{Jokate} la coalition de ses deux âmes soeurs
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A. Josiah N'Da
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Jeu 30 Mai - 19:14




la coalition de ses deux âmes soeurs
Les titres défilent, les images s’agitent, les textes traînent en longueur. Josiah était assis sur un de ces hauts tabourets de bar, et feuilletait la Gazette du Sorcier. Il s’était échappé des bras de son amant, un peu plus tôt ce matin-là, pour le laisser dormir. Que @Nasiya Abasinde puisse dormir plus longtemps que lui, gros dormeur, était quelque chose de suffisamment rare pour que Josiah choisisse de ne pas abîmer ce moment, et ainsi de s’extirper de leur appartement. Allait bientôt sonner l’heure de son premier appointement, avec une adolescente certainement écervelée qui voulait voir représenté sur son bras le portrait d’un bien-aimé. Le grand jeu serait de la convaincre d’oublier l’idée, et plutôt de se servir de sa peau comme d’une ardoise vierge pour continuer de tester sa dernière création. Josiah ne doutait point, en bon commerçant qu’il était, qu’il parviendrait à ses fins, et se réjouissait déjà à cette idée. Les titres de la Gazette le déprimaient. On signalait de la neige pour les jours qui viendraient – il jeta un œil dehors : le soleil était à peine levé, la brume emplissait les rues londoniennes. Juste devant la baie-vitrée du café parfaitement moldu où il s’était installé ce matin-là s’étalait un monsieur parfaitement grassouillet qui léchait la marmelade de ses mains. On aurait dit qu’il l’avait étalée avec ses doigts potelés directement sur le muffin, tant ça dégoulinait. Face à lui, sur un autre de ces énormes fauteuils en cuir qui commençaient à se faire à la mode, une femme à l’air pincé faisait semblant de lire une revue en tapant du pied sur le sol. Elle ne cessait d’ouvrir et de refermer le clapet de son téléphone, attendant visiblement les nouvelles de quelqu’un. Serait-il nécessaire qu’un jour, les sorciers se munissent de pareils engins ? Ça serait bien utile pour contacter sa mère à la Nouvelle-Orléans, se figurait Josiah. Sa chouette n’était toujours pas revenue de sa dernière traversée de l’Atlantique, et risquait de tarder encore quelques jours pour le faire. En attendant, il devait utiliser ces hiboux très laids du service postal magique.
Josiah n’aimait pas la laideur. Malgré ses nombreuses lectures des Fleurs du Mal, il peinait à se convaincre du Beau qui résidait dans les choses laides. Prenons pour exemple cette nana qui était penchée en avant pour boire son thé, et qui laissait apparaître dans ce mouvement une espèce de torsade tribale encadrant un papillon, tracés sur la peau qui recouvrait le bas de son dos. Une horreur. Il y avait dans les tatouages qui agrémentaient la chute des reins d’une femme quelque chose qui pouvait être extraordinairement sensuel. Mais là, le papillon était disproportionné, une de ses ailes était plus grande que l’autre, les traits de la torsade bavaient, et le tout avait tourné au vert à cause d’une exposition au soleil trop répétée. C’était affreux, très laid. Comme ces hiboux du ministère aux couleurs fades et à l’œil triste, et comme Londres quand la neige jaunissait aux premiers pas des passants. Un frisson parcouru les épaules de notre sorcier béninois, qui se dit qu’il aurait mieux fait de rester plus longtemps dans les bras de son amour, son humeur en aurait peut-être été meilleure. A défaut, il termina le café devenu froid qui restait au fond de sa tasse, et regarda l’heure affichée sur le pendule au-dessus du bar. Neuf heures passées. S’il partait maintenant, il n’aurait pas besoin de transplaner jusqu’au Chaudron Baveur pour être à l’heure pour accueillir sa cliente à la boutique. Il détestait transplaner. Par Ogun, mais qu’était-ce que cette humeur ? Il fouilla dans sa poche, et en tira quelques piécettes moldues qui lui permettraient de payer son café. L’homme installé à côté de lui le regarda replier soigneusement sa Gazette pour la mettre sous son bras. Il avait été intrigué par les titres étranges et avait espéré qu’il ne rembarque pas le journal avec lui. Josiah avait remarqué le regard curieux de son voisin de tablée, genre d’ennui classique quand on choisissait de s’installer dans des endroits moldus. Le bar était situé à juste quelques rues du Chaudron Baveur, il n’était pas rare d’y croiser quelques clients sorciers lassés du brouhaha de l’auberge, mais délaissant l’idée de s’installer dans un endroit encore plus bruyant, le Chemin de Traverse. C’était un endroit très silencieux, surtout le matin, où les gens venaient seuls, boire un thé ou un café avant de se diriger vers ce qui occuperait le reste de leur journée.

