoire que j’aurais aimé avoir le pouvoir de réécrire. A quoi sert d’user de magie si l’on ne peut faire revenir l’incarnation de l’innocence d’entre les morts ? Et l’imbécile James Potter disparut enfin des traits d’Harry Potter. Pion sacrifié sur l’échiquier des grands. Il était temps.

« Réponds-moi sincèrement. Est-ce qu’on te traite convenablement depuis que tu es enfermé ici ? »

Les mots sonnent enfin, se fraient un chemin jusqu’à l’empire de mes tourments. Retour au réel. Les pierres froides irradient à l’arrière de mon crâne, la colonne vertébrale s’est tendue, les phalanges entremêlées, les yeux clos. L’ombre de la mort a plané sur celui dont la gorge fut si durement déchirée. J’ouvre les yeux, presqu’avec brusquerie. L’ange passe. Le silence cède.

« La plupart des Aurors en poste sont fidèles à ce que l’on attend d’eux, si c’est la question. J’ai toutefois un visiteur anonyme qui vient fréquemment écourter mes nuits et user contre moi ce que mes interrogateurs auront découvert le matin même en passant l’intégralité de ma vie, de l’enfance aux jours de guerre, au Veritaserum, et en prélevant dans mon crâne les souvenirs qui les intéressent en vue de mon procès. Ce doit être quelqu’un du Ministère, sa voix m’est familière, mais je ne sais qui… Quoi que je n’ai plus rien à cacher avec la fin des combats, cela ne signifie pas que ce soient d’agréables expériences. »

La paume burinée se faufile jusqu’aux doigts de Moira. Un effleurement léger qui s’espère apaisant.

« Ne va pas défendre la veuve et l’orphelin, ou plutôt le mangemort et le traître. Ça n’en vaut pas la peine. Je suis fatigué de tout cela. Si je dois finir à Azkaban, eh bien soit, j’y échouerai. »


921 mots


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Sam 26 Jan - 22:07





flashback - juin 1998

Secondes meurtrières. Attente criminelle. L’annonce du décès de Potter et Jedusor semble détruire le dernier socle sur lequel Severus reposait. Aucune vision n’a jamais autant troublé Moira que les tremblements qui agitent ses prunelles noires quand elle confirme d’un souffle à la fois les espoirs et les craintes d’une nation entière. La pâleur de son visage devient plus prégnante encore, donnant à son teint les allures d’une mort qu’il semble avoir déjà plusieurs fois souhaitée. La douleur qui s’empare de Severus filtre jusqu’à la magistrate, serre son cœur qui enrage de cette impuissance qui la paralyse toujours malgré son retour à Londres. Elle reste spectatrice de ravages qui continuent de se jouer sans elle, la gardant trop loin pour qu’elle les endigue, trop proche pour qu’elle les ignore. Sa mâchoire se serre pour contenir la colère qui renaît si aisément dans sa poitrine à regarder la souffrance qui s’abat tout autour d’elle sans qu’elle ne puisse rien faire pour y mettre un terme. Mais la larme qu’elle voit couler sur la peau livide la bouleverse tant qu’elle en oublie son propre désarroi. Elle n’avait jamais vu Severus pleurer. Pas même ce jour-là…

novembre 1981

Le gris trop terne d’un temps typiquement anglais alourdit l’air qui se charge de pluie. L’humidité du mois de novembre traverse les vêtements pour couvrir la peau de frisson. On attend une averse qui ne vient pas, et seules les larmes tombent sur l’herbe du cimetière de Godric’s Hollow. Devant l’attroupement silencieux, une nouvelle tombe en marbre trop blanc jure sur le vert du gazon. Les noms de James et Lily sont unis à jamais dans la pierre. On se demande encore comment le nom de leur fils a pu échapper à pareil destin.  

Légèrement en retrait, serrée dans un manteau noir qui fait ressortir la blondeur de ses cheveux, Moira Oaks observe sans mot dire, attend que chacun rende ses derniers hommages pour aller à son tour se recueillir sur la tombe de son amie d’enfance. Elle ferme un instant les yeux pour s’éviter la vue du cortège accablé, de cette procession qui n’en finit pas. Elle n’a jamais été femme à exprimer sa douleur, moins encore devant de si grandes assemblées. Elle aurait aimé emporter sa souffrance avec elle dans une solitude implacable, encaisser seule l’absence devenue définitive de cette amie qu’elle avait toujours gardée proche. Mais les traditions ont cette faculté à bousculer les désirs jusqu’à les rendre secondaires et imposer au monde le comportement communément attendu, sans beaucoup de résistance.

La gorge de Moira se serre alors qu’elle rouvre enfin les paupières et ses sourcils se froncent imperceptiblement quand elle distingue une silhouette qui la projette des années en arrière. Immédiatement, elle se perd dans de lointains souvenirs : la chevelure rousse de Lily s’invite discrètement dans son esprit, entourée d’éclats de rire enfantins qui dansent autour de deux fillettes comme des étincelles qui bruissent et s’agitent. Deux jeunes Gryffondors dans les couloirs d’un château millénaire. Deux élèves brillantes aux avenirs sans doute resplendissants. Et tout autour, tant d’autres jeunes sorciers affublés de robes noires aux écussons jaunes, bleus, rouges. Et verts. D’aussi loin qu’elle se souvienne, Moira n’a que rarement échangé avec Severus. Elle l’a pourtant toujours connu dans les parages, ami sincère et si admiratif de la jeune Evans qu’il n’avait guère d’yeux pour qui que ce soit d’autre, une vérité qui n’a jamais suscité de la part de Moira la moindre jalousie, mais qui a au contraire meurtri son cœur quand une dispute entre Lily et Severus les a finalement séparés. Ses plaidoiries de part et d’autre n’étaient parvenues à convaincre aucun des deux, chacun partageant une obstination telle qu’un pas vers l’autre revêtait des airs d’épreuve infranchissable. La fin des études étant bien souvent synonyme d’éloignements inévitables, de nombreuses années ont passé sans que Moira ne revoie Severus et alors qu’elle le reconnaît au loin, une sensation étrange s’empare maladroitement de son cœur, comme l’impression de trouver enfin un visage rassurant au milieu d’une foule d’anonymes. Il a l’air fermé, presque inaccessible, plus froid que celui qu’elle lui connaissait à Poudlard. Il ne pleure pas. Peut-être a-t-il gardé ses larmes pour les secrets qui ne se dévoilent qu’en pleine solitude. Moira a pleuré un peu plus tôt, quelques larmes écrasées à la hâte comme si elle craignait qu’on ne les voie. Ses yeux sont encore rougis, trop humides pour nier sa peine. Elle a hésité quelques secondes encore avant de réussir à se mouvoir, puis elle a rejoint cet ami perdu, comme aimanté à l'espoir qu'il représentait : celui de ne pas rester seule maintenant que Lily n'était plus là pour les accompagner.

juin 1998

Severus recule le visage jusqu’à faire mollement reposer son crâne sur la pierre derrière lui et Moira détourne les yeux, lui rendant enfin une pudeur que trop de gens ont bravée ces derniers jours. Le silence les enserre sans qu’elle ne fasse rien pour le briser, et elle aussi se perd dans les souvenirs qui ne cessent de la hanter. Car Harry avait beau s’appeler « Potter », pour Severus comme pour elle, il était avant tout le fils de Lily. Leur douleur conjointe ne se dit pas. Elle se sent pourtant dans ce regard qu’ils n’échangent pas, dans ces contractures qu’ils peinent à contrôler… Mais Moira ne peut prétendre entièrement la partager, car sa relation avec Harry était bien différente de celle qui le liait à Severus. Après tout, tous deux se sont fréquentés des années durant dans les couloirs de Poudlard et si la magistrate ignore tout du lien réel qui les unissait, elle se doute que la perte du garçon est plus difficile encore pour son ami que pour elle.

