Inconnue connue ft. Helen Bladestone
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Nasiya Abasinde
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Sam 27 Avr - 17:54

Inconnue Connue

Visage familier, vais-je te héler ?



- Ah mais ce formulaire-ci, c’est porte 55B du couloir 201A, Monsieur Asasinde !
- Abasinde.

Sourire glacial caresse mes lèvres épaisses, mes yeux noirs deviennent orageux alors que je respire, longuement, ma main droite massant longuement mon poignet gauche, dans un geste de sérénité nécessaire. Ma chevalière glisse autour de mon doigt, cherchant à s’emballer dans une gestuelle enflammée pour replacer cette imbécile à sa juste place. Leur accent britannique, que le monde entier semble trouver craquant, déforme les syllabes de mon nom cliquetant à chaque phrase, et leur incapacité à lire, à être le moins du monde éduqué, ne rend ce cauchemar administratif que d’autant plus insupportable.

- Comme je l’expliquais gentiment à votre collègue, je suis déjà passé au bureau des régulations commerciales, qui m’ont renvoyé chez vous, puisqu’il s’agit d’un simple transfert de boutique. J’ai dé-mé-na-gé, j’ai dé-jà déclaré la nouvelle adresse et les nouvelles fonctions du magasin, je viens finaliser les papiers que vous n’avez jamais retourné, c’est-tout.

Je prends la peine d’articuler distinctement, retenant du mieux possible ma frustration. Des heures que je perds mon temps, à croiser secrétaire sur secrétaire, à me faire dévisager par des employés, à attendre que mon putain de papier soit signé. Si mon installation dans une rue sordide de Londres, à mon arrivée il y a deux ans n’a posé aucun soucis, de tabler sur le Chemin de Traverse me pose dans un tout autre genre d’emmerdes. Le salon de Josiah est bien placé, bien centré, et cela devenait fatigant de se retrouver dans mon échoppe délabrée. Si les quartiers obscurs faisaient de l’oeil à mes clients d’origine, pour qui j’avais ouvert un semblant de boutique déclaré comme potionerie, l’étape supérieure de mon projet nécessitait un cadre bien plus propret, et une boutique plus honnêtement déclarée. J’avais jeté mon dévolu sur une jolie échoppe du Chemin de Traverse, que j’avais d’abord décoré le plus simplement possible avant de lui créer une devanture magique. Avec la nouvelle célébrité de ma boutique, qui attire de plus en plus de monde, et la place qu’elle prend sur le Chemin, il faut absolument que les papiers soient finalisés au plus vite, pour rassurer tous les clients. Cette infamie d’administration semble pourtant déterminé à miner le tout. Je jette un regard noir à l’employée, qui insiste pour me renvoyer d’où je viens, et son collègue finit par saisir mon dossier.

- Bon monsieur Abadinde, on va prendre rendez-vous avec le chef du département pour lundi prochain. Vous ramenez bien tous vos papiers, tous vos certificats de régularité, d’achats, etc., et vous finalisez cela directement avec le patron. C’est tout bon ?

Un sourire figé se glisse sur mes lèvres et j’hésite, l’espace de quelques longues secondes, à ensorceler ces idiots pour qu’ils me signent le papier sur l’instant. L’idée du regard noir de Josiah s’il découvrait cela me force pourtant à leur adresser un sourire plus aimable, et je garde ma chevalière bien en place. Lundi, alors, lundi première heure. Je récupère ma pochette de papiers, la glisse dans mon sac sans fond, poche de droite, et quitte la salle sur un salut bref. Trois heures perdues à faire des allers-retours dans cet endroit du diable.

Je longe le couloir à pas rapides, les doigts tapotant avec frustration sur la poche de mon pantalon souple, où se cachent quelques feuilles de mandragore. La chemise que je porte aujourd’hui, cadeau de ma mère pour mes trente ans, a des couleurs vives qui détonnent avec la grisaille des bureaux du ministère londonien et le morne de ses employés, et elle semble attirer le regard de tous ces pauvres malheureux qui n’ont jamais vu de couleur dans leurs vies. Je soupire, me mords la lèvre et maudis une énième fois Josiah et son envie de m’inculquer la stabilité. Oh, j’en ai besoin, c’est évident - j’aurais fini par me consumer vivant, dans une errance infinie. Ce besoin d’adrénaline, pourtant, pulse toujours en moi aussi souvent qu’avant - seulement, cette fois-ci, jamais assouvi. J’allais devoir lui proposer une échappée lointaine, d’ici quelques semaines. Se ressourcer, loin de la grisaille, tous les deux, comme avant. Escapade charnelle, amoureuse, sensuelle, à se re-découvrir, à discuter, juste tous les deux.