Son journal sous le bras, Josiah alla récupérer sa longue cape en laine noire, dont le dos était entièrement recouvert d’un tissu wax aux couleurs chaudes, que lui avait envoyé une de ses sœurs. Il l’enfila et l’agrafa autour de son cou. Sur le chemin pour la porte, il remarqua une jeune femme installée seule à une table, penchée sur ce qui semblait être des copies d’élève. C’étaient ces parchemins qui avaient attiré l’œil du sorcier : ils étaient noircis de runes, tracées de façon plus ou moins bancale, pour le peu qu’il en savait de ce type de magie. S’il n’était pas étonné de croiser une camarade magique dans ce bar, dont nous avons déjà décrit le rapprochement avec l’une des artères les plus sorcières de Londres, quelque chose le poussa à s’arrêter pour observer un instant la créature. La scène dura l’espace de quelques secondes, avant qu’elle ne se rende compte que quelqu’un la regardait. En attendant, Josiah avait eu le temps de la détailler. Elle devait avoir une trentaine d’années, c’était en tout cas ce qu’indiquait le grain de sa peau, sujet que Josiah pouvait se targuer de bien connaître. Ses lèvres étaient un peu gercées, et elle semblait murmurer sans qu’on puisse l’entendre quelque incantation. Elle était installée devant une fenêtre, le contraste entre l’air extérieur, absolument grisâtre, et sa peau diaphane donnait un résultat absolument surprenant. C’était là une scène presque picturale, digne d’un tableau. Très belle. Josiah eut le temps de se dire qu’y avait quelque chose de très anglais à cette scène, avant qu’elle ne lève le crâne pour le jauger à son tour. Ce fut quand il croisa son regard encadré d’un trait d’eye-liner que son esprit s’excita. Comme si son cerveau avait fini de croiser les données, et avait enfin craché son résultat. Papi Legba semblait d’humeur joueuse ce matin, et soudainement, la mauvaise humeur de Josiah semblait s’être échappée de son corps pour laisser place à un sourire taquin. Il connaissait cette jeune femme, ou plutôt, il avait l’impression de la connaître tant on la lui avait décrite. Au détour de conversations, l’air de rien, parce qu’il ne faudrait pas prétendre lui être trop attaché, mais Nasiya n’avait jamais su lui cacher pareils penchants. C’était une des rares femmes adorées par son amant, qui se taisait suffisamment sur le sujet pour que Josiah ne retienne la moindre information qu’il lâchait sur elle.
Définitivement arrêté dans son chemin vers la porte, Josiah cherchait quelque chose d’intelligent à dire, parce qu’il fallait l’impressionner. Hekate Murphy, pour ce qu’elle représentait pour Nasiya, devait être impressionnée, et pourtant, les mots ne semblaient pas vouloir se former entre ses lèvres. Il se contentait de secouer la tête de droite à gauche, encore un peu halluciné du sort que lui réservait ce sacré Legba à qui il devait une offrande. Un sourire découvrait ses dents blanches alors qu’il s’asseyait sur le bras du fauteuil face à Hekate.

Il avait choisi de ne rien dire, et d'attendre qu'à son tour, elle l'identifie. Il espérait qu'elle en soit capable, il espérait que Nasiya ait parlé de lui, il espérait compter pour lui autant qu'elle. Car il s'agissait de cela, finalement. C'était cela qui le paralysait face à elle. De rencontrer cette femme qui comptait autant pour son homme que ça le rendait jaloux plus que de raison, plus qu'il ne l'était d'ordinaire. Cette femme qui était suffisamment importante pour que Nasiya parle d'elle, lui qui était d'ordinaire mutique quant à ses relations. Lui qui se targuait de ne jamais s'attacher. Pouvait-il l'approcher ? Pouvait-il lui équivaloir, où devrait-il se contenter d’une deuxième place ? Foutu Papa Legba.



