« Le serpent change de peau, mais garde sa nature » [Severus Rogue]
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Eirian Almasdóttir

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Mer 5 Sep - 23:03
Quelle immonde gargouille. Vraiment, il ne manquait plus que cette horreur de pierre pour décourager la fillette ; un mal-être profond lui saisit si brusquement le coeur qu'elle manqua de renouveler son souffle. Le soupir sortit de lui-même dans un timbre défaitiste et malheureux. À chaque découverte, c'était une main qui enfonçait lentement, très lentement, ce couteau planté dans sa poitrine. Savaient-ils l'effort surhumain qu'elle dut engendrer, du haut de ses onze ans, pour abdiquer à la demande de Tonton Osgeir pour rentrer dans cette école ? Savaient-ils la souffrance qu'elle gardait au plus profond d'elle, pour faire bonne figure, en acceptant d'être une élève de Poudlard ? Savaient-ils à quel point ce monde était anormal pour la petite Verbenae et toutes les découvertes dans ce nouvel environnement n'étaient qu'incompréhensions voir même dégoût ? Tout était si différent de son univers, de ce petit village perdu au fin fond des Highlands. Ici, c'était comme être un agneau déguisé en louveteau dans une meute de loups ; malaise, insécurité, regards pesants sur ses épaules, petite chose qui n'était pas comme eux. Et cet uniforme ! On en parle de cet uniforme ? Tout son corps s'étouffait dans cet amas de tissus inutile : en quoi cette fichue cravate allait lui apprendre à faire de la magie ? Pourquoi une chemise ? Pourquoi un pull par-dessus ? Pourquoi des chaussettes dans ces petits souliers si serrés ? Où était son corps dont l'étreinte du vent venait s'y engouffrer sous ses robes de lins ? Où étaient ses pieds qui frappaient dans la Terre Mère ? Où étaient ses mouvements si libres en dansant les louanges des anciens Dieux ? Enserrée dans cette prison de tissus, elle ne se reconnaissait plus dans le miroir, reflet d'une fillette qui n'était pas elle. Qu'on essayait de placer dans un moule qui ne lui appartenait pas.

Tout ça pourquoi ? Pour son père. Pour sa mère surtout. Il était l'heure du thé et Eirian se trouvait parfaitement immobile devant cette immonde gargouille. Et elle se sentait affreusement vide à l'intérieur. Une détresse qui la laissait comme figée et blafarde. Elle était là que depuis quelques jours et pourtant cela lui semblait une éternité. Elle ressentait cette impression qu'on l'avait déraciné de ses terres sauvages pour la placer dans un tout joli pot orné de noir et de jaune sous prétexte qu'il y avait une racine, une seule, qui avait grandi en ces lieux. Sa mère, sa tendre génitrice dont le temps lui avait retiré les souvenirs. Et c'était abominable. Abominable d'être une enfant si ingrate. Elle ravala un sanglot, serrant des dents et coupant son souffle.

Pourquoi n'arrivait-elle pas à faire ses racines ici ? N'était-ce pas un héritage ? Un souvenirs ? Un hommage à celle qu'elle aimait ? Alors pourquoi se sentait-elle si... étrangère à tout cela ? Sincèrement, elle voulait connaître l'Ordre d'Hermès. Eirian, l'enfant de deux mondes... Mais quelque chose l'en empêchait, comme s'il n'y avait plus de place dans son coeur pour accueillir cette culture qui coulait pourtant dans son sang. Alors on essayait de s'en convaincre : ce n'est qu'un temps d'adaptation. Elle se matraquait cette idée à chaque levé de soleil et à chaque tombé de la nuit. Et là, elle se le répétait inlassablement devant cette immonde gargouille. Peut-être que ce n'était qu'une question de temps, qu'il fallait qu'elle ouvre bien ses mirettes, ses oreilles, son esprit et son coeur. C'était ce que lui avait demandé Tonton Osgeir avant de se quitter. C'était ce qu'elle essayait de faire depuis cinq jours. Elle y arrivera. Il le fallait. Pour Maman. Et le rêve de Papa.

Pourtant, là c'était désespérée et fatiguée qu'elle se présenta devant la statue de pierre qui la mènera au bureau de Severus Rogue. Le haut directeur de Poudlard. Son taux d'anxiété et son moral étaient si bas qu'elle ne savait plus très bien comment réagir face à la missive qu'elle eut plutôt dans la journée. Convocation dans le bureau du Directeur. Un lieu de rendez-vous. Un mot de passe à dire. Pas de raisons expliquées. Cela devait être dû au fait qu'elle était Verbenae, sans nul doute, après tout, malgré son sentiment d'être une parfaite étrangère qui n'avait pas sa place en cette école, Eirian était une bonne élève. C'était du charabia la plus part du temps, certes, difficile à comprendre comme à assimiler, mais elle notait bien tout ce que les professeurs disaient et elle était d'une discrétion olympique en cours : silencieuse et bien entassée dans un tout petit coin du fond. Donc, si ce n'était pas pour parler de son comportement en cours qu'elle savait bon, sinon ses professeurs l'aurait tapé sur les doigts, alors quelle était la raison de sa convocation ? Au fond, cela ne l'angoissait pas de discuter avec lui - après tout, elle ne le connaissait pas alors difficile de se faire une image du bonhomme - mais c'est l'aspect « rentrer dans la tanière de l'Alpha » qui faisait accélérer son petit coeur jusqu'à lui provoquer la nausée. Comment on respirait déjà ? Ha oui, c'est vrai, prendre de grandes inspirations - très fébriles - et relâcher dans un long souffle. Ouais ben, ça fonctionne pas !

En fait, il y n'avait qu'une chose qui l’apaisait et ses mains tremblantes parcourut sa ceinture. Ses runes dormaient sagement dans sa bourse de cuir. Ses doigts cherchèrent à trouver le contact froid de ses Labradorites. Une vague de chaleur se propagea dans son esprit et gonfla son coeur d'un sentiment nouveau et au combien appréciable : c'est fou comment des inscriptions magiques pouvaient lui apporter ce soutien infaillible, cette force invisible, que dis-je, divine ! C'était comme si les Anciens lui soufflaient ce courage perdu. Elle était une Vebenae ! Descendante des terribles Vikings et bénie des Dieux Nordiques ! Des sauvages ! Des guerriers ! Et un sourire - enfin un sourire ! - éclaira enfin ce petit minois fatigué. Ses doigts se refermèrent avec détermination. Elle connaissait cette rune qu'elle portait au creux de sa paume, sans même la voir car son aura ne la trompait pas. Alors elle la porta près du coeur, petite chose qui allait la soutenir pendant cette nouvelle épreuve, et sa voix s'éleva comme un coup à la porte :

Phénix...

Et cette chose immonde, cette gargouille infâme, s'anima. Eirian ne s'habituera jamais à ces petits tours de magies et ne retint pas ce bond sur le côté animé par la peur. Descendante des Vikings, hein ? Oui ben, les statues ça prenaient pas vie dans une forêt ! Crispée au possible, la fillette partageait cet air avec un petit chaton terrifié, tête rentrée entre les épaules et gros yeux écarquillés. Voilà ! Ça c'est un truc typique qu'elle détestait chez les Sorciers de l'Ordre d'Hermès : ils peuvaient pas utiliser des portes comme tout le monde ?! Non ! Evidemment ! Le soupir qui partit de ses lèvres prit avec lui toute sa détermination, assombrissant à nouveau ce petit minois dans le désespoir. Dire qu'elle avait réussis à se remonter le morale pour trente misérables secondes...

