Requiem pour un diable [Severus & Moira]
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Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
ADMINISTRATRICE
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Mer 27 Fév - 9:05





flashback - juin 1998

Les phrases fusent comme des coupures, lames émoussées qui taillent l’épiderme jusqu’à l’os, creusent jusqu’à écorcher son orgueil et tirer de ses chairs putréfiées un dernier soubresaut, un dernier élan, pour l’empêcher de se laisser mourir. La surprise de Severus bouleverse ses traits. Moira doit se faire violence pour conserver la dureté de son timbre et de son regard. Marque des ténèbres révélée au grand jour, la preuve de choix malheureux incrustée dans la peau, la juge dessine les contours de son pouce, cautérise les plaies. La douleur qu’elle inflige se veut salvatrice, aiguë pour enflammer les sens. Mais Moira ne veut pas injustement blesser celui qui l’a tant de fois relevée. Alors ses gestes s’adoucissent, redeviennent consolateurs quand elle sait son attention pleinement acquise. Sa main rejoint sa joue maculée de larmes qu’elle efface de son pouce. Le cœur palpite au bout de ses doigts. Depuis combien de temps n’a-t-elle plus eu un geste comme celui-là ? Mais la douceur n’élude pas la dernière question qu’elle lui pose, et le coup qu’elle assène est dévastateur.

Ultimatum glissé comme une caresse. Abrupte vérité donnée comme une offrande. La nécessité d’un choix laisse l’amertume tapissée sur la langue. Le silence qui retombe dans la cellule tremble comme le souffle de Severus. Secondes assassines. Hésitations flagrantes. Il n’y a plus que la terreur dans les yeux sombres qui la toisent, et alors que Moira sent son ami perdre pied, elle change délicatement de place pour venir s’asseoir à côté de lui, sur le bord du lit qu’il lui a laissé. Ses mains viennent entourer ses épaules et il s’appuie sur elle, laissant céder les digues qui retenaient ses derniers sanglots. Les mâchoires de Moira se serrent alors qu’elle se force à ne pas flancher, rester droite quand Severus ne le peut plus. Jamais elle ne l’aurait cru si affaibli. Et jamais elle n’a eu si peur de le voir tout abandonner. Alors elle le retient, le presse contre elle pour l’empêcher de s’effondrer. Une de ses mains s’échoue sur sa nuque, l’invite à se reposer dans le creux de son épaule valide. Les muscles injustement sollicités relancent une douleur qui fait vriller les nerfs de sa blessure, mais elle ne l’écoute pas. Ne reste que celle qu’elle partage avec l’homme qu’elle sent trembler entre ses bras.

Moira laisse le temps s’appesantir, recueille chaque larme qui échoue sur ses vêtements. Ses mains le pressent toujours, lui rappellent qu’elle est là comme lui l’a été pour elle. Elle ne dit pas un mot, ne presse pas les siens, et quand la voix éraillée de Severus se fraye péniblement un chemin jusqu’à ses lèvres, elle murmure en réponse :
- Tu apprendras. Nous le faisons tous. Mais tu n’auras pas à le faire tout seul.
Evidence étrange qu’elle formule sans même y penser, certitude inexplicable quand les aveux de Severus font encore frémir les muscles de son dos. Il y a dans chaque battement de son cœur ce besoin viscéral qui pulse dans ses veines, cette envie de savoir près d’elle les rares soutiens qu’elle peut encore compter, qu’importent les actes qu’ils ont perpétrés. Son retour est trop récent, son état trop faible. Elle n’a pas encore la force d’affronter toutes les horreurs que ce monde a traversées. Un autre jour, peut-être. Mais pas aujourd’hui.

Elle sent les paumes de Severus passer une caresse délicate sur ses épaules qui l’invite à achever l’étreinte. Moira s’écarte, bouleversée mais contenue. Ses prunelles passent sur les traits tirés du potionniste, reconnaissent une carnation légèrement empourprée qu’elle ne lui a que trop rarement connue. Son sourire attendri s’élargit encore quand Severus balbutie une excuse qu’elle ne trouve nullement justifiée.
- A n’en point douter, glisse-t-elle en retrouvant l’étincelle de malice qui avait depuis longtemps quitté ses yeux.
L’ombre d’après-guerre ne leur fera pas perdre toute leur complicité.