Il lui faut près d’une minute pour oser rompre le silence d’une voix accablée de remords alors qu’elle sait son retour si tardif et ses nouvelles intolérables. Ses excuses n’ont que de poids face à ce qu’elle vient d'asséner à Severus et ce regret s’ajoute aux trop nombreux qu’elle porte déjà depuis des années. Elle aimerait tant savoir soulager sa peine, faire disparaître de son visage les traits tirés qu’elle discerne sous la coulure de ses larmes. Mais au moins peut-elle lui éviter de souffrir plus qu’il ne le doit déjà en s’assurant que les conditions de sa détention sont les plus supportables possibles. Les yeux de Severus se referment comme s’il devait trouver au fond de lui la force de lui répondre. Moira le sent se tendre et son dos répond en miroir du sien, communion étrange qu’elle sent jusqu’au creux de son ventre. La voix de Severus s’excave pour lui confier un quotidien en demi-teinte, jonché d’ombres qu'on pourrait considérer inévitables, mais aussi d'autres trop noires pour ne pas inquiéter la juge. Ce visiteur qu’il lui décrit l’intrigue. Ses actions la débectent, presque autant que la couardise dont il fait preuve à rester dissimulé dans le noir pour harceler un homme qui ne peut pas le fuir. L’information se grave dans les esprits de la magistrate et elle manque de promettre à Severus de mener son enquête quand le contact de sa main lui fait immédiatement perdre sa phrase. Elle mate un sursaut et plante son regard dans le sien alors que sa dernière phrase tombe comme une pierre dans son estomac. La sensation la fait grimacer. Elle se mord les lèvres pour ne pas répondre aussi vivement qu’elle le voudrait, et sa main vient finalement recouvrir celle de Severus alors qu’elle souffle, le timbre encore tremblant :
- Tu n’y échoueras que si tu mérites d’y être. J’ai voué toute ma vie à cette mission. Ne me demande pas de m’en détourner quand c’est de toi qu’il s’agit.
Un silence. Son regard s’assombrit comme teinté d’une colère sourde. Elle ajoute :
- Et ne me redis jamais que tu n’en vaux pas la peine.
Sa voix a presque déraillé sur la fin de sa phrase, trahissant l’émotion qui la prend à voir Severus se déconsidérer ainsi alors qu’elle ne doit son salut qu’à sa présence à ses côtés quand les ténèbres l’entouraient, elle. Son divorce à peine entériné, sa réputation réduite en miettes, il a été cette seule épaule sur laquelle s’appuyer, ce protecteur resté dans l’ombre qui a renforcé ses défenses pour lui faire retrouver son courage, sa hargne et son aplomb. C’est à lui qu’elle doit ses talents d’occlumens, à lui qu’elle doit la femme qu’elle est devenue. La baguette de son ex-mari qu’elle sent dans la poche intérieure de son trench lui rappelle encore cette dette qu’elle garde envers lui, cette force qu’il lui a transmise et qui lui a permis d’apprivoiser le focus de son ancien époux en symbole de cette puissance retrouvée. Voir Severus si près du gouffre qui a manqué de l’avaler il y a neuf ans est une torture. Elle se jure de l’en éloigner comme il l’a fait auparavant pour elle.

Quelques secondes passent pour ramener l'accalmie. Lentement, Moira se redresse et ses yeux quittent son vis-à-vis, comme honteux d’avoir laissé transparaître une fureur qu’elle ne voulait pas diriger contre lui. Elle déglutit, regarde le sol désespérément gris. Son silence s'allonge un moment avant qu’elle ne murmure enfin :
- Je n’ai pas lu les rapports. Je ne le veux pas.
Elle fait un effort pour relever les yeux vers lui. Sa respiration se trouble plus encore qu’elle ne l’était.
- Je sais ce qu’ils ont arraché de ton esprit, sur la guerre et bien au-delà. Je sais que tout est quelque part, soigneusement conservé dans les dossiers du Ministère. Mais je ne veux savoir que ce que tu veux que je sache.
Ses traits s’adoucissent peu à peu alors qu’elle semble souffrir chaque mot qu’elle prononce. Ses yeux semblent déjà le prier de la pardonner pour ce qu'elle s'apprête à dire.
- Alors je te promets que je ne te le demanderai qu’une fois et que je n’exigerai rien de plus que ce que tu accepteras de me donner, mais il faut que je te le demande Severus…
Une inspiration. Elle achève :
- Quel a été ton rôle dans cette guerre ?
Questionnement incessant. Obsession incurable qui la hante depuis des années déjà, depuis que les racontars ont commencé à s’opposer à l’image qu’elle avait de lui. Ses exactions faisant vaciller ses croyances à mesure que l’Angleterre s’enfonçait sans l’horreur, Moira s’est accrochée jusqu’au bout à ses instincts les plus primaires qui l’empêchaient de croire en ce monstre qu’on lui décrivait. Elle n’a jamais cru à la noirceur profonde de l'âme de Severus. Mais, alors que tous tentent de la prouver aujourd’hui, c’est à lui qu’elle veut donner le droit de la détromper en premier.

(1774 mots)

©️ ACIDBRAIN

Severus Rogue

Severus Rogue
MONSIEUR LE DIRECTEUR
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TEATIME is always epic with englishmen | ALWAYS in love with his dear Lily | BOOKS lover | MAGISTER es potionis
Jeu 31 Jan - 21:49
REQUIEM POUR UN DIABLE



Ma vieille carcasse ploie sous la charge des ans et la pesanteur des épreuves. Échine courbée, jambes repliées en tailleurs dans un mouvement douloureux, désinvolte, que je n’ai plus adopté depuis mes folles épopées juvéniles. L’ombre passe, le temps d’une seconde, sur le visage buriné par la lassitude. Ténèbres déployées au fond des iris avant que ne se closent les paupières l’espace d’une seconde. Moment immortel où se joignent les paluches décimées par le froid, les jours, l’angoisse. Rhumatisme précoce court le long de l’échine et se loge dans les cervicales. S’il est une assurance que je puis avoir, c’est que je suis bien trop vieux pour une incarcération, et tout autant âgé pour lutter contre le spectre d’une injustice. L’indolence d’un renoncement balaie les flots de ma pensée, noyant les derniers sursauts dans la plénitude d’une chute libre. Et crépitent les torrents sur les pierres lavées, polies, étincelantes sous le passage des flots.