Ce n'est pas d'un pas tranquille qu'elle monta les escaliers, sursautant à nouveau en manquant de trébucher dans les marches quand elle entendit la Gargouille se mouvoir pour barricader l'entrée. Nouveau soupir et elle serra cette rune bien contre sa poitrine. C'était silencieux. Son corps se replia sur lui-même, ses souliers résonnaient timidement, ses membres se crispèrent, accentuant les cernes sous ses yeux et son teint quelque peu blafard - faut dire qu'elle dormait très mal depuis son arrivée à Poudlard -. Tout son être respirait la crainte, l'inquiétude et l’inconfort, petite créature toute chétive et à mal. La luminosité sortant du bureau l'éblouit quelque peu, la forçant dévier son visage le temps de s'y accoutumer.

Elle vit alors les pierres sur les étagères. Ces petits cristaux qui brillaient d'une douce lumière. Si tôt le regard tombé dans leur halo, quelque chose se fit en Eirian. Curiosité maladive. Son regard s’imprégnait du lieux, observation minutieuse de cette grande bibliothèque couvrant le lieu d'une aura intimidante d'un savoir inégalable. Un petit air mystique par la présence des cristaux. Vaste et éclairée, la Verbenae se sentait bien minuscule dans ce bureau. Mais lorsque ses yeux se posèrent sur la silhouette de Severus Rogue derrière son bureau, quelque chose frappa si fort en elle qu'il en fit écho dans un tremblement et une rougeur incontrôlable : la pièce n'était que le reflet du Directeur. Un esprit d'un rare savoir et un homme difficile à atteindre par cette aura mystique qui l'étreinte et dont le regard austère et sévère la rendit si insignifiante et petite.

Sa main où repose la rune au creux de sa paume se referme un peu plus contre sa poitrine et Eirian émit une petite révérence tandis que sa voix s'éleva timidement dans l'air :

Bonjour... Vous voulez me voir, monsieur Rogue ?

La fillette se redressa. Elle était mal à l'aise, portant son poids d'un pieds à l'autre. Elle n'osait pas le regarder droit dans les yeux, ne se sentant pas assez forte psychologiquement pour supporter ce regard des plus perçant. Concentres-nous plutôt sur l'odeur du lieu : des herbes et les vieux bouquins. Cela lui rappelait son petit chez-sois, prenant une bonne inspiration pour imprimer ses poumons et son esprit. Là, ça commençait à la détendre, bien que ses muscles étaient ô combien crispés. Allez, il faut faire bonne impression au directeur : le corps bien droit et attendant sagement que Severus l'invite à s'avancer pour aller à sa rencontre.

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Severus Rogue

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Sam 8 Sep - 11:10


Le Serpent...

ft. Eirian
La fin d’après midi flotte, étend ses ailes d’un brûlant crépuscule au dessus de la Forêt Interdite. Je la contemple depuis la fenêtre de mon office, tâchant de laisser s’envoler aussi loin que possible mon regard. Jamais je n’atteint l’horizon entremêlé des cimes des pins et des flèches d’épicéas. Le lac miroite une surface placide à peine troublée par la plongée d’un être de l’eau ou par l’affleurement d’un grand tentacule. Le calamar géant semble en petite forme ces derniers jours. La lumière vespérale est encore lointaine : nulle rougeur n’entache encore mon parquet dans une explosion de flambées indolore. L’heure approche, pourtant : déjà, le disque diurne semble moins vif, plus chaud. Sa lumière se pare avec lenteur des accents d’or si propres à achever une journée et entamer une longue noirceur nocturne.

Insensible à mon trouble, Fumseck s’est installé sur le dessus d’une bibliothèque, tenant en son bec un butin durement chapardé Dieu seul sait où. Il a posé la pomme sur le bois et y picore bectance. L’oiseau placide et auréolé de majesté dans le voisinage d’Albus Dumbledore semble être devenu plus indépendant, plus taquin à mon contact. Mille fois je me suis demandé pourquoi il était revenu à moi pour me sauver et pourquoi il demeurait là une fois sa besogne accomplie. Les Phénix sont réputés pour leur extrême fidélité ; après s’être lié à Albus Dumbledore, pourquoi se lierait-il à un autre sorcier, à plus forte raison un sorcier tel que moi ? L’inexplicable taraude la conscience. Je demeure bien décidé à comprendre, un jour, ce phénomène en plus d’éclairer le comportement nouveau de la créature. S’adapte-t-il au sorcier qu’il côtoie ? Se comporte-t-il ainsi parce qu’il ne m’est en réalité pas lié ? Pourquoi, alors, demeure-t-il dans ce bureau, de s’en échappant par la fenêtre ouverte que pour mieux y revenir se loger ? Pourquoi le trouvé-je, parfois, au réveil, juché sur le montant d’un lit, égrenant trille à l’aurore pour m’extirper de mes songes ? Une dernière volonté du seul Albus Dumbledore ne suffirait sans doute pas à éclairer ce comportement...

Cet oiseau est une énigme.
Au moins autant que l’est ma survie.

Une fumerolle naît d’entre les troncs noirs. Indécelable miroitement de brume. L’air se rafraîchit peut-être ? Il m’en faut être sur. J’ouvre la fenêtre, faisant courir sur mon échine l’indiscipline d’une caresse. D’un frisson. Chaque jour, alors que se meurt l’ardent Sol et que naît la divine Séléné, se repoussant et se chassant l’un l’autre, je ne peux m’empêcher de songer à Lily Evans. L’aube comme le crépuscule embrasent le ciel et consument mon âme. On aurait pu croire qu’après toutes ces années, je serais enfin en paix. On aurait pu supposer que la mort et la renaissance m’auraient enfin arraché au langoureux spectre qui a sur mon cœur tout l’empire du monde. Il n’en est rien. Dans l’espace de ce bureau tout respire l’hommage troublant qu’exhale tout mon être. Les couvertures alignées sur des rayonnages de bois dorment paisiblement, certaines de vieux cuir fatigué, d’autres de simple cartonnage. Des lignes et des lignes de livres, presqu’à l’infini. Certains moldus, d’autres sorciers. Bien étrange bibliothèque pour un directeur d’établissement magique. S’intercalent entre les ouvrages divers gemmes et minéraux, larges gerbes de cristal lactescentes irradiant d’une douce lueur à mesure que décroît le jour. « De la belle magie » aurait dit Filius Flitwick s’il était dans l’espace de ce bureau directorial. Une magie digne de Lily. Une large vasque de cristal posée sur le rebord de la fenêtre capte la moindre étincelle de lumière. L’éclat se réverbère dans l’eau jusqu’à venir caresser la courbe des lys oranges flottant à la surface. Il paraît que les hommes vieux deviennent poètes avec l’âge… Est-ce ce qui m’arrive ? J’inspire, par chance, encore assez de terreur pour n’essuyer aucun commentaire

Les coups feutrés sur le perchoir improvisé du Phénix cessent quelques secondes, laissant un silence troublé du seul Zéphyr murmurant chanson. Quiétude d’un instant égrené dans la journée. Sur le bureau se soulèvent avec douceur l’encoignure des parchemins et sommeillent placidement porte-plumes et griffes de métal. L’artisanat moldu a quelque avantage sur les plumes d’oie sorcières, je l’ai toujours dit. Quelques trilles caressent doucement l’instant, presque un appel. Je daigne enfin tourner l’oeil vers Fumseck qui n’a pas délogé. A côté de lui, le galbe rouge d’une pomme bien entamée déjà, à coup de bec. Qui aurait pu croire qu’il aimait autant les fruits, celui-là ? Il déploie l’aile gauche, comme pour guider mon regard jusqu’à la pendule toute proche. Déjà ? J’opine.

« En effet, Fumseck, tu as raison. »

L’oiseau reprend placidement son activité, à savoir picorer fragment de pomme à coup de bec en maintenant d’une serre ferme le fruit. A croire qu’il a fait ça toute sa vie.

