Les mystères de la Citrouille | pv. Archie
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Pavel D. Monroe

Pavel D. Monroe
ADMINISTRATRICE & MJ
hiboux : 783
Mar 4 Sep - 22:24
Une matinée ordinaire : nettoyage, intervention de réparation, classement de papiers. Rien qui ne soit accessible au Cracmol que je suis censé être. Un doux masque flottant sur carne de vermeil. Homme caché et avenant, la bouille sympathique. Une poterie sans éclat dans un décor trop chargé. Je ne dépareille plus dans le Ministère : chacun s’est accoutumé à m’y voir errer, l’air faussement affairé. Pis, je semble être partout, comme si l’ubiquité eut été un don de naissance. Aucun rapport, j’ai de la chance, c’est tout. J’arrive de temps à autre, tout à fait fortuitement, dans un couloir, tendant l’oreille pour glaner précieuse information l’air de rien. Tiens donc, il y aura des réjouissances sous peu au Ministère ? C’est vrai, tout le bureau des Aurors et les Brigades Magiques sont sur les dents depuis le dernier attentat. A leur décharge, les Malefoy et les pro-ministères dans la même pièce... Tiens donc, il y a des postes de secrétariat qui se créent dans certains département ? Intéressante et alléchante nouvelle. Qui, mieux qu'un secrétaire, peut moissonner intrigantes découvertes ?

Je passe, dans l’indifférence générale ; je traverse le couloir au vu et au su de tous. Aucun oeil ne me suit, les discussions ne s'interrompent pas. Pas une seule ombre ne m’a demandé ce que je faisais ici. Ma présence est jugée normale et coutumière. Une fois encore, le Cracmol a de la chance d'être au bon endroit, au bon moment.

Cracmol, vraiment ?
Chanceux personnage ?
Point du tout.

Si je devais faire le récit de ma vie, comme j’aime à le faire mentalement lorsque je suis certain que nulle âme qui vive ne pourrait happer le flot continu de mes pensées, je dirais que c’est sans doute sur cette absence d’honnêteté de ma part que je construisis jadis le personnage de Pavel Daniel Monroe. Ni tout à fait moi, ni tout à fait étranger. Un costume efficace qui cèle efficacement deux éléments accessoires et donc parfaitement centraux de mon existence : je suis un Euthanatos et je suis un animagus. Je pourrais sans doute bien faire goutter quelques informations sur mon travail annexe à mes activités au Ministère, mais ce serait de mauvais goût… Surtout dans un couloir où j’astique placidement un miroir en prêtant l’oreille aux dernières nouvelles du Magenmagot. Tiens ? L’on a condamné un ancien collaborateur du Seigneur des Ténèbres et l’on rêve de trouver compromettante information sur Monsieur Beurk… intéressant, intéressant. J'irai faire un tour chez Barjow & Beurk. Une information anonyme est si vite diffusée.

Ombre féline dans un flot d’ininterrompues pensées, songe éveillé tandis que la brume ambrée de mes yeux se promène de salle en salle, de pierre en pierre, de passant en passant. Je me faufile jusqu’au premier niveau pour y prendre mes ordres ultérieurs. Dans l’étroitesse d’un bureau où s’alignent matériel le plus disparate et fréquenté, surtout, par des Elfes de Maison et quelques Cracmols, je retrouve l’odeur alléchante de la propreté, du savon. Rien qui ne donne à un chat l’envie de se rouler en boule sur le carrelage fraîchement lavé pour y égrener traces de pattes sur une buée s’évaporant à peine. Je me coule jusqu’au vieux Davis. Est-ce l’initiale de mon second prénom ou une admiration sans borne pour l’organisation et l’acariâtre caractère du petit être qui me pousse à l’apprécier autant qu’un père ? Je l’ignore, mais je me sens toujours chaton à ses côtés. Il ne s’y trompe pas, d’ailleurs, m’appelant « Petit » depuis que je suis entré dans l’équipe alors même qu’il m’arrive à la taille. La malingre créature vêtue d’une chemise portant l’emblème de son lieu de travail et d’un pantalon dans lesquels il ne semble pas se sentir des plus à l’aise – nouvelle directives de Potter – me toise, l’oeil grand, pénétrant et indéchiffrable à la fois. Que sait-il de moi, exactement ?

« Alors ? Quoi d’autre au programme, Davis ? J’ai fini les tâches que vous m’aviez confiées.
- Tu tombes bien, petit. On te demande au Département des Mystères, dans le bureau du Directeur. Le motif n’a pas été précisé, mais c’est urgent. File vite, Monsieur Rosier n’est pas vraiment du genre patient. »

Haussement d’épaules. Le parchemin échoit dans ma paume; Un peu trop lourd, un peu trop pressant. Un geste de la main de l’être magique m’intime l’ordre de déguerpir. Il est déjà retourné à d'autres tâches. De nombreux sorciers, par trop traditionalistes, s’offusqueraient sans doute de voir l’Elfe donner des ordres. Créature servile censée les recevoir et non les égrener.

Le mince petit être, pourtant, est le plus gradé d’entre nous.


Réputé Cracmol, je ne vaux guère mieux. Nous sommes les mains ouvrières oubliées de la société Magique, ceux que l’on estime chanceux d’avoir trouvé un emploi malgré leur tare de naissance. Léger sourire flotte sur l’encoignure d’une lèvre avant de disparaître : s’ils savaient.... Fol amusement que celui de tromper tout le monde. Fol amusement que d’avoir refusé de justifier son absence de baguette par une toute autre raison que l’explication véritable. Sur mon dos, les flammes de sang chatouillent ma peau. Bientôt, mère, bientôt. Il n’est pas bon de celer trop longuement le crépitement de magie en soi, et seules mes nuits me donnent le loisir de perfectionner mon art tout en assouvissant une indicible passion pour la danse. Léger pas après léger pas, je gagne l’ascenseur qui me mène dans les entrailles des Secrets. Le Département des Mystères n’est pas accessible à qui le voudrait. Monstre vorace, obscur, qui n’autorise que trop peu de monde à explorer ses entrailles. Une poignée d’occasion seulement m’a vu descendre en ces bas-fonds. Arches voûtées, noirceur de la pierre luisante. J’ai, ici plus qu’ailleurs, l’impression de toucher la véritable essence du Ministère de la Magie. Un lieu mystérieux qui ne s’effeuille qu’à de trop rares visiteurs.

