Das Licht von Berlin (Engel)
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Narcissa Black-Malefoy
L'ENCHANTERESSE
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Lun 29 Avr - 18:06
Das Licht von Berlin



Les doigts virevoltent sur la glace d’un papelard pêché on ne sait où. C’est @Lucius A. Malefoy qui l’a récupéré dans ses errances côté monde moldu. Amusement, d’abord, de le voir ramener à la maison l’annonce d’un concert de métal. Mon cher, enfin, que voulez-vous que je fasse de cela ? Journal posé à côté de l’affichette. Une interview menée par Rita Skeeter d’un certain @Engel Bauer à propos de la politique de Potter. Sous la plume de cette harpie en tailleurs vers, les demi-mots du rockeur s’étiolaient en accusation contre un gouvernement visiblement peu à son goût. Et ma perplexité s’était faite sourire éclatant.

Il m’a fallu encore quelques jours pour collecter tout ce que je pouvais trouver à propos de l’énigmatique groupe allemand. Par chance, les interview pullulaient… Manque de veine, ces dernières étaient bien souvent dans la presse spécialisée moldue. Et c’est ainsi que l’on vit Narcissa Malefoy non pas s’abaisser à aller chercher des magazines moldus, mais déléguer la tâche à son époux. Ce qui est à peine moins honteux.

Mais le sommet de la gaudriole fut atteint lorsque j’ai résolu de rencontrer au moins l’un de ces énergumènes. Puisque Monsieur Bauer était celui qui s’exprimait avec le plus d’aise dans les médias, ce serait cet homme. Hésitation : prendre rendez-vous avec le manager du groupe Joseph « Joe » Gyte, ou opter pour une folle virée dans le Londres le plus rock et, sans doute, le moins bien famé selon mes préjugés aristocratiques. Le coeur balance. A presque cinquante ans, n’est-il pas temps de commettre folie ? Raison frappe. La plus élégante plume vient batifoler près d’un encrier au vermeil liquide.

Trois jours plus tard, me voici installée dans un café chic du Berlin magique. Joe a répondu par l’affirmative lorsque je lui ai demandé à m’entretenir avec Engel Bauer à propos d’un concert privé. Portoloin glissé dans l’enveloppe ; aller et retour. Pourquoi Berlin, outre les origines allemandes de mon vis à vis, c’est une bien commode manière de m’essayer au verbe germanique. Le monde de la Magie s’est si longtemps reposé sur ses acquis, enclos dans sa bulle de solutions de traductions, qu’il s’en est trouvé rouillé. Par chance, des rudiments d’allemand mêlés à l’anglais permettent de s’en sortir dans la plupart des situations de la vie courante moldue berlinoise, et les plumes à papotes à traduction automatique suffisent à débloquer les ultimes situations difficile dans le monde de la magie.

Jambes croisées, une montre-collier aux armoiries des Malefoy autour de la gorge, l’aristocrate est un peu à l’avance. Installée dans un coin de la salle du café, je me repais, un temps, du délicieux chaos que provoquera sans doute l’arrivée d’Engel Bauer dans un tel cadre. Murs d’une sombre pourpre, miroirs et appliques murales. Lustre pompeux, tout respire l’atmosphère intimiste et luxueuse des grands lieux. Un endroit dont Engel saura probablement bousculer les codes à sa façon. Après tout, n’est-ce pas cela, l’esprit du rock ?

Je me perds, pensive, dans une édition de la Gazette du Sorcier anglaise où s’étiolent les interviews d’Engel et ses piques acerbes contre le Ministre. Bien, bien, très bien. Ne reste plus qu’à attendre l’invité. Les nouvelles générations ne pourront plus ignorer Reißen bien longtemps… pas plus que Potter ne pourra ignorer le Phénix.

519 mots
Engel Bauer
ADMINISTRATRICE
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Sam 4 Mai - 17:35
Das Licht von Berlin
ft. @Narcissa Black-Malefoy

