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[Flashback] Hello, I'm glad you exist || Moira
 :: Partir à l'aventure :: Londres :: Hôpital Sainte Mangouste

Piers A. Elliot

Piers A. Elliot
Marais Salants
hiboux : 281
Ven 23 Aoû - 13:47
Hello, I'm glad you exist@Piers A. Elliot@Moira A. Oaks


Flashback - Juin 1998

Et voilà, madame, votre mornille.

Attachée au bout de ma baguette, couverte de morve, la piécette argentée tourne lentement. Mrs Rowland la regarde d'un air dégoûté, s'emparant d'un mouchoir pour récupérer son bien. Le petit Ayden, l'air béat comme la plupart des lardons, se met à rire, heureux de ne plus avoir ce bout de métal dans le pif.

Voyez avec la sorcière d'accueil et d'orientation pour la suite.

Sans attendre de réponse, je me mets à griffonner mon compte-rendu, signifiant clairement la fin de cette consultation. Le papier, à peine signé, se replie sur lui même et s'envole en direction du bureau d'accueil.

A peine la porte fermée derrière les Rowland, je pousse un long soupir. Si j'ai signé pour les urgences, c'était pas pour sortir des choses triviales d'orifices qui le sont parfois moins. Par chance, un regard sur l'horloge au mur m'indique qu'il est l'heure de prendre une pause. Enfin, dans quelques minutes, mais on est pas à ça près, hein ?

Direction donc le couloir ; pas question que je reste enfermé dans ma salle de consultation en attendant le prochain dossier. J'entame les cents pas dans le long couloir derrière nos bureaux. Quelques collègues y traînent déjà, apparemment trop flemmards pour aller jusqu'à la salle de pause. Par chance, ils ont le bon goût de faire comme si je n'existais pas et de me fiche une paix royale. J'en profite pour récupérer mes prochains dossiers. Pas de bol, aujourd'hui, je suis en charge des niveaux moins et pas urgents -en d'autres termes, les trucs chiants. Une lecture rapide m'indique que mon après-midi ne va pas être beaucoup plus folklorique que ma matinée. Des maux de tête de la veille, des infections de la peau -sûrement des éclaboussures de potion ratée-, des douleurs à la gorge -"mais un rhume, en juin, c'est pas possible, si ?"- et toutes sortes de joyeusetés de cet acabit.

C'est pas la bouffe de la cafétéria qui va me remonter le moral. C'est tout de même un miracle, dans un monde où la magie permet de faire cuire n'importe quel aliment à la perfection avec un niveau de connaissances en cuisine quasi-nul, que l'on puisse encore servir quelque chose d'aussi infâme à manger. Je tâche de ne pas y penser ; mais difficile de se concentrer sur des cas aussi intéressants que ceux dont j'ai hérité pour me changer les idées. Au final, je laisse comme souvent mon esprit vagabonder et mes oreilles traîner -rien de mieux pour dissuader mes collègues de copiner que d'être informé des derniers ragots pour mieux leur renvoyer en pleine figure.

Bordel, même les on-dit sont décevants aujourd'hui. Pourquoi tout le monde semble si surpris d'entendre que Benson trompe sa femme ? Ça fait des mois que c'est le cas. Et l'herpès de Luciana surprend vraiment quelqu'un ? Incroyable. Et incroyablement ennuyeux. Quelque chose finit néanmoins par attirer mon attention : la voix -un peu trop stridente à mon goût- de mon collègue Daxton.
Un vrai dragon cette nana ! Et ça vient se faire soigner pour un petit bobo comme ça, vous y croyez ? Rire convenu des autres, reprise des moqueries. Imitation d'une voix de femme, sans gêne et sans talent. C'est moi, Moira l'in- C'est plus qu'il ne m'en faut. Un geste de baguette le fait taire avant même que je ne quitte ma chaise, laissant en plan le genre de flan à la vanille qui oscille placidement dans son assiette. Mes dossiers sous le bras, je me dirige vers la table de Daxton d'un pas tranquille... et arrache de ses mains celui qu'il agite devant lui, en proie à un mélange de panique et d'agacement. Pris de court -ou habitués à mes excentricités peut-être-  ses pairs semblent s'amuser de la situation.

Donne-moi ça, abruti. Avant de foutre en l'air la réputation du service.

Je jette négligemment mes propres cas sur son plateau, dans un bruit retentissant. Un geste de baguette lève le mutisme de l'autre urgentiste qui, encore bouche bée sous le coup de l'étonnement, garde pour mon plus grand bonheur le silence. Inutile d'en rajouter. Un regard méprisant, une volte-face. Sale con. Deux mots qui résonnent dans le réfectoire, qui m'atteignent sans me toucher. C'est pas la première fois que je les entends, et certainement pas la dernière. Un nouveau geste de baguette, et mon plateau repas s'envole gaiement vers les chariots porte-plateaux disposés dans un coin. Inutile de s'y attarder -le dossier que j'ai en main désormais m'intéresse bien plus. Effectivement, la blessure dont il est question sur le dossier ne semble pas si grave -une fracture de l'épaule. Pas d'urgence vitale, et rien qui ne soit au-delà de mes capacités.

Moira... ça fait combien de temps que je ne l'ai pas vue ? Depuis le début de la guerre, au moins. Depuis que s'envoyer des hiboux est devenu risqué, en fait. Depuis que mon service s'est retrouvé débordé... et je n'ose pas imaginer la charge de travail dont la Justice a hérité dans la foulée. La bonne nouvelle, si elle est dans notre salle d'attente, c'est qu'elle est encore en vie -et je l'espère, en un seul morceau, sans compter son épaule. Un nouveau regard à l'horloge -celle du couloir, qui retarde de trois minutes- m'indique qu'il me reste encore un peu de temps avant de devoir reprendre du service. Mais... On ne fait pas attendre Mrs. Oaks.

Addison, je reprends les dossiers du médicomage Strickland pour l'après-midi. Je lui ai déjà transféré les miens.

"Très bien, médicomage Elliot." La phrase est mécanique, répétée mille fois, à laquelle je ne prête même plus attention.