« Tu n’y échoueras que si tu mérites d’y être. J’ai voué toute ma vie à cette mission. Ne me demande pas de m’en détourner quand c’est de toi qu’il s’agit. »

La voix de Moira tonne dans le quiet instant d’absolu. Une ancre dans le monde pour forcer mes esprits à reformer un fil de conscience consistant qui me permette de le suivre, et surtout de l’exprimer. Sa présence comme celle de mon tourmenteur ont, paradoxalement, le même effet. Ils forcent ma concentration, m’empêchent de lâcher prise tout à fait pour me laisser engloutir dans les failles mentales qu’ont ouvertes les trop nombreuses invasions de mon intime psyché. Si les Aurors legilimens qui ont pratiqué les incisions sont doués, il n’en sont pas pour autant précautionneux. Que suis-je pour eux, sinon une source d’information et un meurtrier ? Quel sang sur mes paumes, sinon celui, au moins, d’Albus Dumbledore et de bien trop nombreux autres ? Des décennies d’Occlumancie ne m’ont pas permis d’accepter mes fautes et les béances de mon être… seulement de n’y pas penser en rejetant au loin la douleur de ces souvenirs là pour me concentrer sur la seule souffrance d’avoir tué Lily.

« Et ne me redis jamais que tu n’en vaux pas la peine. »

L’esquisse d’un sourire. Si fugace expression qu’on croirait pouvoir l’avoir rêvée. J’ai appris, il y a bien trop longtemps qu’on ne contredit jamais une gryffondor. Jamais. Qu’elle soit rousse ou blonde. Lily ou Moira. Il y a des terrains de l’affect, du sentiment, de la justice sur lesquels la guerre ne vaut pas la peine d’être débutée. Signe infime de paix, la torsion presque douloureuse de l’encoignure d’une lèvre vaut acquiescement et reddition. Je puis combattre Moira sur de nombreux terrains discursifs… mais certainement pas celui-là. Le sage sait reconnaître sa défaite. Le fol seul se hasarderait à la stérilité d’un argumentaire à charge contre la magistrate.

«  Je n’ai pas lu les rapports. Je ne le veux pas.  Je sais ce qu’ils ont arraché de ton esprit, sur la guerre et bien au-delà. Je sais que tout est quelque part, soigneusement conservé dans les dossiers du Ministère. Mais je ne veux savoir que ce que tu veux que je sache. Alors je te promets que je ne te le demanderai qu’une fois et que je n’exigerai rien de plus que ce que tu accepteras de me donner, mais il faut que je te le demande Severus… »

Le coeur rate un battement, ou dix peut-être. Souffle se bloque quelques secondes dans la gorge alors qu’exhalent les paupières leurs perles de cristal.

« Quel a été ton rôle dans cette guerre ? »

Question attendue et difficile. Naissance d’un croisement. Personne d’autre n’a demandé. On a exigé, extrait, arraché, obligé. Personne n’a demandé. Si je ne peux m’étonner du traitement que l’on m’inflige en interrogatoire, car il est mérité amplement, l’approche de Moira s’avère bien plus douloureuse que celle de tous les bourreaux qui pourront s’infiltrer dans cette cellule. Âme à vif fracassée par une once d’humanité. Myocarde décousu, désaccoutumé de sentir les chaleurs mordantes de la sollicitude, du respect. Prêt à exploser, à se morceler sans les fils chirurgicaux qui le gardaient savamment scellé. L’ombre et la lumière calanchent, la peine et la haine grignotent. La clepsydre goutte ses secondes sans qu’un mouvement, même infime, ne parvienne jusqu’à Moira. Statufié, je l’ai entendu mais n’ose plus bouger, à peine souffler. Crainte. Terreur absolue. La fraction de temps suspend son vol dans la hantise que cette rencontre ne soit qu’un songe produit par la maladie d’un esprit par trop étiré au cœur des tourmentes. Expiration légère se mue en buée, souffle de glace jeté entre les labres desséchés, craquelés. Parchemin d’une face de bronze figée dans l’austérité sempiternelle d’un masque d’indifférence hargneuse. Persona mortuaire portée si longuement que je ne puis dire à quoi ressemble ma face sans elle. Le comédien a si bien usé la corde de son costume qu’il en a perdu le fil de son identité présente.

Convoquer le passé.
Encore.

Semaines et semaines sous le joug de Chronos. Réponse seule se forme sur mes lèvres, naît sur le bout de ma langue. Je suis fatigué. Voilà tout ce que je voudrais répondre à Moira. Voici ce qui siffle entre l’émail blafard de mes chicots.

« Je... »

L’achèvement d’une répulsion meurt en borborygme dans la gorge. Gargouillis mué en quinte de toux. Un signe des Dieux… Si déités existent, elles m’ont oubliées. Signe du Diable, alors, et n’en parlons plus. Le carillon d’un temple protestant, sobre appel à la prière sur les hauteurs du bassin minier de ma contrée d’enfance sonne. Je n’ai jamais été croyant. Mon père l’était, ce qui ne l’empêchait pas de décimer les bouteilles. Dieu n’a jamais été mon guide pas plus que Satan ne fut mon tentateur. Miracle est germe d’une croyance moldue… Alors pourquoi notre société est-elle si pétrie de valeurs confessionnelles.

Bien et Mal.
Noir et Blanc.
J’ai passé ma vie sur le fil du manichéisme.

« J’ai pris la marque sitôt sorti de Poudlard, le dix-sept juillet mille neuf cent soixante-dix-huit. Je m’étais disputé avec Lily, quelques années auparavant, comme tu sais, j’avais perdu ma mère, je fréquentais trop de sorciers issues des vieilles familles de Sang Pur chez lesquelles le discours du Seigneur des Ténèbres avait quelques échos. J’ignorais, à l’époque, qu’il était un Sang-mêlé comme moi… Heureusement. Si je l’avais su, je me serais plus encore identifié à lui, je crois. Le pouvoir était tout ce que je cherchais. Je voulais me venger, me libérer. Je voulais tuer mon père. »

Les images brûlent ma mémoire. Visage bouffi, rouge, au pif violacé. L’oeil vitreux fixé sur le carreau sali d’où filtre la blême pâleur d’un jour d’été. A-t-il entendu mon pas ? A-t-il senti le poids de mon silence ? Flash vert. Et mon âme se déchira une fois.

« Il fut ma première victime. »

Le silence revint l’espace d’une seconde. Le temps de ravaler un sanglot. Je n’ai jamais regretté mon geste que pour une chose : mon père n’a jamais valu le prix versé pour son sang.

« Il m’a encouragé à faire ce dans quoi j’excellais : les potions. J’ai préparé ma maîtrise, financée par le Seigneur des Ténèbres. Un potionniste de talent lui était sans doute précieux. Je l’ai connu à l’époque où, au faîte de son pouvoir, il n’était pas encore complètement fou ou le laissait moins transparaître en tous cas. J’étais séduit par ses discours, galvanisé par ses ambitions. Il m’avait donné une cible vers laquelle diriger ma haine et ma douleur. J’ai participé aux raids quand il me l’a ordonné, tué quand il me l’a demandé, violé quand il l’a exigé, massacré. Je suivais les ordres et j’agissais de mon propre chef : je m’étais convaincu de la justesse de mes agissements. Un mal pour un bien, un chaos, une anarchie pour un monde nouveau. »

Le fil de voix se brisa net. La paupière demeura close, obstinément close. Si je croise le regard de Moira, je ne pense pas être capable de répondre à sa question jusqu’au bout. Une impérieuse impression me souffle pourtant que je le lui dois de toute mon âme, de tout mon être en mémoire de nos jeunes années, et de ces heures à lui enseigner l’occlumancie plus qu’au nom de sa distinction professionnelle.