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Hekate R. Murphy
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Jeu 25 Juil - 3:25
Jokate


ft. @A. Josiah N'Da ( 1 397 mts )
Kate inspira profondément, se saoulant autant que faire se peut de l'air glacée qui pénétra violemment sous l'impulsion ses poumons viciés par la nicotine. Dans sa poitrine se formait presque des petits cristaux de glace autour des bronchioles, causant à chaque respiration une brûlure douloureuse autant que salvatrice. A chaque pas, derrière elle, s'éloignaient les énormes pierres grises des murs du château. C'est précisément ce qu'elle fuit, aujourd'hui. Et comme à chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Autrefois, elle avait trouvé entre ses murs la stabilité nécessaire à la construction de son adolescence, loin de sa famille qui prenait l'eau, là-bas sur les collines balayées par le vent du Connemara. Le Choixpeau avait raison : pour bon nombre d'élèves, Poudlard avait été une seconde maison et ses habitants, une seconde famille. Peut-être qu'inconsciemment, après avoir assisté aux horreurs de la guerre, c'était ce qu'elle avait cherché à retrouver lorsqu'elle était venue postuler pour le poste d'enseignant qui venait de se libérer et pour lequel, n'en déplaise à ses détracteurs - ils étaient très peu nombreux mais elle en était malheureusement la cheffe - la jeune femme était parfaitement qualifiée. Mais à mesure que les mois s'égrenaient, il fallait bien avouer que ça n'avait été qu'une illusion. La masse grise de granit autour d'elle n'avait plus l'étreinte chaude et rassurante de ses souvenirs. Au contraire, elle se faisait oppressante. Étouffante.
Ses paupières se fermèrent, et Hekate laissa le souvenir du brouhaha de Londres envahir sa tête alors que dans son ventre se nouait la sensation familière du transplanage et qu'elle serrait les doigts un peu plus fort sur le cartable en toile qu'elle tenait tout contre elle.
Lorsque ses yeux se rouvrirent, Londres était là. Étourdissante, bruyante, grouillante de monde. Agréable. Une odeur douce de café chaud et de tabac caressa son visage et l'Irlandaise pressa le pas, tapant du pied un peu plus que nécessaire pour combattre le froid qui engourdissait doucement ses pieds pourtant bien couverts dans deux grosses paires de chaussettes en laine et des rangers. Le monde moldu l'entoura aussitôt, avec une familiarité qui fit s'étirer sur son visage rosit par la fraicheur un sourire de bien être. C'était presque comme être à la maison. Elle retrouva rapidement ses marques dans la grande ville, et ne tarda pas à pousser la porte d'un café qu'elle connaissait bien. À l'époque où elle n'était encore qu'une gamine à peine sortie des bancs de l'école, elle fréquentait déjà l'établissement, avant même qu'il ne devienne ce qu'il était aujourd'hui. Pendant un temps, ça avait même été leur lieu de prédilection, avec Caïn. Son sourire s'étira lorsque les souvenirs de son ex-mari envahirent sa tête au moment où elle poussait la porte et qu'elle traversait l'allée centrale pour s'installer sur le fauteuil usé qui trônait devant la fenêtre. Peut-être qu'elle devrait lui envoyer des messages plus souvent ? Il lui manquait de plus en plus, ces derniers temps. Ils étaient restés en contact, bien évidemment. Certains diraient pourtant que ces échanges n'avaient rien de moraux, que ça n'était pas le genre de relations qu'il était commun d'entretenir avec un ex-époux. Mais c'était justement la tendresse qu'ils conservaient encore l'un pour l'autre qui engendraient ces étreintes enfiévrées qui se terminaient par un essoufflement salutaire et un baiser au goût de mélancolie.
Hekate commanda un thé, un Earl Grey avec une rondelle de citron précisément, et la petite table accueillit la théière de porcelaine blanche au moment où elle sortait de son sac un paquet de parchemins jaunies, dont certains constellés de petites tâches noirs ne laissaient aucun doute quant au matériel utilisé pour écrire. Malgré son " Merci" parfaitement cordial, la jeune femme nota bien le regard étonné que le serveur lança à son paquet de copies juste avant qu'il ne s'éloigne. Ça n'avait rien de surprenant, après tout. Qui étaient encore les abrutis qui écrivaient à la plume en 2003, enfin ? L'ironie la fait sourire tandis qu'elle entreprenait sa lecture. Si le pauvre savait que parmi les gens qu'il côtoyait, qu'il servait, il existait encore toute une communauté qui se servait de plumes, qui s'éclairaient à la bougie et qui pourtant possédaient des avancées magiques au-delà de l'imaginable.
Les premières lignes de ses copies furent un calvaire. Les mots se dérobaient aux yeux fatigués de la jeune femme et toute la concentration qu'elle daignait accorder à la tâche ne parvenait pas à occulter les conversations aux alentours. Conversations que son cerveau trouvait à l'instant bien plus intéressantes qu'un paquet de feuilles vieillies. Plusieurs fois l'enseignante se surprit à relever le regard pour observer le monde défiler devant elle, tapant un rythme irrégulier à l'aide de son stylo rouge. Non ! Focus, focus, focus ! Elle pourrait se détendre une fois que tout ceci serait terminé. La perspective d'une après midi à flâner dans ce fauteuil, à boire théière sur théière en bouquinant l'épais ouvrage qui alourdissait son sac lui donna la motivation nécessaire. Et bientôt, Hekate Murphy se plongea dans sa tâche, les lèvres remuant à intervalles réguliers dans une lecture silencieuse. D'un trait de crayon, elle raturait. Inscrivant dans la marge quelques annotations ou soulignant d'une vague une étourderie. C'était fou comme les élèves n'étaient pas capables d'apprendre à tracer correctement une rune. Pourtant, elle avait eu l'impression que tous étaient sortis de son cours avec une compréhension globale de ce qui y était dit.