La salle d'attente est blindée. Incroyable de voir tous ces gens et de se dire qu'ils sont presque tous là pour un truc débile qu'ils auraient sûrement pu régler eux-mêmes d'un coup de baguette. En général, je ne fais pas vraiment attention à ces gens -je me contente d'appeler leur nom, et ils ont intérêt à se magner pour me suivre vers la salle d'examen. Mais là, je sais précisément ce que je cherche. Mon regard scanne la pièce encombrée, des regards pleins d'espoir levés vers moi. Je finis par la trouver, longue chevelure blonde, silhouette droite et élancée. Je retiens un rictus -si le bruit venait à courir que je sais sourire, ma réputation en prendrait un sacré coup.

Oaks, Moira. En salle de consultation numéro 3, je vous prie.

C'est, en règle générale, le moment où je me barre comme si ma vie en dépendait. Pour elle, cependant, je peux faire une exception. Sourire contenu quand elle se lève, se retourne. Étincelle de reconnaissance, de chaleur dans le regard. Pas de signe d'affection trop criant -pas en public du moins-, mais le plaisir de la revoir est indéniable.

- 1204 mots -

Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
ADMINISTRATRICE
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Ven 6 Sep - 9:57





flashback - juin 1998

Bruissement confus, gémissement diffus, inquiétude palpable… Les semaines qui ont passé depuis la bataille de Poudlard ne semblent pas avoir apaisé la fièvre qui occupe toujours les urgences de Sainte Mangouste. Assise sur un des sièges froids de la salle d’attente, Moira patiente depuis quelques heures déjà, observe la vie qui grouille autour d’elle, fébrile, chancelante, battante, si éloignée du calme du vieux cottage familial dans la campagne près de Leighterton. Ici, la peur et la haine vibrent encore dans les éclats de voix. On s’inquiète pour ses proches, pour sa vie, pour sa jambe… On reste sur ses gardes, la guerre encore trop proche, ses stigmates encore trop visibles. On se rassure presque de voir quelques malheureux venus pour des soins triviaux : une coupure à la main faite en servant le gigot, une piqûre de bestioles inconnues qui ont fait doubler un pied de volume, un jeune garçon au teint blanchâtre qui dit avoir mal mis ses cache-oreilles avant de rempoter sa mandragore… Londres se reconstruit, se rassérène, reprend confiance. Mais les menaces pèsent encore, glissées dans les regards et les murmures. La paix n’est encore qu’un mirage lointain.

Moira n’est de retour dans la capitale que depuis ce matin, mais il lui arrive déjà de regretter l’air boisé de la clairière dans laquelle elle et ses parents ont trouvé refuge. La petite maison de Leigherton leur a permis d’échapper aux mangemorts des semaines durant. Depuis avril, protections magiques n’ont pas cédé, pas plus que le Repello Molduum qui a tenu tous les non-mages à l’écart. Les jours se sont succédé dans l’attente de nouvelles de la capitale, de cette ultime bataille qu’on n’en finissait plus d’attendre et que la chute du Ministère ne faisait qu’augurer. Dans le silence lourd de la campagne anglaise, Moira n’entendait que la douleur hurler dans son épaule, la fracture lancer sous les chairs, qu’elle ne pouvait qu’essayer de faire taire grâce au peu de soins que ses parents pouvaient lui octroyer. Avec le temps, la douleur s’est tarie, ne laissant qu’une souffrance diffuse vriller ses nerfs lors de mouvements trop audacieux. La gêne qui s’est ancrée dans son bras droit s’est depuis entérinée, comme destinée à l’empêcher d’oublier cette nuit trop sombre qui a failli lui coûter la vie.

Un instant, la juge clos les paupières et, comme chaque fois, les mêmes souvenirs se peignent dans son esprit : deux silhouettes sombres affublées de masques, des rayons de lumières dévastant l’intérieur de son appartement, un Repulso craché d’une voix rauque et le choc violent qui a fait s’écraser son épaule sur le coin d’un meuble. Craquement sonore. La juge sent encore son articulation se disloquer sous sa peau. La sensation lui fait froncer les sourcils alors que la douleur se remet discrètement à lancer dans son bras, comme un baroud d’honneur avant que les médicomages ne la fassent définitivement disparaître. Une inspiration. Elle a promis à Severus de se soigner avant de repartir chasser les criminels de guerre. Il est temps d’en finir avec cette blessure.

Le claquement des portes battantes à sa droite la fait sursauter. Un brancard traverse la salle, poussé par deux infirmiers. L’homme sur le matelas semble inconscient. Partout dans la pièce, les regards se lèvent à son passage. Les pleurs d’enfants se mêlent aux grognements des blessés les plus graves. Des échauffourées éparses ont encore lieu dans toute l’Angleterre. Certains mangemorts en pleine débandade exploitent chaque heure qu’il leur reste à détruire le plus possible en représailles de la mort de leur maître. Des sorciers sans histoire se sont lancés dans des vendettas meurtrières, aveuglés par le deuil d’un enfant, d’une mère ou d’une sœur. Beaucoup n’en reviendront pas. Les plus chanceux arrivent ici, marqués à vie par le sortilège d’un mage noir qu’ils ont eu la folie de sous-estimer. Car rien n’est plus dangereux qu’un homme qui n’a plus rien à perdre.

Moira respire. L’appréhension du diagnostic qu’elle attend depuis de trop longues semaines lui prend la gorge depuis de longues heures. La fuite n’est pourtant plus une option. Elle n’est plus impatiente que d’en finir.  

Soudain, elle l’entend. Son nom. Et une voix… Une voix qui fait immédiatement trembler son coeur alors qu’elle lève brusquement le regard pour chercher le visage chaleureux d’un ancien camarade de classe qu’elle n’a plus croisé depuis des mois entiers. Son corps se déplie avec une lenteur confondante alors que ses yeux s’aimantent à ceux de Piers et bien que l’homme reste presque impassible, elle ne peut s’empêcher de reconnaître cette lueur si propre à son regard qu’il conserve encore quand il le pose sur elle. Sans attendre, Moira la rejoint, tentant de retenir l’empressement de ses pas pour conserver cette pudeur si chère à l’ancien Gryffondor. Son sourire, pourtant, démontre déjà toute la joie qui est la sienne de le voir ici.
- Piers, souffle-t-elle simplement une fois à sa hauteur. … Tu es là.
En vie. Ici. Près d’elle. Une présence tendre à laquelle se raccrocher dans le chaos qui s’est emparé de son monde et de sa tête. Là où elle l’attendait sans vraiment en avoir conscience.