Alors que mes pas me guident enfin jusqu’à la sortie du bâtiment, à quelques mètres de la liberté que m’assure mon roulé de mandragore, j’ai le malheur de relever les yeux et de tomber sur une figure connue. De tous les sorciers qui pullulent dans Londres, de tous les inconnus qui peuplent cette ville, c’est un visage familier qui s’offre à moi. Un grognement au fond de la gorge, je décide toutefois de saisir l’occasion : mieux vaut se remettre d’une matinée perdue avec une figure amicale qu’un pauvre pet’. Mon air grognon me quitte déjà alors que je me rapproche de la jeune femme, et je fais les quelques pas qui nous séparent en lui adressant un large sourire.

- Helen, c'est une surprise !

Ma main se glisse sur son bras et mes lèvres se déposent sur sa joue gauche, puis sa droite, lui offrant deux jolies bises. Helen, toujours aussi petite, n’en demeure pas moins pleine de prestance, ses yeux clairs captivant toute attention. Je m’éloigne à distance raisonnable, une fois n’est pas coutume, et mon sourire se tord en une expression curieuse. Je n’ai pas vu l’ancienne collègue de Josiah depuis des lustres, peut-être croisée ça ou là depuis mon arrivée sur Londres, mais je n’ai jamais pris le temps de véritablement discuter avec elle, de m’intéresser à sa vie, ou de chercher à la revoir. Mon cercle d’amitié sur place étant des plus restreints, Noah me pousse chaque matin à renouer avec toutes connaissances que j’ai pu avoir. Il sait combien la présence de gens dans ma vie m’est nécessaire, combien je ne trouve repos que bien entouré, apprécié, au centre de toute action. Cette brunette au regard électrique sera finalement mon amusement du jour.

- Alors, qu'est-ce qui amène ta plume dans cet endroit du diable ?

Awful
[/quote]
Helen Bladestone
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Dim 19 Mai - 15:59
Helen se grillait une clope à la sortie du ministère, les yeux perdus dans le nuage de fumée. Le temps s'égrenait avec les poussières cendreuses tapotées au sol. Ciel gris entre deux eaux, allées et venues autour de la vétuste bâtisse, routinières sonneries au loin. La fin de la journée allait suivre le même cours que l'office qui s'achevait : demi-sommeil. Ronflant rythme des lettres enchaînées sous le couperet agile de l'ouvreuse de courrier.
Mais une silhouette connue - et surtout une voix enjouée - semblèrent soudain bien décidées à démentir cette première impression : la sortie du boulot s'annonçait sympathique. Helen mit une poignée de secondes à remettre l'homme qui s'approchait. Enfin, elle se rappela le nom et le visage du compagnon de Josiah, brillant auteur de tatouages magiques pour lequel le journal où elle travaillait avait déjà publié plusieurs papiers et publicités. La Bladestone devait s'avouer qu'elle-même cultivait une grande curiosité admirative pour ces œuvres à même la peau, riches de mystères, d'histoire et de pouvoirs... Quels dons ou malédictions pouvaient-ils porter ? Où Josiah avait-il appris un tel art ? En converser plus longuement avec lui promettait de la passionner.
Son attention revint sur Nasiya. Elle l'avait croisé dans quelques soirées. Débuts de conversations en chapelet s'étaient tissés. Sans avoir eu encore, cependant, l'occasion de davantage le connaître. Elle sourit de toutes ses quenottes entre ses lèvres épaisses et échangea plaisamment les bises offertes.

"Nasiya ! Il faut croire que les endroits du Diable amènent tout de même de bonnes surprises."

Elle lâcha le peu qu'il restait de sa cigarette sur le trottoir. Son talon l'aiguillonna et fit voleter les dernières cendres, aux éclats rouges mourants assortis à l'infernale métaphore.

"Crois-le ou non, j'ai un emploi d'ouvreuse de plis au premier cercle de l'Enfer. Mais on y est pas si mal."

Ces derniers mots s'achevèrent sur un début de rire, avant qu'elle ne précise :

"Les employés en tout cas. En revanche les usagers... un peu moins si j'en crois ton expression ?"

Voix montante. Mi-amusée mi-compatissante. Nasiya avait indéniablement l'air de celui qui venait de se damner dans les couloirs de l'administration. Toutes les mêmes, dans le monde sorcier comme dans l'autre. Aucun sort efficace encore contre cela, par Merlin ! Aussi ajouta-t-elle, suivant une image drainée par des souvenirs divers et variés :

"Tu as eu des ennuis avec le laisser-passer A38 n'est-ce pas ?"