Par chance, ma déambulation au hasard des couloirs finit par me conduire au lieu où l’on m’attend. C’est à ce moment là, précisément, que mes boyaux se tordent inexplicablement. Curieux phénomène. Lourde porte écrasant le commun des mortels. Démesuré huis pour me séparer de celui qui m’a convoqué. Pourquoi cette requête ? Un ordre plus qu'une demande. Le département des mystères préfère, généralement, régler ses petits détails seul, en huis clos, ou avec l’aide unique de Davis, le vieil Elfe. Pourquoi demander la venue d’un prétendu Cracmol ? Pourquoi appeler ici, dans ce haut lieu de recherche magique, un homme qui en est précisément dépourvu … du moins, officiellement. Les doigts repliés font sourdre la porte d’un tremblement. Une étrange appréhension tordant boyaux, j’attends que l’on m’invite à entrer.

Chance ?
Ou Déveine ?



1105 mots

Archibald Rosier

Archibald Rosier
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pour toi, je changerai l'or en fer,
& le paradis en enfer
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Dim 9 Sep - 11:57
faune
archibald & pavel


Fracture osseuse.
Craquement des phalanges.

« Qu’entendez vous par ‘je n’ai rien trouvé’… ? »

Echo patibulaire galvaudant le carcan lupin d’un climat ferreux. Perché sur son trône de vert moulu, le magnat des mystères ratiboise la buse honteusement busquée devant lui. Béni soit le bureau faisant parapet entre lui et l’antenais. Calots vitreux et bouche pincée, l’ennui pustule sur la gueule comme un nubile exanthème.

« Voilà qui est fâcheux… »

Besogne infructueuse.
Le concept lui déplaît. Pulpe des lèvres retroussée en un rictus ennuyé à l’ostensible fâcherie. Le roitelet se laisse choir contre le vélin olive de son siège, creusant le dos, croisant gambettes pour cingler bras contre poitrine. D’un geste cagnard, il fait mine d’épousseter son costume en marceline, dont la carissime facture doit bien  valoir trois mois du salaire de l’humble employé guettant sa pénitence, cloué au pilori. Alors, quelle serait la sanction ? Ajournement ? Triple labeur ? Pernicieuse commission ? Archibald s’humecte babines, soucieux du paradigme que doivent modéliser ses subordonnés.

« Craignez-vous la mort ? »

Gosier sec, la brebis écarquille mirettes, muet, bien trop médusé pour éructer quelques apologies. Doit-il prendre au sérieux ces afféteries ? Au vue de sa popularité, le colosse est monstre à flagorner pour éluder la corde au cou.

Las du frileux ribaud, un épais soupir émèche finalement la lourde quiétude. Sibylline nonchalance. Une paluche évasive. Geste équivoque au choix du sort.  

« Vous pouvez disposez… »

Mine déconfit à l’utopie flagellée d’un coup de surin.
Au départ du badaud, Archibald délaisse son trône pour rejoindre la cheminée d’où glaviotent gerbes capucines. Devant le cautère infernal, séant fier et globes insondables, préside son altesse immaculée. Citrouille, chat de Birmanie, eldorado de son cœur.

« Ma belle… »

L’écaille draconienne s’étiole au détriment d’une pléthore de tendresses. Fléchissant genou, le chacal se mue agneau ébaudi dans l’insolence sultane. Naufrage de phalanges dans l’opaline toison. Un ronronnement louange l’acte. Chavire le lilliputien corps sur le tapis maghrébin, s’immolant sous une incontinence de mignardises.  Le sorcier se fend d’une inopinée liesse. Thérapie féline. Cabalistique écorce s’excavant à l’abri des fureteuses lucarnes. L’oiseau fourre museau dans la mollesse pelucheuse et y épanche romanesques baisers, au bon plaisir de sa fiérote princesse. Le minet redresse pourtant l’échine, troublé, vissant ses fauves rétines vers l’entrée.

Miauu

Hum ?

« Notre invité serait-il là ? »

Le faciès se tranche d’un squale sourire. Sans baigne venue s’aventurer contre porte, il soupçonne malgré tout quelques présences. Quittant à regret le doux cocon, il érige vertèbres et, d’un bond généreux, dévore l’amplitude qui le divorce de l’huis en chêne. Évasure du nœud pyramidal. L’empire se décachette aux étrangères pupilles, révélant ses sybarites entrailles. Sobre richesse traduisant l’aisance d’une aumônière bien remplie. Deux décades pour râteler l’architecture de son prédécesseur. Broutilles et caducité récurées à l’eurythmie temporelle jusqu’à joindre l’ignescence d’une victorienne mosaïque quelque peu outrancière.  Digne sérail pour sa souveraine félidé. Crésus y trouverait forcément congruité.

Devant le seuil, une tignasse familière. Benjamin aux traits marqués. Un peu débraillé à son goût. Charme poussiéreux dessous un crin sombre et bouclé. Débordé d’une demi-cabèche par l’ogre endimanché d’un sobre tailleur, le croquemitaine se distingue du modeste salarié. Froc et veston appariés, gris taupe appointé aux galbes de la vétérane carcasse. Dessous, une liquette blanche tranche d’une sacro-sainte aura, intangible aux moindres macules.

A la vue du caracul soupiré, la gueule s’enlumine subrepticement d’un complaisant rictus.

« Monsieur Monroe. Si vous voulez vous donnez la peine d’entrer »

L’inflexion courtoise vendique toutefois une sourde obéissance. Ainsi, le corps pivote pour laisser entrer la brebis dans son évêché dont il obture l’entrée sitôt franchit l’orée de sa richarde cambuse.  Dans le sillage du convive, il escroque un instant pour rafler la stature d’une inquisitrice cornée. Ardeur qu’il ne parvient à démystifier pour l’oiselet éventé moult fois dans les boyaux du ministère. Le pierrot avive réflexion. Pourquoi ? Quelque chose claudique dans l’esquisse qu’il suppute dépeindre. Mais quoi ? Miettes d’appétit, nébuleuse énigme. Il n’en faut plus pour amorcer un louvart caprice.  