L’émotion tremble dans ses prunelles alors qu’elle l’accompagne jusqu’à la salle de consultation et attend sagement que son ami referme la porte derrière eux. Ce n’est qu’une fois protégés des regards curieux qui pouvaient peser sur leurs épaules qu’elle entoure celles du médicomage de son bras gauche dans une étreinte instinctive qu’elle n’a pas la force de réprimer. Le serrant délicatement contre elle, elle semble enfin se départir du poids lourd que lui impose son statut de juge enfin rentrée d’exil pour ne plus être que Moira, la jeune Gryffondor que l’homme a rencontrée sur un terrain de Quidditch et qui ne s’est depuis jamais éloignée.
- Je suis si heureuse de te voir… glisse-t-elle à son oreille avant de desserrer son étreinte et de tenter de dissimuler le rouge venu délicatement lui empourprer les joues.

Reculant d’un pas pour laisser Piers respirer, Moira replace timidement une mèche de ses cheveux derrière son oreille avant de revenir croiser le regard du médicomage. Elle cherche ses mots un instant, encore légèrement troublée, et articule enfin :
- Comment les choses se passent ici depuis la bataille de Poudlard ? Je viens tout juste de rentrer à Londres. Tant de choses se sont passées… Comment va Neil ? Étais-tu là quand tout s’est déclenché ?

(1063 mots)





Le fier Foul'camp:
 

Piers A. Elliot

Piers A. Elliot
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Ven 6 Sep - 13:02
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Flashback - Juin 1998
Ses mots m'amusent. Evidemment que je suis là, où voudrait-elle que je sois si ce n'est à rafistoler des sorciers malhabiles ? Son étreinte, dans un premier temps, me surprend. Mais quelque part, je sais que j'aurais dû m'y attendre. Un temps d'hésitation, et mes mains se posent délicatement dans le creux de ses reins. Je me demande à quand remonte la dernière fois que j'avais pris quelqu'un dans mes bras. C'est honnêtement étonnant que je me rappelle encore comment on fait. Il y a quelque chose de profondément réconfortant à ce contact, une chaleur humaine que je côtoie chaque jour sans jamais vraiment la toucher. Je suis tenté de me laisser simplement aller à cette étreinte, les yeux clos, profitant d'une fragrance que je n'avais plus sentie depuis trop longtemps. Mon instinct professionnel pourtant reprend vite le dessus ; un détail infime, qui me renvoie à la raison de sa présence ici. Elle n'est pas gauchère. Les quelques mots griffonnés en haut de son dossier dansent dans mon esprit : fracture de l'épaule.
Je la relâche, la laisse reculer, m'apprêtant à la faire s'installer sur la table de consultation. Je retiens cependant mon geste lorsqu'elle prend la parole. Il est vrai que cela fait plusieurs mois que nous n'avons pas échangé. Et se retrouver à l'hôpital a, paraît-il, quelque chose d'intimidant. Autant utiliser les quelques grammes de compassion survivants pour elle.

Eh bien... En toute franchise, c'est la routine. On a eu de la chance qu'il n'y ait pas plus de problèmes à l'hôpital. Ça nous a surtout donné plus de travail, et on a eu quelques démissions. Les mages noirs font rarement dans la dentelle, comme tu sais, et c'est pas le genre de choses que tout le monde peut voir au quotidien sans craquer.

Posant le dossier de Moira sur une tablette à proximité, je vais ouvrir la petite fenêtre donnant sur la cour intérieure -non pas pour avoir de l'air frais, mais pour permettre à Hermès de nous rejoindre. Le mainate et Moira se sont déjà rencontrés : il va jouer un peu avec ses cheveux, sautillant sur son épaule valide comme s'il avait deviné ce qui l’amenait ici, puis prend sa place habituelle, perché sur un crâne miniature posé sur le bureau. Je l'observe quelques secondes, perdu dans mes pensées.

Neil... il a eu un p... un petit p...

Je ferme les yeux de longues secondes, une main cachant le bas de mon visage. Les images de l'opération sont encore fraîches dans ma mémoire, et pour cause : elle remonte à un mois à peine. Mon cœur bat à cent à l'heure, et à mon plus grand regret, ce n'est pas lié au fait qu'une jolie femme se trouve juste en face de moi. Je prends une profonde inspiration. Concentre toi un peu, Piers. Et évite les occlusives. Les yeux braqués sur mes mains, nouées sur mes genoux, je m'efforce de reprendre.

Neil a aff...ronté les M...angemorts, c'est un Auror a...près tout. Et il a re...çu un sort à la... la jambe. J'ai réussi à la sauver mais... il va b...boiter toute sa vie.

Un échec Piers. Cette opération était un échec, ton échec. Au fond, je sais que ce n'est pas vrai. Je n'aurais pas pu faire mieux, et un autre médicomage n'aurait probablement pas sauvé sa jambe. Et pourtant, me voilà renvoyé à ce gamin timide que j'étais à Poudlard, incapable d'aligner trois mots sans avoir besoin de faire une pause, le tout en parlant à la vitesse d'un escargot catatonique. Mes doigts pianotent nerveusement sur le bord du bureau. Il faut que tu te calmes, Piers. Je me force à arrêter de bouger. A détacher mes pensées de la table d'opération sur laquelle Neil est étendu, dans un coin de ma mémoire.

Ça ira. Il... il s'en remettra. Et au moins, maintenant que c'est fini, je n'ai plus peur de le voir arriver en pièces détachées. Tu t'en doutes, on a eu des patients dans un sale état et... c'était pas tous les jours jolis à voir. J'étais là le premier jour, jusqu'au dernier. J'aime à croire que j'étais utile ici.

Et voilà que je me mets à radoter. Paradoxalement, je me suis récemment découvert une propension à combler le silence -peut-être afin d'enterrer mon bégaiement derrière le bruit.

Et toi ? J'ai cru comprendre que tu avais quitté Londres pendant un temps.