Je me détourne enfin de la fenêtre restée éventrée sur l’horizon pour revenir à mon office. D’un geste adroit, je déplace une pile de parchemins et tapote du bout de la baguette magique. Une théière sifflante apparaît avec deux tasses et une assiette de biscuits tous droit sortis des cuisine de Poudlard. Bénie soit la diligence des elfes de maison désormais attachée au lieu. Marmottant un « Merci » à l’adresse du personnel invisible, je soulève le couvercle de la théière pour aviser le temps d’infusion. L’âcre odeur du thé vert teinté des arômes caractéristiques de la framboise me parviennent aux narines à l’instant même où l’on frappe à la porte. Ce doit être elle. Je repose la porcelaine et intime l’ordre d’entrer.

N’avoir plus en cours les premières années ne m’aide guère à retenir leurs noms et visages, aussi détaillé-je la nouvelle arrivante : une petite brune croulant sous l’uniforme de Pouffsouffle. Une Verbena. D’une main, je lui fais signe d’approche et de s’asseoir sur la chaise devant le bureau tout en retrouvant de l’autre son dossier, et, surtout, la lettre de son oncle qui n’avait d’égale à sa sécheresse que son inflexibilité. J’ai toujours trouvé les Verbenae un peu bourrus.

« Du thé, Mademoiselle Almasdottir ? »


Question de pure forme en priant pour n’avoir pas trop écorché la prononciation de son nom de famille : la tasse est déjà devant elle, remplie. Je pousse également vers elle l’assiette de biscuit avant de me servir une tasse également. Reposant la théière considérablement allégée de son contenu.

« J’ai ici une lettre de votre oncle me signifiant qu’en vertu des pratiques de votre tradition, vous utilisez préférentiellement un jeu de runes pour pratiquer la magie, ai-je tord ? »

J’attends sa réponse avant de poursuivre.

« Vous savez sans doute qu’à Poudlard, malheureusement, nous manquons de personnel qualifié pour vous épauler dans votre découverte de cet outil, ce pourquoi vous avez du faire l’acquisition d’un baguette magique également. C’est avez elle que vous serez formée au sein de l’établissement. Toutefois, loin de moi l’idée de vouloir vous couper de vos racines : votre oncle proposait donc de vous accueillir chez lui le week-end afin de vous former lui-même. »

Un temps. Une gorgée de thé. J'ai appris à ménager mes effets, mais surtout, je veux une réponse honnête de l'enfant. Je sais par trop ce qu'il peut se passer dans le secret des foyers une fois les murs protecteurs de l'école au loin...

« Il n’est pas dans la politique de Poudlard d’autoriser les étudiants à quitter l'établissement en cours d'année hors vacances scolaires. Comprenez bien que vous êtes sous la responsabilité du personnel de cet établissement au cours de l'année, mais dans ce cas particulier, je suppose que nous pouvons trouver un arrangement ? Qu'en diriez-vous si votre oncle venait vous donner des cours ici, à Poudlard, le week-end? »

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Eirian Almasdóttir

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Dim 9 Sep - 23:31
Quand on parle d'un haut dirigeant d'un lieu si prestigieux où tous les futurs sorciers du Royaume-Uni se retrouvent ici afin de maîtriser leurs pouvoirs, eh bien, dans l'Imagination de la petite fille des forêts, on imagine plutôt un être rêche, froid et décharné, dont le regard était aussi perçant et antipathique qu'un vautour face à sa proie mourante... Alors qu'on lui propose si gentiment du thé, ça attisait le rouge aux joues. Elle fut, dans un premier temps, sur le point de refuser poliment la tasse, malgré ses yeux qui s'étaient écarquillés d'une soif avide. Parfois, il était plus polis de refuser. Au moins, on ne dérangeait pas l'hôte. Mais en voyant qu'on lui avait déjà servis, elle ne pouvait qu'en être soulagée ; elle n'avait pas à refuser. Alors elle fit une nouvelle petite révérence et sa voix s'éleva dans un timbre calme et paisible :

Merci, Monsieur Rogue...

Le thé, c'était magique. Car dès que la petite s'approcha de la table et prit place sur sa chaise, son petit minois commença à s'animer d'une expression bien contraire à cette triste mine fatiguée. Intérêt, envie, réjouissance : ses yeux pétillaient à travers la surface du breuvage chaud. Eirian rangea sa rune qu'elle gardait contre son coeur dans un geste habile et ses petites mains se saisirent précautionneusement de la porcelaine non sans une certaine avidité. Elle porta le petit récipient contre elle et inspira l'effluve chaud. Framboise. Un mince sourire étira alors ses fines lèvres ; elle aimait la framboise. Et la fraise aussi. Généralement tous les fruits rouges en réalité. Un petit souffle pour refroidir la surface, une petite bouche hésitante de peur de se brûler par sa gourmandise et hop, une petite gorgée, bien chaude dont le cheminement jusqu'au creux de son estomac entraîna un flot de frissons le long de son dos. Alors un soupir de soulagement s'éleva et son visage s'éclaira comme un petit soleil. C'était comme si ces nuits trop courtes et le stresse accumulé depuis qu'elle était arrivée s'étaient envolés pour n'être plus qu'un lointain et désagréable souvenir. Ses yeux sombres se firent plus vifs et sa couleur porcelaine se peignit sur son teint blafard. En une gorgée elle n'avait pas non seulement repris qu'un second souffle, c'était aussi son corps qui s'était enfin détendu ; ses muscles se dénouèrent et ses petites jambes se balançaient gaiement dans le vide.

Merci !

Cette fois, un remerciement beaucoup plus sincère, spontanée et rayonnant. Et oui, c'est ça la magie du thé ! Délicieux breuvage chaud dans lequel elle avait grandis en compagnie des tisanes. Cela lui rappelait son petit chez-sois, ces grandes soirées où les adultes parlaient des heures durant autour de leurs tasses tandis que la fillette s'endormait dans les bras d'Osgeir après avoir grignoté tous les biscuits. Mais ça serait peut-être impolis de s'en servir un, non ? Oui ? Non ? Ha ! Les règles de politesse, c'était toujours une notion qu'avait encore un peu de mal la petite écossaise.

Quoi qu'il en soit, revigorée et détendue, la fillette était plus qu'apte à écouter bien sérieusement les paroles de ce mystérieux et quelque peu intimidant sorcier. La première information tomba comme un cheveux sur la soupe et ses jambes s'immobilisèrent net.

Tonton ?

Le dénominatif affectueux envers le frère de son père lui échappa naturellement. Tendant le cou, ses yeux perçurent sans réels difficultés l'écriture si particulière de son colosse d'oncle : brute. Rigide. Presque runique par ce manque de courbes pour un style quelque peu angulaire. Elle ne s'attendait pas que Severus Rogue vienne à parler de lui mais un souvenir vague lui rappela qu'Osgeir voulait tenter de la ramener chez lui le week-end : une sorte de compromis pour rassurer la petite qui ne voulait pas rejoindre Poudlard. Aussi, son visage se fit un peu plus sérieux et, le regard pensive, elle hocha doucement la tête et répondit d'un petit « Oui, Monsieur » sans détacher la lettre des yeux.

La baguette oui, elle savait, l'objet reposait par ailleurs sagement dans la poche de son manteau aux couleurs de Poufsouffle. Elle ne l'utilisait jamais en dehors de ses cours, par manque d'attachement sûrement, car elle voyait bien quelques élèves en faire usage discrètement dans les couloirs ou même dans la salle commune avec cette fierté dans leurs iris. Cela ne faisait qu’agrandir le fossé entre elle et ces sorciers : Eirian n'avait que d'yeux pour ses labradorites runiques et cet amour qui était jugé d'un oeil intrigué, personne ne semblait le comprendre. Oui, ça ne lançait pas des sorts comme eux, mais c'était bien plus ! Peut-être que le professeur de Runes et d'Oghams pouvaient la comprendre, mais elle n'a pas encore eu la chance de les rencontrer.