Archibald finit par s’expatrier de l’houache de son cadet, non sans cueillir au vol un saumâtre bouquet de la chair trentenaire. Le museau s’ébroue, calomnié d’antiseptiques senteurs. Evocation des humbles besognes de l’intriguant mecton. Son Eau de Cologne – fraîche et légère – s’en voit meurtrie. Il se congédie d’un pas mesuré, désignant – d’une main volatile -  la bergère au pelage verdoyant gîtant face au bureau.

« Je vous en prie, assoyez-vous »

Il enseigne l’exemple, juchant – à l’autre bout du meuble - séant sur un Voltaire original du XIXè siècle, amarrant coudes contre l’écaille de verre culminant le chêne verni de l’imposant pupitre.  A quelques pas, un mouvement. Citrouille, croupion exposé au bûcher, dévisage l’hominien d’un inquisitorial regard. Le maître s’étonne. D’ordinaire, la biquette ignore la plèbe aventurière dans la saurienne tanière et s’adonne à régaliennes paresses.

Archibald redresse lucarne vers son invité. Les silhouettes tranchent la pénombre à la lueur d’un âtre pétulant et de chandeliers disséminés dans l’imposante pièce. Deux échelons caractéristiques le pécunieux berceau. Un bureau accaparant le flanc gauche, bordé d’un petit salon ceinturant l’incandescente fumée sur la croupe dextrogyre. Entre les deux espaces, un Bluthner du XIXè restauré par ses soins. Muet piano se languissant de l’étreinte en ses touches de quelques pulpes de doigts. Surplombant le spacieux boudoir, un escalier en ferraille noir s’élève en escargot jusqu’à une babylonienne bibliothèque, quoique loin d’être aussi exorbitante que celle mussée entre les murailles de son auguste manoir. L’enceinte se cambre aux teintes sobres de chêne vernissé et de tapisserie tantôt vermillon, tantôt gris cendré.

« Quel est votre objectif dans la vie monsieur Monroe ? Avez-vous quelques ambitions ? »

Clameur quiète et impavide. Paluches nattées ensemble, le directeur des souterraines contrées clouent l’induline de ses deux quinquets sur le croquignolet agneau. Bien au fait des potins qui circulent sur l’ignominieuse nature du lascar, il ébarbe pourtant les caquetages dépeignant l’homme fort ganache et s’intrigue davantage du personnage. Un Cracmol ? Vraiment ? L’esprit se mitraille d’une famélique malacie.

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Pavel D. Monroe

Pavel D. Monroe
ADMINISTRATRICE & MJ
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Dim 9 Sep - 13:17


Les mystères de la citrouille

ft. Monsieur le Directeur, Archibald Rosier
Mains se tordent d’angoisse, liées l’une à l’autre par le contact rugueux de la pulpe des doigts. Je dois bien reconnaître qu’à la première placidité me menant dans ces lieux a succédé la curiosité avant que ne naisse l’angoisse. Je sais ce que l’on raconte sur le monstre hantant ces lieux : en fait d’ogre se repaissant d’enfants, il n’y a qu’un homme. Archibald Rosier. Un homme croisé de loin, toujours vivement, rarement, fugacement. Un pas alerte, une mise parfaite. Un homme du monde, un homme riche, un homme puissant. Un homme qui a demandé à me voir. Je ne vois pas ce qu’un Cracmol pourrait avoir à apporter à un tel personnage et ne m’en montre que plus circonspect. Aurait-il… ?

Je cèle question dans le secret de mon esprit et tâche vainement de me concentrer à nouveau. L’homme que j’ai vu fuir au détour d’un couloir, blême comme la mort, semblait venir de ce lieu, et n’en mener pas plus large que moi, sinon moins… La différence étant sans doute la façon dont lui et moi avons été élevé. J’ai côtoyé la mort dès mon adolescence, mêlé mes paumes au vermeil de la vie, et fouillé les entrailles de quelques victimes. Une poignée, toujours des contrats. Je n’en demeure pas moins un employé, en position de faiblesse. En tant que tel, il faut jouer la surprise, la fragilité. Tout un art dont je me sens parfaitement capable. La hauteur des battants du bureau directorial m’impressionne malgré moi.

Mes doigts ont à peine effleuré le bois des montant que s’ouvre à la volée l’huis sur le Directeur du Département des Mystères. Quand bien même n’aurais-je connu son visage anguleux et la pénétrance de son regard, je l’aurais immédiatement identifié en tant que tel. Somptueusement mis, il se dégage de cet homme une aura d’implacable pouvoir. Mon coeur s’emballe une brève seconde avant que je ne parvienne à le réduire au silence d’une profonde inspiration. Je devine soudainement avec bien trop d’acuité les raisons de la fuite de l’employé que j’ai vu s’évanouir au détour d’un couloir. Archibald Rosier semble être homme à se nourrir de la peur qu’il inspire, et à aimer mener la danse avec inflexibilité. Sous le dehors de la courtoisie, il m’invite à entrer, confirmant mon soupçon :

« Monsieur Monroe. Si vous voulez vous donnez la peine d’entrer »

Un ordre plus qu’une demande, je ne m’y trompe pas. J’opine en égrenant un « Merci, Monsieur » à mi-voix. Rien de tel pour paraître impressionné, je présume. En réalité, et bien que la magnificence du lieu fasse naître en moi quelques élans d’admiration teintées d’une crainte respectueuse – la Dévotion qu’attendent généralement les Dieux – je tâche de jauger le personnage qui m’a introduit dans son antre. Les antiquités somptueuses d’un mobilier hors de prix m’accueillent tandis que se pavane un chat de race des plus sur le tapis près d’une cheminée. L’air est étouffant, avivé par la chaleur du brasier, prompt à faire tourner les têtes tandis que flotte le discret parfum d’une Eau de Cologne dans la pièce. La sienne, sans doute plus chère que ce que je puis envisager. La curiosité ne cesse de me dévorer tandis que je furète du coin de l’oeil, capte le regard du Sacré de Birmanie, sens sur ma nuque le poids de billes d’acier qui m’envisagent et me jaugent. Premiers temps d’une cohabitation manifeste. Je sais la prime impression déterminante, aussi taché-je de ne pas me départir de mon personnage. Insignifiance de l’employé un peu simple. Par chance, le mensonge est à demi-vérité. J’ai toujours été un homme simple.