Novembre 2003

- Qui ?
Je crois qu’on a été trois à le demander en même temps, mais c’est la voix de Xaver qui a tonné le plus fort. L’air incrédule, je reste silencieux alors que Joe se frotte un sourcil, cherchant visiblement ses mots. Il articule, comme si cela pouvait rendre la chose plus réelle :
- Narcissa Malefoy. Elle m’a demandé une rencontre.
- Narcissa Malefoy ? Tu te fous de ma…
J’arrête Xaver d’un geste de la main alors que les questions affluent d’un coup dans ma tête. Mais une seule se précipite à mes lèvres :
- Qu’est-ce qu’elle veut ?
- Elle a parlé d’un concert.
Un frisson parcourt l’assemblée. Tout le groupe au grand complet reste immobile, sidéré, avant que Xaver ne lâche un magistral :
- Sans déconner ?
Œillades furtives. Les regards jonglent entre excitation et incompréhension. Mais les sourires se dessinent progressivement sur les visages, d’abord timides, puis triomphants. Une crispation nerveuse étire par à coups le coin de mes lèvres. Après quinze ans, se pourrait-il que nous soyons enfin remarqués par ce milieu que je sers et que je convoite ? Se pourrait-il que mes appels aient enfin été entendus par l’oreille délicate à laquelle je susurre depuis qu’un avorton s’est improvisé Ministre de la Magie ? L’idée est grisante, exaltante. Mais elle m’intimide soudain. Je regarde mes pompes alors que les gars se félicitent à coups de grandes claques dans le dos.
- Qu’est-ce qu’on attend ? Quand est-ce qu’elle veut nous voir ?
- Quand est-ce qu’elle veut le voir, tu veux dire...
Coup de pied en plein ventre. Je lève les yeux brutalement pour rencontrer ceux de notre manager. A ma gauche, Xaver s’étrangle :
- Comment ça, « le » voir ?
- Elle n’a parlé que de lui.
« Lui », c’est moi. Deuxième coup dans le bide. Je deviens blême. Et à côté, Xaver braille.
- Comment ça elle n’a parlé que de lui ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Joe soupire. Je crois qu’il s’est préparé à cette réaction toute la journée et a un plaidoyer tout prêt à être servi. Mais le reste n’est qu’un brouhaha informe dont je reste complètement étranger. Je n’écoute plus rien, focalisé que mes seules pensées et la trouille qui me tord les tripes. Lady Malefoy qui demande à me rencontrer... Le rêve paraît soudain trop réel. Mais maintenant qu’il se dessine, je ne sais plus s’il est si loin du cauchemar.
- Engel !
- Quoi ?
J’ai sursauté. Zven me fixe avec un air très sérieux, et semble répéter :
- Qu’est-ce qu’on fait, alors ?
La vérité, c’est que je n’en sais rien. Je n’en sais foutrement rien. Mais Xaver, lui, semble avoir une réponse évidente :
- Comment ça, « qu’est-ce qu’on fait » ? Un peu qu’on y va ! Et qu’on lui fait le concert qu’elle veut !
- C’est pas si simple.
- Bien sûr que c’est simple ! C’est pas à elle qu’on fait du pied depuis quinze ans ?
- Techniquement, non. A moins que Lady Malefoy ne se soit un jour faite appeler Lord Voldemort.
- Va te faire foutre, Zven ! Fais pas semblant de pas comprendre. Elle est la cheffe de file de tous ceux qu’on défend. Et on dirait non à une de ses invitations ?
- C’est pas de nous dont il s’agit, mais d’Engel.
- Et alors ? Elle compte dire non, la brindille ? Parce que si c’est le cas, je vous jure que j’me la coupe !
Zven soupire. Il sait qu’il n’a rien à répondre à cela, et malgré tous les instincts protecteurs qui l’animent depuis que nous sommes enfants, il finit par me regarder comme les autres, conscient de ce poids qu’il ne peut que laisser reposer sur mes épaules. J’ai le cœur qui bat dans les tempes, le souffle court. Je fixe un point invisible quelque part sur le plancher. Mon stress se ressent dans tous ces mots que je ne dis pas, un silence que je laisse s’étirer de longues secondes avant de souffler d’une voix basse :
- Je vais y aller.
Tous les regards restent résolument rivés sur moi, mais je ne viens chercher que celui de Zven.
- Xaver a raison. On n’a aucune raison de refuser cette invitation. Après tout, c’est pas comme si ça nous engageait à quoi que ce soit et on va pas se mentir : on attend une telle opportunité depuis des années.
- Et pour le concert ?
- Avec le bordel qu’on a foutu dans la presse, elle doit bien savoir qu’on n’est pas un putain de groupe de folk ! Elle va pas nous demander d’animer un foutu mariage. Et puis, quoi qu’elle propose, ça fera parler de nous. C’est pas ce qu’on cherche ?
Silence dans la salle. Derrière son bureau, le manager opine. Allan me regarde sans me contredire. Andreas acquiesce avec entrain. Et Jeremiah conclut :
- Si, bien sûr. Il faut y aller.
Quelque peu soulagé de nous voir tous d'accord, je prends une grande inspiration et reviens à Zven dont l’inquiétude nuance toujours le regard. Je me passe nerveusement le pouce sur l’arrête du nez et ajoute, faussement confiant :
- Je vais la rencontrer et voir ce qu’elle propose. Si le concert qu’elle a en tête est intéressant pour nous, je lui dirai oui. Si c’est un délire d’aristocrate trop frileux pour ce qu’on fait… Eh bien, disons que nous serons sûrs qu’ils ne nous rappelleront jamais !
Le rictus de Xaver se fait carnassier, donnant naissance au mien et l’atmosphère s’allège dans le bureau pour ne plus laisser place qu’à notre seule excitation. Même Zven finit par faire un signe de tête approbateur. Ravalant mon angoisse, je me joins aux rires qui reprennent, puis me tourne vers Joe pour lui demander :
- Alors ? C’est quoi le programme ? Où est-ce que je dois la retrouver ?
Il sort quelque chose d’un tiroir de son bureau et me lance :
- Je n’en ai aucune idée ! Elle m’a seulement fait envoyer ça…
Zven s’approche, attrape un écrin en velours rouge et en sort un petit objet métallique qu’il examine quelques secondes avant qu’un sourire admiratif n’illumine ses traits. Il se tourne alors vers moi pour me le tendre.
- Il faut avouer qu’elle a de l’humour, glisse-t-il, badin.
Intrigué, j’attrape le petit colis et découvre un porte-clé du Ministère. La petite friponne… J’ai un rire discret alors que Joe m’explique qu’il s’agit d’un portoloin réglé sur dix-huit heures. Destination inconnue. Narcissa Malefoy est plus joueuse que ce que son image de politicienne implacable laisse paraître. Je dois dire que j’aime assez cette surprise.
- T’as pas intérêt à la décevoir, la crevette, gronde Xaver, me faisant lever les eux vers lui, sinon j’te jure que je te fais bouffer ta gratte.
Je souris encore, avec plus d'assurance cette fois, et je souffle en réponse :
- T’en fais pas pour ça…

Enfermé dans le penthouse, je fais les cent pas depuis des heures. Posé sur la table basse, reflétant un rayon du soleil sur le mur blanc du salon, le porte-clé aimante mon regard avec un pouvoir effrayant. Je ne me décide pourtant pas à l’approcher, restant prudemment en retrait, comme s’il s’agissait là d’une arme dangereuse, imprévisible. Plus j’y pense et moins je trouve cette idée saugrenue.

Mon cœur bat, fébrile, dans ma poitrine. Je crois ne pas avoir été aussi stressé depuis des années, même avant un foutu concert. Reniflement nerveux. J’attrape sèchement mon paquet de clope et glisse une cigarette entre mes lèvres que je peine à allumer. Mes doigts tremblent sur le briquet. Il me faut m’acharner pendant dix secondes pour réussir à sortir une putain de flamme entre deux jurons. Bouffée salutaire. La nicotine apaise quelque peu mes esprits alors que je refais pour la centième fois l’inventaire de mes arguments et des possibilités qui s’offriront certainement à moi tout à l’heure. J’essaye de deviner tout ce qui a pu naître dans l’esprit d’une femme de l'envergure de celle-ci. Je n’en ai que trop peu croisé, plutôt habitué aux fans décérébrées, du genre de celles capables de se mettre seins nus pour un seul regard depuis la scène. Le tabac tente faiblement de détendre mes nerfs, mais la seule idée de rencontrer la Reine des Terres de Feu ébranle ma respiration comme si elle m’étranglait. J’ai l’impression d’être un abruti catapulté dans le grand monde, une bestiole étrange qu’on vient disséquer pour voir de quoi elle est faite et pouvoir en rire après coup entre aristos friqués. Putain… Je crache sèchement la fumée, déglutit avec peine. Je ne sais pas quoi faire, et le temps me manque.

Coup d’œil à ma montre. Il est bientôt dix-huit heures. J’hésite des secondes entières avant de tirer une dernière fois sur ma clope et de l’écraser dans le cendrier qui dégueule de mégots. D’un pas rapide, comme pour m’interdire de reculer, je dévore les quelques mètres qui me séparent du canapé pour attraper mon blouson en cuir que je passe sur mon tshirt blanc. Jean noir et rangers de type militaire. Je n’entends pas me travestir devant une femme qui demande elle-même à me rencontrer. Baguette magique glissée contre ma cuisse dans une poche longiligne que je fais rajouter sur la plupart de mes futals, je me penche brusquement pour attraper le porte-clé et je compte les secondes. Ma main serre le métal à m’en incruster chaque aspérité dans la peau. Je dois hésiter une dizaine de fois à balancer cette saloperie dans un coin de la pièce et laisser tomber toute cette histoire. Mais je n’arrive pas à m’y résoudre. Nous sommes si proches du but. Si proches…

Soudain, je la sens. Une vibration presque imperceptible, mais si reconnaissable. Mon cœur fait une embardée alors que j'écarte les doigts pour voir le porte-clé qui se met à trembler dans ma main. Je le referme alors dans ma paume comme un dément. Le pouvoir du portoloin se libère et je disparais de Londres, sans savoir où je vais.

Je retombe brutalement sur un pan de mur à mon arrivée, les jambes flageolantes et l’esprit désorienté. J’ai toujours détesté ces conneries, bien qu’elles soient moins désagréables que les transplanages de Zven. J’essaye d’éviter de répandre le faible contenu de mon estomac sur la moquette, déglutissant trois fois de suite avant de me redresser pour laisser mon regard embrasser enfin l’environnement qui m’entoure. Mes doigts sur le mur s’enfoncent dans les fibres moelleuses d’une tapisserie rouge qui a l’air de coûter un bras. Je me trouve dans le vestibule d’un café au mobilier démesurément chic, mais bien loin des ambiances anglaises. Mes sourcils se froncent et je plisse les yeux en me redressant pour lire une plaque à l’attention des sorciers arrivés par téléportation. Je mets une seconde entière à réaliser ce qui me saute désormais aux yeux. C’est… de l’allemand ?