« J’ai toujours su passer plus ou moins inaperçu, aussi faisais-je de temps à autre de la surveillance ou de l’espionnage. Un soir, à la Tête de Sanglier, j’ai surpris une discussion entre Albus Dumbledore et une professeure qu’il auditionnait pour enseigner la Divination : Sibylle Trelawney. Celle-ci a fait une prophétie annonçant pour juillet la naissance d’un garçon qui parviendrait à détruire le Seigneur des Ténèbres. Je me suis empressé de rapporter l’information – incomplète car je n’avais pas entendu toute la prophétie – à mon maître. Deux enfants correspondaient à la prophétie : Neville Longdubat et Harry Potter. En choisissant d’attaquer les Potter, le Seigneur des Ténèbres a, ironiquement, modelé lui-même l’arme qui l’amènerait à sa chute s’il est bien vrai qu’il a été terrassé. »

Songe pensif, les globes s’agitent sous la fine membrane de chair qui les protège le temps d’une conversation. La manche roule sur l’avant-bras. Commentaire à mi-voix, presque songeur, tandis que l’affreuse cicatrice blanche affadie défigure l’endroit où jadis brûlait le joug d’un asservissement.

« Mais ce doit être vrai. La marque a disparue. »

Infime tressautement de l’épaule, la nuque s’ébroue avec douceur. Le corps se cale mieux, la colonne se déploie. Vertèbres tassées se sont faites douloureuses un temps. Immobilité quiète retrouvée, sérénité depuis longtemps délité derrière une seule façade survivante, vestige d’un temps où il ne fallait faiblir à aucun prix. Une époque qui n’est pas si lointaine.

« Dès que j’ai appris l’attaque prévue sur la maison des Potter, j’ai supplié le Seigneur des Ténèbres d’épargner la vie de Lily. Je me contrefichais de ce qui pourrait arriver à son mari ou à son fils. S’il avait accéder à ma requête et épargné Lily, jamais je ne serais allé à la rencontre d’Albus Dumbledore, cette nuit là. Jamais je n’aurais trahi… Avec des si, on mettrait le Ministère en flacon, mais je demeure persuadé qu’en ce temps, j’aurais été capable d’ensorceler Lily et de m’attacher sa vie avec ou sans son consentement… J’aurais pu faire n’importe quoi. »

Aveu cruel d’une résolution ancienne, terrible. Tournoient les spectres ténébreux de crimes fomentés, pensés, polis par les rouages d’une machination mécanique. Coeur décousu s’étiole dans le silence empesanti de la charge de l’honnêteté douloureuse. A quoi a tenu l’allégeance versatile d’un garçon qui mettait en premier son intérêt, celui de la femme qu’il aimait éperdument.

« Mais il s’est moqué de moi en me voyant ramper devant lui et le supplier d’intercéder en la faveur d’une ‘sang de bourbe’. J’ai échu dans le bureau d’Albus et lui ai donné tout ce qu’il voulait en l’échange de la survie de Lily. J’ai accepté de lui divulguer toutes les informations à ma portée et de jouer double jeu dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. Et puis Peter Pettigrew a fini par trahir et révéler l’endroit où se cachaient les Potter… La nuit du trente-et-un octobre mille neuf-cent quatre-vingt un, Harry Potter débarrassa le monde de la magie de son ennemi une première fois. Cette nuit là, Lily est morte. »

Perles de cristal s’échouent sur les rides blafardes d’un masque fendillé. Je hoquette en maudissant mon accès de faiblesse, en maudissant la traîtrise de ma voix enterrée dans un irrépressible sanglot. Les secondes se font poignées de temps, les minutes filent. Le souffle redevient long et lent, les orbes noires se défilent dans la pénombre, paupières retroussées, cils battant la rosée disséminée le long de ses oeillades. Regard obstinément fixé sur les ombres déchirées par l’unique raie de lumière qui filtre dans la cellule. Faisceau blafard soudainement bien fascinant. La voix tinte, presque métallique. Résolument mécanique.

«  J’ai repris du service lors du retour du Seigneur des Ténèbres. J’étais professeur de potions à Poudlard, intégré à l’Ordre du Phénix, intégré aux Mangemorts. J’ai pu jouer sur les deux tableaux. Je transmettais à Albus Dumbledore des informations du camp d’en face et faisait filtrer des informations de l’Ordre du Phénix sur demande d’Albus Dumbledore pour affermir ma couverture. L’avantage de ma position était que moi seul connaissais ma véritable allégeance. J’aurais pu changer mille fois de camp dans la journée, personne n’en aurait rien su. En outre, ma position d’espion me mettait à l’abri de la plupart des missions dangereuses dans un camp comme dans l’autre. Je n’ai, par exemple, pas participé à la libération des Mangemorts emprisonnés à Azkaban il y a deux ans. Ni Albus Dumbledore ni le Seigneur des Ténèbres ne voulaient griller ma couverture… »

La vue se brouille, déraille, dérive. L’heure approche de rendre compte des plus difficiles épreuves. La peine tournoie, flamboie, lacère l’âme de griffes d’encre.

« Albus Dumbledore était mourant. Un artefact contenant un fragment de l’âme du Seigneur des Ténèbres. J’ai réussi à contenir pendant un temps le maléfice dans son bras, mais il était condamné. Le Seigneur des Ténèbres avait demandé au jeune Drago Malefoy de le tuer pour lui prouver sa loyauté. Albus m’a supplié d’empêcher Drago de devenir un meurtrier. Alors je l’ai fait. J’ai tué Albus Dumbledore. L’année qui a suivi, j’étais directeur de Poudlard. Le Seigneur des Ténèbres a fait placer les Carrow dans le personnel. J’ai fait ce que j’ai pu pour assurer la protection des élèves, mais je n’ai pu être partout. Je sais que certains jeunes gens ont particulièrement souffert. La petite Ollivander, je... »

Les paumes tremblent quelques peu, le visage se crispe de douleur. Je revois la gamine, amenée à une réunion de mangemorts, torturée pour faire parler son grand-père.

« Elle aura besoin d’aide. Beaucoup auront besoin d’aide. Les aînés ont été forcés à lancer des impardonnables, les plus jeunes ont souvent servi de cibles... »

L’impuissance agite avec violence l’épaule d’un tic d’angoisse. Je ne sais que trop combien ont souffert ces enfants de ma direction. Les choses auraient pu être pires… Il y aurait pu y avoir des morts. Il n’y en eut aucun avant la grande bataille. A quel prix ? Voix d’outre-tombe cisaillent l’air avec une redoutable pénétrance, et l’acuité si particulière des fous m’enveloppe, me traîne au bord des songes. Au bord d’un précipice si tentant. Ces flots d’oubli, de catatonie, je m’y pourrais noyer.

