Qu'importe le flacon... [Hermione & Engel]
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Engel Bauer
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Mar 7 Mai - 11:22
Qu’importe le flacon…
ft. @H. Jean Granger

Novembre 2003

Le mouvement est lent. Etudié. Presque religieux. Regard faussement expert. Monstrueusement exigeant. J’observe la fiole que vient de me confier @Nasiya Abasinde, délicatement emprisonnée entre le pouce et l’index, relevée au niveau de mes yeux comme si je pouvais en juger l’efficacité d’un simple regard. Mon expression reste fermée mais dans ma cage thoracique, c’est la débandade. Pulsations acharnées, mortifères. Réflexe de camé qui sait qu’il vient de se trouver une nouvelle dose. La potion de rêve caresse déjà mon esprit d’une promesse chatoyante. Cette nuit, je dors. Je dors enfin. Qu’importe l’angoisse. Qu’importent les acouphènes. Je volerai ces heures de sommeil, quitte à m’en bousiller l’esprit. Et cette seule idée me rend déjà à moitié saoul.

Les potions de l’Africain n’ont jusque-là pas montré trop d’effets secondaires, rien d’assez alarmant du moins pour que les gars ne remarquent quoi que ce soit. Je ne me fais pourtant guère d’illusion. Tout miracle vient avec son revers, et la magie a toujours un prix à payer. Ma relative immunité ne saurait être qu’un sursis transitoire. Je crois déjà sentir les premiers signes de ces addictions que je connais trop bien : l’envie de revenir dans cette boutique de plus en plus souvent, la tentation de m’enivrer de ces potions chaque soir quand la nuit ne parvient plus à me faire fermer les yeux. Comment cela pouvait-il se passer autrement ?

Il me reste encore assez de forces pour lutter contre mes instincts, endurer mes insomnies plutôt que de toute les noyer dans ces décoctions dès qu’elles se déclarent. J’espère pouvoir encore tenir sur cette corde raide un moment. Mais je n’ai jamais été très prétentieux quant à mes résistances. J’ai trop de fois embrassé mes démons pour tenter encore de les nier. Je me méfie de moi plus que de tout autre sur cette terre, en particulier quand il s’agit de plaisirs aussi intenses que ceux que j’obtiens avec ces petites fioles.

La potion atterrit dans la poche intérieure de ma veste, dissimulée comme le plus précieux des trésors que le monde entier voudrait me dérober. J’ai l’impression de tenir mon salut contre le cœur. La sensation est enivrante, provoque un soulagement intense qui se love dans mon ventre vide. Je salue Abasinde d’un coup de tête en tournant les talons pour quitter sa boutique. Les derniers rayons du soleil donnent aux étagères une teinte ambrée, presque rouge. Il ne doit même pas être dix-neuf heures, et je ne pense pourtant qu’à m’écrouler.

Mes doigts blêmes s’enroulent autour de la poignée et j’ouvre la porte d’un geste brusque pour m’engouffrer dehors mais je m’arrête brutalement en un sursaut quand je réalise que quelqu’un se tient déjà dans l’embrasure. Je manque de le bousculer et me rattrape maladroitement pour éviter de lui tomber dessus.
- Putain !
Juron échappé dans cette langue qui a davantage imprégné ma vie que l’anglais de ma mère. Colère et surprise se mêlent en un cocktail explosif qui rougit mon regard creusé par la fatigue. Je cligne plusieurs fois des yeux pour tenter de reconnaître le visage qui me toise après avoir miraculeusement évité la collision. Mais mon esprit est lent, trop embrumé pour décrypter efficacement les infos qui l’assaillent, et son premier réflexe n’est que de livrer en interne un combat stérile pour savoir si je ferais mieux d’insulter cette pauvre fille qui se tient devant moi ou de passer mon chemin. Fébrile, je palpe nerveusement la poche de ma veste pour sentir la fiole de potion de rêve toujours intacte contre ma poitrine. Mon cœur peine à ralentir la cadence mais je commence doucement à reprendre pied. Il me faut deux bonnes secondes pour éviter de piquer un scandale, et trois autres encore pour que mes idées se remettent en ordre. C’est n’est qu’après cette attente interminable que mon cœur fait une brutale embardée alors que je la reconnais.

- Hermione Granger…
Son nom murmuré comme une dangereuse caresse, roulé sur la langue avec une sournoiserie nullement dissimulée. Mon irritation s’est éteinte comme par magie, brutalement remplacée par cet air intrigué qui s’empare de mes traits quand je réalise l’endroit où j’ai trouvé l’une des plus illustres membres de ce glorieux Ministère. Le sang pulse dans mes veines à un rythme soutenu, enhardi par les pensées qui s’entrechoquent par centaines dans ma tête. La grande Hermione Granger, la si parfaite Hermione Granger, ici, Ô Marchand’Sable… Est-ce seulement réel ?