Déboulant dehors comme un fou privé d’air, je fais se retourner plusieurs passants dans la rue alors que je jette des regards dans tous les sens pour tenter de reconnaître où je me trouve. Mes souvenirs de jeunesse me sautent alors à la gorge. Où que je regarde, je retrouve des ruelles que je connais par cœur à trop les avoir parcourues à toute heure du jour et de la nuit. Les devantures des commerces, les façades, les quelques arbres scellés dans le bitume… Berlin. Après toutes ces années…

Je n’ai passé qu’un an dans la capitale allemande, une année à ne jamais savoir de quoi le lendemain serait fait, à vivre sur la paie de Zven et les rares marks que j’arrivais à ramener, une année à écumer les bars, guitare sèche dans le dos, à laisser libre cours à une passion devenue depuis longtemps dévorante, et à prier pour qu’on nous remarque sans bien y croire. Berlin n’a pas été notre période la plus faste, ça non. Et pourtant, j’ai pour elle une nostalgie singulière, pleine de tendresse, au souvenir de nos fous rires interminables et de ce premier goût de liberté que j’ai toujours cherché à retrouver depuis. Je me rappelle avec une précision étonnante de l’appartement pourri qu’on squattait. L’immeuble doit encore exister quelque part en banlieue, près d’un terrain vague où je m’entraînais à maîtriser les sortilèges dont j’abuse aujourd’hui sur scène. Un sourire fend mon visage. Le poids qui écrasait ma poitrine semble s’être un peu allégé.

Prenant une longue inspiration, je fais finalement volte-face pour retourner dans ce café où je suis certain de ne jamais avoir mis les pieds. Je devais à peine avoir de quoi me payer un verre d’eau des chiottes dans cet endroit quand j’habitais encore à Berlin. Passant une main nerveuse dans mes cheveux, je réajuste ma veste avant de me présenter au maître d’hôtel qui me demande s’il peut me venir en aide. Comme cela fait du bien d’entendre un peu d’allemand…

Tentant de paraître le plus confiant possible, je lui répond qu’une femme répondant au nom de Black-Malefoy doit m’attendre quelque part. L’homme hausse les sourcils et me détaille alors de haut en bas comme s’il s’agissait clairement d’une erreur de casting. Relevant le menton dans un réflexe mauvais, je lui lance un regard plein d’arrogance jusqu’à ce qu’il retrouve son visage professionnel et m’offre un sourire mielleux en ouvrant la voix. Je le suis du regard jusqu’à ce qu’il me dépasse, comme un fauve échappé de sa cage. L’ire qui pulse dans mes veines éveille brutalement mes sens, un coup de fouet finalement bienvenu avant de rencontrer l’Enchanteresse.

Je profite des quelques pas qu’il me reste pour recomposer mon masque et apparaître comme le rockeur nonchalant et sûr de lui que Lady Malefoy doit connaître à travers les interviews. Mais cela n’empêche pas mon cœur de se fracasser contre mes côtes quand je la reconnais. Elle est de dos, assise dans un coin du café face à la baie vitrée, d’une élégance semblable à tous les autres clients attablés dans ce bar. Pourtant, je sais que c’est elle. Je le sens dans le fond de mes tripes rien qu’à voir sa posture si pétrie d’aristocratie anglaise, et les mèches blondes de ses cheveux savamment emprisonnées dans son chignon. La vision est presque irréelle mais le temps semble se précipiter quand le maître d’hôtel m’annonce. J’ai l’impression de suffoquer. Ravalant une dernière fois mon angoisse, je m’installe sur le siège vide laissé face à elle avant que l’autre connard n’ait le temps de le tirer pour moi. J’ai toujours détesté l’impression d’être pris pour un handicapé dès qu’on a les poches assez pleines pour entrer dans les hautes sphères. Comme une bête piégée dans un environnement qui ne lui convient pas, je jette des regards tout autour de moi, étudiant les lieux, m’amusant quelque peu du décalage que je représente avec mes fringues moldues, mon cuir noir et mes tatouages. J’espère que l’Enchanteresse n’est pas déçue de ma première impression. L’inverse me vexerait sûrement…

Après un temps trop long, je viens pour la première croiser le regard de la sorcière et je tombe alors brutalement dans ses yeux, foudroyé par la prestance de cette dame avant même qu’elle n’ouvre sa jolie bouche. Il me faut faire un effort considérable pour ne pas laisser paraître mon trouble, conserver mon regard résolument planté dans le sien alors que je m’installe d’emblée bien profondément dans mon siège, un coude sur la table qui nous sépare, l’autre bras posé sur ma cuisse. Je ne lui ai pas tendu la main, incapable de savoir le comportement qu’on exigerait de moi en pareilles circonstances. J’espère qu’elle ne s’attendait pas à un baise-main ou une autre connerie du genre.

Je ne sais pas combien de temps s’écoule avant que je ne trouve enfin le courage de sortir de mon mutisme. Mais le masque est désormais bien en place et ma voix ne tremble pas. J'abats ma première carte.
- Lady Malefoy. Laissez-moi vous féliciter pour vos choix en matière de lieux de rendez-vous.
Puis, assumant une nonchalance qu’elle a dû lire plusieurs fois dans les pages du journal qu’elle feuilletait à l’instant, je lance avec cette assurance factice si aisément retrouvée.
- Joseph Gyte m’a dit que vous vouliez me voir. Me voilà.
Introduction brusque et sans fioriture à l’image de ma musique. J’aime qu’elle sache tout de suite à quoi elle s’engage en traitant avec moi. Mais je ne doute pas qu’une femme de sa trempe se soit bien assez préparée pour ne pas se laisser si aisément désarçonner.

roller coaster

(2772 mots)



En italique, Engel parle allemand.
Non-germanophone, tes oreilles s'affolent !
Narcissa Black-Malefoy
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Sam 11 Mai - 16:44
Das Licht von Berlin



Les voûtes pâles d’un plafond richement décoré scintillent de mille feux. Il n’y a pas, à Berlin comme à Londres, on sait maîtriser le chic dans les établissements les plus raffinés dans la ville. Amusement se fraie un chemin le long d’une blanche échine, court sur le bras clair s’échappant d’une robe d’austère émeraude. Les doigts pianotent sur la peau parcheminée du journal et la surface glacée d’un magazine de rock. Gazette du Sorcier lovée sous alliance maritale. Le cercle d’or étincelle, m’arrachant un sourire léger.

Le feutré de conversations roulent autour de moi. Gazouillis volages d’une langue que je ne comprends que lointainement. Et puis un homme entre dans mon champ de vision. A peine un reflet sur la baie vitrée. Fugace instant capturé par la surface miroitante du verre rendu opaque par le passage d’une voiture avant qu’une pâle lumière ne vienne effacer cette vision. Serveur élégamment vêtu, celui la même qui m’a offert cette alcôve. Œillade catastrophée brille sur minois impassible. Je ne peux réprimer l’élargissement de mon sourire. Derrière lui vient l’objet de ses crispations. Un Rockeur. Un vrai. Un pur. Un dur. Un tatoué. Bauer. Il ne reste que quelques secondes avant que ne se rencontrent deux mondes qui n’ont jamais été destinés à se rencontrer.