Lorsqu’il revient dans mon champ de vision, l’étau d’un soupire de soulagement s’exhale de ma poitrine. Je préfère définitivement l’avoir dans mon champ de vision. Les dangers invisibles sont les plus effrayants. Politesse courtoise ronronne à nouveau de sa voix. Une basse note continue roulant les accents anglais des tournures pompeuses et ondoyant d’une étrange chaleur. Un ordre, encore.

« Je vous en prie, assoyez-vous »

Tout chez cet homme respire la distinction et le pouvoir. Je l’avais déjà perçu mais ne puis m’empêcher de le noter, encore et encore. Prudence est de mise, fascination étrange est inévitable. Les personnalités charismatiques attirent toujours l’observateur comme un papillon dangereusement appelé par les flammes. Toute la subtilité réside dans le fait de se laisser charmer juste assez pour faire diminuer la méfiance et trop peu pour se laisser consumer tout à fait. Je m’exécute, prenant place, le dos un peu raidi par l’expectative, sur le siège indiqué. Il est évident qu’un employé comme moi ne peut qu’être mal à l’aise dans tant de faste, tant de débauche de formes, de couleurs et de livres. Je n’ai pu retenir quelques glissements d’œil jusqu’au dantesque entrepôt d’ouvrages sans doute aussi rares que précieux. Je ne suis pas un grand lecteur, homme de terrain plutôt qu’érudit, mais l’attrait d’occultes savoirs a toujours été une motivation suffisante pour m’entraîner entre les pages de quelque ouvrage savamment celé.

Presque un sursaut, la surprise court le long de mon échine lorsque la voix de l’hôte des lieux m’arrache à ma contemplation de l’endroit avec une épineuse question proférée d’une clameur aussi placide qu’inquisitrice. C’est une vraie question nécessitant véritable réponse.

« Quel est votre objectif dans la vie monsieur Monroe ? Avez-vous quelques ambitions ? »

Quelques secondes de stupeur feintes, un œil baissé donnant l’impression de songer tout en redoutant de donner la mauvaise réponse, puis, enfin, ce que j’aurais pu lui répondre du tac au tac avec un sourire taquin sur les lèvres dont je me prive à l’instant par respect pour cet étrange jeu du chat et de la souris mis en place par mon aîné.

« Je suis un homme très simple qui dédaigne les fastes, Monsieur le Directeur. Je travaille au Ministère de la magie autant que me le permettent mes maigres capacités pour servir mon pays et mes paires. »

Un temps, l’oeil se relève pour se perdre dans l’orbe claire rivée sur lui. Geste de défi, sans doute. Naissance d’un sourire crispé et doux sur les lèvres du plus jeune qui redoute déjà, avant même de l’avoir formulée, les conséquences de sa provocation.

« N’est-ce pas aussi ce pourquoi vous êtes là ? Servir votre pays ? »

C’est l’instant que choisit la Divine Princesse Féline qui était alors lovée dans la chaleur flamboyante de la cheminée, pour s’approcher du bureau, tournant prudemment autour de nous, et passant à portée de ma paume. Impulsion étrange que celle qui me fait rompre le contact visuel avec Archibald Rosier pour me pencher vers le chat et égrener une longue caresse sur son dos. Sans faire mine d’en demander plus mais sans s’offusquer de mon aventureuse volée, le farouche animal passe, insensible, près de moi, jusqu’à se perdre dans la pénombre de la pièce. Je ne peux m’empêcher de songer que ce chat est beau, ou plutôt qu’elle est belle, une intuition me la faisant supposer féline plutôt que félin. Question simple pour intimer sans en donner l’air, une autre tournure à la discussion, je désigne le chat du bout du doigt.

« Quel âge a-t-elle? »

1203 mots

Archibald Rosier

Archibald Rosier
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pour toi, je changerai l'or en fer,
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Ven 14 Sep - 8:04
faune
archibald & pavel



- Je suis un homme très simple qui dédaigne les fastes, Monsieur le Directeur. Je travaille au Ministère de la magie autant que me le permettent mes maigres capacités pour servir mon pays et mes paires.

Dyonisos se désarme.
Matoiserie en faillite.
S'échoue le linceul théâtral au regard de l'axiome supputé. Candeur synthétique, fraude morale. Stellionat s'enjolivant de brasillants fleurons. Térence et Sénèque renaissent de leurs passions... L'hominien pectoral se froisse de quelques engouements. Griserie d'un ingénieux cartel. Pataud maniérisme. Feintise dans laquelle ne s'achoppe le félon. Ostensible Cheval de Troie. Se laisserait-il volontiers pigeonner par cette diplomatique mascarade. Dans la moire de ses capiteuses réflexions, se ravine la mandibulaire commissure en un volatile sillon. La joue se creuse à souhait.  Prélude d'un hyperbolique chapitre. Hector et Achille se toisent, cuirassés de leurs masques. A peine inauguré, le jeu se divulgue déjà capiteux...

« Le patrimoine est bien souvent le reflet de nos sacrifices »

Rubigineux apophtegme. Ribote qu'il musse, nanti d'un infatué sourire dédié au séditieux Bambi épluché d'une indiscrète lorgnade. Erudition jugulée sans vergogne d'une plèbe béjaune. S'ils avaient acuité de ses croissants forfaits... Noiraude esquisse. Inexpugnable bastide. Du cruor cochonnant ses dextres aux mânes échos. Fieffé pontife d’une déité canonisée. Hel, mignotée de fastueux dithyrambes, prime mirobolantes nimbes au féal suppôt à ses pieds. Que n'a t'il  sacrifié pour gravir l'échevelée hiérarchie, damant le pion de moult émules pour se carapater dans une mirifique cabriole jusqu'à l'orbite des caciques démagogues. Archibald croise béquilles dessous l’autel, l’oculaire boulonné aux agates de l’ouaille incertaine.