Blague moldue. Lui venant souvent en tête lorsque ses journées de travail l'amenaient à côtoyer visiteurs égarés, usagers décontenancés, sorciers naufragés dans des méandres encore plus diaboliques parfois que les forces du mal. Elle balaya la plaisanterie d'un geste de main et arqua un sourcil comme pour s'enquérir sans un mot de ce qui préoccupait son heureuse rencontre. Avant de passer à plus réjouissant, espéra-t-elle.
Nasiya Abasinde
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Dim 7 Juil - 16:29

Inconnue Connue

Visage familier, vais-je te héler ?



Mes lèvres se relèvent en un sourire ravi en constatant qu’Helen ne me fait pas l’affront d’avoir oublié mon nom. Je pourrais ne pas lui en vouloir, mais je ne retiens moi-même que les noms des gens à qui je porte un tant soi peu d’importance. Qu’elle m’ait oublié aurait été un coup dur à l’égo dont je me passe volontiers. La fatigue des heures perdues à déambuler dans la tambouille ministérielle s’efface peu à peu, remplacée par une bonne humeur sincère et la hâte d’une fin de journée plus enthousiasmante. Mes prunelles se perdent sur le bout de ses doigts, où trône une fin de cigarette flamboyante. Aussitôt, mon envie de mandragore revient de plein fouet, et je sens déjà ma main se glisser dans mon sac sans fond, à droite troisième poche du cinquième rangement, pour en ressortir mon porte-tabac et mes feuilles. Je sentais encore, inlassablement, le regard mauvais des deux hommes de ma vie, qui me reprocheraient forcément de beaucoup trop fumer. Pourtant, que nos dieux me comprennent, cet après-midi du diable mérite un millier de roulées.

J’attends patiemment ma délivrance, cependant, jouant avec mes précieux objets alors que je m’enquiers de la petite vie de mon inconnue connue. Un sifflement m’échappe lorsqu’elle m’annonce travailler ici, et mes lèvres épaisses se replient en une moue suspicieuse. Pourquoi cette plume flamboyante venait-elle s’enterrer dans cette horreur d’établissement ? Pas si mal, vraiment ! Ma moue se transforme en grimace et je lâche un rire jaune lorsqu’elle fait référence à ma mine désabusée. Je n’imagine pas combien Josiah va me trouver de mauvaise humeur si même Helen, qui me connait si peu, a su déceler l’énervement sur mon visage.

- Tu n’imagines même pas leur stupidité à ces gens-là, je grommelle en roulant des yeux.

Mes mains arrêtent leur jonglerie pour bégayer devant le sourire en coin presque amusé d’Helen, et sa référence à un laisser-passer A38. Je lève un sourcil, m’interrogeant sur le nombre de personnes qui se sont confrontés à ce laisser-passer particulier pour qu’il soit digne d’être mentionné. Pourtant, au geste de la main d’Helen, j’ai l’impression d’être passé totalement à côté de ce qu’elle souhaitait me transmettre. Son sourcil s’arque tout de même pour m’inciter à développer plus, mais je me contente de hausser les épaules, fatalistes :

- Ce n’est pas le A-38 qui fait misère mais une foutue porte A55 inexistante qui renvoie à un employé disparu et un formulaire caduque, je grogne. Je me suis installé il y a peu sur le Chemin de Traverse, j’essaie de déclarer ça pour être en règle, Josiah oblige, j’ajoute alors avec un petit rire fatigué.

J’en profite pour élever mon paquet de roulées quelque peu, demandant :

- Ça te gêne si je soulage un peu mon mal de crâne ? Si tu as terminé avec l’Enfer, on peut s’éloigner un peu pour discuter plus tranquillement.

Prenant le devant, mes longues jambes se déplient, font les quelques pas qui m'éloignent de cette antre du malheur. Le chemin de sortie, styx terrible dans lequel je m'acharne à passer vite, je trouve repos sur le rebord en pierre qui délimite le périmètre. Soulagement perceptible se glisse sur mes traits.

- J’y pense, tu n’es pas encore passée à la boutique, tiens, mes petites fioles magiques ne te font pas d’envie ? Je suis sûr que Josiah apprécierait de te revoir, ça lui redonnera peut-être envie de se relancer dans l’écriture.

Mes mains prennent le chemin habituel de la fabrication du roulée, ouvrant le paquet, saisissant quelques brins de mandragore, les plaçant correctement dans la feuille légère, la roulant d'une main. Ça ne prend que quelques secondes, et par automatisme, je la propose à Helen alors qu'une pensée me terrasse :

- Rassure-moi, tu écris toujours !