Par contre, que le Directeur de cette école accepte cette différence et ne souhaite pas lui en priver, ça c'était quelque chose qui la touchait et son regard se releva pour attraper ses iris. Triste. Amère. Seul. Elle attendit le fin mot de cette histoire avec une petite nervosité qui alourdirent ses petits sourcils dans un léger froncement. L'enfant ne savait plus très bien ce qui accrochait solidement son attention à la discussion : la possibilité qu'on lui offre de rentrer chez elle le week-end, ou ce regard si fascinant ? Le fait qu'il lui ait offert le thé et se montrait d'une politesse avenante avait mis la jeune écossaise dans une position assez confortable pour oser le regarder dans les yeux. Et ce qu'elle voyait, dans les méandres de ses iris, dans ce visage cernés et ridés, cela attiraient Eirian. Un homme qui avait vécu et vu bien des choses, comme le vieux Orwenn. Mais avec cette mélancolie qu'elle n'avait vu chez nul autre. Ho, Severus Rogue devait être un sorcier pleins de connaissances, d'une instruction et d'une sagesse rare ! Il devait en savoir des choses et connaître bien des histoires ! Si seulement il était professeur...

Mais sa voix lui rappela qu'un autre sujet était en cours et d'un battement de paupières, les yeux perçants de la Verbena s'allégèrent dans une lueur doucereuse et non sans la malice connue d'une enfant de son âge. Elle reprit une gorgée de thé et sa petite caboche fit tourner ses pensées à vive allure. Non, elle ne comprenait pas très bien pourquoi elle était sous la responsabilité du personnel et de l'établissement... D'ailleurs, elle n'était pas très sûr de comprendre ce que cela voulait réellement dire. De ce fait, elle ne savait toujours pas pourquoi elle ne pouvait pas quitter l'école le week-end mais la petite ne fit aucune remarque : ici, il y avait des règles et une façon de pensées qui différait de la sienne, certes, mais elle les respectera. Osgeir lui avait longtemps appris qu'en ce monde, il existait des cultures, des modes de vies, des traditions et des magies différents de la leurs et qu'il fallait se montrer tolérant voir même curieux car le savoir était une richesse et l'ouverture d'esprit un trésor.

Aussi, elle ne fit aucune remarque, hochement doucement la tête. Cependant, quand il vint à exprimer d'arrangement, Eirian déposa sa tasse sur ses genoux et quand Severus lui proposa de faire venir Osgeir ici, à Poudlard, ses yeux s'écarquillèrent si grandement qu'on croirait qu'ils étaient sur le points de quitter de ses orbites.

... Pardon ?

Ha, déformation « professionnelle ». A force de vivre qu'avec des adultes, elle avait pris certains tics de leurs langages. D'un mouvement de tête, elle tenta d'éclaircir ses idées et ses doigts tapotèrent nerveusement la porcelaine. C'était si abrupt comme nouvelle ! Il y avait donc une chance pour qu'elle revoie son oncle adoré ? Eirian prit une grande inspiration et posa précieusement la tasse sur la table, frottant nerveusement ses mains sur ses genoux, tête baissée.

Je... Je ne sais pas si Osgeir aimerait ça... Il n'aime pas beaucoup les sorciers... Vous êtes si... si différents de nous... Vous ne voyez pas et n'utilisez pas la magie comme nous... Surtout sur la « Magie Noire », je ne suis pas d'accord avec votre vision sur le sujet... Si, on imagine, que mon oncle n'accepte pas de venir... je ne pourrais plus revoir mon village, et mon Oncle, jusqu'aux « vacances » ? Je ne comprends pas... Pourquoi c'est interdit qu'un élève s'en va de Poudlard le week-end ? J'habite dans les Highlands moi aussi, c'est plus facile si je pars le week-end, non ? Mon Oncle m'apprend les runes, mais c'est surtout la Völva qui le fait, il faut qu'elle soit là le week-end aussi, ici, à Poudlard... Je ne veux pas déranger le village, ils ont aussi besoin d'elle, et si je vais moi, je ne dérangerais pas et...

En levant son regard sur Severus Rogue, en croisant ses iris, elle se rendit compte qu'elle s'était emportée et ses joues s'enflammèrent. On lui disait parfois qu'elle parlait trop quand elle se lançait dans certains débats, mais là, le problème, c'est qu'elle n'était pas en famille, ni avec ses proches, mais bien avec le grand Directeur de cette prestigieuse école et du haut de ses onze ans, elle savait que son comportement pouvait être très mal vu, voir même irrespectueux. Alors se mordant la lèvre, elle baissa la tête avec gêne et souffla d'une petite voix :

Pardon...

L'enfant déglutit et reprit la parole plus calmement cette fois, toujours le regard rivé sur ses mains qu'elle tripotait nerveusement.

C'était... impoli... Merci...

Merci pour quoi ? He bien, tout simplement parce qu'elle pensait qu'elle ne pourrait plus jamais revoir sa famille jusqu'aux vacances, qu'il serait même méchant envers elle parce qu'elle n'était pas de l'Ordre d'Hermès ! Pourtant, il lui proposait une solution pour qu'elle puisse revoir son Oncle et de continuer à étudier les runes !

Merci... pour ce compromis... Vous n’êtes pas obligé et je ne veux pas vous déranger ni vous forcer...

Toujours cette crainte d'être un poids pour les autres...
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Severus Rogue

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Jeu 18 Oct - 22:11


Le Serpent...


ft. Eirian

Le tournoiement des plumes de Fumeseck ainsi que la réponse de l’enfant me rappelle soudainement pourquoi j’ai aussi peu d’affinité avec les gamins. Je n’ai jamais su comment m’adresser véritablement à eux. Faut-il encore me rappeler ma rencontre avec les premières années lorsque je n’étais ici qu’enseignant ? Invariablement, je commençais par les effrayer : méthode confortable pour n’avoir pas à justifier de ma frayeur d’interagir avec ces demi-portions à mi-chemin entre le fragile angelot et l’insupportable démon. Je n’ai pas la moindre idée de la catégorie dans laquelle je suis supposée enclore le petit bout de Pouffsouffle assise devant moi à siroter son thé, puis s’offusquer de mon idée dans une défense aussi maigre que peu convaincante.

Je refrène mes premiers élans consistant à faire remarquer à la gamine que n’étant pas au fait de sa culture, je pourrais, d’une part, n’en avoir rien à carrer, et d’autre part que si elle avait véritablement tenu à ne pas déranger, elle aurait pu rester auprès des siens et ne jamais venir à Poudlard. Toutefois, mes nombreuses années d’expérience m’auront au moins appris cela : brusquer les gamins est une mauvaise idée. Une idée tentante qui soulagerait probablement mes nerfs et l’ombre d’une migraine pointant à l’horizon, mais qui s’avérerait sans nul doute désastreuse à des fins pédagogiques. Je prends une profonde inspiration et secoue la tête.

« Miss Almasdottir... »


Bon sang, ce que son nom peut être difficile à prononcer… Il faudrait vraiment que je travaille mon accent en langues étrangères… où en étais-je déjà ? Ah, certes :

« Ce n’était, à vrai dire, qu’une question de courtoisie : je n’ai, pour le moment, aucun professeur de runes compétent pour vous enseigner à employer le Futhark, et vous êtes la seule verbena aussi jeune de l’établissement. Il me faut donc, en attendant de recruter un enseignant digne de ce nom, trouver quelqu’un d’extérieur pour venir vous aider à vous familiariser avec la forme de magie qui vous est naturelle. »

Un soupir.