« Vos maigres capacités... Vous ne m'avez l'air ni infirme ni baudet. Vous auriez pu prétendre à plus patriotique besogne » Bien au fait de son statut marginal, il imagine sans peine les ophidiens clabauder satires au détour d'une artère. Magie buissonnière, déveine des Cracmols. « Votre écimage de magie ne vous amende nullement de vous circonscrire comme un agneau galeux dans le cloaque des sorciers » Fâcheux galvaudage. Il marque césure. Laisse ses tanzanites s’empanacher d’un mutin éclat. « Jusqu’à quel échelon vous dégarnirez vous, il ne tient qu’à vous d’ébrouer les préjudices régissant l’inique société dans laquelle nous vivons » Mais le souhaite-il ? Eclectique pékin dont il démasque avec labeur les éthériques ambitions.

- N’est-ce pas aussi ce pourquoi vous êtes là ? » Servir votre pays ?

En doute-t-il ? Gueule flanquée d’un maupiteux grime, il gouaille, délicieusement offusqué.

« Naturellement » Murmure niellé d’une inopinée satisfaction. Familier prurit curant la fibre rachidienne. Se dévoyer à l’égal d’Até, d’opprobres et d’évagations. Erafler la margelle d’un ravin. Echoir croupe sur le culmen d’une colline. Divine tragédie d’une engeance reniée par Zeus le Père et forclose dans un moribond déluge. Appétit jumeau pour le merdeux prodige. « C’est là ma seule ambition » Sous l’adret thoracique se damasquine méphistophélique rapière pour ses augustes adversaires. Dans l’écume abyssale, Charon exulte. Damoclès soupire en cœur. Ombre luciférienne dans laquelle caracole l'infernal laquais.
 
- Quel âge a-t-elle?

Scoliose de concept à laquelle trille deux aigues-marines. Elle? Bastet flocule à leurs pieds d'un amble fastueux. Une lucarne férue oblique vers l'Impérieuse. Muse daubeuse. Nymphe du félon myocarde. Arès à la poursuite d'Aphrodite dans un pieuse idylle. Incurable culte des grippeminauds. Bénine pathologie rythmée au royaume des chats dont s'illustre sa noble cambuse. Peut-il leur en vouloir? Insolents pharaons règnant sur la pyramide des coeurs d'une hominienne pâture. Subjugante dictature où l'échine lige se cambre à souhait pour les monarques despotiques. Citrouille lanterne dans son fief, constelle regards bêcheurs et cire palichon duvet contre les désuets tibias d'un gourou fanatique.

« 6 ans »

Murmure évasif. Réminescence d'un haret abandonné dans les landes septentrionales d'Ecosse. Blandices semés dans la liliale toison, Rhadamanthe naufrage loin du trône. Frôle boisierie dans une pimpante allure. S'échoue finalement dans le périmètre du convive, le surplombant avec aisance, croupe contre pupitre dans une phallocratie délibérée.  Quelques centimètres de bienséance entre les deux corps. Maigre rempart aux prophylactiques relents rongeant son museau à vif. Il se racle gosier, taraude l'oisillon de ses Lapis-Lazuli et croise paluches sur le pellucide stratum de son bureau.

« J'ai le pouvoir de vous offrir grade pour servir davantage votre patrie »

Proposition exigeant unique dénouement.  

« Mon secrétaire prends sa retraite » Omission d'un acte forcé à ses bons caprices. « Je vous propose d'en prendre la responsabilité. Vous serez formé le temps qu'il faut avant de prendre vos marques » Assentiment ou réfutation? Au moindre gourdiflot se balanstiquant à l'offre d'emploi, convaincu - sans tort - de tresser couronnes sa personne, il subodore pourtant le credo du cracmol cantonné devant lui, un échelon inférieur, contraint à hausser l'échine jusqu'en se tordre vertèbres pour harponner les orbes cannibales.

(c) DΛNDELION

Pavel D. Monroe

Pavel D. Monroe
ADMINISTRATRICE & MJ
hiboux : 783
Ven 14 Sep - 9:40


Les mystères de la citrouille

ft. Monsieur le Directeur, Archibald Rosier
« Le patrimoine est bien souvent le reflet de nos sacrifices »

La pénombre luit d’un éclat déroutant, nimbé des flammèches léchant poutrelles jusqu’à les réduire en cendres. Pleut dans l’âtre le miroitement du bois noirci, de la poussière morte. Je ne peux m’empêcher d’observer les flammes dans une fuite du regard. Une échappée de l’exigeante valse dans laquelle veut m’attirer Monsieur Archibald Rosier, directeur du département des mystères. Plus que la honte, c’est l’irrépressible envie de sourire qui m’a fait quitter la glace de ses calots pour chercher réconfort dans l’ardente lumière. Manifestement, la fausse modestie n’a pas bonne presse auprès du crotale, et me perdre dans l’éclat céruléen de son œil ne servirait qu’à fendiller un peu plus la carcasse du personnage que je m’efforce d’incarner. Semblance déjà bien malmenée par l’acuité et la pénétrance de son esprit. Je croyais mon armure assurée et mon personnage de cracmol maîtrisé. Peut-être ne trompé-je en réalité que ceux qui veulent bien être dupés. Ou ceux qui sont trop aveugles pour remarquer les éléments du décor. Nombreux, sont-ils.

« Vos maigres capacités... Vous ne m'avez l'air ni infirme ni baudet. Vous auriez pu prétendre à plus patriotique besogne. Votre écimage de magie ne vous amende nullement de vous circonscrire comme un agneau galeux dans le cloaque des sorciers. Jusqu’à quel échelon vous dégarnirez vous, il ne tient qu’à vous d’ébrouer les préjudices régissant l’inique société dans laquelle nous vivons »

Je continue de fixer la flambée, pensif. Ses mots m’atteignent plus que je ne veux bien le reconnaître. Le masque du cracmol était confortable : une oreille à laisser traîner pour recueillir l’information. Une monnaie sonnante et trébuchante dans la poche une fois les besognes accomplies. De quoi voler, ensuite, vers d’autres horizons plus sauvages. Plus sanglants. Pourtant… le masque se fissure dans ce bureau. Chaque mot sortant de la bouche d’Archibald est une invitation à laisser choir l’illusion pour montrer un vrai visage, une vraie nature. Et le cracmol pourrait devenir mage. Pourquoi, à l’origine, me suis-je fait passer pour un être dépourvu de magie ? Que voulais-je accomplir en me dissimulant ? Protéger mes tatouages, héritage maternel ô combien précieux du premier meurtre ? Protéger la mémoire de mes paires ? Protéger ma tradition en terre ennemie ? Commodité. Voilà quatre ans que je me musse par commodité, sans défi à relever dans les murs du ministère. Pourquoi ? Travail alimentaire ? Volonté de mener une petite vie rangée ? Manque d’ambition. Je n’ai jamais été homme avide de pouvoir à m’enivrer de richesses. Les paroles du Directeur résonnent pourtant étrangement, s’engouffrant dans les failles de mon argumentaire de fausse modestie pour le faire éclater. Dépouillé des illusions que l’on s’offre à soi-même.