L’aristocratie anglaise a quelque chose de guindé. Raidissement des dos jusqu’à faire de l’orgueil un port de tête. Raidissement des pensées jusqu’à faire de la bienséance un carcan d’élégance. Ce sont ces valeurs qui m’ont façonnée, artisanes patientes de mon destin. Cela a commencé au berceau. Ravissement et désillusion chez les Black. Encore une fille. Encore une à qui l’on devra fournir une dot et un bon mari. La plus vieille, Andromeda, gazouillait de sa brune chevelure. La plus jeune était encore à naître. Comme toutes, j’ai embrassé ma destinée. Même Andy, la plus frondeuse d’entre nous, a accompli son destin de femme mariée. De mère. Elle eut juste le mauvais goût de s’éprendre d’un moldu.

Une femme si parfaitement élevée que je suis peut-elle sans faire jaser s’accointer avec l’homme qui s’apprête à s’asseoir devant moi avec toute la nonchalance dont il est capable ? Son masque d’assurance est indéchiffrable. Rockeur volage et déstabilisant. Comme il risque de se gausser de moi. La prude, l’inaccessible Narcisse. La voix du maître d’hôtel tinte. Première confrontation, presque rafraîchissante. L’homme s’empare du siège avant que l’on ait pu l’inviter à s’installer. Rapport de force. Montrer les dents à l’hôte pour le déstabiliser. Je sens fondre mes certitudes. Etait-ce vraiment une si bonne idée que celle soufflée par Lucius ? Mais à la guerre, il faut toute l’aide possible. Je remercie le maître d’hôtel d’un sourire. L’or change de paume. Assurance d’une discrétion acquise par le tintement des richesses. Or et idéaux. Voilà les deux moteurs du monde. La moitié achète les croyances et le fanatisme de l’autre. Ce que j’utilise, moi ? Les deux. Il n’est plus cynique qu’un dirigeant… car pour gouverner, il faut abandonner jusqu’à la dernière parcelle de croyance.

L’homme est silencieux. Son regard s’est voilé, indéchiffrable. Il me scrute, m’étudie, m’envisage. Je ne sais quels troubles l’agitent… Peut-être est-il déçu par la grande Lady Malefoy à présent qu’il la voit pour ce qu’elle est. Une femme. Une sorcière. Un être humain simplement paré de beaux atouts. Je soutiens son regard, le scrute en retour. Cuir noir, tatouage, air nonchalant peint sur la gueule. J’ai toujours eu la prétention de savoir actionner avec un peu de précision les leviers qui font avancer le monde. Avec lui, je n’en suis plus si certaine.

Lorsqu’il ouvre la bouche pour enfin parler, c’est un soulagement. Le langage m’offre une prise, je l’accueille avec gratitude.

« Lady Malefoy. Laissez-moi vous féliciter pour vos choix en matière de lieu de rendez-vous. »

Ce jeu là, je peux l’assumer. Cette partie là, je la connais. Presque mécaniquement, le sourire poli se dessine sur les chairs carmines. L’oeil brille d’une douceur bienveillante. Me voici revenue sur des berges plus connues, plus dangereuses peut-être, aussi.

« Je vous remercie d’être venu, Herr Bauer. J’ai songé que cette rencontre serait pour moi une parfaite occasion d’explorer Berlin ; je crains de ne connaître que trop peu l’Allemagne. »

A peine ai-je fini la courtoisie de cette réponse que la question frontale naît.

"Joseph Gyte m’a dit que vous vouliez me voir. Me voilà."

Il me faut une seconde mussée sous un sourire poli pour reprendre contenance. Quoi que les interviews lues ait laissé filtrer la franchise d’Engel Bauer, le monde aristocratique ne m’a que trop mal préparée à ces échanges. Il me faut trouver un rythme. Imposer mon rythme dans le flot de conversation. Le cadre, étranger mais familier dans son luxe, m’aide à retrouver un semblant de contenance.

« Désirez-vous boire quelque chose, Herr Bauer ? »

J’ai parfaitement entendu sa question, pourtant. D’un geste, j’ai appelé le garçon, commandé un thé, laissé au rockeur le loisir de prendre ce qu’il désire. Le tout sur ma note. Évidemment. Lorsque le jeune homme, mal à l’aise, visiblement, devant la gueule particulière du métalleux, a tourné les talons, je puis enfin lui répondre.

« On peut dire que vous savez faire parler de vous et de Reissen, Herr Bauer. »

Je tapote les journaux, tant moldus que la Gazette du sorcier. Les ongles sonnent sur le papier mat.

« Etrangement, vos interviews sont bien plus… intéressantes dans le monde sorcier. »

Le sourire s’élargit. L’on me donnerait le bon dieu sans confession… Quel malheur que je sois parfaitement athée.

« Dites-moi, mon cher… comment vous sentiriez-vous à l’idée d’importuner Monsieur Potter par un petit concert ? »

Le jour où je reconnaîtrai à cet avorton le titre de Lord qui pourrait lui revenir de droit par le lignage de son père, sera celui où je me couperai la main.
Ou les deux.

1001 mots
Engel Bauer
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Mer 29 Mai - 10:04
Das Licht von Berlin
ft. @Narcissa Black-Malefoy

Novembre 2003

Je dois me faire violence pour maintenir fermement mon regard, ne laisser aucune prise, et ne surtout pas laisser transparaître mon trouble. Les prunelles de l’aristocrate me transpercent et je sens ma main se serrer contre ma cuisse sous la table. L’Enchanteresse a encore plus de prestance en vrai… Et pour la première fois depuis longtemps, je me sens terriblement petit.

Depuis des années, je planque ce manque de confiance derrière une arrogance éclatante. Rockeur déluré débordant d’insolence, jetant ses injures à la gueule de ses détracteurs pour mieux dénoncer leur stupidité ou leur étroitesse d’esprit, je crache à quiconque peut m’entendre que seuls les hypocrites et les frileux peuvent rejeter ma musique et chaque critique effarouché par mes textes ne m’incite qu’à la surenchère. Rythmes plus brutaux. Textes plus violents. Guitares plus saturées. Je ne me lasse pas de ces émotions que je crée sur les visages de ceux qui m’écoutent, qu’importe ce qu’elles expriment. Tout sauf l’indifférence. Tout sauf être une voix perdue dans la masse. Nos positions politiques et notre style musical nous privent des succès exubérants de la pop mainstream, un choix que tout le groupe fait consciemment depuis que nous avons commencé à percer car notre liberté de création ne souffre ainsi d’aucune barrière morale. Nous sommes les Allemands venus bousculer l’Angleterre. Qu’on nous aime, qu’on nous honnisse, pourvu qu’on nous connaisse. Je veux que Reissen soit sur toutes les lèvres, qu’aucun sorcier dans ce pays ne puisse ignorer notre existence et que nos chansons réveillent cette société déliquescente avant que ses fondations ne pourrissent trop pour l’empêcher de s’effondrer. Je ne suis pas un guerrier. Je suis un porte-drapeau, un homme rempli de hargne, assez téméraire ou inconscient pour tenir tête aux avertissements répétés du sacro-saint Ministère… Voilà celui que j’incarne aux yeux de beaucoup de sorciers. Voilà l’image de moi que je cherche toujours à renvoyer.