« Il me semblait que votre oncle était un manipulateur de runes assez adroit pour vous enseigner quelques bases en attendant de trouver quelqu’un qui puisse vous former plus précisément. En outre pour répondre à votre question : il ne vous est pas permis de rentrer chez vous le week-end parce que cela n’est permis à aucun autre élève. En tant que directeur je ne puis me permettre de courir le risque qu’un élève soit blessé ou maltraité dans sa famille. Si vous êtes sans doute choyée parmi les vôtres, il n’en va pas de même pour tous les élèves de l’établissement, et je ne peux faire de traitement de faveur en raison de votre situation particulière. »

Un temps. J’hésitai quelques secondes avant de poursuivre mais me l’autorisai tout de même. Peut-être la vérité était-elle la meilleure défense face aux gamins : vérité et explication posée. Tout ce qui m’avait manqué avec Potter, jadis. Ma voix s’est adoucie.

« Si je vous accordais de rentrer chez vous le week-end, cela serait sans doute mal interprété par vos camarades qui pourraient vous jalouser ou croire que vous ne voulez pas vous mêler à eux. Cela ne ferait que de vous mettre à part du reste des étudiants et ne vous ferait aucun bien. Même si pour le moment être à Poudlard est probablement très dépaysant pour vous, vous finirez sans doute par vous accoutumer au château et à ses habitants. »

501 mots

Eirian Almasdóttir

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Ven 19 Oct - 21:47
Eirian tiqua. Quelle étrange manie quand même d'appeler autrui par son nom de famille. La fillette hésita à le reprendre cette fois-ci, mais le sérieux de la discussion la coupa dans son élan. Les Islandais s'interpellaient entre eux avec leurs prénoms, non pas par leur ligné et pour ce petit bout de chou qui fut élevée dans la tradition nordique, elle avait encore bien du mal à comprendre cette importance qu'avait certaines cultures à s'appuyer essentiellement sur le patronyme ; à quoi servait dans ce cas un prénom, qui était l'identité même de la personne ? Pourquoi était-il mal vu, voir impolis, qu'on nomme son interlocuteur par son prénom ? Drôles de moeurs, mais qu'elle s'y pliera : si ça ne tenait qu'à elle, elle aurait nommé le Directeur de Poudlard Severus et non pas Monsieur Rogue. Mais soit, pour se fondre dans la masse et se faire accepter, il fallait suivre les règles.

Mais il y avait une deuxième chose qui fit tiquer l'enfant, jusqu'à lui provoquer un léger froncement de sourcils : cette histoire de professeur. Qu'est-ce que c'était cette histoire de manieur de runes pas compétent pour lui enseigner le Futhark ? C'était un Verbena oui ou non ? Un vague souvenir de la Völva lui remonta doucement à l'esprit : une colère sourde envers ces sorciers qui se croyaient apte à manier les runes comme nul autre. Petits neurones en actions, qui tentaient d'établir des liens, lui offrirent la possibilité d'imaginer que ce fameux professeur devait être un de ces fameux représentant de l'Ordre d'Hermès qui ne comprenait pas, ou ne pouvait ressentir, toute la force, la magie et les subtilités de cet art ancestral et se permettait de l'y enseigner. Et c'était malaisant... Malaisant de penser que ce n'était pas un vrai Verbena qui apprenait les jeunes élèves à l'initiation des runes. Malaisant de savoir quelle était la seule qui représentait son peuple en cette première année. Plus seule que jamais.

La fillette prit une grande inspiration, tentant d'étouffer cette bouffée d'angoisse. Ses dents se refermèrent sur ses lèvres et son regard fuyait le contact visuel, préférant admirer la courbe de ces pierres lumineuses trônant sur les étagères. Même si elle ne regardait plus le Directeur dans les yeux, elle écoutait dans un sérieux presque singulier pour une enfant de son âge. Pas de caprice dans ce minois, pas de désirs de bouder, ni de protester, juste une inquiétude sourde dont la lourdeur avait assombri son doux visage. Mais plus encore, il semblerait que le discours de Severus Rogue ne faisait qu'entraîner la petite dans cette noirceur ; les sourcils se froncent, la mâchoire se crispe, ses doigts s'enfoncent dans le tissus de sa jupe : ses propos sur le risque qu'elle puisse être mise à l'écart l'avait touchée là où il ne fallait pas. N'avait-il pas vu que c'était déjà le cas ? L'art de remuer le couteau dans la plaie. Ça faisait mal. Très mal. Nouvelle inspiration : il fallait se reprendre. Déglutir et regarder à nouveau son interlocuteur droit dans les yeux.

Je comprends.

Où était l'enfant toute timide et de bonne humeur à cet instant ? Quelque part sous ce visage vieillissant, sérieux, trop sérieux, trop mature, et sous cette voix blanche. Elle avait subitement pris de l'âge, loin de ces mimiques juvéniles.

Je suis d'accord avec vous. Je ne dois pas avoir de... traitement de faveur... Sinon, c'est le chaos.

Elle comprenait ce principe ; tous les élèves devaient être égaux et il serait injuste qu'elle ait le droit de revoir ses proches et non les autres. Eirian voyait où le directeur voulait en venir à ce propos, mais l'école n'avait aucun droit de vue sur l'intimité de ses élèves dans la sphère familiale : cela ne les regardait pas ! Où était la logique dans tout ça ?! En quoi cette école avait un regard sur leur famille ? Ça n'avait aucun sens ! La Verbena voulait vraiment s'exprimer sur ce sujet saugrenus, répliquer, lui dire le fond de sa pensée, mais là, tout de suite, elle n'avait pas la force. A quoi bon ? Elle voyait bien qu'elle se butait au Directeur intransigeant ayant sa propre logique et visions des choses, totalement à l'opposée de la Poufsouffle. Et cette dernière, n'aura jamais le dernier mot avec lui. Même pas sûr qu'il veuille savoir son avis. Plus sûr était son désirs de ne pas avoir une élève qui parlait trop, qui posait trop de questions et qui traînait dans ses pattes. Elle l'avait cru comprendre dans son « Miss Almasdottir... ».

Alors non, ça ne servait à rien de battre sur la logique implacable de l'Ordre d'Hermès. Elle était trop fatiguée pour ça. Et démoralisée. Le mieux était d'hocher la tête et de clôturer le débat : Poudlard était la cage dorée qui primait sur la vie de famille. Car maintenant, ta vrai famille se trouvait entre ses murs pendant les sept prochaines années. Ainsi étaient les règles... Bien, maintenant, revenons à nos moutons. Prenons une nouvelle inspiration, bien profonde pour aérer ses pensées, et la fillette reprit d'une voix plus tranquille :

Merci... Pour cette proposition... Si c'est la seule solution pour apprendre le Futhark en restant dans votre école, alors je vais demander à mon Oncle Osgeir de venir. Et si c'est la seule solution, il acceptera. Il sera très grognon, mais il ne fera pas de bêtises. Mais...

Eirian déglutit, ne sachant pas dans quel terrain glissant elle s'engageait : où était la limite avec ce Directeur aussi froid qu'intimidant ? Au fond, elle espérait qu'il ne le prenne pas mal, mais puisqu'il désirait qu'elle apprenne le maniement des runes comme une vrai Verbena, dans ce cas, elle lui fit la requête qui suit :

Mais dans mon village, les enfants apprennent le Futhark avec les parents et avec la Völva, car elle est notre guide, notre prêtresse, la Maîtresse des Runes... Et s'ils veulent apprendre l'Ogham, le Druide doit être présent... C'est important pour nous... pour moi... que ma Völva, Ragnhild, vienne aussi le week-end, s'il vous plait. Elle aussi est grognonne. Beaucoup. Plus que mon Oncle. Mais elle sera sage, c'est promis.