C'est ce qu'ont fait beaucoup de sorciers, en vérité. Qu'ils aient rejoint leur famille à l'étranger, ou qu'ils se soient simplement réfugiés dans la campagne anglaise, Londres avait été déserté par une bonne partie de sa population. Mes parents, dans un rarissime accès d'empathie, m'avaient d'ailleurs proposé de les rejoindre à mon tour sur les terres du clan, peu connues du reste du monde sorcier, et où, au final, aucun Mangemort n'avait mis les pieds durant la guerre. En même temps, il aurait fallu être rudement retors pour aller chercher des noises à une douzaine de péquenots perdus dans les Highlands.

Tu as eu bien raison, si tu veux mon avis. Même si...

D'un geste de tête, je désigne son épaule, m'emparant du dossier resté à portée de main. En même temps, je ne sais pas pourquoi je m'épuise à m'user la rétine sur ces papiers ; à part le nom de la patiente et sa blessure, il ne contient aucune information pertinente.

Il va falloir que tu me racontes comment tu t'es fait ça, que je puisse te réparer dans les règles de l'art.

Après tout, qu'elle soit mon amie et que je sois ravi de la revoir ne change rien au fait qu'aujourd'hui, elle est là en tant que patiente. Je me dois de la traiter comme telle, enfin presque -pour elle, je veux bien être gentil. Des fractures, j'en ai vu un paquet après tout, de tous les os et de toutes les sources possibles et imaginables. Que ce soit un accident de balai -les plus courants- ou un dragon domestique qui aurait été un peu trop vigoureux dans ses câlins à son inconscient propriétaire -plus rare mais pas inédit-, la palette était large... et tout bon médicomage sait que l'information est la source du bon traitement.
Je l'invite donc enfin à s'asseoir, d'un geste de main accompagné d'un très léger sourire... et à me raconter ces derniers mois.

- 1053 mots -

Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
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Ven 8 Nov - 16:24





flashback - juin 1998

C’est à peine si Moira sent son hésitation, perdue dans son bonheur de le revoir et elle ne retient que les traits doux de son sourire au moment où il s’écarte. Avec Piers, c’est comme si le poids lourd sur sa poitrine s’envolait déjà, se faisait presque oublier tant qu’elle n’avait pas besoin de bouger son épaule.

Alors qu’elle reste près du bureau, Piers s’éloigne pour ouvrir la fenêtre par laquelle s’engouffre un facétieux mainate. A sa vue, les traits de Moira s’illuminent alors qu’il fond sur elle et atterrit avec agilité sur son épaule gauche. Un instant, la juge se tend quelque peu, craignant qu’il ne choisisse le perchoir opposé mais il n’en fait rien, préférant remuer quelques mèches blondes du bout du bec, comme s’il était capable de deviner sa blessure.
- Hermès ! lance Moira avec un large sourire, attirant l’attention de l’oiseau qui croise son regard avant de s’envoler vers le bureau de son maître. Toujours fidèle au poste, vieille canaille ?
Le mainate laisse échapper un discret feulement qu’elle décide d’interpréter comme un acquiescement cynique avant de revenir à Piers et d’entendre enfin de ces nouvelles dont elle manque cruellement depuis son retour de la campagne anglaise.

La franchise du médicomage ne le surprend guère, tout comme cette détermination à rester à Sainte Mangouste coûte que coûte, même au cœur du conflit. Elle connaît le courage de Piers et cette force dont tant de ses camarades ont douté à Poudlard en ne retenant de lui qu’une apparence frêle doublée d’un malheureux bégaiement. Rarement elle a rencontré sorcier arborant plus légitimement les couleurs de Gryffondor. Cette faiblesse qui transparaît dans son langage a sans doute été le premier combat de sa vie, un duel avec lui-même dont il n’est visiblement pas encore venu à bout.

Alors qu’elle évoque son frère, les yeux de l’Ecossais s’abaissent et ses mots butent, comme tant de fois dans sa jeunesse. Moira connaît assez le médicomage pour ne pas en être surprise mais les phrases ressortent si hachées qu’elle ne peut empêcher ses sourcils de se froncer légèrement car elle ne l’avait plus entendu peiner à ce point depuis des années. Immédiatement, l’émotion la gagne alors qu’elle laisse à son ami tout le temps qu’il lui faut pour venir à bout de son récit. Elle s’est habituée depuis l’adolescence aux difficultés de Piers et n’a jamais répondu que par une patience à toute épreuve, qu’importe le temps qu’il lui faut pour venir à bout de ses phrases.

Neil et Moira se connaissent depuis presque deux décennies. Alors qu’elle n’était encore qu’une jeune employée du département de la justice, leurs postes au Ministère les ont naturellement amenés à se rencontrée. Les années l'ont faite se rapprocher de lui comme de la plupart des Aurors, lui faisant bénéficier d’un lien privilégié avec chacun d'eux, une relation précieuse qu’elle s’est toujours efforcée de conserver qu’importent ses nouvelles responsabilités. Depuis toujours, Moira s’investit dans les enquêtes, collabore avec les agents, se risque parfois à les accompagner sur le terrain… C’est un lien qu’elle n’a jamais voulu laisser s’étioler. Mais elle réalise aujourd’hui combien les semaines passées en exil l’ont tenue éloignée de tous ceux qu'elle côtoyait et elle se rend lentement compte tout ce qu’il lui faut désormais rattraper. Son passage au département de la justice plus tôt dans la journée a été si bref qu’elle n’a même pas pris le temps de demander des nouvelles de tous les agents du service. Elle le regrette amèrement désormais.
- Je suis désolée Piers. J’aurais tellement aimé être là, t’aider d’une quelconque façon…
Elle n’aurait sans doute rien pu faire pour améliorer le sort de son frère, mais peut-être aurait-elle pu arrêter son assaillant, lancer des recherches, être là pour Piers, ne serait-ce que pour lui offrir une épaule sur laquelle s’appuyer les jours les plus durs. Elle sait ce masque cynique que son ami arbore jour après jour et l’image peu avenante qu’il peut renvoyer parfois. Elle espère que cette réputation ne l’a pas condamné à une trop grande solitude ces derniers mois.

Les mots s’enchaînent plus aisément à mesure que le sujet de Neil s’achève. Moira se rassure et pose un regard consolateur sur le médicomage.
- Je suis sûre qu’il s’en remettra, oui. Cette tête de mule est un battant. Je ne serais pas surprise de l’entendre exiger d’être en première ligne avec une jambe dans le plâtre ! Tu as fait ce qu’il fallait, je n’en ai aucun doute. Tu as toujours été utile. … Est-il sorti de l’hôpital ?