Mais devant cette femme, j’apparais sans armure, dépourvu de mes leurres, sans l’appui de mon groupe et privé de mes effets grandiloquents. Si proche d’elle, seul comme un con sur mon fauteuil, j’ai l’impression d’être désarmé, à sa merci, et la sensation m’enserre la gorge au point que je peine à trouver la force d’articuler mes premiers mots. J’ai l’impression de ne pas être à ma place devant elle, d’être un imposteur parachuté dans ces hautes sphères que j’ai toujours admiré sans espérer les atteindre. Et pourtant l’Enchanteresse est là, elle me regarde, et au vu des magazines qu’elle caresse du bout des doigts, elle m’observe depuis déjà un petit moment. Dans ma tête, les émotions s’entrechoquent, grisantes et contradictoires. L’excitation de voir tout mon travail enfin reconnu par cette femme que j’admire se heurte à l’appréhension qui se love dans mon estomac maintenant que vient le temps de découvrir ce que son attention me coûtera. Qu’importent mes coups d’éclat à la limite de la propagande, je n’ai jamais évolué au milieu des requins de la politique et alors que Lady Malefoy me regarde, je ne cesse de me demander si j’en ai seulement l’étoffe. Mon cœur bat d’un rythme acharné sous mes côtes. Je tiens toujours son regard. Mais l’exercice me coûte plus que je ne l’aurais cru.

Elle répond à ma première intervention sans la moindre difficulté, comme si mon entrée était tout à fait convenable. Je ne sais pas si j’en suis vraiment soulagé. Une part de moi aurait certainement voulu la troubler pour nous voir jouer sur un pied d’égalité. Alors j’appuie davantage encore mon personnage, pousse mon comportement aux limites de cette incorrection dont on m’accuse souvent et c’est alors que je le vois, ce frémissement dans son sourire, cette seconde fugace qui la voit légèrement s’infléchir avant de reprendre contenance avec le talent des meilleurs orateurs. Mon cœur percute ma poitrine. Je reste suspendu à ses lèvres dont le tremblement, bien que léger, me rassure un peu quant à l’étrangeté de la situation que je ne semble finalement pas être le seul à sentir.

Herr Bauer… Je tique pour la deuxième fois sur sa façon de s’adresser à moi, comme si elle était erronée. J’ai l’impression qu’elle s’adresse à mon père, et le souvenir de ces rares visiteurs qui venaient troubler la quiétude de la maison familiale à Lübeck m’arrache un frisson désagréable. Je pince légèrement les lèvres alors qu’elle me propose à boire et je profite de la distraction pour étouffer mon malaise. D’un naturel que je retrouve avec une facilité qui me surprend presque, je commande mon verre en allemand, avec un plaisir non-dissimulé. Un whisky pur, sans glace, irlandais. Le garçon de café me regarde comme si je pouvais lui sauter à la gorge d’un instant à l’autre. Il ne doit pas avoir beaucoup eu affaire à des clients dans mon genre : sans chemise repassée, sans pompe de ville bien cirée, sans politesse embourgeoisée. Je n’appartiens pas à ce milieu où je me suis infiltré, et il le sait. Il me fait cependant un signe de tête professionnel avant de repartir et j’attends avec une certaine impatience ce breuvage qui me paraît plus que jamais salutaire pour m’aider à ravaler mon stress. Reprenant une inspiration un peu plus profonde, je reviens croiser le regard de l’Enchanteresse alors que la discussion prend enfin la tournure sérieuse que je lui soupçonnais. Un frisson me parcourt les lombaires. Je m’enfonce dans mon siège et croise nonchalamment les jambes pour le dissimuler, ma main gauche venant distraitement caresser mon menton. Et je la regarde avancer ses premiers pions sur l’échiquier.

Ses doigts graciles sur la couverture des magazines attirent un instant mon regard alors qu’elle reconnaît mes hauts faits dans la presse. Reissen est un groupe qui assume depuis ses débuts le caractère sulfureux de ses créations. La provocation, comme une seconde nature, teinte nos textes, nos mises en scènes, jusqu’à nos interviews. Je reconnais la couverture d’un des exemplaires que Lady Malefoy tient sous sa main. Je me souviens de l’entretien avec cette journaliste, une sombre conne dépourvue de la moindre culture musicale qui pensait nous déstabiliser en nous rappelant les très nombreuses plaintes dont nous avons déjà fait l’objet de la part de mères de familles atterrée par les goûts musicaux de leurs mômes et qui souhaitent que nos CD soient interdits de vente aux mineurs. Certains revendeurs ont en effet déjà retiré plusieurs fois nos albums des rayonnages, craignant que l’hystérie populaire ne vienne s’abattre sur leur misérable échoppe. Mais les faibles d’esprit ne parlent pas encore assez fort pour couvrir notre voix. J’ai éclaté un à un chaque argument de la journaliste avec cette verve qu’on me connaît bien désormais. Une heure plus tard, je la baisais dans sa loge, achevant ma victoire dans la trivialité d’une étreinte tombée comme toutes les autres dans les tréfonds décadents de ma mémoire.

Le sourire de Lady Malefoy dégage des forces contradictoires, intimidante douceur qui me fait craindre chaque aspect de sa puissance que je ne connais pas encore. Les femmes disposent de cet atout dont notre masculinité nous prive : celui d’incarner cette délicatesse dont nous manquons sans être départies des poignards que les hommes sont propices à manier. Mon regard la scrute alors que je sens venir la raison de notre venue dans ce café loin des terres britanniques. Et quand sa langue me livre enfin son projet, mon sang pulse brutalement dans chaque recoin de mes veines.

Mes yeux s’ouvrent largement une brève seconde avant que je ne retrouve l’impassibilité de mon masque. Immédiatement, les pensées s’entrechoquent dans mon crâne. Liesse et appréhension s’unissent en un mélange poisseux qui m’engourdit l'esprit et m’empêche de convenablement réfléchir. Les secondes s’écoulent et me pressent de répondre. Je ne peux pas laisser l’Enchanteresse trop longtemps dans l’attente, sans quoi elle s’échappera.

Mes sourcils se froncent légèrement alors que je continue de maintenir son regard et un discret rictus étire le coin de mes lèvres quand je finis par gronder :
- Importuner monsieur Potter ? N’est-ce pas ce que nous faisons depuis déjà quelques années ?
Le ton est volontairement provocateur sans être irrespectueux. Je chercher à fragiliser cette assurance avec laquelle elle me surplombe pour ne pas la laisser m'écraser. Mais le but n’est pas qu’elle se détourne. Je reprends donc, sans prendre le risque de laisser un blanc s’installer :
- A moins que le concert auquel vous pensez revête une saveur bien particulière…
Mon regard se fait joueur, volontiers séducteur. Le garçon de café revient avec nos commandes et je récupère mon verre sans attendre pour prendre une grande lampée de whisky. La chaleur familière de l’alcool qui se diffuse dans ma poitrine me redonne encore un peu plus de courage et j’achève finalement de signifier mon intérêt à mon hôte, mes doigts jouant délicatement sur le bord du verre reposé sur la table :
- Vous avez toute mon attention, Lady Malefoy. Qu’avez-vous en tête ?