Eirian craignait qu'elle demande beaucoup au Directeur, mais s'ils voulaient faire ça bien, autant aller jusqu'au bout.

1 049 mots

Severus Rogue

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Mer 31 Oct - 11:26


Le Serpent...


ft. Eirian

A mesure que s’éternise l’entrevue, l’impression tenace d’être un ours pataud avec les enfants se fait sentir. Je me prends à songer avec amusement que j’aurais probablement fait un père tout à fait discutable si j’avais eu des enfants. Autrefois sévère, trop sévère, me voici presque désarmé par la gamine qui ne semble, du reste, pas me craindre. Elle ne paraît pas voir les choses du même œil que le reste de ses petits camarades. La chauve-souris graisseuse des cachots ne lui fait pas plus d’effet qu’un papy un peu bougon. C’est insultant pour le masque que j’ai si soigneusement élaboré d’année en année et déstabilisant pour le bonhomme enclos en la coquille. Si son désarroi est perceptible, elle ne fait rien d’autre que me faire part de son acquiescement avec une touchante résignation. Désarmant.

Si j’essaie de rapprocher, d’heure en heure, de soirée en soirée, les maisons de Poudlard, il me faut reconnaître, parfois, que le choixpeau fait excellemment son travail. La petite est touchante de timidité et de loyauté à sa tradition : elle semble prête à tout pour conserver son identité tout en s’acclimatant comme elle le peut à ce château trop grand, sans doute trop froid pour elle. Quelle vie a-t-elle pu mener jusqu’à présent ? Quelle éducation a-t-elle pu recevoir ? Je connais moi-même si mal sa tradition que je n’en ai pas la moindre idée. Une seule chose est certaine, toutefois, elle ne semble pas jeter sur le monde et les gens le même regard que nos paires.

— Merci... Pour cette proposition... Si c'est la seule solution pour apprendre le Futhark en restant dans votre école, alors je vais demander à mon Oncle Osgeir de venir. Et si c'est la seule solution, il acceptera. Il sera très grognon, mais il ne fera pas de bêtises. Mais… Mais dans mon village, les enfants apprennent le Futhark avec les parents et avec la Völva, car elle est notre guide, notre prêtresse, la Maîtresse des Runes... Et s'ils veulent apprendre l'Ogham, le Druide doit être présent... C'est important pour nous... pour moi... que ma Völva, Ragnhild, vienne aussi le week-end, s'il vous plait. Elle aussi est grognonne. Beaucoup. Plus que mon Oncle. Mais elle sera sage, c'est promis.

L’assurance de l’enfant est presque touchante. Comme si elle pouvait s’assurer que ses aînés ne fassent « pas de bêtise ». En d’autres temps, j’aurais sans doute répondu avec sarcasme et aigreur. Mais l’envie en manque étrangement. Fumseck veille avec douceur sur la gamine, posté en haut de l’armoire, la noix délaissée. J’opine gravement, pressé de mettre fin à cette étrange entrevue qui me déstabilise plus que je ne souhaite le reconnaître.

« Je verrai à quel accord je puis parvenir avec vos proches, Mademoiselle, vous recevrez un jour prochain par hibou la date de votre premier cours. Vous devriez à présent aller retrouver vos paires. »

Il est sans doute temps de prendre congé, puisque tout a été dit.

501 mots

Eirian Almasdóttir

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Mer 31 Oct - 15:56
Cela voulait dire que le Directeur acceptait sa demande ? Ou pas ? En réfléchissant, il n'y avait pas de négations dans la phrase. A l'entendre, Severus Rogue allait prendre contact avec son Oncle Osgeir et la Völva Ragnhild pour les faire venir jusqu'à Poudlard le week-end. Et c'est pour bientôt si on se fiait à l'annonce de cette prochaine lettre. Donc, par toute logique, ce n'était pas un refus ? N'est-ce pas ? Hein ? Alors ses petits yeux s'écarquillèrent, laissant entrevoir une lueur de réjouissance rehausser le brun de ses iris. Le visage s'éclaira, petit rayon de soleil, minois de douceur et de candeur. Et ce sourire. Ce sourire qui étirait ses lèvres, sillonnant ses traits d'une chaleur et reconnaissance infiniment sincère. La voix se fit chaude, tressautant d'un léger gazouillis et poussé par l'élan de la jeunesse :

Merci Monsieur Rogue, vous êtes gentil...

Ses petits jambes se balancèrent joyeusement sous sa chaise, comme un moyen d'exorciser ce trop plein d'énergie qui s'était logé dans son coeur. Ce trop plein de bonheur. Ce fut de toute gaieté qu'elle reprit la tasse de thé de ses deux mains et vida la contenu d'une traite. Elle prit tout de même garde de reposer précautionneusement la porcelaine car il serait dommage de gâcher cet instant d'euphorie et cette faveur qu'on lui avait gracieusement accordée pour une maladresse ; le Directeur était enclin à amener sa famille auprès d'elle, lui évitant une année traumatisante loin de son entourage. Passer d'une visite durant les vacances scolaires à des retrouvailles à chaque week-end, c'était une occasion en or qui ne fallait nullement rater ! Alors, il fallait se montrer irréprochable et c'est tout naturellement que l'enfant poussa la chaise contre le bureau pour ordonner le tout et dépoussiéra sa tenue avant de tourner le dos à la chauve-souris aigris.

Mais avant tout de chose, tandis qu'elle trottait vers la sortie de ses courtes enjambés non sans rappeler un petit animal, elle s'arrêta à mi-chemin lorsque son regard semblait s'être accroché aux étagères. Lorsqu'elle fit volte-face pour faire face au Directeur, sa petite cape claqua - nullement sinistrement comme pourrait le faire le grand et vénérable Severus Rogue - et ce sourire ancré sur ses fines lèvres ne fit qu'accentuer cette douce candeur dû à son jeune âge et à son caractère de petit bout de chou :

Monsieur Rogue, je peux vous poser une question ?

Et là, son sourire s'étira, transforma les traits de son visage dans une mimique amusée et rayonnante. La voix qui s'en suivit fut fluette et taquine, dans un léger gazouillis :

Autre que celle-ci, bien sûr.

Oui, car les vieux grognon, elle en connaissait assez pour savoir que certains répondaient cyniquement « Vous venez de le faire » quand on demandait innocemment l'autorisation de questionner son interlocuteur. Donc, depuis le temps, elle savait comment faire le premier pas sans qu'on lui envoyait paître dès la seconde. Et pour ce qui est de la question, elle se tourna vers l'étagère et pointa du doigt une des fameuses pierres luisantes :

Comment vous avez fait ça ?

Ses yeux sombres ne quittait plus la silhouette du Directeur, épiant ses faits et gestes.

Ce n'est pas naturel, n'est-ce pas ? C'est vous qui l'avez fait, mais comment ? On ne nous a pas appris ça en cours...

Eirian se tourna vers l'objet et son visage s'adoucit. Enchantée, émerveillée, rêveuse, ce simple sort fit naître un sentiment de bien être en elle, presque nostalgique.

C'est beau...

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Severus Rogue

Monsieur le directeur
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Ven 2 Nov - 21:43
LE SERPENT CHANGE DE PEAU...