La logique veut cependant qu’elle se livre à son tour, un exercice devant lequel elle ne rechigne pas. Son sourire se fait pensif alors qu’elle acquiesce silencieusement. Oui, elle est partie. Elle a dû partir. Et la raison n’est finalement un mystère pour aucun d’entre eux. Moira souffle légèrement en notant le mouvement de tête de Piers. Comme une réponse muette, la douleur dans son épaule se remet à la lancer.
- Tu sais que j’ai longtemps choisi d'éviter une opposition frontale avec les partisans de la suprématie du sang pur. J’étais juge du Magenmagot, avec une assez bonne réputation. Je n’étais ni née moldue, ni fragilisée par de réels scandales… Même l’emprisonnement de Nathan avait cessé depuis longtemps d’intéresser l’opinion. Ma position en apparence modérée me permettait donc de conserver ma place au Ministère et de tenter d’agir de l’intérieur, d’influencer les décisions de justice que je trouvais injustifiables ou trop sévères, de mettre mon nez dans des affaires aux enquêtes bâclées dans le seul but de faire disparaître des opposants politiques… J’ai continué ainsi pendant des mois, jusqu’à ne plus pouvoir me taire. Avec le temps, les abus du pouvoir devenaient de plus en plus fréquents. Personne ne pouvait plus nier la main mise des mangemorts sur le Ministère. Et j’ai fini par m’engager publiquement contre les nouvelles lois et tout ce qui en découlait. J’ai réussi à tenir ce rôle pendant deux mois… jusqu’à ce qu’on me force à me taire.
Son visage se crispe en un sourire fade alors qu’elle baisse un instant les yeux.
- Je connaissais les risques. Je croyais cependant encore à la protection de mon titre, une naïveté que j’ai brutalement ravalée. Deux mangemorts sont entrés chez moi un soir, en avril. Leurs visages étaient masqués. Je ne sais toujours pas qui ils étaient… J’ai tout juste eu le temps de récupérer ma baguette sur la table basse pour parer leurs premiers sorts. Tout s’est déroulé en à peine quelques secondes. J’ai été frappée de plein fouet par un repulso qui m’a projetée contre un de mes meubles. J'entends le craquement dans mon épaule, la sensation qui éclate sous la chair... La douleur est venue plus tard. Mais déjà, je savais... J'ai compris que je ne pourrais pas leur résister longtemps. Alors j’ai transplané. Immédiatement. Avant qu’ils ne puissent me toucher ou qu’un de leurs sortilèges me blesse trop pour me permettre de m’enfuir. Je suis allée à Hertford, chez mes parents, et je leur ai fait prendre au plus vite toutes leurs affaires pour partir avec eux loin de Londres. Je ne voulais pas que les mangemorts puissent m’atteindre à travers eux. Nous sommes restés dans une clairière, loin de toute grande ville, sans voisinage, pendant six semaines. Par chance, personne n’est venu nous trouver là, pas même des moldus. Nos barrières de protection ont tenu. Mais tu imagines bien que nous n’avions pas de quoi soigner une épaule cassée…
Ses dents se serrent un instant en réponse au frisson qui lui dévale le dos. Les nuits à Leighterton sont restées courtes, agitées, habitées par la peur d’être de nouveau découverte et d’emmener ses parents avec elle dans sa chute. Mais elle se souvient aussi de ce mal lancinant, de la douleur qui irradiait dans son bras, son cou, son flanc... De sa patience qui s'étiolait de jour en jour et du regard inquiet de ses parents qui ne savaient plus quoi faire pour tenter de la soulager. Moira a toujours refusé qu'ils aillent chercher de l'aide, qu'ils quittent le sanctuaire dans lequel il s'étaient cachés. Elle ne se serait jamais pardonné qu'il arrive malheur à l'un d'eux dans le seul but de trouver un médecin capable de soigner son épaule. Alors elle a attendu, elle a tenu bon, des semaines durant...
- J’imagine que les mangemorts avaient bien mieux à faire à Londres que de venir nous débusquer dans notre campagne. Et j’étais hors d’état de nuire… C’était sans doute ce qu’ils voulaient. Pendant des semaines, nous avons attendu que des nouvelles de la capitale nous parviennent, qu’on apprenne d’une manière ou d’une autre la fin de cette guerre, la libération du Ministère… Puis, c'est arrivé. Voldemort a disparu. Potter aussi… L’annonce de la fin du conflit a mis quelques jours à nous parvenir. Je suis rentrée à Londres ce matin. Je suis passée au Ministère. J’y ai vu tout ce qu’il y aurait à faire, en grande partie, du moins… Puis un ami m’a conseillé de venir enfin faire soigner cette épaule. J'aurais sans doute laissé cela traîner encore quelques jours si cela pouvait me permettre de débuter dès à présent la traque des monstres qui ont défiguré cette ville... Mais il paraît que je serai plus utile une fois réparée.
Les traits de son visage s’adoucissent avec la fin de son récit. Le pire semble derrière eux. Mais l’inconnu devant n’est encore guère rassurant. Il faudra tant reconstruire, tant apaiser… Réparer les cœurs, les bâtisses et les âmes… Un travail titanesque pour une génération déjà marquée deux fois par les horreurs de la guerre. En auront-ils seulement l’étoffe ? En auront-ils même l’envie, pour certains ?