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(1485 mots)



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Sam 15 Juin - 22:14
Das Licht von Berlin



Fragrances de villes papillonnent jusqu’à mes narines. Ailes pincées d’un nez qui, pourrait-on dire, eût sans doute changé la face de mon ménage s’il avait été plus court. La face du monde peut encore attendre quelques mois ou années. Il suffit que je puisse avancer sur le grand échiquier de la vie mes pions et figures les uns après les autres. Le premier, ou l’un des premiers en tous cas, se tient là. T-shirt blanc sous blouson de cuir, gueulant une désinvolture à peine ébranlée dans l’un des cafés chics de la ville. J’admire malgré moi son aplomb. Je l’ai sorti de ce que je pense être son milieu naturel. Je doute qu’il ait eu la loisir de jamais passer la porte de ce type d’endroit. Luxe, bon goût et artifices crachent leur hypocrisie dans le raffinement de moulures dorées. De quoi déstabiliser, je l’espère, un rockeur. Il ne l’est pas tant qu’on pourrait le redouter. Me voilà rassérénée. J’ai avancé mes premières armes dans un combat de mots et d’idées. Susurrer à l’oreille de l’étalon fougueux avant de s’enquérir du chemin qu’il emprunte dans ses folles cavalcades. Comme ce pourrait être exaltant si je n’étais ici pour affaire.

« Importuner monsieur Potter ? N’est-ce pas ce que nous faisons depuis déjà quelques années ? »

La voix rauque d’Engel groule dans la clarté policée de l’endroit. Un grondement incongru pour ce haut lieu de civilisation par trop peu accoutumé aux errances sauvages d’une déferlante d’émotions, de colères, de discours raclant les terres et soulevant les océans. Le sourire composé s’étiole plus franchement tandis que les prunelles glaciales se réchauffent un peu à la faveur d’une bonne réponse. C’est presque comme donner une image à un écolier obéissant.

« Hm… pensez-vous ? »

Humour glaviote sous le sourire entendu. La connivence frôle la séduction lorsque le rockeur abat une nouvelle carte sur le tapis. Verte carpette tremble sous les assauts conquérants d’un idéaliste indompté.

« A moins que le concert auquel vous pensez revête une saveur bien particulière… »

C’est cet instant que choisit le serveur pour réapparaître, tempérant le jeu en ramenant une boisson. Billet se plie en guise de pourboire. L’œillade qu’il me lance laisse peu de place à ses pensées : d’Engel ou de moi, il semble avoir décidé qui mène la danse à l’instant. La mené-je vraiment ? Si j’ai fait venir ce parangon de la provocation, c’est bien parce qu’il me faut de nouvelles armes à mon arsenal contre Potter. La tasse de thé flamboie devant moi. Porcelaine blanche s’orne d’un liserai d’or du meilleur goût. Miroir du geste d’Engel, je prends une gorgée de l’ambre liquide. Passable. Le thé n’est décidément pas le fort allemand, même dans un café aussi réputé. Sourire amusé à cette pensée avant que le sérieux de la conversation ne reprenne le dessus.

« Vous avez toute mon attention, Lady Malefoy. Qu’avez-vous en tête ?
- Deux choses, Herr Bauer, indépendantes l’une de l’autre, de surcroît. Vous pouvez parfaitement choisir d’accepter l’une sans refuser l’autre, et vous aurez jusqu’à la fin de la semaine pour vous décider. J’aimerais, tout d’abord, vous inviter vous, et le reste du groupe Reissen à un petit repas que j’organise avec quelques amis le vingt-sept décembre prochain. »

La nature desdits amis est parfaitement transparente. Il s’agit bien entendu de rencontres politiques. Un carton d’invitation noir aux lettrines d’argent vient se frayer un chemin jusqu’à Engel. Y peut être lu l’invitation suivante, soigneusement calligraphiée par les bons soins d’un elfe de maison.

Mesdames Bianca Selwyn et Narcissa Black-Malefoy sont heureuses de vous inviter bien cordialement à un dîner le 27 décembre prochain à 19h. Tenue correcte exigée. Familles bienvenues. Prière de renvoyer par hibou postal le nombre de proches vous accompagnant.


Message bateau sous lequel une main a ajouté à l’encre blanche la mention suivante « A l’attention d’Engel Bauer et du groupe Reißen ». Quelques secondes de silence flottent. Le temps pour moi de reprendre une gorgée de thé en jugeant de l’effet de l’invitation sur mon vis à vis non sans une certaine avidité.

« Nous serions très heureuses de vous y croiser, Bianca et moi. Et je pense pouvoir vous assurer que nous ne sommes pas les seules curieuses de faire votre connaissance. Si, par ailleurs, l’un des membres du groupe souhaite venir en famille, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Le plus tôt sera le mieux, naturellement. »

Naturellement. Je continue placidement, insensible au trouble que cette invitation aura pu provoquer chez mon vis à vis.

« La seconde proposition, qui vous intéressera peut-être davantage qu’un dîner mondain, est celle d’un concert. Voyez-vous, ce dîner est le premier volet d’un événement plus large à venir : nous avons à coeur, pour le prochain anniversaire de mon mari, Lucius, le dix-huit janvier prochain, d’organiser des festivités. Vous le savez sans nul doute, mon époux est… comment dire ? »

En fuite ? Recherché ? Un taulard ? Un mangemort ? Un criminel de guerre ?

« … peu incliné à pactiser avec le gouvernement actuel. »

En cavale, ça marchait aussi.

« Dès lors, il semble que cette date anniversaire soit un symbole intéressant pour réunir tous ceux et celles qui se méfient de notre cher Ministre. Nous accueillerions bien volontiers ce que vous pourriez avoir envie d’exprimer par votre musique, par exemple. Et je ne doute pas que l’un ou l’autre journaliste compétent pourrait avoir à coeur d’ententre ce que vous avez à dire, également. »

Les doigts se sont coulés paisiblement autour de la tasse, phalanges blanches à peine détachées de la porcelaine immaculée.

« Une soirée pour se rencontrer et une tribune pour vous exprimer, voilà ce que j’ai en tête, Herr Bauer. »

L’étendue d’un sourire sur les lèvres tandis que nous nous apprêtons à jeter à la face de Potter les failles de son système et les faiblesses de ses discours. Nos traditions doivent demeurer et survivre. Contrairement à l’idée reçue générale, je suis prête à faire nombre de concessions sur la pureté du sang : aucune, en revanche, sur la conservation de nos us et de nos coutumes. S’il faut faire flamber le Ministère pour en déloger les rats, j’apporterai moi-même l’alcool à brûler.

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Engel Bauer
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Mar 23 Juil - 11:23
Das Licht von Berlin
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Novembre 2003

La douce chaleur de l’alcool se fait précieux réconfort sous les prunelles écrasantes de l’Enchanteresse. Il me faut quelques instants encore pour retrouver un rythme régulier entre chaque inspiration, récupérer via ces artifices que j’emploie depuis l’adolescence cette confiance de façade qui saura tenir tête au charisme de l’aristocrate. Le sourire qui s’est glissé sur mes lèvres était plus convainquant que ce que je pensais pouvoir le lui offrir. Et le grondement que Lady Malefoy m’a donné en réponse m’a conforté dans mon aplomb. Le soulagement est réel mais je ne baisse pas encore ma garde : je me méfie trop du talent des femmes pour me laisser un seul instant abuser.