« J’ai tué, torturé, menti, empoisonné, violé. Je suis un criminel de guerre, Moira. Quelque soit le camp vainqueur qui me juge, je suis un criminel de guerre. »

Et le silence s’installe pour de bon. Fracas des révélations tranquilles s’étiole dans le silence. Je me sens vide. Plus vide encore que lorsque j’ai commencé à parler. Plus fatigué encore que lorsque l’écho de ma voix a sonné dans le caveau secret qui m’emportera sans doute vers les éthers d’un sommeil éternel. Quelle place reste-t-il pour moi dans un monde à reconstruire sur de saines bases ? Quelle place pour une arme affûtée par deux camps, laissée, désormais sans maître ni main pour la brandir ? L’étouffement d’un destin libre de joug m’effraie au plus haut point. Le choix. La liberté. Un luxe que je n’ai jamais connu.

2548 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE

Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
ADMINISTRATRICE
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En ligne
Mar 5 Fév - 1:06





flashback - juin 1998

De la terreur. C’est tout ce qu’elle voit dans ses yeux sombres à l’instant où elle formule sa question. Et son dos se tend en réponse comme si elle sentait déjà se fracturer ses premières illusions. Quelle vérité pourrait tant faire trembler Severus sinon celle des pires culpabilités ? Quelles confessions autres que celles qu’elle a toujours refusé de croire pourraient effrayer un homme comme lui ? Immédiatement, les accusations qu’elle a toujours démenties se rappellent à sa mémoire, hurlantes, comme des mises en garde. Menteur. Traître. Meurtrier. Les insultes tournent en boucle dans sa tête sans qu’elle ne parvienne à les contrer et la peur de Severus finit par atteindre ses prunelles alors qu’elle hésite presque à reculer, à lui demander de se taire pour ne jamais l’entendre dire ce qu’elle pressent derrière ses lèvres closes. L’ignorance n’était-elle finalement pas un moindre mal ? Pourquoi fallait-il qu’elle lui demande ? Pourquoi fallait-il qu’elle sache ? Toutes ses convictions s’effritent. Le combat qui se déchaîne dans ses esprits fait légèrement trembler ses mains qu’elle ferme en deux poings pour mater ses spasmes. Son cœur s’emballe, sa respiration se saccade, mais elle ne parvient pas à quitter Severus du regard. Elle reste figée, pantelante, attendant la sentence qu’elle a elle-même invoquée.

La souffrance de Severus se lit sur chacun de ses traits. Elle la sent dévaler ses muscles qui se raidissent alors qu’il exhale un simple mot. Soupir las, éreinté… Il ne parvient même pas à accoucher d’une phrase. Son hésitation fait courir un frisson le long de la colonne de Moira alors qu’elle se fait violence pour ne pas détourner les yeux. La porte entrouverte est allègrement franchie. Ils ne peuvent faire semblant d’ignorer ce qui se trouve derrière. Alors, Severus inspire, soupire, et entame enfin des aveux qu’il n’a jamais faits de son plein gré.

Les images défilent dans l’esprit de la juge à mesure que le sorcier les lui conte. Jeune homme aux cheveux noirs séduit par des discours sur la pureté du sang. Gamin avide de puissance, avide de vengeance, désirant trouver sa place après les trop nombreux rejets subis. La première déchirure se dessine avec une netteté implacable. Parricide. Le mot éclate dans la tête de Moira avec une violence inouïe. Ses poings se resserrent plus encore alors qu’elle se force à maintenir encore son regard, écouter de tout son cœur qui se brise maintenant que Severus s’ouvre enfin. Les larmes continuent de perler dans le coin de ses yeux alors qu’il poursuit. Et les crimes se répondent, s’enchaînent et s’accumulent comme ses détracteurs le lui avaient dit. Le sang que Severus a sur les mains jure avec la pâleur de sa peau. Moira déglutit. Ses paupières se ferment pour ravaler le dégoût qui l’assaille, cette colère qu’elle se voue à ne pas avoir vu l’horreur prendre corps sous ses yeux. Son aveuglement la tenaille une nouvelle fois, la gifle en plein visage pour s’être encore laissée fourvoyer par la confiance qu’elle donne. Un instant, la voix de Severus se déforme pour épouser le timbre de Nathan. Son ex-mari s’empare de ses traits, de ses larmes, du tremblement de son timbre quand ses aveux prennent des allures d’excuses. La magistrate s’effondre. Seule la tétanie de ses muscles l’empêche de ployer, la maintenant droite face à un homme qu’elle n’est plus sûre de connaître. Mais ce n’est que quelques secondes plus tard qu’elle réalise que le coup le plus dur ne l’a pas encore frappée.

Les tremblements de sa poitrine deviennent soubresauts à l’instant où elle comprend. Une de ses mains vient partiellement recouvrir ses lèvres alors que sa voix s’éteint dans le fond de sa gorge. Chaque mot que Severus prononce est une torture pendant que se peint sous ses yeux un tableau cauchemardesque qu’elle n’avait jamais osé imaginer. Le mystère de la mort de Lily dévoile son pire scénario, et Moira se statufie, oublie de respirer. Les sanglots de son ami ne l’atteignent pas. Plus rien ne l’atteint, si ce n’est cette dernière phrase, percutante comme un coup de grâce. Cette nuit là, Lily est morte.
- Alors c’était toi.
Le murmure lui échappe comme un coup qu’elle ne parvient pas à retenir, le souvenir de la perte de Lily lui sautant à la gorge avec une violence qu’elle ne parvient pas à endiguer.
- C’est par toi qu’il l’a su…
Une part d’elle se fracture, regrettant sa phrase à l’instant où elle l’a formulée. Mais l’autre persiste, embrasée par le chagrin venu attiser sa colère. Les larmes qui emplissent ses yeux rendent Severus difforme, monstrueux. Moira le regarde sans plus le voir. La crispation de ses mâchoires la défigure. Il lui faut convoquer toutes ses forces pour contenir les cris qui résonnent dans sa tête et laisser le sorcier achever son récit. Il ne croise plus son regard. Une part d’elle en est soulagée. L’autre enrage plus encore.

C’est à peine si elle frémit quand il lui décrit la mort de Dumbledore. Moira est déjà éteinte, terrassée. Les derniers regrets que Severus lui livre s’évanouissent dans le silence qu’elle entretient. Elle n’entend plus que son cœur, les battements trop lents qui martèlent ses tympans, lourds et irréguliers. Epuisés. Les secondes deviennent minutes et Moira se perd, noyée dans des sentiments contraires qui se heurtent et se déchirent sans qu’elle ne trouve rien à quoi se raccrocher. Toutes ses croyances se retrouvent perverties, amputées. Elle ne sait plus distinguer le faux du vrai. Ne reste que la colère, cette haine qu’elle aimerait ne diriger que contre lui mais qui se retourne inlassablement contre elle, elle qui a cru encore, elle qui a aimé, défendu, protégé, sans voir la bête tapie derrière les traits qu’elle admirait. Triste cycle qui se répète encore, tord et disloque son existence pour mieux la faire ployer. Ne sait-elle s’attacher qu’à ceux qu’elle devrait réprouver ?