La sentence art le silence dans un douloureux déchirement. Je suis, selon les dires de la petite, « gentil ». La candeur du petit œillet est à mi-chemin entre l’insulte et l’adorable naïveté. De quoi me crisper l’omoplate et faire courir un long frisson sur la hauteur de ma colonne vertébrale. Gentil ? Et pourquoi pas mignon, adorable ou cute pendant que l’on y est ? L’audace ne serait demeurée impunie s’il n’y avait tant de sincérité cramant le fond de la rétine de la gamine… Il me semble limpide que l’acariâtre professeur de jadis n’est désormais plus qu’une chimère légendaire n’effrayant ni les collègues, ni même les petits premières années de Pouffsouffle. Un mythe s’étiole. Je pense à l’entrevue avec Camille Nott, malandrin facétieux qui n’a eu de cesse que de titiller ma patience jusqu’à l’explosion, et voici qu’une demi-portion, un marmot à peine sortie de l’enfance, s’aventure à saper le peu d’autorité qui demeure attaché à mon nom. Triste déchéance d’un masque fendillé. Si l’éclat de rire brûlant la prunelle de Fumseck n’était si évident, j’aurais presque pris son silence pour une once de compassion. Enfer et damnation.

La voilà qui se retourne avant de quitter les lieux dans une auréole de chevelure brune, un minois innocent sur le visage. Si innocent que l’on pourrait deviner un halo de sainteté autour de l’enfant.

— Monsieur Rogue, je peux vous poser une question ?

Avant que je ne puisse me fendre de l’acerbe pointe du sarcasme, l’enfant reprend, comme si elle avait lu dans mon esprit, me laissant pantois. Suis-je si prévisible ?

— Autre que celle-ci, bien sûr.

Masque de glace sur le visage, j’opine, presque intrigué, malgré moi, par la question qui pourra fendre les barrières labiles de ces babines volubiles. La gamine n’a eu de cesse de me désarçonner. Qu’est-ce que ce joyau angélique pourra encore trouver pour alimenter l’étonnement du vieillard que je me sens à côté d’elle ?

— Comment vous avez fait ça ? Ce n'est pas naturel, n'est-ce pas ? C'est vous qui l'avez fait, mais comment ? On ne nous a pas appris ça en cours… C'est beau...

L’oeil a suivi le doigt jusqu’à un cristal embué de lumière tout proche. Trônant sur l’étagère, nimbant les tranches d’une douce lueur, le quartz étincelle d’une aura ensorcelante… et ensorcelée. La sauterelle se pique-t-elle vraiment de m’emmener sur une discussion quant à l’essence de la magie des lieux ? Petit gnome va. Sa curiosité m’arrache presque l’esquisse d’un sourire. Imperceptible plissement de la commissure des lèvres. Le visage demeure toutefois fermé difficile épreuve.

« C’est effectivement un enchantement, Mademoiselle Almasdóttir. Vous pourrez apprendre ce type de sortilèges en cours de métamorphose d’ici quelques années. Travaillez sérieusement les bases de cette discipline, et vous pourrez faire luire autant de cristaux que vous le désirerez. »

Tendre indulgence. Tendre mémoire. Me suis-je émerveillé, jadis, comme tous les enfants, de pareils tours de passe-passe ? Ai-je eu les yeux qui brillaient devant l’impossible fait magie ? Je me remémore vaguement l’étonnement empli de suaves frissons devant mes premiers chaudrons bouillonnants. C’était la chambrée de ma mère. La chanson de ma mère. Les potions de ma mère. Et soudainement, les années m’écrasent de tout leur poids.

« la Métamorphose est un domaine fascinant. Ce qui compte n’est pas tant votre puissance et vos outils que votre imagination, votre sensibilité, votre précision. Si vous travaillez avec rigueur dans ce domaine, il n’y aura pas beaucoup d’aspect de votre vie que vous ne pourrez embellir à coup de baguette. »

Un temps.

« Ou de rune. »
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Eirian Almasdóttir

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Ven 2 Nov - 23:55
Eirian fut presque étonnée de voir que le Directeur lui réponde sincèrement à sa question ; elle s'était plutôt préparée à se manger un « Sortez de mon bureau, Mademoiselle Almasdóttir » mais non. Enfin, si, il recommença avec son nom de famille. Que c'était grisant à entendre. Elle ravala l'envie de le rectifier, mais pas maintenant. Là, c'était l'instant instruction et de ses grands yeux sombres elle dévisagea cette vieille chauve-souris aigris non sans une certaine admiration... et de reconnaissance. Parce qu'il était sans nul doute le premier à l'encourager ainsi dans ses travaux. À persévérer. À ne pas porter de jugement sur sa personne parce qu'elle n'était pas des leurs. C'était tout bête, juste un simple « travaillez bien et vous réussirez », et pourtant, au fond d'elle, cela la toucha profondément. Elle était comme tous les autres élèves à ses yeux, avait les mêmes chances qu'eux de réussir dans sa lourde tache de porter l'héritage de ses défunts parents.

Eirian en perdit sa superbe, sa mine étincelante se ternit jusqu'à aborder une expression aussi sérieuse que captivée. De ses petits pas, elle retourna auprès du bureau du grand Directeur, s’abreuvant de ses connaissances et précieux conseils. Tirant la chaise, elle s'installa sur les genoux, prenant appuis de ses coudes sur le meuble. Elle ressemblait à ces enfants pendus aux lèvres des conteurs. Elle découvrait un autre aspect de la magie des sorciers de l'Ordre d'Hermès qu'elle n'avait pas soupçonné : ils pouvaient être aussi passionnés, inventifs, imaginatifs et pouvaient produire des belles choses par sensibilité. C'était-elle fourvoyée durant tout ce temps à leur encontre ? Ses petits sourcils se froncèrent et sa voix s'éleva dans un timbre troublé :

Je pensais que les sorciers de l'Ordre d'Hermès étaient souvent des... orgueilleux... fiers... et superficiels aussi... C'est pour ça que vous n'avez pas des escaliers ou des portes comme tout le monde...

Il eut un long soupir et son regard semblait chercher des réponses auprès du vieil homme grognon. Elle avait besoin d'en parler, de se confier, lui, la plus haute autorité de l'école qui avait accepté de faire rentrer une Verbena dans sa prestigieuse école.

Je n'arrive pas à comprendre votre logique... ni votre lien avec la magie... Les enfants de mon âge l'utilise comme.... comme un jouet... C'est blessant.

Un temps, pour remettre ses idées, réfléchir à sa situation, au point où elle en était dans sa toute nouvelle vie de jeune sorcière.

Je veux vraiment réussir... pour mon père et ma mère... mais aussi pour mon village... Parce que... Peut-être que je pourrais les aider si je deviens une grande sorcière... Je pourrais utiliser des potions ou des sorts pour les protéger... Je pourrais faire des belles choses pour eux si je travaille dure la Métomorphose... Mais j'ai l'impression d'être un... un monstre, une sauvage, à côté des sorciers... Parce que je ne vois pas la magie comme vous, je ne l'utilise pas comme vous... Et c'est pour ça que... que je ne vois pas où est le problème d'utiliser... votre « Magie Noire » par exemple... Je n'aurais pas de remords à l'étudier... et à l'utiliser... Mais si je le fais, je serais une mauvaise personne pour l'Ordre et je ne comprends pas pourquoi...

Un temps, lèvres pincés, comme pour taire ce tabou qui l'aurait mis dans une situation très inconfortable si ça se savait. Si on savait que la fillette crachait sur les fondamentaux magiques de l'Ordre d'Hermès. La magie n'est ni bonne ou mauvaise. C'est ce qu'on décide de faire avec qui détermine si oui ou non on a perdu son humanité. C'est ainsi que les Verbenae lui avaient appris la magie. Mais justement, si elle s'opposait à cette règle fondamental est-ce que cela voudrait-il dire qu'elle était vouée à devenir une méchante sorcière parce qu'elle aurait suivi ses croyances de Verbena ? Ses origines étaient-elles incompatible avec cette nouvelle vie ?