Severus recouvre lentement ses esprits. Elle lui laisse le temps qu’il faut pour retrouver un peu de sa prestance, redresser sa carcasse et replacer le masque impassible qu’elle lui connaît. L’épreuve qu’elle lui inflige est bien assez difficile pour ne pas lui refuser le confort d’habitudes forgées depuis l’enfance. Les coups les plus durs enfin encaissés laissent place à des questionnements moins douloureux, mais tout aussi graves. Poudlard… L’ultime champ de bataille. Elle n’a pas encore eu le temps de s’y rendre, mais les bruits de couloir se font nombreux. La magistrate se réinstalle sur le bord du lit, le regard bas.
- Je ne sais pas… La rumeur dit que les dégâts sont importants. On n’est pas sûr de pouvoir ouvrir pour la rentrée prochaine. Je dois monter en Ecosse dans quelques jours pour me rendre compte de l’importance des travaux. Mais je dois passer à Sainte-Mangouste ce soir…
Grimace difficile à contrôler, la douleur dans son épaule revient irradier son bras, la forçant à modifier subtilement sa posture. Sa résistance s’effrite d’heure en heure. Elle ne pourra plus repousser ses soins très longtemps.

Ses yeux reviennent alors à Severus pour redécouvrir l’angoisse imprégnée dans chaque trait se son visage. Elle comprend sans difficulté les interrogations sous-jacentes, cette porte de sortie qu’il n’est pas certain d’avoir et qu’il espère distinguer entre les pierres brisées de l’école qu’il n’a jamais vraiment quittée. Tant que sa fonction demeure, son nom ne peut être entièrement sali, et la réaction du château à l’absence de son directeur pourrait être un des arguments penchant le plus en sa faveur. Les informations dont Moira dispose sont bien maigres. Mais il en est une sur laquelle elle n’a aucun doute :
- Tu es toujours le directeur de Poudlard. Et pour le moment, rien n’indique que la situation changera.
Un sourire d’encouragement adoucit ses traits. Elle ajoute :
- Cette école a toujours eu une grande influence sur le monde magique, même au-delà de l’Angleterre. Si elle te considère toujours comme son directeur légitime, elle doit avoir de bonnes raisons pour cela et personne ne pourra les ignorer. Alors ne perds pas espoir.
Je t'en prie, ne perds pas espoir... Car là est le plus gros risque à ses yeux, celui qu'elle craint le plus et contre lequel elle se trouve bien impuissante. Laisser Severus dans cette cellule est un crève-coeur, ne pas savoir quand il en sortira, une infamie. Alors elle se jure de multiplier ses visites autant qu'elle le pourra, même si le temps leur sera toujours compté.

Des bruits de pas dans le couloir lui annoncent déjà le retour des Aurors. Son regard se pose sur la porte une seconde. Ils ont la décence de ne pas frapper, mais le soupir de la juge est éloquent. La visite est terminée. Une dernière caresse passe sur le dos de la main de son ami et Moira se relève lentement, réajustant son imperméable pour retrouver ses allures de magistrate inébranlable. Il semble qu’elle n’en ait jamais eu tant besoin. Son regard s’obscurcit d’une légère tristesse quand elle recroise les iris de Severus. Elle aimerait rester de longues heures à ses côtés, lui éviter autant qu’elle le peut la solitude de sa cellule qui doit le fragiliser plus encore que les interrogatoires interminables des Aurors. Mais son attention est requise ailleurs et elle ne voudrait pas que son amitié avec le directeur devienne trop évidente aux yeux des autres employés du département, de peur que cela ne leur soit dommageable à tous les deux : elle ne veut pas être écartée du jugement de Severus, sans quoi elle ne pourra le protéger d’aucun abus. La légalité n’est malheureusement pas toujours gage de justice… Son visage se penche quelque peu sur le côté alors que son ami doit déjà se douter de son départ tout proche. Elle parvient à lui faire un demi-sourire en murmurant :
- Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ?
N’importe quoi… s’empêche-t-elle de dire, ce qui n'empêchera pas Severus de le lire dans ses yeux.