Le temps perd toute substance. Elle ne sait pas combien il lui en faut avant de parvenir à regarder Severus. Le bleu de ses iris est sombre, rendu brillant par les larmes qu’elle s’interdit de laisser couler. Et sa voix tremble, déraille sans qu’elle ne cherche plus à le maquiller :
- Toutes ces années… Toutes ces années j’ai refusé d’y croire. J’ai tenu tête à tous ceux qui osaient t’attaquer. Toutes ces accusations, toutes ces rumeurs… Je n’y ai jamais vu que des mensonges parce que je voyais autre chose en toi. Je croyais te connaître. J’étais sûre de…
Les mots lui échappent. Ses mains passent sur son visage alors qu’elle ravale un sanglot abrupt comme un gémissement. Elle détourne le regard, retient derrière ses dents serrées la rage qui filtre dans le rythme saccadé de son souffle. Elle soupire d’une voix lasse :
- Tout était là. C’était si évident…
Elle grimace, se répugne de son propre aveuglement. Mais les souvenirs s’acharnent, demandent des réponses qu’elle ne peut trouver seule. Elle revient accabler Severus de son regard et sa voix se fait plus ferme, portée par sa colère :
- Qui étais-tu alors quand tu es revenu vers moi ? A qui je confiais mes peines après la mort de Lily ? Pourquoi m’as-tu aidée après que j’ai rayé Nathan de ma vie ? Etais-je ta porte d’entrée au Département de la Justice ? Celle par qui te venaient des informations dignes de Dumbledore ou de Voldemort ? L’un ou l’autre, quelle importance ? Etais-je seulement une source, pour un camp ou pour l’autre ?
La question la tiraille avec tant de force qu’elle semble écarter ses côtes pour directement atteindre son cœur. Les yeux de Moira se font suppliants, demandant la vérité, qu’importe désormais le prix qu’elle lui coûtera. Sa voix défaille plus encore alors qu’elle peine à articuler :
- Toutes ces années je t’ai laissé me guider. J’avais confiance en toi. Je refusais de croire en l’homme qu’on me décrivait parce que ce n’est pas celui que je voyais, moi. Tu étais mon ami, et je n’en ai jamais douté.
Et la question le frappe, sèche comme une gifle.
- Est-ce que j’avais tort là-dessus aussi ?

(1347 mots)

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Severus Rogue

Severus Rogue
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Mar 5 Fév - 15:51
REQUIEM POUR UN DIABLE




Il n’est d’hiver plus rude que celui tempêtant sous la carne, dans les os. Fracassent les pensées, les contenances. L’assaut d’une glaciale rafale remue l’être dans une cruelle Apocalypse. Les chevaux ruent, les cavaliers déferlent sur le monde. Et que reste-t-il encore après la brûlure des terres sur leur passage ? Rien sinon des cendres tombant mollement des cieux où les feux divins auront consumé les étoiles d’espérances. Toutes lanternes éteintes, crâne plaqué contre la froidure de la roche, je laisse dériver mes pensées, prêt à accueillir dans le secret d’une confession la déclaration de guerre, de haine, de douleur de Moira. Les Gryffondor et leur fichue âme chevaleresque… La quiète détresse résonne soudainement de la voix brisée d’une magistrate qui ne défaille d’ordinaire jamais. Ces accents de désespoir, je ne les ai entendus qu’après le divorce de ma paire.

« Toutes ces années… Toutes ces années j’ai refusé d’y croire. J’ai tenu tête à tous ceux qui osaient t’attaquer. Toutes ces accusations, toutes ces rumeurs… Je n’y ai jamais vu que des mensonges parce que je voyais autre chose en toi. Je croyais te connaître. J’étais sûre de… »

Pleurs plutôt que colère. Effondrement plutôt qu’ire. J’ouvre les paupières pour étudier d’un œil las l’employée du Ministère. Je m’attendais à une explosion, à des flambées coléreuses, acerbes et dévorantes. La peine et la déception de Moira sont peut-être plus dures encore à accueillir. Je vois passer sur son visage les mêmes expressions que celles qui, jadis, colorèrent le visage de Lily.

« Tout était là. C’était si évident… »

Désespérance suinte de ses mots, de son attitude. J’inflige à nouveau de cruelles blessures à mes proches. Pourrais-je un jour faire autrement que de déchirer par mes choix, mes démons, ma noirceur les pires tourments aux rares âmes qui furent capables de me toucher le coeur ? Monstre. Griffes déchirent les cieux et les esprits. Je me sens l’ogre que l’on a toujours décrit. Adolescent, j’ai utilisé comme bon me semblait ceux qui pouvaient m’être utiles, sans état d’âme, comme des automates, des jouets sur le chemin. Pantin marionnettiste. J’ai été à la botte de deux maîtres. Deux Seigneurs. L’un se clamant empereur des Ténèbres, l’autre se voulant chantre du Bien.

« Qui étais-tu alors quand tu es revenu vers moi ? A qui je confiais mes peines après la mort de Lily ? Pourquoi m’as-tu aidée après que j’ai rayé Nathan de ma vie ? Etais-je ta porte d’entrée au Département de la Justice ? Celle par qui te venaient des informations dignes de Dumbledore ou de Voldemort ? L’un ou l’autre, quelle importance ? Etais-je seulement une source, pour un camp ou pour l’autre ? »

Interrogations si légitimes et si blessantes. Je ne sais que trop bien que la confiance qu’elle plaçait en moi s’est brisée sur le fil de mes révélations. Cela aurait-il était plus simple, plus aisé si elle s’était contentée de lire le rapport ? Plus facile pour moi, sans doute. J’aurais pu fuir les responsabilités de mes actes. J’ajoute, mentalement, une raison supplémentaire de m’entailler l’âme de tourmentes nouvelles. Regret. Expiation. Lorsque j’arriverai sur mon lit de mort, j’aurai sans doute bien des comptes à rendre à la Faucheuse. Mais je me sens prêt à les rendre, hic et nunc, faisant de Moira l’ultime absolutrice de mes fautes. Et que soient emportées mon âme et mes cendres par le frimas mortifère des ténèbres.

« Toutes ces années je t’ai laissé me guider. J’avais confiance en toi. Je refusais de croire en l’homme qu’on me décrivait parce que ce n’est pas celui que je voyais, moi. Tu étais mon ami, et je n’en ai jamais douté. Est-ce que j’avais tort là-dessus aussi ? »

Un sentiment de paix nouvelle me submerge. Moira sait. Elle sait, désormais, ce que fut ma vie. Je ne lui demande ni pardon ni compréhension. Savoir seul suffit. Soulas dévore le fil de mes pensées. Je n’ai plus à mentir. L’honnêteté du condamné est sa dernière victoire. Sa dernière audace. Et je peux partir en sachant que ma mort ressemblera à ma vie : l’opprobre de mauvais choix et la solitude glaçante d’une âme prématurément vieille. Les muscles se décrispent. Je sens fondre l’austérité de mes traits et la tension endolorie de mon échine.

« Je t’ai aidée parce que je le pouvais et le voulais, Moira, parce que c’était dans mes capacités et dans mon pouvoir… Et surtout parce que rien ne m’y obligeait. T’aider, t’écouter, te parler… ça a été l’une des rares choses que j’ai pu faire au cours de mon existence sans que cela ne me soit dicté, ni par un maître, ni par l’autre. Un des rares moments où j’ai pu, au moins un peu, laisser tomber le masque. Tu m’as connue jeune, à l’époque où j’étais libre mais stupide. Tu te souvenais de l’adolescent plus que tu ne connaissais le mangemort. Avec toi, j’ai pu oublier un peu la marque et les épreuves que je me suis infligées en la prenant. »

Et le jeu dangereux auquel je me suis adonné bien trop longtemps. L’oeil fixe sans les voir les traits brouillés du visage et de la silhouette de Moira. Renoncement déferle, arrache le tourment pour une seconde ou deux. La vilenie suinte hors de l’esprit et de la matière le temps d’une seconde. Le temps d’un aveu.