La Sorcière venait d'entamer le dernier tiers du paquet, la dernière ligne droite, lorsqu'une ombre vint se glisser sur son bureau de fortune. Sur la surface calme de sa tasse de thé, la silhouette d'un homme se dessina, la poussant aussitôt à relever le regard. Effectivement, il était là. Tranquillement installé sur le bras du fauteuil qui lui faisait face. Hekate haussa immédiatement un sourcil, prête à envoyer promener l'énergumène qui l'interrompait par sa présence. Mais quelque chose l'arrêta dans son geste, bloquant les paroles acerbes dans sa gorge avant même qu'elle n'ouvre la bouche. Un sentiment étrange de familiarité qui enserrait sa poitrine. Pourtant, elle était persuadée de ne jamais avoir croisé la route de l'éphèbe au corps d'ébène qui se dressait devant elle.

- Quoi ?  

Elle aboya, un peu plus brutalement qu'elle ne l'aurait souhaité, reposant son stylo pour immédiatement croiser les bras et adopter l'air revêche que beaucoup lui connaissait. Ses yeux, en revanche, brillaient de curiosité pure. Où ? Elle connaissait cette manière de se tenir. Ce regard sombre et pénétrant. Oh, allez ! C'était la deuxième fois que son cerveau lui jouait un tour pareil en si peu de temps, et elle ne goûtait pas du tout à la plaisanterie. Face à @Engel Bauer, elle avait déjà bataillé pendant de longues minutes avec les méandres foireuses de sa mémoire pour retrouver l'identité du séduisant inconnu qui s'était finalement avéré n'être inconnu que d'elle, et que ce soir-là Mais là… Elle n'avait pas l'excuse du whisky pour excuser son manque de mémoire. Est-ce qu'elle devenait sénile ? Bordel, elle n'avait que trente-cinq ans ! Bientôt quoi ? Elle serait de ces gens qui oubliaient tout, jusqu'aux visages des gens qu'elle aimait ? Est-ce qu'elle allait oublier @Nasiya Abasinde ? C'est ça. Oublier l'amour de sa vie. Comme si c'était possible. Sur la toile enfumée de ses méninges qui tournaient à plein régime se dessina le visage souriant de son ami. Il parlait. Elle voyait ses lèvres bouger, et il lui fallut encore quelques secondes pour comprendre ce qu'il racontait. De qui il parlait.