(1315 mots)

©️ ACIDBRAIN

Severus Rogue

Severus Rogue
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Mar 9 Avr - 9:05
REQUIEM POUR UN DIABLE




Un geste fou. Inattendu de la part de celui qui paraît toujours inflexiblement stable. Depuis combien d’années n’ai-je pleuré sur mon sort ? Les paumes assèchent les joues dans un geste brusque. Moment de faiblesse pour qui s’est toujours gargarisé de maîtriser son esprit, de contrôler ses élans d’émotion. Quelle ironie. Il semblerait bien que je sois humain en définitive, en dépit des légendes urbaines qui m’ont fait tour à tour vampire, macchabée ou pantin sans âme au service d’un Seigneur des Ténèbres dont je peine à croire la disparition.

Libéré de la servitude, je me sens aussi vide qu’un nouveau-né que la vie n’a pas encore rempli, ni de souffrances ni d’émerveillements. Douleurs courent le long de mes muscles, fléchissent la nuque d’un joug trop pesant. Raideur des carnes asséchées. La nuque est roide que d’avoir trop porté son fardeau. Les mots de Moira peinent à se frayer un chemin dans les brumes obscures de l’hébétude.

« Tu apprendras. Nous le faisons tous. Mais tu n’auras pas à le faire tout seul. »

Un murmure lointain. Presque un rêve.

« Je ne sais pas… La rumeur dit que les dégâts sont importants. On n’est pas sûr de pouvoir ouvrir pour la rentrée prochaine. Je dois monter en Ecosse dans quelques jours pour me rendre compte de l’importance des travaux. Mais je dois passer à Sainte-Mangouste ce soir… Tu es toujours le directeur de Poudlard. Et pour le moment, rien n’indique que la situation changera. Cette école a toujours eu une grande influence sur le monde magique, même au-delà de l’Angleterre. Si elle te considère toujours comme son directeur légitime, elle doit avoir de bonnes raisons pour cela et personne ne pourra les ignorer. Alors ne perds pas espoir. »

Les mots m’atteignent à mesure que la toile du réel s’en revient jusqu’à mes sens, ma conscience. Frappé de stupeur, je me rends compte que j’ai à peine entendu les paroles de réconfort de Moira, les ai à peine comprises. Elles résonnent, pourtant. Mélodie déchirant les ténèbres. Les flashs d’encre s’estompent jusqu’à ce que ne revienne que la seule grisaille d’une cellule trop longtemps contemplée. Combien d’heures, de jours, de semaines, de mois serais-je amené à fréquenter l’austère immobilité des lieux, troublé par la seule bonne volonté de mes geôliers ? Le temps se délite, se fragmente, s’étiole dans un éternel rythmé par les interrogatoires et les impromptues visites.

« Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ? »

Un pâle sourire las. Le coeur est réchauffée, cependant, d’une étrange paix. Durera-t-elle, durera-t-elle pas ? La fatigue guette tandis que l’oeil papillonne d’avoir trop pleuré, une fois n’est pas coutume.

« Tu as déjà fait beaucoup. Fais ton office de juge, je devrais pouvoir m’acquitter de la tâche de me défendre au barreau. Je suppose que nous nous reverrons à cette occasion là. Et soigne ton épaule, tu en auras besoin pour chasser du mangemort récalcitrant. Je doute que tous se laissent aisément capturer. Transmets mes amitiés à Minerva si tu la croises et assure cette vieille chouette qu’elle m’aura encore dans les pattes quelques temps. »

Le sourire est ténu, mais au moins le coeur y est-il. Je me fais solennelle promesse que la prochaine fois que je recroiserai la magistrate, ce sera déchargé de mes chaînes, le nom lavé des accusations proférées à mon encontre.