Les battements de mon cœur ralentissent néanmoins quelque peu à me sentir moins dénué d’armes que ce que je craignais et j’observe cette façon distinguée qu’elle a de porter sa tasse de thé à ses lèvres. On ne pourrait rêver d’une image plus anglaise. L’idée me fait délicatement sourire derrière les doigts que je laisse distraitement caresser mon menton. Mais bien vite, le sérieux de la conversation me rattrape et mes sourcils se froncent légèrement quand elle décrit enfin la véritable raison de cette rencontre. Ou plutôt les deux véritables raisons. Mon regard suit le mouvement suave de sa main qui glisse vers moi un carton d’invitation que je récupère du bout du pouce, mettant quelques secondes à baisser les yeux pour lire ce qui est écrit. Un sourire railleur étire la commissure de mes lèvres quand je m’amuse à lire le « Tenue correcte exigée ». On dirait presque que cette petite phrase a été ajoutée pour moi, mais je n’ai pas la prétention de le croire sérieusement. Je m’attarde plus longtemps en revanche sur les quelques mots dont la calligraphie montre qu’ils ont été écrits d’une autre main. Celle de l’Enchanteresse elle-même, peut-être ? Je n’en attendais pas tant.

Sans encore remercier mon hôte, je récupère le carton que je glisse avec précaution dans la poche intérieure de mon blouson et j’écoute avec attention les commentaires de la sorcière dont je reviens rapidement croiser le regard. J’acquiesce discrètement d’un signe de tête sur la fin de sa phrase avant de gronder en réponse :
- C’est très aimable à vous. J’espère que cette curiosité ne sera pas à l’origine d’une quelconque déception chez vos autres invités. Nous tâcherons d’y veiller.
Nouveau sourire alors que j’indique déjà mon intention ferme de me rendre à cette soirée et la quasi-certitude de ne pas m’y trouver seul. Tout le groupe a été clair ce matin : cette opportunité est celle que nous attendions depuis des années. Aucun d’entre nous ne la manquerait, c’est une certitude. Je prends soin cependant de nuancer quelque peu mes propos.
- Je vous confirmerai le nombre de convives par courrier pour pallier tout malentendu si certains s’avéraient malheureusement indisponibles. Comptez sur moi.
Il n’est jamais bon de dévoiler à l’autre partie combien on est intéressé en pleine négociation. Je sais ce que j’ai à gagner dans cet échange. Mais j’attends encore de savoir ce que l’Enchanteresse cherche à obtenir de moi.

Alors je reprends une gorgée de whisky. Le début encourageant de la conversation me fait maintenir son regard avec plus de facilité à présent. Mon dos s’est sensiblement détendu dans le creux de mon siège. Et alors que la sorcière évoque enfin ce concert dont Joe nous a parlé ce matin, le frisson qui s’empare du bas de ma nuque ne provient plus que d’une excitation fiévreuse. Mes pupilles se dilatent légèrement alors que je nous imagine déjà sur scène, libres de déchaîner nos effets les plus débridés devant un public entièrement sorcier – chose qui demeure toujours assez rare. L’envie brutale qui s’immisce dans mes veines fait s’agiter un instant mes doigts sur mon verre alors que je me force à garder toute mon attention sur l’Enchanteresse. Ainsi donc, la dame souhaiterait donner un spectacle grandiloquent pour l’anniversaire de l’illustre @Lucius A. Malefoy ? Voilà qui ne manque pas de piquant, ni de goût pour la provocation, un art dans lequel certains prétendent que nous excellons. Le doux euphémisme qu’elle emploie pour désigner la situation de son époux me fait sourire assez franchement. Mais c’est quand elle évoque le délicieux parterre de journalistes que mes yeux se plissent d’un amusement non feint. Mes doigts continuent de jouer distraitement sur la barbe de mon menton. J’imagine déjà les titres scandalisés des quotidiens les plus prudes se heurter aux acclamations indécentes de la presse toujours encline à nous soutenir. De quoi savourer pendant des journées entières…

L’Enchanteresse termine sur un sourire des plus mordants qui excite la fibre la plus batailleuse de mon être. Mon cœur s’est légèrement emballé sur la fin de sa phrase. Je sens déjà les idées s’entrechoquer sous mon crâne, l’enthousiasme qui réchauffe ma poitrine et que je tente par tous les moyens de dissimuler. Je dois rester maître de moi si je veux paraître comme un allié de choix. Ma méconnaissance complète de la politique ne fait heureusement pas de moi un néophyte en matière de relations sociales. Les yeux toujours plongés dans ceux de Lady Malefoy, je prends quelques secondes de réflexion pour évaluer tout ce qu’impliquerait une telle soirée pour l’ensemble du groupe. Froisser le sacrosaint Ministère ? Nous n’avons pas attendu les Malefoy pour nous faire remarquer. Affirmer définitivement de notre soutien aux sangs-purs anglais ? Nous attendons de pouvoir franchir cette étape depuis maintenant des années. Attirer davantage l’attention sur notre groupe, y compris celle de nouveaux opposants auxquels nous avions jusque-là échappé ? Un risque que nous avons depuis longtemps choisi d’embrasser. Qu’importent les changements qui altèreront notre image après la tenue d’un tel concert : tous ont finalement été initiés bien avant la proposition de Narcissa Malefoy.

Récupérant mon verre d’une main pour le poser nonchalamment sur le genou de ma jambe croisée, je m’enfonce plus profondément dans mon dossier en inspirant une profonde goulée d’air. Je réfléchis encore un instant aux mots que je souhaite employer avant de répondre, d’une voix toujours teintée de ce respect singulier que cette dame m’inspire :
- Voilà qui est en effet très intéressant.
Je prends encore le temps d’une inspiration alors que mon regard quitte le sien pour se poser sur la robe ambrée de la liqueur qui tourne délicatement dans mon verre. Je souffle alors, d’une voix étonnamment sérieuse :
- J’ai connaissance depuis longtemps des engagements de votre époux. Vous ne serez pas étonnée d’apprendre que je les salue, tout comme le reste des musiciens qui composent mon groupe. Tous les sorciers qui nous connaissent savent après tout de quel côté penchent nos inclinations. Donner un concert pour une pareille occasion est donc quelque chose que nous pouvons absolument envisager. Il y a cependant certains détails dont je dois auparavant m’assurer…
Je pèse une dernière fois mes mots avant de relever les yeux pour retrouver ceux de l’Enchanteresse. La malice qui imprégnait mon regard s’est éteinte pour ne plus laisser place qu’à une gravité qu’on s’attend peu à rencontrer chez moi quand on ne me connaît pas.
- Je ne doute pas que vous vous soyez amplement renseignée sur notre sujet avant de me faire une telle proposition. Peut-être avez-vous même cherché quelques enregistrements de nos concerts pour vous donner une idée des spectacles que nous donnons habituellement. Vous savez donc le ton que nous employons ainsi que notre façon de le délivrer. Je ne sais cependant pas si vous parlez allemand… Aussi, je me dois de vous prévenir : cette brutalité que vous trouvez dans notre mise en scène est tout aussi palpable dans nos textes. Et nous n’avons pas pour habitude d’adoucir ni l’une ni l’autre.
La mise en garde est risquée et pourtant nécessaire car je ne souhaite pas m’enchaîner à un pacte qui travestirait ma musique. Que notre aura serve nos idéaux serait un accomplissement unique dans toute notre carrière. Mais une telle alliance ne peut exister si elle dénature ce que nous avons mis plus de vingt ans à construire.
- La réputation qui nous poursuit, madame, n’est pas entièrement usurpée. Nous nous complaisons dans la provocation et l’avons toujours affirmé. Nous ne faisons pas que dire ce que certains se contentent de penser, nous le hurlons et le martelons avec assez de force pour percuter. Certains s’en offusquent. D’autres ne demandent que d’y regoûter. Il est rare que nous inspirions des sentiments très modérés... Entendons-nous bien, madame : votre proposition me flatte plus que vous ne l’imaginez sûrement. Mais je veux m’assurer que vous soyez consciente de ce qu’associer le nom de Reißen à celui de votre famille peut impliquer.    