Tous ses souvenirs une fois livrés, Moira se recentre sur sa seule blessure qu’il lui faut décrire de son mieux pour que Piers soit le mieux à même de savoir comment la soigner. Le bras toujours resserré près du corps dans une position qui lui évite de souffrir, elle fait quelques gestes autour de son articulation pour illustrer son propos :
- Je crois qu’elle s’est cassée lors du choc. Il n'y a eu qu'un coup, net. Un coin de meuble reçu juste derrière l'omoplate, mais peut-être assez violent pour faire des dégâts ailleurs. J’ai tenu un moment avant que la douleur ne me parvienne. Je crois que l’adrénaline a fait taire la blessure le temps que je m’échappe. Mais elle est revenue de plus belle une fois hors de portée. Le transplanage n’a pas dû aider… J’ai peur d’avoir déplacé les os plus encore qu’ils ne l’étaient. Une fois à l’abri loin de Londres, mes parents ont tenté de faire de leur mieux pour arranger mon épaule et apaiser la douleur. Celle-ci a diminué avec le temps, mais elle n’a jamais totalement disparu. J’ai peur que les os ne se soient ressoudés, et pas de la meilleure façon…
Une hésitation bloque un instant sa dernière phrase. Elle s'accorde le temps d'une respiration alors que la paume de sa main gauche vient recouvrir l'articulation comme pour la protéger. Elle murmure, soudain inquiète :
- Tu es le premier médicomage à qui je la montre. Je n’ai aucune idée de l’état réel de mon épaule.
Et j’en ai une peur bleue, s’empêche-t-elle de dire, ne laissant transparaître cette dernière vérité que dans le tremblement subtil de ses prunelles quand elle revient croiser le regard de Piers.

(1678 mots)





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Piers A. Elliot
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hiboux : 281
Mer 5 Fév - 16:53
Hello, I'm glad you exist@Piers A. Elliot@Moira A. Oaks


Flashback - Juin 1998
Il y a quelque chose de plaisant à échanger comme si nous ne nous étions jamais quitter, à simplement échanger des nouvelles. Certes, celles-ci pourraient être meilleures, mais ce genre d'occasion n'en est pas moins rare, et je tiens à en profiter. Ses mots de sympathie pour Neil me touchent, contre toute attente. Je sais que Moira a toujours eu à cœur de rester proche de ses équipes, et Neil ne manquait jamais de venir se plaindre auprès de moi des risques qu'elle prenait, espérant que je serais plus apte que lui à la dissuader de recommencer. Je n'avais jamais trouvé le courage de lui dire qu'une telle discussion ne ferait que renforcer sa détermination à aller sur le terrain, aussi croyait-il encore que je jouais les papa poule dès que je la croisais. Sûrement gardait-il d'elle l'image d'une jeune femme sérieuse, appliquée, et dévouée à ses études, oubliant bien commodément la passion de Moira pour le Quidditch et le bottage de culs.

Bah. Ne t'en fais pas, au moins il a survécu, je suppose que c'est déjà pas mal.

Je m'étais imaginé des milliers de fois ce qu'il se serait passé si Neil était tombé au champ d'honneur, parfois au point d'en perdre le sommeil, mais je ne l'avais jamais avoué -et surtout pas au premier concerné. Chaque patient qui arrivait dans un état critique, qui me claquait entre les doigts, semblait avoir son visage. Honnêtement, je ne savais toujours pas comment j'avais fait pour ne pas perdre mes moyens une seule fois au bloc.

Il est encore immobilisé, et il a fallu que je déploie toute mon énergie pour le convaincre d'y rester jusqu'à guérison totale. Cela dit, il a déjà commencé sa rééducation, alors je lui donne une semaine maximum avant qu'il ne rentre chez lui.

Ce temps était normalement suffisant, et s'il suivait avec application son programme de rééducation, il devrait pouvoir reprendre du service assez rapidement. Pour ce que j'en savais, il pratiquait régulièrement la magie dans sa chambre... comme si un petit mois suffisait à effacer deux décennies d'habitudes.

Remarquant avec étonnement que je me suis mis à me triturer les mains. Je m'appuie sur le bureau dans mon dos, m'y asseyant à moitié, et y posant mes mains pour essayer de me calmer. Je prends le temps de calmer le fil de mes pensées, écoutant attentivement le récit de Moira. Je m'efforce de ne pas réagir à chaud, bien que ce ne soit pas l'envie qui manque. J'opine simplement, dans un premier temps : l'aspect politique du travail de Moira m'a toujours impressionné, peut-être parce que je me sais parfaitement incapable d'occuper ce genre de fonctions, et sûrement parce qu'elle a toujours accompli ses tâches avec intelligence et droiture. Cet équilibre entre justice et opinion publique me semblait et me semble toujours si complexe à trouver que je ne peux qu'être admiratif, et le récit qu'elle m'en fait ne peut que renforcer ce sentiment. Non seulement je peinais pour d'évidentes raisons à imaginer la détermination et l'abnégation qu'il lui avait fallu pour traîner son ex-mari devant la justice, mais en plus de cela elle avait tenu des mois, témoin d'abus de pouvoirs, à essayer de redresser la barre et à résister à la tentation de tout cramer -une option qui, à titre personnel, m'aurait très fortement attiré à sa place.

Je m'efforce encore de rester impassible lorsqu'elle me fait le récit de l'attaque dont elle a été victime. Pourtant, je sens bien le coin de mes lèvres tressaillir et mon regard se durcir. Mes doigts se crispent légèrement sur le bord de mon bureau, et je soupire doucement pour relâcher la pression. La couleur déserte mon visage lorsqu'elle m'explique qu'elle n'a vu personne pour arranger son cas. Et ça fait des mois ? Si ce n'était pas elle, je serais sûrement déjà en train de l'insulter vertement, mais les choses sont ce qu'elles sont, et je sens surtout la couleur déserter mon visage.

Je suis désolé, Moira. Mais je crains être obligé de re-casser ton épaule afin de la repositionner correctement.

Contrairement à elle, je ne suis pas franchement à l'aise avec la tendresse et la compassion. Alors je préfère me concentrer sur ce que je sais faire de mieux, et la raison pour laquelle nous sommes là : la soigner.

Je ne peux pas en être certain juste à en discuter avec toi, mais si ça te fait encore mal aussi longtemps après la blessure, c'est sûrement que l'os s'est ressoudé dans une mauvaise position. Il va falloir que je le repositionne convenablement, avant de te donner un fortifiant. Autant dire que ça risque d'être moyennement agréable d'un bout à l'autre, mais si j'ai vu juste, je n'ai pas d'autre option.

A part celle de la laisser douiller ad vitam, ce qui n'est évidemment pas envisageable.

Je vais avoir besoin de voir ton omoplate, et éventuellement ta clavicule.

D'un geste de baguette, je referme la fenêtre et abaisse les stores, garantissant une certaine forme d'intimité.

Installe toi sur le lit d'examens si tu es plus à l'aise.