« J’ai servi Albus Dumbledore pour expier mes fautes vis à vis de Lily, mes mauvais choix et la piètre vie que j’ai menée, mais rien ne la fera jamais revenir. Ni les risques que j’ai pris pour assurer la sécurité de son fils privé par ma faute de sa mère, ni mon remord. Ma tâche est accomplie, cependant : Harry Potter a vaincu, au prix de sa vie, sûrement. Je suis prêt désormais à affronter les conséquences de mes actes et à trouver enfin le repos dans le trépas. »

A dire vrai, s’il n’y avait eu Fumeseck, je serais déjà Ad patres. Je ne m’explique pas le choix du phénix de m’avoir accordé le don de ses larmes. Il aurait été bienvenu que l’on accorde un terme à cette vie trop longue, étiolée de mauvaise fréquentation en choix regrettables et regrettés. L’ombre tournoie, je crains un instant que l’état de grâce ne me quitte. Si Potter a été martyr idiot pendant ses jeunes années jusqu’à ce qu’il ne soit fauché par la victoire et accueilli dans les bras de la Mort, que dire de moi ? Le poignard même d’un assassin serait bienvenu.

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PUTTING DEATH IN BOTTLE

Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
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Lun 11 Fév - 12:21





flashback - juin 1998

Les tremblements dans tout son corps se font si prégnants qu’elle doit se réinstaller sur sa chaise pour tenter vainement de les dissimuler. Ses sentiments s’écharpent. Ses peurs s’acharnent. Elle a l’impression de ne plus avoir subi pareille détresse depuis neuf longues années, lorsque Nathan se tenait face à elle comme Severus aujourd’hui.

Ses esprits enfiévrés dissèquent le moindre de leurs souvenirs communs, remontent le temps pour trouver dans leurs rencontres, dans leurs regards, dans leurs confidences, les indices qui auraient dû lui faire voir ce qui la frappe maintenant en plein visage. Mais ses dérobades ne tiennent pas face à l'évidence de son refus de voir, car les réponses étaient là, depuis toujours, et qu'elle sait avoir choisi de les ignorer.

Où est la trahison alors, quand le seul crime envers elle n’a été que de ne pas avouer l’évidence ? Que pouvait-elle exiger de Severus dans la position où il se trouvait ? Sa colère bute sur l’illégitimité de ses sentiments bien que les exactions soient réelles. Car les fautes de Severus n’en sont pas moins graves et sa détention moins juste. Des scènes monstrueuses se projettent sur les paupières closes de la magistrate, imagination pernicieuse qui ne peut s’empêcher de se représenter le pire pour vicier la réalité de ses couleurs horrifiques. Mais l’idée que leur amitié n’ait été qu’un leurre la répugne peut-être plus encore et Moira ne peut supporter ce questionnement qui la tiraille. Alors elle l’expulse, se débarrasse de son poids pour le laisser aux épaules de celui qu’elle toise. Et pourtant, Severus ne semble pas lui en tenir rigueur. Mieux encore : c’est un soulagement qu’elle croit lire dans ses yeux, comme si ses confessions l’avaient libéré d’un carcan qui l’empêchait de respirer depuis des années. Sa voix s’adoucit quand il lui répond, l’assure que rien dans leur relation n’a été dicté par l’une de ses allégeances, et si le souffle de Moira tremble encore, il se fait enfin plus profond, moins anarchique. Les yeux de la juge s’abaissent sur la marque dénudée que Severus porte à son bras, trouble et blanchie, comme un souvenir confus qu’on ne peut pourtant oublier complètement. Son regard lui revient, si profond qu’elle se laisse s’y perdre de longues secondes, le temps pour lui de lui faire un dernier aveu. L’ombre de Lily plane dans la pièce, si prégnante que Moira la croirait debout derrière elle. Mais les derniers mots de Severus reviennent souffler sur les flammes de son ire et son corps se tend de nouveau à le voir ployer l’échine comme un mourant. « Trouver enfin le repos dans le trépas ». Elle ne peut pas croire qu’il parle ainsi. Lui, son socle depuis des années, l’épaule qui n’a jamais failli. Le voir tombé si bas est une torture. Le voir refuser de se battre est plus terrible encore. Moira se redresse, le visage fermé pour contenir sa peine. Sa voix siffle entre ses dents, cinglante comme le coup qu’il vient de lui asséner :
- Alors c’est tout ?
Son regard ne lui offre pas la clémence d’un répit, lourd et dur, planté sur lui comme un pieu. Elle ne peut croire qu’il lui dise cela, que toutes ses résistances se soient brisées à la fin de la guerre. Pas lui.
- C’est tout ce que tu avais à offrir à ce monde ? Un pion ? Une existence malléable pour qui voulait bien s’en servir ? Et maintenant que plus personne ne vient exiger ta soumission, tu te laisses mourir comme si tu n’avais plus de raison d’être ?
Le verbe est sec, sans aucune concession. Elle veut le bousculer, réveiller cet orgueil qu’il semble avoir complètement délaissé. Elle n’accepte pas de le voir se laisser mourir ainsi. Elle s’y refuse.
- Quand seras-tu prêt à faire enfin tes propres choix ?
Un silence encore, quelques secondes en suspens qu’elle maintient comme pour lui donner une chance de se défendre, avant que sa main ne vienne attraper son avant-bras, d’un mouvement trop brusque bien que sans violence, attrapant sa marque pour la remettre sous ses yeux. Son regard revient se ficher dans ses iris sombres. Sa voix se fait plus triste, moins ferme.  
- Toute ta vie tu n’as fait que suivre, prêter allégeance à un maître ou un autre pour qu’il décide pour toi le chemin que tu devais prendre. Mais Dumbledore et Voldemort ne sont plus là et tu n’auras plus d’occasion de te dérober. Pour la première fois, tu vas devoir faire tes propres choix.
Son pouce court faiblement sur la marque, caresse consolatrice qu’elle ne peut s’empêcher de glisser sur sa peau quand elle comprend combien cette soudaine liberté doit être effrayante pour lui. Mais à le voir déjà si bas, elle ne peut le laisser plus longtemps dans cet état. Elle doit le réveiller, le forcer à relever la tête, sans quoi il se perdra complètement d’ici quelques jours. Sa prise sur son bras se fait plus ferme.  
- Alors tu peux rester ici, t’apitoyer sur le sort que tu mérites, te cacher derrière ce criminel de guerre qu’on t’a demandé d’être des deux côtés. Tu resteras dans le confort d’une vie qu’on a tracée pour toi et dans laquelle tu n’auras jamais qu’une demi-responsabilité.
Et sa main libre vient quérir sa joue.
- Ou tu peux te redresser pour la première fois et laisser ton emprunte hors de celles que tu as suivies toute ta vie.
Le temps s’étire, secondes alanguies au bout de ses pouces. Elle ne détourne pas les yeux un instant, cherchant à transmettre par son regard tout ce qu’elle ne peut encore lui dire. Car la peur fouaille encore son ventre. Les crimes de Severus s’impriment dans son esprit, se répètent et se répondent. Ses hésitations demeurent vissées dans sa tête, incapables de l’abandonner. Trop d’interrogations. Trop d’informations en trop peu de temps. Mais ses émotions restent invincibles, si fortes qu’elle ne peut les museler. Elle ne peut se résoudre à laisser Severus s’effondrer. Sa main sur sa joue descend quérir sa paume qu’elle serre pour le rappeler à elle.
- Il est temps pour toi de décider qui tu veux être.
Une respiration. Une supplication.
- Alors ? Qui es-tu, Severus ? Parce que je sais qui tu étais pour moi…