J’ai repris suffisamment contenance pour oser un œil jusqu’aux contrées hostiles du visage d’Archibald Rosier. Imperturbable, il semble être capable de celer si parfaitement ses émotions et ses attentes que toute tentative de lecture de ses traits s’achèverait dans une cuisante incertitude. Je ne m’y risque donc pas, me contentant d’égarer sur les courbes anguleuses de son visage la caresse d’un regard. Le secret Directeur du département des mystères a bel et bien un poste à sa mesure. Me suffit-il de croiser l’azur de son iris pour comprendre mon erreur : revenir promener mes mirettes sur cette face n’était décidément pas une bonne idée. L’implacable aura du personnage se diffuse dans la pièce et sa prestance me happe bien malgré moi. Étrange révérence naît de la contemplation. Il pourrait devenir Dieu pour un faible d’esprit. Sa voix s’est adoucie à la pique lancée, sa réponse noie mon cœur d’une étrange satisfaction de concert à la sienne.

« Naturellement. C’est là ma seule ambition. »

Quelques mots qui sont sans doute mensonge et dissimulation. Je ne peux croire qu’un homme tel que lui soit mû par le seul désir patriotique. Ma ligne de défense s’enlise dans les sables mouvants sous la gouaille de cet homme dont l’intonation dit plus que le verbe. Je ne le tromperai pas, je le vois à présent. Me rendre ici était une erreur. L’armure n’est pas suffisante pour parer la lame incisive de cet homme ; trop fêlée, ou trop imparfaite. Je me sens, un temps, démuni et vulnérable. Cela ne m’était arrivé depuis l’adolescence. Depuis un jour où la rougeur du sang de ma mère s’est fait marque sur mon échine. Je repousse le souvenir autant que faire ce peut, tente d’émerger de l’étau de mon histoire pour revenir au temps présent. Je m’enfonce pourtant plus profondément dans le songe, sans même parvenir à entendre la voix lointaine me donnant l’âge du chat. Six ans. Un peu plus âgée que mon animagus.

Mon cœur rate battement lorsque la haute silhouette se déploie. Je ne puis m’empêcher d’esquisser un mouvement de recul celé dans un frisson, sans quitter de l’œil la pâle glace de son regard. Le fauve s’approche, debout, adossé à son bureau. Bien trop près. Je me sens comme un enfant impressionnable pris en faute, et m’attends à tout sauf aux mots qu’il égrène placidement, se repaissant sans doute de ma soudaine frayeur. Une peur authentique et non pas affectée.

« J'ai le pouvoir de vous offrir grade pour servir davantage votre patrie »

L’inattendue proposition me fait lever sourcil interrogatif. Quand la conversation a-t-elle déviée ? Qu’avais-je pensé ? Je me repasse le fil des échanges et comprends qu’il n’a jamais été question que de cela. Un poste.

« Mon secrétaire prends sa retraite. Je vous propose d'en prendre la responsabilité. Vous serez formé le temps qu'il faut avant de prendre vos marques »

Prudence est de mise. Je commence à cerner l’homme et à deviner que la gratuité est un vain mot chez lui. Son invitation ne peut être innocente, et il attend sans doute quelque faveur en retour. Que pourrais-je avoir à lui offrir de moi ? Que pourrait-il espérer d’un cracmol d’une trentaine d’années. Mon alter-ego n’est puissant. Veut-il mon oreille et mes talents d’écoute et d’observation ? Mon alter-ego n’est habile que pour faire disparaître accidents et réparer offices. A-t-il deviné l’ombre du secret planant sur ma personne ? Que veut-il ? La curiosité m’a arraché, un temps, à l’étrange fascination qu’il exerce sur moi lorsque s’émiettent mes défenses mentales. Je lève vers lui un œil départi du trouble qui m’avait jusque là assailli. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je suis, en d’autres temps, d’autres lieux, habile négociateur. Un assassin doit savoir engraisser ses primes.

« Qu’attendez-vous de moi ? »


Roule avec douceur la question tandis que je me perds dans les profondeurs marines de son iris. Ma voix me semble à présent plus grave, plus posée, dépourvue de toute émotion à l’exception d’une seule : la curiosité franche et sans réserve. Je reconnais les accents du professionnel. Des accents que je prends soin de celer à l’accoutumée et qui m’échappent désormais, comme si la seule présence de cet homme avait agit comme un révélateur. Les personnalités charismatiques sont dangereuses, me suis-je toujours dit. Il ne faut se laisser charmer qu’avec parcimonie au risque de s’enflammer les ailes. Les miennes sentent probablement déjà la morsure du feu.

« Je ne puis croire qu’un sorcier tel que vous défende l’idée d’une méritocratie et d’une juste récompense du difficile et honnête labeur. Il me semble plus probable que vous soyez homme à aider de temps à autre le destin par d’inopinées disparitions… Alors qu’espérez-vous en engageant auprès de vous un secrétaire qui ne soit ni puissant, ni ambitieux ? »

Ma voix s’est éteinte dans une trille mélodieuse frappée de tout mon franc intérêt ? J’ai croisé les jambes et me suis calé dans le fauteuil. Malgré moi, mes mains se sont jointes, coudes sur les montants. L’attitude n’est désormais plus celle de l’employé. Je sens tomber une à une les écailles vernies qui recouvrent d’une attitude policée et soumise l’assassin. Le crime luit-il déjà dans mon œil, enchâssé dans la politesse d’une curiosité ? Peut-être. S’il est bien vrai que les yeux sont les fenêtres de l’âme, je me demande ce que peut lire, en cet instant, Archibald Rosier dans les mirettes de celui qui lui fait face. Le personnage s’est délité. Il reste sans doute encore, çà et là les écharpes d’une vieille habitude, mais l’honnête cracmol est définitivement parti aux yeux du Directeur du département des Mystères. Je le sais, je le sens. Je n’ai su le retenir face à cet homme et à l’acuité de son esprit. J’ai failli, et pour cela, je sais ce qui doit advenir ensuite : je vais devoir trouver un moyen de m’assurer de son silence… d’une façon ou d’une autre.