Je me souviens de son visage si clairement maintenant, imprimé en noir et blanc sur le papier glacé, tantôt souriante, tantôt guerrière. L’une des plus grandes sorcières de sa génération, petit génie en tailleur adulé par ses semblables, encensé par ses aînés… Peut-on trouver sur cette terre individualité plus opposée à la mienne ? Et pourtant, elle est là, prête à entrer dans le repaire des marginaux, cédant à l’appel d’une magie que bon nombre de sorciers considèreraient comme dangereuse, inconvenante. Illégale ?

Mon sourire se fait prédateur alors que je prends soin de rester sur sa route, l’épaule appuyée sur l’embrasure sa la porte qui s’est refermée derrière moi. Je croise lentement les bras sur la poitrine et gronde d’une voix grave :
- Quelle surprise de vous trouver par ici… Se pourrait-il que vous-vous soyez perdue ?
Je ne me présente pas, trop avide d’avoir sa réaction pour me soucier des convenances. Une part de moi se demande si elle me connaît sans toutefois trop y croire : on garde plus volontiers un souvenir de Xaver qui braille les paroles de nos chansons au milieu de la scène que du guitariste à sa droite, planqué derrière son instrument. A moins qu’elle ne soit déjà tombée sur une de nos interviews… Voilà qui serait amusant. Presque autant que de savoir la plus proche conseillère de Potter chez un vendeur de rêves. Mais la belle ne doit être ici que pour des devoirs ministériels. Après tout, l’héroïne nationale n’est pas réputée pour ses déviances. Pour mon plus grand malheur…

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Sam 13 Juil - 20:43




















❝ QU'IMPORTE LE FLACON ❞




Ta dernière entrevue avec @NASIYA ABASINDE ne s’est pas si bien passée que cela. Sur tes gardes, tu t’es montrée précautionneuse. Trop, selon ta psy. Tu ne peux pas lui en vouloir de te l’avoir fait remarquer, elle gère comme elle peut les traumatisés de guerre alors qu’elle n’a jamais infligé pire qu’un sortilège de chatouilles à qui que ce soit. Ok, c’est de la mauvaise foi. Tu es très consciente d’avoir dû faire une impression un peu bizarre au gérant de la boutique, c’est pourquoi tu es revenue le voir ce soir là. Pour ça, et aussi parce que tu n’as pu t’empêcher de repenser, encore et encore à cette boutique. Tu as ramené, en guise d’offrande au maître des lieux, deux tickets d’entrée pour le prochain spectacle sur glace de la troupe des Ensorcelés. Une bonne façon de rêver à ton goût, et sans l’aide de potions. Depuis que tu as commencé à aider un peu ton sommeil, tu t’es aussi prise de passion pour le théâtre et les spectacles. A défaut de pouvoir goûter à l’onirisme une fois les paupières closes, tu en jouis les yeux grand ouvert.

Et souvent, la réalité dépasse tes songes.

Alors que tu t’apprêtes à monter les marches, voilà qu’un lourdaud te bouscule en lâchant un « Scheiße » sonore d’un plus bel allemand. Tu vacilles et te rattrapes à un pan de mur d’une main, lorsque l’autre voyage déjà dans les tréfonds de sa manche pour brandir une baguette sur ton agresseur. Tu te figes en sentant le bois tomber dans ta paume, dégagé du holster le long de ton bras. En levant les yeux, tu vois que le petit homme qui te fait face ne semble pas avoir de posture particulièrement agressive. Il semble lui-même hésitant. D’un geste, tu remets la baguette à sa place en toute discrétion, te redresses et époussette un grain imaginaire sur ton tailleur. Le gars a prononcé ton nom.

Tu supposes qu’il t’a vue dans un journal. Tu clignes des yeux, tu le fixes. Sa tête ne t’es pas inconnue, mais tu ne parviens pas à remettre le gars. Tu le scrutes avec attention. Tu es sûre, pourtant, que tu l’as déjà vu quelque part. Voyons… il était en noir, le visage de trois-quarts, plein de morgue sur une photo en noir et blanc… La gazette du Sorcier !Il te faut quelques instants pour te souvenir de la une dans laquelle tu l’as vu. Engel Bauer du groupe Reißen. Il commentait la politique de Potter dans les pages du quotidien il y a à peine quelques semaines, et le voilà qui te tombe quasiment dans les bras, dégoulinant de morgue et de violence. Tout en lui respire la provocation, et certains de ses propos te reviennent maintenant en mémoire. Joie penses-tu avec lassitude. Ce type, c'est exactement ce que tu dois affronter jour après jour lorsque tu traites avec les journaux. Comme tu aimerais pouvoir le faire interdire de prise de parole, parfois tant ses propos sont aberrants. Mais tu ne peux pas. Tu ne lui serviras pas sur un plateau d'argent le rôle de martyre.