589 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE

Moira A. Oaks

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Mer 17 Avr - 15:44





flashback - juin 1998

L’accalmie qui les entoure tremble d’une émotion étrange, sentiment trouble qui ne sait plus bien se définir. Les larmes de Severus se sont taries. Celles de Moira se sont contenues. Ne reste que le secret de ces frontières qu’ils ont rompues, brisant toutes les barrières qui les maintenaient dans l’ignorance et le mensonge.

Alors qu’elle regarde Severus, la magistrate ne sait pas encore combien la blessure sera profonde, ce que ses aveux changeront pour elle, quels souvenirs seront à jamais pervertis par ses sombres confessions. La mémoire de Lily enfin honorée, elle se voit libérée d’un poids pour en prendre un second qu’elle appréhende encore mal. Car connaître tous les crimes de Severus est un fardeau qu’elle a choisi de porter sans savoir encore tout ce qu’il impliquerait. Alors l’inquiétude passe un instant dans ses yeux, fugace mais lancinante, revenant par à-coups à chaque silence. Ses craintes raidissent quelque peu sa posture quand elle lui propose son aide une dernière fois avant de devoir le quitter.

L’aplomb retrouvé de son ami adoucit cependant ses traits. Moira laisse échapper un sourire attendri avant de lui répondre :
- Je ferai en sorte d’être en état, je te le promets. Je ne voudrais pas que tes anciens camarades profitent de la moindre faiblesse pour me filer entre les doigts.
Le sourire est plus franc, tiré de cette détermination qui ne l’a jamais vraiment quittée. La victoire de Potter aura au moins permis le démantèlement de l’armée du Seigneur des Ténèbres et, si ces sorciers feront sans nul doute preuve des stratagèmes les plus sophistiqués pour faire durer leur cavale, leurs ennemis ne sont pas moins préparés à la nouvelle bataille qui se prépare. La mort de l’élu aura au moins permis cet exploit : rassembler tous les opposants de Voldemort sous une seule et même bannière, de sorte que leurs forces soient aujourd’hui décuplées par le but commun qu’ils poursuivent. La traque des mangemorts est devenue une cause quasi-nationale et la Justice ne doit pas perdre de temps si elle veut pouvoir profiter de cet élan extraordinaire. Une épaule fracturée devrait heureusement n'être qu'un souci de quelques heures pour les guérisseurs de Sainte Mangouste.

- Je ne doute pas que tu sauras te défendre le moment venu. La seule chose qui compte, c’est que tu tiennes le coup jusque là. Tu sais que l’attente sera encore longue avant qu’on ne t’autorise à sortir d’ici.
La vérité est glaciale, mais Moira ne veut pas prendre le risque que des espoirs déçus n’entament son courage. Elle ajoute cependant avec toute la douceur qui la caractérise :
- Mais tu n’auras pas à attendre le jour de ton procès pour me revoir. Je ne te laisserai pas croupir seul ici.
Son sourire se fait plus encourageant alors qu’elle se dirige vers la porte de la cellule et frappe délicatement deux fois pour que les Aurors la déverrouillent de l'autre côté.
- Je reviens dans une semaine. Jour pour jour. Et je serai là aussi quand on te défera de tes chaînes.
La porte s’ouvre, dévoilant les visages légèrement inquiets des deux employés qui ne peuvent s’empêcher de jeter un regard à l’intérieur pour vérifier que le directeur ne s’est pas envolé. Moira fait un pas à l’extérieur avant de se retourner.
- Accroche-toi, Severus, souffle-t-elle. Fais-le pour moi.
Un dernier regard. Un dernier sourire. Et ses pas la guident hors du Ministère.

Sept jours plus tard, ses talons ont de nouveau résonné dans le quartier de haute sécurité, comme elle l’avait promis.
Et ils y ont résonné toutes les semaines qui ont suivi.


(598 mots)

TOPIC CLOS


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