En parlant, je retrousse mes manches, les épinglant soigneusement, comme à mon habitude. Sortant de son étagère le petit pot d'huile alchimique adéquate -qu'il faudra bientôt que je renouvelle, à ce que j'en vois-, je récite la formule. Bois brillant, lumière dorée, bref, le petit son et lumière se termine et ma baguette est apte à réparer des gens. Tout en faisant mes préparatifs, je ressasse ce qu'elle m'a raconté. J'aurais du être plus attentif. J'aurais du me tenir au courant, j'aurais du lui proposer de venir chez moi. Mon appartement n'était pas le summum du luxe, mais elle aurait été en sécurité avec sa famille, et j'aurais pu la soigner immédiatement... Arrête de délirer, Piers. Dans le meilleur des cas, elle aurait éventuellement accepté que je l'envoie sur les terres du Clan. Mais j'avais déjà du mal à vivre avec moi-même, je n'aurais infligé ça à quelqu'un d'autre pour rien au monde. Concentre toi sur ton travail, merde.

Je ne vais pas pouvoir te donner d'anti-douleur, ça interférerait avec le Poussos et je serais obligé de t'en donner la double dose. Tu connais le goût, je souhaite ça à personne. Je vais être le plus rapide possible, mais ce sera pas agréable pour autant. Il vaut mieux  que je manipule à l'ancienne plutôt que de tout surveiller par magie, ce sera plus simple pour moi. A moins que tu t'y opposes, bien sûr.


Il est rare que je parle autant à mes patients avant de passer à l'acte médical à proprement parler. Apparemment, Moira bénéficie d'un passe-droit du fait de notre passé commun. Sans aller jusqu'à dire que je suis mal à l'aise, je suis triplement attentif à ne pas faire le moindre faux-pas, la moindre mauvaise manipulation. Je sais déjà que la remise en place de son épaule va la faire souffrir, au moins autant que sa blessure initiale, je n'ai pas franchement envie d'en rajouter. Et puis, j'aimerais qu'elle se sente à l'aise. La situation de ces derniers mois a déjà été assez tendue pour tout le monde sans que j'en rajoute en la traumatisant à tout jamais de l'hôpital.

Je peux y aller ?


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Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
ADMINISTRATRICE
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Aujourd'hui à 12:27





flashback - juin 1998

L’inquiétude ne quitte pas les traits de la juge alors qu’elle achève son récit. Ses mots semblent avoir emporté avec eux les dernières bribes de sa contenance, laissant son visage fermé, tendu, et son regard trop mobile pour prétendre à la moindre assurance. Les battements de son cœur sont légèrement plus rapides maintenant qu’elle attend le verdict de son ami et le teint pâle qu’il arbore ne lui dit rien qui vaille. Elle déglutit, se fait violence pour ne pas baisser le regard, et quand Piers lui dévoile enfin l’issue la plus probable de son examen, le cœur de la magistrate rate un battement.

Recasser l’épaule. C’était ce qu’elle craignait, ce à quoi elle a tant espéré échapper. Toutes ces semaines, la douleur était insupportable du simple fait que Moira la craignait déjà inutile, faite pour blesser plus que pour guérir. Alors que le médicomage lui fait part de ses craintes, elle en est sûre désormais : tout ce temps passé à subir n’aura servi à rien.

Le diagnostic de Piers est froid, sans appel, sans fioriture. On lui demande d’être efficace. C’est ce qui l’a toujours caractérisé, ce qui a toujours fait sa force, dès l’adolescence. A Poudlard, déjà, il était batteur de leur équipe de Quidditch : un poste qui ne cherche que l’efficience brute, la victoire sans concession, une discipline qu’il lui a transmise en devenant son formateur à ce même poste quand elle a rejoint l’équipe. Elle garde de bons souvenirs de ces années, conservés dans son cœur malgré le dénouement fâcheux d’un entraînement qui a achevé ses projets de devenir sportive professionnelle. Il n’a fallu qu’un moment d’égarement. Le cognard que Piers lui a envoyé l’a finalement touchée de plein fouet, lui faisant perdre l’équilibre à plusieurs mètres du sol… Ses blessures ont été sans gravité, heureusement, mais elle a toujours craint de rejouer depuis. L’équipe de Gryffondor a dû trouver un autre batteur pour la remplacer et le bégaiement de Piers s’en est trouvé aggravé quand il lui parlait pendant de très longs mois, la culpabilité faisant buter ses phrases chaque fois qu’il la regardait. Moira, pourtant, ne lui a jamais tenu rigueur. Alors que ses pensées se perdent un moment encore dans ces souvenirs lointains, elle se surprend à se demander si Piers s’est enfin pardonné cette mésaventure.  

Mais elle recouvre vite ses esprits car déjà, son ami l’invite à s’installer sur le lit d’examen un peu plus loin. La respiration de Moira se trouble un instant mais elle se lève sans rechigner, fait quelques pas en déboutonnant sa veste pour l’abandonner sur le bout du matelas. Ses gestes sont lents, précautionneux quand il faut faire glisser la manche de son épaule droite. Mais elle parvient à se débarrasser du vêtement. Elle fait de même avec son chemisier, dévoilant enfin l’articulation et la forme subtilement différente qu’elle a prise au fil des semaines. Elle s’assied alors sur le lit, enlève la bretelle droite de son soutien-gorge pour qu’elle ne gêne pas le médicomage quand qu’il la rejoint. Il est toujours étrange de se trouver si vulnérable face à un ami, mais alors que l’appréhension réveille quelque peu les douleurs latentes qu’elle conserve dans ses chairs, elle n’est pas mécontente de se trouver cette fois entre les mains d’un médecin qu’elle connait et qui a toute sa confiance.

Alors que ses pulsations cardiaques continuent d’accélérer, Moira écoute son ami presque religieusement. Mais elle ne peut dissimuler la tension qui s’empare de tout son corps quand il lui annonce ne pas pouvoir lui donner d’anti-douleur. La gifle est brutale. Elle doit baisser les yeux pour maquiller le haut-le-cœur qui s’est emparé de ses tripes. Quelques secondes passent pendant lesquelles elle doit se faire violence pour continuer d’écouter les détails de la procédure. Elle hésite un instant à lui demander de lui donner plutôt la double dose de poussos. Un goût infâme contre une douleur atroce, n’est-ce pas un moindre mal ? Mais elle ne dit rien, se doutant bien que ce n’est pas le seul effet délétère de cette solution et que si Piers décide de lui infliger une telle épreuve, ce n’est si par incompétence ni de gaieté de cœur.