« J’espère tout de même que vous n’avez pas trop malmené mon prédécesseur à cette charge. Il m’avait semblé un peu jeune pour prendre sa retraite la dernière fois que je l’ai croisé dans un couloir. L’auriez-vous conduit à la porte pour le remplacer par un nouveau jouet ? »

La curiosité a toujours été mauvaise conseillère. C’est d’un petit sourire et d’une innocente question que je viens d’accepter l’emploi. Ne dit-on pas qu’il vaut toujours mieux être près de ses ennemis ? Monsieur Rosier a désormais toute mon attention.

1535 mots

Archibald Rosier

Archibald Rosier
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Les mystères de la Citrouille | pv. Archie 1564215303-3095c565cfbdfadfb9d795d407c03d12
pour toi, je changerai l'or en fer,
& le paradis en enfer
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Mer 10 Oct - 16:52
faune
archibald & pavel


« Qu’attendez-vous de moi ? »

L'orbe s'échaude d'une devergoigneuse augustine. Blaireauté d'une gourgandine satisfaction  - comme une abatteur de quilles -  il détrousse moelle épinière sur l'autel des aveux et glène paire de bras contre son diaphragmme. Il attendait, à l'image d'une fripe-lippe chénisque, la demande à la caristade. N'aurait pourtant soupçonné, dans l'avalaige de ses inquisitions, fossoyer si promptement le sycophante de son mascaron. Trop facile. Il soupçonne une anguille sous la roche. S'engonce, de fait, dans un érethisme racinaire, bluette au calot.

« Je ne puis croire qu’un sorcier tel que vous défende l’idée d’une méritocratie et d’une juste récompense du difficile et honnête labeur. Il me semble plus probable que vous soyez homme à aider de temps à autre le destin par d’inopinées disparitions… Alors qu’espérez-vous en engageant auprès de vous un secrétaire qui ne soit ni puissant, ni ambitieux ? »

Est-il si cristallin? Pétoule avisé, canaille se démasquant sans pudeur de sa cuticule de Coquebert. Mue imaginale, nymphose truculente. Archibald se fait volontiers croque-lardon du joli pendard. Le jeu s'annonce d'ores et déjà ragoûtant.

«Est-ce donc ce qui se dit? » Alto papelard. Gueule à peine outragée. Le grippeminaud se farde d'une risette et laisse cabasser son hôte soudainement bien diseux. Le beau pignouf est plus astucieux que sa toge ne le crie... Plutôt fesses-mathieu d'avouer ses cadavres au placard, Archibald reste muet au rythme des copieux palabres. Les yeux chimères. Sans éprouver besoin de moucher le mignon. Mirifique tolérance. Il se surprend lui même, pétoulet sur table, de ne passer au caviar les incriminations à peine éthérées de son cadet. Depuis quand est-il devenu si commode? Cette petite grenouille l'enhardissait comme nul autre Argoulet jusqu'alors!  Serait-ce pataflerie que de s'y enchâsser sans barguigner?

« J’espère tout de même que vous n’avez pas trop malmené mon prédécesseur à cette charge. Il m’avait semblé un peu jeune pour prendre sa retraite la dernière fois que je l’ai croisé dans un couloir. L’auriez-vous conduit à la porte pour le remplacer par un nouveau jouet ? »

Grief à peine mussé. L'aîné s'en gouaille, madéfiant babines et avuant kératiques javelots sur l'obscur babichon.

«C'était erreur de ma part de l'embaucher. Ce jeune cancrelat n'avait, en vérité, pas deux sous de jugeote et versait dans quelques malgaines. Les dernières affaires aller de mal en pis! Je me déleste sans vergogne des petits viédases qui se croient les premiers moutardiers du pape et laissent leur besogne tomber en quenouille! »

Estalifade d'humeur au coin de la bouche. Orchidoclaste, Chapon-Maubec! Il se faisait violence pour ne point sériner l'épigastre de cette godiche rescapée à coup de petite cuillière...  Dessein imaginé bien préférable. Ce peigne-cul maigre comme un coucou verserait chapelet de lacrymules aux huis scellées qui ne daigneraient à quelques pitiés dans l'eurythmie infernale de ses recherches d'emploi.

«A ce sens, comprenez bien que je ne tolère les ganaches qui s'enfilent des perles et nivèlent par le bas. » Roulade sévère. Chauvinisme du temps perdu et de l'incompétence populaire. Rosier est connu pour être l'inflexible rondelier des nébuleuses mésaises du corps ministériel.

Et sur ce, lentement, le biclarel se dépouille du trône pour naufrager sans chahut-bahut dans le dorsal de son roboratif cafard. Bercé de cacothymie personnelle, les paluches serpentent sur l'arête boisé du voltaire et s'y cramponnent. Toison brune proche. Si proche qu'il en écroute indociles bouclettes du bout de ses doigts évasifs. Audace d'un régentin qui a le bras long. Molle kératine sous la pulpe de ses griffes. Humant faguenas plutôt que fragrances, l'autrou jubile dans le râble du garçonnet.

«Bien que vous semblez branler dans la manche et que la majorité ici pensent que vous avez du 'sang de navet', je suis sûre que vous saurez survivre dans ce 'pot au noir'. Vous verrez qu'avec le temps, vous vous affirmerez mordicus et cesserez de nager entre deux eaux. Pourquoi vous? Ni puissant, ni ambitieux... Certes vous l'êtes! Vous transpirez pourtant...le mystère... N'êtes vous donc pas au plus propice des endroits pour besogner et vous épanouir? »

Frimas chaud gorgé de cannelle et d'orange ébouriffant l'iniaque tronçon de l'hobereau. Avachi sur le bois soutenant son invité, la gueule picote dans l'ouèche musquée vomie des boucles intrépides. Il pourrait presque effleurer - du bout des lèvres - l'hispide orée dressée dessus le col de chiffons. Clôturant mignardises, les dextres reviennent sur l'encolure de cassenats. Suffit les taquineries!