" Putain ! … Josiah ? "

Morrigan était d'humeur joueuse. Après des années à entendre parler de lui sans jamais pouvoir en dessiner les traits, voilà qu'il se pointait là. À Londres. Et à la manière dont il se tenait là, Hekate savait qu'il l'avait reconnue. C'était étrange, pas vrai ? De connaître quelqu'un sans jamais l'avoir vu.

lumos maxima


GEALACH DUBH

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©️️ FRIMELDA
A. Josiah N'Da
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Lun 19 Aoû - 13:34




la coalition de ses deux âmes soeurs
La jalousie n’était pas un défaut dont Josiah aimait être qualifié, c’était d’ailleurs une affliction qu’il ne connaissait pas quand on enlevait une certaine personne de l’équation. D’ordinaire, il était plutôt indifférent, jamais possessif, doté même d’un caractère que certains caractériseraient de libertin. Mais avec @Nasiya Abasinde, tout était différent, et si l’on se lançait dans cette description, on se retrouverait dans un amas de sentiments pâteux, collant et dégoûtant, si bien que nous n’allons pas nous y aventurer.  En l’occurrence, la créature irlandaise qui se tenait face à lui se retrouvait au milieu de cet amas, prisonnière sans l’avoir cherché d’une jalousie que Josiah tenterait d’appréhender pour qu’elle ne soit pas (trop) visible. La tâche ne serait pas facile, au vu de l’aura que dégageait la sorcière. Assise là, à neuf heures du matin dans un café moldu, avec son thé et sa rondelle de citron, ses yeux bleus encadrés de khôl noir, elle imposait sa présence sans aucune contrepartie. Il n’aurait pas pu la manquer même s’il avait voulu l’éviter. Et puis à vrai dire, elle attisait chez lui une curiosité que seuls les jaloux connaissent. Cette curiosité qui pousse à décacheter les lettres que reçoit l’amant pour en lire le contenu et mieux les recacheter dans la foulée, cette maladie qui les pousse à rester éveillés toute la nuit pour entendre l’amoureux oser murmurer en rêve un prénom qui ne serait pas le leur.
Trop curieux, maladivement curieux et jaloux de découvrir qui était cette femme qui arrachait à Nasiya une tendresse qu’on ne lui connaissait pas ailleurs. Elle provoqua un autre sourire sur le visage du béninois quand elle lui aboya dessus parce qu’il osait la regarder. Il reconnaissait là quelque chose que Nasiya aurait pu faire. C’était ce qu’il disait d’elle, qu’ils se ressemblaient beaucoup. Que c’était pour ça qu’ils s’entendaient si bien, parce qu’ils étaient deux faces d’une même pièce. « Connasse », pensait Josiah quand Nasiya avait le culot de lui raconter pareilles provocations. Il n’eut à attendre que quelques secondes de plus, qui était à son avis passées un peu trop vite, pour qu’elle ne comprenne qui elle avait en face de lui, et qu’elle range son attitude canine. S’était installé sur son visage un air d’étonnement absolu, qui semblait toutefois joueur. Peut-être qu’elle aussi songeait que les dieux lui avaient préparé pour cette matinée brumeuse un sacré coup. Un juron s’échappa de ses lèvres roses, et elle finit par tenter le coup avec un prénom. Son prénom.
Comme un adolescent, Josiah en fut rassuré. C’était ce qu’il attendait, qu’elle le reconnaisse, et qu’ainsi, elle souligne sa légitimité. Il existait dans le discours de Nasiya, au moins un peu, au moins par son prénom. Pathétique, n’est-ce pas ? Après plus de quinze ans de relation, Josiah n’avait pour exigence que d’exister dans le discours de Nasiya. Quel enfer, pire enfer que celui de la furie de Mawu. Quinze ans qu’il partageait son intimité, sans pour autant avoir rencontré celle qu’on pourrait décrire comme sa meilleure amie. N’était-ce pas l’affaire la plus pathétique que vous ayez entendue ? Si Josiah n’en avait été que le témoin, s’il avait été un élément extérieur à cette histoire, s’il avait été cette jeune femme attablée dans un café à noter des copies de runes, il aurait trouvé ça complètement dingue, complètement enfantin, complètement insensé. Et pourtant, en acteur principal de cette histoire – d’amour, il laissait faire. Il espérait en silence que l’irlandaise sache qui il était.