Quelques secondes s’échappent sans que je ne dise rien. Quittant enfin le regard de l’Enchanteresse, je ramène mon verre à mes lèvres et le déleste d’une large gorgée d’alcool avant de le reposer sur la table en me redressant légèrement sur mon siège. J’ajoute enfin d’une voix moins grave :
- Si vous souhaitez toujours nous convier à ces célébrations, j’aurais également une proposition à vous faire…
Mon cœur fait une embardée alors que je sais prendre un risque que je n’avais nullement envisagé avant de venir ici. L’angoisse revient un instant enserrer ma gorge alors que je me tue à ne rien laisser paraître. J’humidifie nerveusement mes lèvres et me force à articuler :
- Il se trouve que les derniers événements qui ont eu lieu à Poudlard m’ont inspiré un texte disons… plus incisif qu’à l’accoutumée.
Ce qui peut surprendre sans doute quand on connaît le registre qui fait déjà notre renommée.
- Je ne peux encore vous offrir de quoi vous donner une idée précise de ce que sera ce morceau. Il est à vrai dire encore loin d’être finalisé. Mais je peux déjà vous promettre que notre Ministre ne pourra pas se permettre de l’ignorer.
Un sourire arrogant se peint sur mon visage. Je joue avec le feu et les frissons qui remontent mes lombaires en redemandent plus encore. Je gronde alors d’un ton résolument sérieux :
- Si vous le permettez, Lady Malefoy, j’aimerais le dévoiler exceptionnellement à l’occasion de ces festivités.
Déplacement audacieux sur l’échiquier. Le fou attaque la reine dans l’espoir de la faire chanceler. Je n’ai jamais eu assez confiance en mes stratégies pour être certain de l’emporter. Mais je sais trop aimer le jeu pour un instant m’en détourner.

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Ven 30 Aoû - 17:24
Das Licht von Berlin



Grisante sensation que l’ivresse d’être catapultée dans une audacieuse négociation. Audace, il en faut pour se hisser à la tête d’une faction naissante. Le serpent se doit parfois d’embrasser l’or et le vermeil de lionceaux prêts à faire clamser le monde entre leurs griffes. Acier acéré fait ongle raclant sur la table qui tourne. Comme la roue de la Fortune. Une promesse sous-jacente gravée au fer rouge : Potter sera déchu. Brisé. Et il n’en restera qu’un nom et un tas de cendres. C’est de cela qu’il est question dans les frémissants émois de cette rencontre. Un putsh. Un coup d’éclat, un coup d’état. La révolte gronde depuis trop longtemps dans les salons et les bas-fonds. Le haut et la fange mêlés tous deux dans une valse moribonde. Il sera défait, le petit monarque. Nos générations l’oublieront pour retrouver la pureté d’une civilisation presque totalement détruite. Ce discours si savamment peaufiné n’a pas besoin de franchir mes lèvres, à présent. Je sais. Je sais qu’Engel est l’une de ces âmes qui sait. Il n’y a pas besoin de formuler l’évidence à ceux qui ont déjà conscience du problème. Le sourire peint sur mes lèvres n’a jamais été aussi flamboyant que lorsque le rockeur répond par l’affirmative à l’invitation.

« C’est très aimable à vous. J’espère que cette curiosité ne sera pas à l’origine d’une quelconque déception chez vos autres invités. Nous tâcherons d’y veiller. Je vous confirmerai le nombre de convives par courrier pour pallier tout malentendu si certains s’avéraient malheureusement indisponibles. Comptez sur moi.
- C’est parfait, Herr Bauer, parfait. »

C’est avec un sourire de contentement et une lueur dans les yeux que j’écoute les mises en garde qui sont davantage un argument de vente que de réelles objections. Au fond de sa poitrine, la mère de l’insurrection sait qu’elle a gagné. Je n’exulte pas de suite, écoute avec une politesse concernée le discours prudent de l’artiste.

«  Voilà qui est en effet très intéressant. J’ai connaissance depuis longtemps des engagements de votre époux. Vous ne serez pas étonnée d’apprendre que je les salue, tout comme le reste des musiciens qui composent mon groupe. Tous les sorciers qui nous connaissent savent après tout de quel côté penchent nos inclinations. Donner un concert pour une pareille occasion est donc quelque chose que nous pouvons absolument envisager. Il y a cependant certains détails dont je dois auparavant m’assurer… Je ne doute pas que vous vous soyez amplement renseignée sur notre sujet avant de me faire une telle proposition. Peut-être avez-vous même cherché quelques enregistrements de nos concerts pour vous donner une idée des spectacles que nous donnons habituellement. Vous savez donc le ton que nous employons ainsi que notre façon de le délivrer. Je ne sais cependant pas si vous parlez allemand… Aussi, je me dois de vous prévenir : cette brutalité que vous trouvez dans notre mise en scène est tout aussi palpable dans nos textes. Et nous n’avons pas pour habitude d’adoucir ni l’une ni l’autre. La réputation qui nous poursuit, madame, n’est pas entièrement usurpée. Nous nous complaisons dans la provocation et l’avons toujours affirmé. Nous ne faisons pas que dire ce que certains se contentent de penser, nous le hurlons et le martelons avec assez de force pour percuter. Certains s’en offusquent. D’autres ne demandent que d’y regoûter. Il est rare que nous inspirions des sentiments très modérés... Entendons-nous bien, madame : votre proposition me flatte plus que vous ne l’imaginez sûrement. Mais je veux m’assurer que vous soyez consciente de ce qu’associer le nom de Reißen à celui de votre famille peut impliquer.      »

Le voilà qui reprend la parole d’un air entendu.

« Si vous souhaitez toujours nous convier à ces célébrations, j’aurais également une proposition à vous faire… Il se trouve que les derniers événements qui ont eu lieu à Poudlard m’ont inspiré un texte disons… plus incisif qu’à l’accoutumée. Je ne peux encore vous offrir de quoi vous donner une idée précise de ce que sera ce morceau. Il est à vrai dire encore loin d’être finalisé. Mais je peux déjà vous promettre que notre Ministre ne pourra pas se permettre de l’ignorer. Si vous le permettez, Lady Malefoy, j’aimerais le dévoiler exceptionnellement à l’occasion de ces festivités. »

Et enfin, le silence se fait. De mortellement sérieuse, la mine se fait amusée. L’homme est volubile quand il parle de sa musique. Son discours est semblable à ses accords, à ses paroles : il le prend aux tripes, véhicule une émotion. Or c’est l’émotion qui guide le processus de prise de décision. C’est elle qui vibre avant que l’esprit ne vienne justifier par une rationalité confortable la résolution prise sous le coup de l’affect. Parfait.

« Je dois dire, Herr Bauer…. »

Silence. Sa proposition d’une nouvelle piste est alléchante et risquée. Un coup dur à frapper dans le dos de Potter. Un coup dur qui peut se retourner contre soi. Je pèse le pour et le contre. Une seconde, à peine. C’est tout ce qu’il faut pour que s’élargisse le sourire après l’austérité d’une réflexion intense.

« … que je serais extrêmement désappointée si vous étiez en deçà de vos interviews une fois sur scène ou si vous renonciez à nous offrir ce nouveau morceau. »

L’élégance d’un dos redressé. Je me lève en souriant.

« Avons-nous un accord, Herr Bauer ? »

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