Mais ton masque est tenace. Ta résolution inébranlable. Tu as signé pour aider Harry à l’avènement d’un monde plus juste. C’est aussi pour ces causes désespérées là que tu te bats. Et franchement… tu l’imaginais plus grand..

« Bonsoir, Monsieur Bauer. »

Toujours polie en toute circonstance. C’est ce que ta mère t’a appris. Même lorsque tu as frappé Malefoy en troisième année – quoi ? C’est ta madeleine de Proust, qu’on te laisse la savourer mentalement – tu es restée polie.

« Je ne me suis pas perdue, non. J’étais venue saluer le gérant des lieux. Et vous ? En quête de quoi vous inspirer un nouvel album... ou peut-être de nouvelles récriminations ? Vos interviews sont toujours particulièrement intéressantes à lire. »

Tu ne saurais dire toi-même si tu étais sarcastique ou curieuse de sa présence.
Sans doute les deux.



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Jeu 1 Aoû - 7:38
Qu’importe le flacon…
ft. @H. Jean Granger


Novembre 2003

La petite Granger se redresse, impassible, conquérante, comme imperturbable. J’ai pourtant bien vu ce triste réflexe qui l’a fait tirer sa baguette de son holster pour une simple bousculade comme le plus excité des Aurors. Se pourrait-il que la belle soit légèrement sur les dents ? On comprendrait mieux ses visites au Marchand’Sable si l’angoisse lui fait voir des ennemis dans le moindre contact un peu trop viril. Ses nuits doivent être longues. Longues et agitées. Mes sourcils se froncent un moment mais je retiens mes remarques alors qu’elle me détaille en plissant légèrement les yeux. Elle tente de me remettre, comme beaucoup de monde chaque fois qu’on me croise. Quelques secondes passent sans que je n’interrompe son examen minutieux de mes traits, et son salut fait enfin s’étirer la commissure de mes lèvres.

Monsieur Bauer… Mon sourire se fait arrogant quand je réalise qu’elle me connaît, qu’elle me reconnaît, et je relève insolemment le menton, galvanisé par la sensation d’ajouter une petite victoire à toutes celles qui semblent se succéder pour Reißen cette année. Se pourrait-il que notre musique ait résonné jusque dans les couloirs du Ministère ? Je ne démentirais pas l’espérer depuis très longtemps et savoir qu’une figure aussi excessivement prude que la célèbre Granger n’a pas pu m’échapper excite une fierté malsaine que je savoure plus encore que je ne l’aurais cru. Immédiatement, mes idées s’emballent. A-t-elle déjà écouté ma musique ? N’a-t-elle lu que nos interviews ? S’est-elle déjà intéressée à mes textes ? Les questions s’enchainent dans mon esprit en une fraction de seconde et il me faut un effort conséquent pour me reconcentrer sur l’instant présent et ne pas perdre une miette de ce qui se déroule sous mes yeux.

Granger me regarde sans paraître aucunement impressionnée. C’est souvent la réaction de beaucoup de monde quand je descends de scène et la grosseur de mes semelles peine à pallier cela. Aurais-je aimé la déstabiliser davantage ? Sans doute. Mais nous n’en sommes qu’aux premières minutes de notre échange que je compte bien faire durer un peu.

La politesse de son timbre ne cache nullement l’hostilité que je lis dans sa posture et je prends un malin plaisir à rester sur son chemin, toujours en travers de la porte, l’épaule nonchalamment appuyée sur l’encadrement en bois. La discussion innocente que Granger amorce se pare rapidement de piques que je suis en réalité plutôt heureux de discerner : la joute n’en sera que plus intéressante. Un soupir amusé s’échappe de mes narines alors que j’enfonce les mains dans les poches de mon jean. Je gronde avec une irrévérence assumée :
- Votre sollicitude pour mon art est très touchante, miss Granger. Mais votre gouvernement me donne plus d’inspiration que je ne pourrais en rêver, croyez-moi. Ne vous inquiétez donc pas à ce sujet, bien que je ne doute pas que vous vous languissiez de découvrir notre prochain album.
Je lève un sourcil effronté.
- Je ne pensais pas avoir l’honneur d’être lu par une personnalité aussi prestigieuse que la vôtre. J’en serais presque intimidé… Je vous en prie, ne prenez pas tous les commentaires de la journaliste pour argent comptant. Vous connaissez les tendances exagératrices de Rita Skeeter…
Rita, cette chère Rita… Nous sommes dans ses petits papiers depuis que chacune de nos interventions fait bondir la vente de ses articles. Les Anglais aiment presque autant leur maudit tea time qu’avoir de nouvelles raisons de s’offusquer. Nul doute que cette inclination fait partie intégrante de notre succès dans ces contrées.