 «Avons nous un accord? »
 
Mielleuse absoute. Bourdonnement unguineux.
Le jaquet, de par ses choix, allait ou non franchir le rubicon au débotté des eschillons de la journée. Devenir bête de somme traînant le tonneau des Danaïdes au rythme échevelé.  Aurait-il cru, à l'éveil de Sol haut dans l'azur, se faire quêter en mussette dans l'accul du croque-mitaine? Sûrement que non.



(c) DΛNDELION

Pavel D. Monroe

Pavel D. Monroe
ADMINISTRATRICE & MJ
hiboux : 783
Ven 12 Oct - 14:38


Les mystères de la citrouille

ft. Monsieur le Directeur, Archibald Rosier


L’oisel se débat dans l’or d’une cage. Ailes crucifiées par un cruel battement aux tempes. L’exaltation d’un sang pulse jusqu’au plus profond de l’être. Ivresse. Les soupirs s’enchaînent sous le coup de propos distillés au compte goutte. J’ai parlé. Trop. Je me suis perdu dans l’incandescence du sublime azur de l’œil d’Archibald Rosier. L’homme est ma prison, mon geôlier. Le tenancier d’une taverne où il est bien risqué d’aller s’abreuver. L’absinthe et la belladone se mêlent sous l’imperturbable mine de mon vis à vis. Perte de repères. Sa voix seule me ramène au présent. «Est-ce donc ce qui se dit? » La surprise m’arrache une seconde d’inattention de laquelle profitent mes lèvres pour s’étirer en un sourire en coin. Tic agaçant l’encoignure d’un labre avant que je ne me reprenne. Folie naissante. Le vernis de contenance, le masque sublime de l’insoupçonnable pot de fleurs caché dans un angle du décor s’est délité.

Pour la première fois depuis une poignée d’années, le myocarde palpite dans l’étau de côtes trop serrées. Gorge alanguie de terreur à laquelle répond la magnificence d’une exaltation. Un étrange sentiment art mon être et réchauffe la vieille carcasse d’une expectative délicieusement inquiétante. Est-ce Archibald Rosier qui fait caracoler mon émoi, ou le fait d’être percé à jour, mis à nu sous la prunelle inquisitrice d’un étranger aux redoutables machination. Marionnette entre ses paumes.

«C'était erreur de ma part de l'embaucher. Ce jeune cancrelat n'avait, en vérité, pas deux sous de jugeote et versait dans quelques malgaines. Les dernières affaires aller de mal en pis! Je me déleste sans vergogne des petits viédases qui se croient les premiers moutardiers du pape et laissent leur besogne tomber en quenouille! A ce sens, comprenez bien que je ne tolère les ganaches qui s'enfilent des perles et nivèlent par le bas. »

L’agacement d’Archibald se fait épine sur rose ancienne : spectacle amusant lorsque la colère n’est pas dirigée contre soi. Le dard envenimé s’est sans doute piqué violemment dans le derme du lascard pour ne faire de lui plus qu’une poupée vaudou tout juste bonne à recevoir sa dose d’épingles. Oursin maudit, est-ce mon destin ? Si soudainement, mon vis à vis se lève, avec la lente majesté qui le caractérise. Je demeure coi sans oser quitter des mirettes la haute silhouette démesurément dressée dans la pièce. Le feutre d’un pas résonne sur un parquet hors de prix. Craquellent les lattes lambrissées sous le poids du Sycophante.  

«Bien que vous semblez branler dans la manche et que la majorité ici pensent que vous avez du 'sang de navet', je suis sûre que vous saurez survivre dans ce 'pot au noir'. Vous verrez qu'avec le temps, vous vous affirmerez mordicus et cesserez de nager entre deux eaux. Pourquoi vous? Ni puissant, ni ambitieux... Certes vous l'êtes! Vous transpirez pourtant...le mystère... N'êtes vous donc pas au plus propice des endroits pour besogner et vous épanouir? »


Odalisque suave enclose dans un harem où rôde sultan avide de chairs, c’est ainsi que je me sens alors que s’est levé le montreur en quête d’un nouveau pantin à agiter selon son bon vouloir. Son souffle me caresse la nuque à chaque syllabe égrenée, m’arrachant trémulations roulées sur l’épiderme. La chair grelotte, les poils se dressent, tout l’être vibre au diapason d’une sournoise suavité de la voix ennemie. Douce caresse sonore qui se prend à faire tressauter le tympan jusqu’à distiller déliquescence de la raison jusqu’au plus profond de mon être. Promesses charmeuses d’épanouissement roulent. Le chant d’une sirène. Illusoires miroitements égrenés par l’irrésistible timbre d’une nymphe couronnée par les plus hautes autorités du Ministère. L’inquiétant directeur du département des mystères m’a, au bas mot, charmé. L’enchantement prend, embrase, consume. Le masque d’impassibilité se fait douloureux lorsque la nuque n’aspire qu’à être caressée. Infime crispation des phalanges sur l’accoudoir, détente forcée. La prise se relâche imperceptiblement tandis que le souffle s’apaise. Il n’a jamais été aussi ardu, pour moi, de conserver mon flegme. Si je ne me contrôlais pas… eh bien que ferais-je ? Vocalise doucereuse. «Avons nous un accord? »

Mon œil papillonne un instant, comme si j’émergeais d’un long songe. Peut-être est-ce le cas. Je me lève doucement du fauteuil, m’éloignant du spectre sépulcral de son souffle et des papillonnantes caresses dispensées sur ma peau pour faire face à un Archibald Rosier splendide. Décontenancé, ma voix a quelque peu blanchie. Si je suis, pour l’heure, vaguement apeuré, il n’en ira sans doute pas toujours ainsi. « Nous avons un accord, Monsieur le Directeur. »

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