Monsieur Rogue... Est-ce que, sincèrement, vous croyez que je serais une mauvaise sorcière ? Est-ce que j'ai vraiment ma place dans cette école ? Est-ce que je peux réussir à devenir quelqu'un de bien... même si je suis une Verbena ?

A cet instant, elle avait besoin de Severus Rogue et de son approbation. C'était comme si futur sera déterminé et influencé par les prochains mots du Directeur : lui accordera-t-il sa bénédiction dans ses études ou maudira-t-il son avenir ?
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Severus Rogue

Monsieur le directeur
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Sam 8 Déc - 15:45
LE SERPENT CHANGE DE PEAU...

Carmines fleurs s’étiolent sur les hauteurs d’une étagère. Fumseck, auréolé de sa parure automnale flamboie silencieusement en examinant, avec l’acuité désarçonnante de son œil, la scène qui se jour sous ses mirettes impénétrables. Albus Dumbledore était illisible pour le commun des mortels : vieux sorcier à l’étonnante complexité. Les flux et reflux de ses émotions se faisaient jadis fracas d’écumes ondoyantes dans le silence. Combien de soirées, d’heures, de nuit n’avait-il passé à déchiffrer le mutisme du plus grand sorcier de tous les temps. L’étrangeté d’une énigme devenait alors un jeu familier. C’était à celui qui romprait le silence le premier.
Aile secouée vaguement au son des babilles du nouveau Directeur. Le corbeau, la chauve souris, le bâtard des cachots n’est en rien semblable à son prédécesseur. La présence de ce jeunot est presque rafraîchissante pour l’oiseau si ancien qu’il ne se remémore pas la première fois qu’il est né, a vécu, s’est embrasé pour revenir d’entre les morts dans la cendre. L’absence d’origine, vertige plus grand encore que le bal des étoiles et l’écoulement des secondes. Peut-être n’y a-t-il jamais eu de première fois. De premier cri. De premier souffle.

Pensif, le volage volatile lisse plume d’un coup de bec adroit en laissant les babillages humains et les billevesées de magiciens s’égrener en contrebas. Qu’ont-ils, ces hommes et ces femmes à questionner la magie plutôt que de la ressentir ? Ego démesuré, s’il en est, des pédagogues et des étudiants qui se perdent dans mille considérations théoriques plutôt que de se laisser aller aux bras de dame Expérience. Vanité des discours. Futilité des approches. Si aveugles.

Le petit gnome de Pouffsouffle est revenue s’installer. L’esquisse d’un soupir de lassitude danse imperceptiblement dans l’air fais du bureau. Les enfants... Comble de l’ironie s’il en est, pour un directeur d’école, d’être désarçonné par la petitesse et la candeur d’un être à peine plus haut qu’un elfe de maison.

— Je pensais que les sorciers de l'Ordre d'Hermès étaient souvent des... orgueilleux... fiers... et superficiels aussi... C'est pour ça que vous n'avez pas des escaliers ou des portes comme tout le monde… Je n'arrive pas à comprendre votre logique... ni votre lien avec la magie... Les enfants de mon âge l'utilise comme.... comme un jouet... C'est blessant.

Incrédulité roule sur le bout de la langue. Je ne sais que répondre à cette enfant. J’oublie, comme tous ceux de mon ordre, les origines de nos traditions. Je ne suis que très lointainement affilié à l’Ordre d’Hermès et je baigne dans ses pratiques, ses approches, ses a priori comme un diable de cécité guidé sur les chemins de l’ignorance. Œillères collées aux tempes, mes études, années après années, en ont à peine assouplies les contours. Fol être se hasardant non pas sur les routes de la connaissance mais sur celles de la grande illusion. Le timbre se dulcifie tandis que je réponds :

« Nous avons beaucoup oublié, Mademoiselle Almasdottir. L’Ordre d’Hermès a été en position dominante pendant trop d’années. Ce qui était autrefois une vision particulière de la magie et du monde a été perdue de vue, et nous nous sommes pris à pratiquer notre art comme un simple outil. Les Verbenae, le culte de l’Extase, les Euthanatoï, le Choeur Celeste… tous avez en commun d’avoir conservé une vision plus sacrée, plus mystique que nous de votre pratique magique. Je conçois que Poudlard doive vous sembler particulièrement étrange et orgueilleux… »

Peut-être le sommes-nous ? L’émerveillement de mirettes ébaudies par le château, voilà longtemps qu’il n’a plus lieu de cité sous les cils grisonnant du Directeur de Poudlard.
Ni les miens.
Ni ceux de mes prédécesseurs.

— Je veux vraiment réussir... pour mon père et ma mère... mais aussi pour mon village... Parce que... Peut-être que je pourrais les aider si je deviens une grande sorcière... Je pourrais utiliser des potions ou des sorts pour les protéger... Je pourrais faire des belles choses pour eux si je travaille dure la Métomorphose... Mais j'ai l'impression d'être un... un monstre, une sauvage, à côté des sorciers... Parce que je ne vois pas la magie comme vous, je ne l'utilise pas comme vous... Et c'est pour ça que... que je ne vois pas où est le problème d'utiliser... votre « Magie Noire » par exemple... Je n'aurais pas de remords à l'étudier... et à l'utiliser... Mais si je le fais, je serais une mauvaise personne pour l'Ordre et je ne comprends pas pourquoi… Monsieur Rogue... Est-ce que, sincèrement, vous croyez que je serais une mauvaise sorcière ? Est-ce que j'ai vraiment ma place dans cette école ? Est-ce que je peux réussir à devenir quelqu'un de bien... même si je suis une Verbena ?

La dithyrambe angoissée de l’enfant résonne dans l’air. Les portraits disséminés dans les hauteurs se font les discrets témoins des angoisses d’une fillette soudainement trop petite pour se laisser soulever par pareilles inquiétudes. Sa détresse semble si dense qu’on pourrait la couper au couteau autour d’elle. Tant de poids sur de si frêles épaules.

« Ne vous en déplaise, Mademoiselle Almasdottir, vous êtes une sorcière au même titre que l’ensemble des élèves et des membres du personnel de cette école. Votre tradition vous rend plus encline à utiliser des outils autres que la baguette magique, mais vous n’en êtes pas moins capable de devenir quelqu’un de bien au même titre que chacun de vos condisciples. Même s’il vous faudra un petit temps pour vous adapter à l’usage de la baguette, vous parviendrez, je n’en doute pas, à vous hisser au niveau attendu de vous en travaillant dur. Vous pouvez également demander de l’aide à vos préfets de maison et à vos professeurs. »

Savant oubli de répondre à ses interrogations sur la « magie noire ». Une si jeune enfant peut-elle comprendre ce que sont ces rituels ? Je puise dans les trop maigres informations à ma disposition sur l’éducation qu’a pu recevoir l’enfant. Ne risqué-je de la brusquer si je lui réponds qu’elle est trop jeune pour une pareille discussion ? Les questionnements voltigent à la surface d’une conscience à peine troublée par le raclement d’une serre sur le bois du mobilier.

« La ‘magie noire’ n’est pas à prendre la légère, jeune fille. Ces arts sont dangereux : ils apportent le pouvoir à qui le cherche pour de mauvaises raisons. Par égoïsme, par vengeance. Le prix à payer pour leur utilisation est terrible : la folie, la maladie, la mort. Il existe d’autres moyens de protéger les siens que de chercher les réponses dans le sang et les ténèbres... »


Les vocalises se sont faites pensives. Je me revois avoir ce même type d’entretien avec ma mère. Enfant, moi non plus je n’avais pas écouté.

« Vous devriez regagner la grande salle, Mademoiselle… le dîner va être servi bientôt. Par ailleurs, vous vous êtes inscrite au club de potions, je crois ? Nous nous recroiserons donc en fin de semaine. »
1149 mots


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