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Severus Rogue

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Dim 17 Fév - 13:10
REQUIEM POUR UN DIABLE




Les abysses grignotent l’esprit dans une langoureuse noirceur. Le chaos d’une vie fracassée par de mauvais choix s’est estompé pour ne laisser qu’une carcasse déchiquetée. L’ogre noir caché au fin fond de mémoire guerre le petit Severus Rogue, jeté trop tôt dans la guerre, brisé trop tôt par son aveuglement. Avoir été un gamin excuse-t-il la prise de la marque ? Trop tôt, trop jeune, trop fol.

« Alors c’est tout ? C’est tout ce que tu avais à offrir à ce monde ? Un pion ? Une existence malléable pour qui voulait bien s’en servir ? Et maintenant que plus personne ne vient exiger ta soumission, tu te laisses mourir comme si tu n’avais plus de raison d’être ? Quand seras-tu prêt à faire enfin tes propres choix ? »

Tressaillement me parcoure l’échine lorsque la voix de Moira frappe, sans concession, mon esprit. Je l’ai déjà vue brisée, en colère. Mais cette ire dévastatrice ne me fut que trop rarement adressée. Me voici en proie à la tempête, croulant sous le remous des vocalises d’une magistrate enrubannée de furor. Mécontentement gronde, déception pointe sous les accents de l’emportement. Mon coeur se fendille. Je ne suis bon qu’à décevoir. Espoirs déçus. Amitiés déçues. Le repos de la tombe tournoie, drapé de ses quiets attraits. La chair palpite pourtant d’un frisson lorsque des phalanges s’emparent du signe de mes fautes. Marque des ténèbres fanée, impossible à éviter à moins de clore les yeux. Et les ongles de Moira ripant les chairs dans une étreinte légère lorsque la pulpe du pousse passe sur la marque impie gravée dans des chairs flétries sous son empreinte corruptrice.

«  Toute ta vie tu n’as fait que suivre, prêter allégeance à un maître ou un autre pour qu’il décide pour toi le chemin que tu devais prendre. Mais Dumbledore et Voldemort ne sont plus là et tu n’auras plus d’occasion de te dérober. Pour la première fois, tu vas devoir faire tes propres choix. Alors tu peux rester ici, t’apitoyer sur le sort que tu mérites, te cacher derrière ce criminel de guerre qu’on t’a demandé d’être des deux côtés. Tu resteras dans le confort d’une vie qu’on a tracée pour toi et dans laquelle tu n’auras jamais qu’une demi-responsabilité. »

Troublante, la chaleur d’une paume vient s’égarer sur la joue parcheminée d’un vétéran trop épuisé pour dissimuler tout à fait l’inconfort du contact. Quand ce geste a-t-il été rempli de tendresse et de considération pour la dernière fois ? Tout ce que je peux me remémorer sont les doigts glaciaux d’un Seigneur des Ténèbres moqueur qui a toujours considéré comme siens l’âme et le corps de ses partisans. Torture d’un geste faussement sympathique avant que ne s’abatte le doloris immérité, prompt à distraire l’insanité d’un monstre.

« Ou tu peux te redresser pour la première fois et laisser ton emprunte hors de celles que tu as suivies toute ta vie. Il est temps pour toi de décider qui tu veux être. Alors ? Qui es-tu, Severus ? Parce que je sais qui tu étais pour moi… »

L’air quitte poumon. Souffle coupé, silence se fait. Légèreté d’un papillon sur le derme éveille le roulement des émotions que je ne parviens plus à contenir. Quiètes perles de cristal dévalent l’ovale busqué d’un visage trop souvent malmené d’impassibilité. Geste réflexe. A peine le cerveau a-t-il le temps d’enregistrer la folie de mon action. La main de Moira a quitté la joue, les deux corps se sont rapprochés. Ou plus précisément, un criminel de guerre pleure à brûlantes larmes sur l’épaule d’une magistrate enclose en ses bras et qu’il serait bien en peine de lâcher. Tête mussée dans le cou, reposant sur épaule, je ne sais combien de temps s’écoule. L’adulte redevient l’enfant effrayé et désespéré qu’il n’a jamais cessé d’être. Toutes mes actions n’ont jamais été que fuite, distance mise entre un démon à visage juvénile et un macchabée encore vif. Voilà que l’heure d’un choix revient. Effrayante perspective. Être un pantin m’a presque semblé confortable. Ma voix se fait croassement entre deux sanglots. Aveu ironique aux accents de désespoir.

« Je n’ai pas la moindre idée de comment faire ça. »

Le timbre de mes propres mots renfloue un peu contenance perdue dans une débauche d’accablement. Ivresse d’une résipiscence papillonne aux côtés d’une euphorique contrition. Il y a presque une poésie de l’expiation dans les volutes de mon existence. Presque une splendeur cruelle de la pénitence. Le plat des mains court une dernière fois sur les omoplates maltraitées par une prise éperdue. J’ai lâché Moira, gêné, presque, de l’éclatement d’émotions qui me sont familière dans leur sensation, étrangères dans leur expression. Misérable confusion flamboie sur le visage tandis que les pommettes se hâlent d’un carmin que le masque recomposé ne parvient pas à effacer tout à fait.

« Excuse-moi. Je dois être fatigué. »

Profonde expiration. Le souffle ripe sur la gorge déshydratée dans un feulement involontaire. Le dos se redresse, étirement imperceptible d’une colonne mise à mal par les pesantes années et les lourdeurs du rôle endossé pour de multiples décennies.

« Je suppose que le Ministère a toujours en ses geôles le Directeur de Poudlard. En l’absence de procédure de résignation – laquelle n’est pas sans danger – Minerva n’a pas dû pouvoir récupérer la charge. Sais-tu à quel point le château a été détruit ? »

Brusque changement de conversation ne parvient à celer la véritable interrogation sous-jacente. Celle qui roule dans la carne de toutes les carcasses en sursis jusqu’à enflammer leur esprit d’une angoisse, d’une terreur bien légitime qui ne saurait laisser d’espace aux affres de l’incertitude. Ai-je une chance de m’en sortir ? L’espion est le canard noir de l’effort de guerre. Allégeance douteuse, corruption dans le camp d’en face. Les charges pèsent lourdement sur celui qui a empesanti son maintien d’un jeu dangereux. Risques, récompenses hasardeuses. Qui serait assez fol pour s’adonner à pareilles activités ? Un taré. Un désespéré. Faut-il être assez résilient, ou peut-être assez harassé par ses démons, fracturé par ses tourments pour accepter pareil emploi. Je l’ai accueilli comme une rédemption. Comme un acte de foi. Quête sempiternelle d’un paradis qui ne pourrait vouloir d’anges déchus.
 

1030 mots


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