Je ne laisse pas une seconde mon regard dévier de celui de Granger. Ma voix siffle entre mes lèvres, toujours aussi fourbe :
- Pensez-vous donc toutes mes récriminations infondées, miss Granger ? Vous aimeriez sans doute que ce soit le cas. Mais je ne crois pas qu’une femme de votre intelligence puisse soutenir encore sans la moindre réserve les agissements d’un gouvernement qui met en danger ses propres enfants. A moins que vous soyez capable de me soutenir que l’attentat de Poudlard ne soit aucunement lié aux décisions de votre ami, Harry Potter. … Comment l’appelez-vous d’ailleurs à présent ? Est-ce « Monsieur le Ministre » comme pour toute cette triste populace sur laquelle il règne ?  

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(701 mots)



En italique, Engel parle allemand.
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Lun 2 Sep - 11:24




















 ❝ QU'IMPORTE LE FLACON ❞




   Tu envisages avec précaution le sorcier devant toi. Il te barre toujours la route, ce fanfaron plus accoutumé à la presse à scandale qu’aux jeux politiques. Tu le sens. Tu sens qu’il est de ces francs-tireurs qui dégainent l’insulte et les poings avant toute chose. Tout dans son attitude pue l’agressivité. Tu ne préfères pas savoir comment il se comporte d’ordinaire avec les femmes, tu risquerais de ne pas apprécier la réponse à cette question. Tu le vois pérorer. Foutu personnage. Tu l’aurais bien traité de petit con, mais tu n’es pas, en réalité, beaucoup plus grande que lui. Et il est plus vieux. Tu ne peux pas non plus le considérer comme un « gros » con : il est sec comme une brindille.

Tu l’écoutes avec politesse tandis que des dizaines de piques te traversent l’esprit. Ta sollicitude pour son art ? Quel art ? Gueuler sur scène des paroles faussent provocantes ? Please, AC/DC le faisait déjà avant sa naissance. L’inspiration dans ton gouvernement ? Allons, le gouvernement a inspiré de tous temps les cafards raclant les fonds de poubelle pour un peu de gloire. Tu étires un sourire dur qui ne te ressemble pas.

« Je vous assure qu’être lu par moi ne fournit pas matière à s’enorgueillir, Monsieur Bauer : je lis le journal quotidiennement, édition du matin et du soir. Puisque leur ligne éditoriale semble avoir un peu perdu de qualité, je suis bien contrainte de découvrir avec amusement, je dois dire, vos dernières punchlines. Vous avez déjà pensé au Stand-Up ? Vous feriez un malheur dans un one-man show. »

Tu te sens toujours sur la défensive avec ce type de mec. @MINGJUE LIN, au Ministère, te fait un peu le même effet : lui aussi te prend pour une gamine incompétente. Il te le fait sentir plus courtoisement que Bauer, toutefois. Ta mine perd un peu de sa dureté lorsqu’il ré-attaque sur le gouvernement. Ton coup de sang passé, tu commences à t’amuser de la situation. Il veut jouer, manifestement. Ça doit l’exciter de se payer une tra nche de Granger. Soit. Tu n’es plus à ça près. Tu sais comment gérer ce genre de cas. Tu crois. Don’t feed the troll qu’ils disent. Peut-être tombes-tu parfois dans le panneau, mais tu es assez souvent parvenue à inverser le cours des conversations. Toi qui n’avait aucune confiance dans tes capacités sociales, jadis, te voici bien plus à l’aise.

« C’est tout ce que vous avez en réserve, Monsieur Bauer ? Nous mettre sur le dos les agissements d’une poignée d’anciens mangemorts nostalgiques des temps de guerre, et me demander comment je m’adresse à mon ami ? Allons, vous pouvez faire mieux, j’attends. »

Tu croises les bras sous la poitrine, presque insolente. Il est l’heure de lâcher une ultime pique pour fouetter l’ego de ton vis à vis.

« Allons… ne me dites pas que je vais devoir vous donner des conseils en matière d’éloquence ? »

Tu sens tout à coup que cette rencontre va te refaire ta journée.
   



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