Awful
[/quote]


† WE'LL MAKE EACH OTHER MAD AND WE'LL BE CRAVING IT
Helen Bladestone
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Ven 12 Juil - 16:25
L'envie d'herbes - salvatrices ou toxiques, peu importait du moment qu'il y avait l'ivresse ! - sembla communicative : Helen vit Nasiya farfouiller sa poche pour en tirer à son tour de quoi conjurer dans un brouillard odorant les déboires administratifs. Et non moins brumeux que sa clope. Entre crapoteurs il fallait croire qu'on se comprenait sur ce point, se dit la Bladestone dans un pli de lèvre espiègle tandis qu'elle croyait deviner les égales précautions médicales servies à chacun. La veille encore, une collègue avait assuré à la jeune femme qu'il ne lui faisait pas bon garder ses habitudes acquises durant la sale période traversée au Ministère. Qu'étaient-ce qu'une dizaine de cigarettes quotidiennes pour aider à tenir - certes très médiocrement - contre les Forces du Mal...
Trêve de bêtises, s'ordonna intérieurement Helen, à la vue de la pointe de déception de Nasiya lorsqu'elle lui avait annoncé son office en ces lieux. Cela en avait surpris plus d'un, ce choix de double emploi pour garder un pied solidement ancré dans chacun des deux mondes : ouvreuse de courrier du côté magique, libraire pour les moldus. Oh son cœur allait à la seconde fonction, mais le petit mi-temps au Ministère arrondissait les paies et conservait une humble fenêtre sur l'univers sorcier. Un peu de fierté mal placée s'y mêlait aussi sans doute : en tant que Sang-mêlé, la Bladestone avait été souvent ennuyée durant la sale époque... Mais elle était restée. Et resterait. Qu'on ne croit pas que la lassitude s'était installé, que le contre-coup avait fini par arriver ou qu'une quelconque crainte de nouveaux remous au Ministère la fasse plier bagage. Elle ne reproduirait pas les embarras et défaites professionnels de sa mère.

"Ahah, non, je n'imagine pas et tant mieux !" lâcha-t-elle, bien heureuse de quitter enfin ces pensées arides pour donner plutôt son appréciation des administrateurs qu'évoquait Nasiya. "Il faut dire que mon département est plus calme. L'on dépouille le courrier, on le trie, nous avons peu de monde à recevoir et embrouiller. Non, c'est relativement calme, et possible de poser son cerveau à côté de soi. Ou au contraire de n'accorder que l'attention nécessaire à l'ouverture des plis... pour se concentrer sur l'écriture d'un prochain papier ou que sais-je !"

Elle hocha lentement la tête aux détails administratifs grommelés par Nasiya puis laissera-là le sujet pour le moins ennuyeux. Lui vint seulement le constat cocasse que pour une administration magique, elle s'avérait terriblement proche de celle du monde moldu - et peu à la hauteur d'un chemin où l'on pouvait apparaître en un claquement de poussière. Quel dommage que tout ne fut pas si simple. Helen préfère cent fois rebondir sur la mention de Josiah :

"Comment va-t-il ? Je ne l'ai pas revu depuis le papier consacré à ses tatouages dans Le Croc d'Encre - un des articles dont on nous reparle le plus souvent d'ailleurs."

Puis, lorsque le jeune homme sollicite l'indulgence pour le soulagement de son mal de tête :

"Oh non pas du tout, fais donc ! Je viens moi-même de prendre ma dose alors bon..."

Elle commença à le suivre dans les rues, d'une marche tranquille loin des fleuves noirs et des oboles impossibles à payer à ces Démons de la procédurerie. L'air - même frais - allait leur faire du bien, pour accompagner des nouvelles non moins fraîches et que la Bladestone espérait bonnes.

"C'est à faire alors : je passerai à la boutique. Vous y voir tous deux serait une excellente idée ! Et il est très probable ma foi que les fioles me fassent envie, au même titre que tout ce qui fait parler les curieux - et qui remplit mon cabinet. C'est stimulant pour écrire, ça prend la lumière et joue avec elle pour offrir des décors toujours neufs. Ah oui : j'écris toujours. Tant qu'on est pas rouillés, on essaie !"

Elle se rappela du dernier numéro à aller bientôt tirer pour procéder aux premiers envois. Toutefois ses pensées pour cet office n'allèrent pas plus avant afin que son attention reste toute à la route empruntée par Nasiya - et au jeune homme qu'il était si plaisant de recroiser.
Nasiya Abasinde
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Dim 1 Sep - 16:09

Inconnue Connue

Visage familier, vais-je te héler ?