Se redressant de l’accoudoir du fauteuil sur lequel il s’était installé, il attrapa la main de la jeune femme, et dans un geste théâtral comme il aimait les faire, il baisa cette petite surface quasiment translucide tant on voyait ses veines, juste au-dessus de ses doigts. Se faisant, et un peu avant de lâcher sa main si petite et si blanche, contrastant avec la sienne, si grande et si brune, il dit : « Hekate … Murphy, si je ne m’abuse ? ». Et à nouveau, un sourire. Pourquoi ce sourire, toujours, ce sourire ? Qu’est-ce qui était si plaisant à cette situation que ça lui arrachait pareille émotion ? La scène était cocasse, en vérité, et il lui tardait déjà de pouvoir la raconter à Nasiya, provoquant chez lui, ou du moins, il l’espérait, quelque rougissement. Mais de là à ne pouvoir lâcher cet air joueur de son visage ?
Au moins, l’avantage de la jalousie était qu’elle était familière : il la connaissait, savait la gérer, il la comprenait, savait où elle prenait racine et jusqu’à quelles limites elle pouvait aller. L’amusement qu’il éprouvait face à cette rencontre avec Hekate était inattendu. La méfiance et le défi auraient été plus classiques, et s’ils étaient bien là, quelque part, ils étaient largement dépassés par cette envie de rire. Cette curiosité qui laissait la jalousie de côté pour se faire plus tranquille, plus pure, presque. Se rasseyant sur l’accoudoir, cherchant son regard dans lequel il se plongea sans mal, il ajouta : « C’est incroyable, non ? Qu’on se reconnaisse alors qu’on ne s’est jamais rencontrés ? »

Josiah voulait savoir si elle était du même avis que lui, si elle aussi trouvait cette situation aussi improbable qu’évidente. Improbable parce que ça n’arrive jamais, de reconnaître quelqu’un qu’on ne connait pas, et pourtant évident dans leur cas, puisqu’ils avaient en commun une personne qui était typiquement de ceux qui provoquent ce genre de situation. Mais tandis qu’il attendait sa réponse, perché sur son accoudoir, lui vint une pensée atroce : et s’il se prenait à apprécier, lui aussi, Hekate Murphy ? Et si cette curiosité, si cet amusement, si cette tranquillité poussait hors de la scène toute jalousie ? Il ne manquait plus qu’il ne sache pas lui résister. Il ne manquait plus qu’il l’apprécie, il ne manquait plus qu’elle le fasse rire, qu’elle l’attendrisse, qu’elle lui arrache quelque amitié. Et pourtant, qu’espérer d’autre d’une pareille situation ? Il rencontrait celle qui semblait être l’amie particulière de son amant particulier, et qui était décrite par lui comme étant faite à son image. Comment faire autrement que l’apprécier, alors qu’il adorait tant Nasiya ? Si elle lui ressemblait un tant soit peu, il ne pouvait qu'afficher sur son visage un sourire, peut-être pas aussi béat que celui qu'il avait aux lèvres quand il voyait son sud-africain, mais quelque chose dans la même veine. Parce qu'il ne résistait pas à Nas, parce qu'après 15 ans de relation il ne savait toujours rien exiger de lui, pourrait-il résister à Hekate ? Par Legba, mais s'il n’y faisait pas attention, elle parviendrait à gagner du terrain, à baisser sa garde et donc, à se faire apprécier. Une inquiétante perspective pour un jaloux maladif qui s'applique à détester tous ceux qui entourent son objet d'amour !  


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