Doucement, elle prend alors une grande inspiration avant de venir recroiser le regard du médicomage. Sans un mot, elle hoche la tête pour lui signifier qu’elle a bien compris et qu’elle fera comme il dit. Une manipulation à l’ancienne… Cela fait presque guerrier. L’idée la fait sourire légèrement alors qu’elle se redresse pour laisser Piers examiner son épaule comme il le souhaite et se placer convenablement pour la remettre en place, face à elle. La respiration de Moira est lente, volontairement profonde pour tenter de calmer ses nerfs qui se tendent déjà d’appréhension lorsque les mains du médicomage de placent sur son épaule. Instinctivement, le bras gauche de Moira se lève et sa main se pose sur les côtes de son ami, un appui rassurant qu’elle vient chercher de peur de bouger quand il lui brisera les os. Ses doigts entourent la blouse sans aucune chaleur, seulement animés par cette peur qui lui brûle les chairs au moment d’autoriser Piers à faire ce qui doit être fait.

Elle respire encore de longues secondes, les yeux dans le vide. Elle ne regarde plus son ami, uniquement concentrée sur ses propres sensations et le calme qu’elle tente de conserver. Elle respire, puis souffle enfin d’une voix plus déterminée que celle qu’elle se serait crue capable de lui offrir :
- Vas-y.

Sa main gauche se presse sur le flanc du médicomage alors qu’elle se force à ne pas fermer l’autre en un poing terrifié pour garder son bras détendu au maximum. Elle clôt les paupières pour mieux sentir les gestes de Piers et contrôler les battements acharnés de son cœur qui cognent dans ses tempes. Elle inspire encore, assez lentement pour canaliser sa peur. Mais la tension la gagne davantage à chaque seconde qui passe et elle ne prie bientôt plus que pour accélérer le temps et que l’épreuve se passe aussi rapidement que Piers le lui a promis.

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Le fier Foul'camp:
 

Piers A. Elliot

Piers A. Elliot
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Flashback - Juin 1998

Il semblerait que j'aie transmis une paires de mon inquiétude à Moira… sans grande surprise, je n'ai pas su me montrer très discret après tout. Merde, depuis quand je suis devenu aussi peu professionnel ? Je lui laisse le temps de s'installer, sans la presser. Ce qui va suivre va déjà être assez moyennement agréable, je ne vais pas en plus la houspiller. Une fois qu'elle s'est installée, je me place face à elle, et après m'être réchauffé les mains d'un sort, je palpe aussi délicatement que possible la clavicule brisée. L'os a définitivement pris cher, mais je ne décèle aucune trace de complication, ce qui suffit à me rassurer. Fais ça vite et bien, Piers. C'est ta spécialité. Je localise sans trop de mal la cassure : un petit enchantement pour m'assurer d'avoir suffisamment de force, et me voilà prêt à faire mon office. Nos regards se croisent, et je sens sa main se poser sur mon flanc. En l'espace d'une seconde à peine, l'image que j'avais d'elle, celle d'une lionne inébranlable et inatteignable, disparaît. Elle me semble soudain si vulnérable… elle a baissé les yeux, mais mon regard s'attarde encore quelques instants sur ses traits fins.

Serre fort si ça peut t'aider.

À l'idée de ce que je m'apprête à faire, mon regard serré voile de tristesse. Je suis désolé, Moira. Je vais devoir te blesser à nouveau. Après un temps d'hésitation, je lance, avec presque trop d'entrain :

Hé,  Moira, tu sais pourquoi les gobelins détestent les sorciers ?

Je n'attends pas vraiment de réponse de sa part, n'attendant qu'un léger signe me laissant croire que cette diversion pourtant peu originale fonctionne, pour achever :

Parce qu'ils leur ont cherché des noises, évidemment.

À peine la chute de la blague annoncée, je pousse d'un geste sec sur l'os, qui se brise avec un craquement qui le fendrait le coeur si j'en avais un. Je me focalise sur mon travail afin de ne pas me laisser distraire par sa réaction et la vague de culpabilité quoi m'assaille soudain. Dans un mouvement fluide, je la repositionne correctement, contrôlant d'une main que rien ne bouge tandis que de l'autre, je lance un Accio Poussos. Renversant ma prise sur ma baguette, je m'escrime pour déboucher la bouteille sans lâcher l'épaule de Moira, foutre du Poussos partout, ni l'éborgner avec ma baguette. Mais l'habitude et l'expérience m'ont entraîné à faire pire et dans des situations plus périlleuses, aussi cela ne me prend que quelques secondes. Sans relâcher ma concentration, ni ma prise sur son épaule, je repose la bouteille sur la table d'examens et lui tend le bouchon, empli du liquide fumant que je connaissais si bien. Si d'ordinaire je prenais un malin plaisir à voir la gueule de mes patients après avoir pris leur dose, je me surprenais subitement à maudire l'inventeur de ce breuvage de n'avoir fait aucun effort pour la rendre plus digeste.

Allez, Moira, cul sec. C'est bientôt terminé.

Je ne fais même pas semblant d'essayer de cacher la compassion qui transparaît dans ma voix. Après tout, nous sommes seuls sans la pièce, aucun risque que les collègues n'apprennent qu'il m'arrive parfois de ressentir autre chose que du mépris à l'égard d'autrui. Après qu'elle ait récupéré le bouchon, je bouge légèrement pour stabiliser sa fracture de la main droite, lui tendant l'autre maladroitement.

Euhm…

Je me racle la gorge, embarrassé.

Si tu veux… il paraît que broyer la main d'autrui aide à faire passer la douleur. Si… euh, si tu penses que ça peut aider, hésite pas, je peux encaisser. Et ton épaule ne bougera pas, je te le garantis.

Je lui adresse un sourire aussi rare que sincère. Le plus dur est derrière elle, et je sais qu'elle surmontera ça avec bravoure et dignité -comme toutes les épreuves auxquelles elle a fait face jusque là. Ce qui ne m'empêche pas de vouloir l'aider au-delà de ce qu'exige mon rôle de médicomage.


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