Alors que mes mains jouent avec le tabac à rouler, de suite entraînées dans leur rituel habituel, je tique lorsque mon vis-à-vis rebondit immédiatement sur le prénom cité, un peu pour rire, un peu dit trop vite. Oh, le nom de mon — cet homme m’échappait bien trop vite, à présent, et je m’y liais avec une facilité déconcertante. Josiah oblige — et pourquoi ne pas non plus lui murmurer qu’il était là, au petit déjeuner, et qu’il serait là au dîner, et qu’il goûterait entre mes jambes, aussi ? Helen était une âme tendre, aucun doute, mais elle demeurait journaliste. Et si elle connaissait notre amitié, c’est bien tout ce qu’elle devait connaître. À trop parler de cet imbécile, j’allais me cramer, aussi facilement ? Je toussote, affolé intérieurement par toutes ces pensées idiotes qui viennent me tenailler l’esprit, et lui suggère de s’éloigner, pour fumer.

- Josiah, écoute, il va très bien… Ce matin, il était d’une humeur de chien, un projet de tatouage qui lui prend la tête, mais ça, on ne le racontera pas, n’est-ce pas ? Trop intime, trop intime. Il a toujours son salon sur le Chemin de Traverse, il vient de refaire sa devanture toute en beauté, je crois qu’il risque d’être enterré sous les demandes, on ne le verra pas avant de nombreuses semaines je crois bien, ajoutai-je avec un rire. Il ne m’a jamais parlé de cet article, par timidité sans doute, tu connais la pudeur de notre ami… Tu me le feras parvenir, veux-tu ? Je suis sûr que c’est croustillant.

Voilà, là, c’était bien, non ? Notre ami, un ami commun, rien que cela. Rien d’autre, rien de plus, juste ça. Et bien sûr que non, je n’avais pas lu l’article, on mettait un point d’honneur à ne pas titiller l’autre avec tout ce qui pouvait sortir sur nous, qu’on ait participé volontairement aux interviews ou non. Les personnes qu’on était obligés de se créer pour les médias, pour nos publicités, étaient parfois un peu décalées — j’en jouais particulièrement, au grand damn de Noah — et pour cela, elles étaient interdites aux cercles privés. Seulement, là, c’était écrit par Helen, ça ne devait pas être si terrible, il lui pardonnerait bien. S’y révèlerait peut-être même quelque touches de sincérité que seule une amie sait tirer d’un interviewé, et l’article s’en révèlerait adorable.

Je tire de longues taffes, perdues dans mes pensées, lorsque je percute que, si Helen n’a pas revu Josiah, si on ne s’est pas revus non plus depuis, c’est que cette vieille branche n’est toujours pas passée à la boutique. Aussitôt, ma langue se délie, et mon invitation claque dans l’air, pleine d’amitié et d’enthousiasme. Cela ravira Josiah, à n’en point douter — une fois encore, ma langue s’exprime plus rapidement que mon intelligence, et je sens le même marteau venir écraser mes tempes lorsque je réalise que j’ai, une fois encore, bien trop lié Josiah à moi. Je ne sais pourtant si Helen est d’une délicatesse maîtresse, ou si mes paroles ne sont soupçonneuses qu’à mes yeux, car son enthousiasme est réel, sans aucune arrière-pensée, et mes auto-flagellations s’arrêtent aussitôt pour grogner devant ses paroles. Quelque chose de bien pire vient d’être prononcé, et je me dois de me rapprocher de la belle, mon bras posé sur ses épaules, pas totalement affaissé non plus, au risque de la braquer :

- Comment ça, objet de décoration ! Évidemment que mes flacons sont superbes, et qu’ils font baver les intéressés, et font pétiller d’imagination les plus inventifs, mais de là à ne les vouloir que comme curiosité de cabinet ! Enfin, ma chère Helen, cherches-tu vraiment à offenser ton vieil ami ?

Je retire mon bras, ne souhaitant pas abuser, mais une moue mécontente se glisse tout de même sur mes lèvres.

- Enfin, au moins, tu écris toujours, c’est déjà cela. Sur quoi écris-tu en ce moment ? De l’investigation, du portrait ? Sait-on jamais, ça pourrait être suffisamment intéressant pour finir sur mon comptoir, à capter la lumière de mes fioles, je ronchonne dramatiquement, levant les bras au ciel.

Et, pour me réconforter, une nouvelle taffe bien tirée, ma moue toujours bougonne aux lèvres.

- J’imagine que ce sacré môme Potter vous donne pas mal de matière à écrire, hm ?

Awful


[spoiler] Navrée pour ce long délai, j'espère que cette réponse t'ira ![/spoiler


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