A coeur ouvert, PV Carys
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Yolanda Yeabow
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Jeu 18 Avr - 14:58
 

À coeur ouvert

PV. CARYS


    
    
      

Ma chère Carys, 
 
            J’espère que tu te portes bien au moment où tu recevras ce hibou. 
 
            La raison pour laquelle je t’écris, tu le devines, c’est cette mise en vente du Manoir dont nous avons parlé la semaine dernière. Je tenais à sincèrement à te demander pardon pour le comportement que j’ai pu avoir à ton égard au cours de cette dernière semaine, et de notre dernière entrevue — même si je sais tout à fait que les mots ne peuvent jamais effacer tout à fait quelque chose, en fin de compte.  
 
            Comme je te l’avais dit, il était difficile pour moi d’hériter de ce Manoir. Si en m’épousant Owen avait voulu m’intégrer à votre famille, il n’empêche, malgré toute sa douceur et sa bonne volonté, que je me suis toujours sentie comme une étrangère. De plus, l’endroit était inévitablement lié pour moi au traumatisme d’y découvrir son corps, et je n’ai pu que peu y retourner depuis. Tu m’as reproché la semaine dernière de vouloir vendre le Manoir, alors qu’il était pour moi aussi — bien qu’à une échelle différente de la tienne, certainement — un lieu chargé de souvenir, et de souvenirs d’amour. C’est vrai. Je crois que je n’arrivais plus à considérer cet endroit comme toujours existant, à y revenir, parce qu’il me rappelait beaucoup trop ton père et qu’en quelques sortes je suis toujours, par moments, dans le déni de sa mort. Il peut m’arriver encore de croire en m’éveillant que je vais le trouver à mes côtés, ou de me demander ce qu’il penserait sur telle ou telle question, pendant des fractions de secondes terribles, avant de me rendre compte de nouveau de la terrible vérité, que l’évidence et l’irréversibilité de sa mort me gifle. Cela pourrait te paraître étrange, mais j’ai peu osé me confier sur cela, me l’avouer — même à moi-même — de peur de ne plus pouvoir continuer ; le déni était, en quelques sortes, mon arme pour avancer. Et je ne veux pas paraître larmoyante en t’écrivant cela, mais uniquement partager avec toi, qui est la seule à même de le comprendre, cette expérience étrange et douloureux qu’a été et qu’est encore ce deuil de lui si difficile. 
 
            Je pense que nous avons été traumatisées toutes les deux par la perte brutal d’Owen, certes chacune à des échelles différentes — perdre un mari n’est pas perdre un père, je le conçois, bien sûr. Je crois que prendre cette décision forte et stupide — vendre le Manoir — c’était pour moi, me redonner l’illusion que j’avais encore le contrôle sur quelque chose. C’est faux, et absurde, mais c’était ma propre façon de gérer ce deuil. Avec ce que tu m’as dit lors de notre entrevue, tu m’as réveillée, bousculée en quelques sortes, et de cela je te remercie.
 
            J’ai toujours trouvé cela étrange qu’Owen me lègue le Manoir ; j’imagine avec le recul qu’il l’a fait puisque c’était la loi, et également car il devait espérer que je me sente plus intégrée à sa famille, que ce lien à la famille Vaughn et à toi perdure après sa mort, s’il lui venait à disparaître. Peut-être espérait-il que je me sente plus légitime, mais cela n’est pas arrivé. Je ne me suis jamais sentie légitime dans ce lieu, je me suis sentie légitime près de lui seulement ; il me faisait sentir légitime, certes, mais uniquement en tant que sa femme, que la personne qui partageait sa vie. Pour le reste — le nom, la famille, le Manoir, les valeurs — je ne sais pas. Tu l’auras remarqué je crois, je ne suis pas à l’aise avec le concept de famille. Et puis je ne sais pas ce qui m’a pris, je croyais qu’en me débarrassant du Manoir que de toute façon je n’arrivais plus à entretenir — j’étais prise de malaise à chaque fois que j’y remettais les pieds — laverait quelque chose de mon deuil. J’avais, de toute évidence, tort, et je m’excuse encore une fois platement auprès de toi Carys. Et j’aimerais beaucoup, si tu l’acceptes encore, garder ce lien avec toi. Nos relations n’ont certes pas toujours été faciles, mais je tiens beaucoup à toi ; nous ne pouvons nier toutes ces années où nous avons vécu ensemble ; et d’ailleurs, la période où je vivais avec ton père reste une des plus belles époques de ma vie. 
            Je t’avais dit que nous réfléchirons pour arriver à une position qui nous convient le mieux, et j’ai réfléchi. C’est pour cela que je te propose, non seulement d’annuler mon projet de vente, mais de te donner la moitié des parts du Manoir. Qu’en penses-tu ? Cela me paraît le plus juste pas rapport à toi, et le plus respectueux concernant les volontés de ton père. Il est évident que ce lieu est primordial pour toi, je ne saurais plus te le retirer, et je serai heureuse que tu y vives plus tard, pourquoi pas que tu y fondes une famille si tu en as le désir. Je pense que c’est ce que ton père aurait souhaité que je fasse. 
 
            La mort d’Owen a été si soudaine, si injuste, si brutale, qu’il y a beaucoup de choses que nous ne nous sommes pas dites — des questions restées sans réponse, et dont tu aimerais peut-être discuter aujourd’hui. Peut-être que le moment est venu, si ce n’est pas trop douloureux pour toi, et si tu acceptes de me revoir, pour que nous échangions là-dessus. Bien sûr, je comprends que tu n’en aies pas envie, mais saches que je suis disposée à répondre à tes questions, à t’aider autant que je le peux. Je sais que tu t’es posée beaucoup de questions ces dernières années, et j’ai moi-même été très travaillées par ce qui s’est passé. Je serais heureuse de te recevoir au Manoir Vaughn, et nous pourrions peut-être discuter de travaux d’entretien ensemble. 
 
            Encore une fois, Carys, je te prie de m’excuser pour tout cela ; j’ai géré mon deuil de manière instable, égoïste, je l’avoue. Si tu préfères que nous ne nous revoyions pas, je le comprendrais. Mais je tiens à te faire savoir que je tiens à toi ; et à cette époque où je vivais avec ton père ; et à ce Manoir dont j’aimerais que tu touches la moitié des parts. Mais, vraiment, je tiens à toi Carys, et si nos relations n’ont pas toujours été facile, je veux que tu saches que tu peux compter sur moi en cas de besoin. 
 
            Je ne m’étendrai pas davantage, à toi de me laisser savoir si tu souhaites que nous nous revoyions, 
 
            Je t’embrasse, portes-toi bien,
            
            Toute mon affection, 
            Ta belle-mère, 
            YY. 
 

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Carys Vaughn
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Lun 8 Juil - 12:08
À Coeur Ouvertft. Yolanda Yeabow


Yolanda,

Je dois t’avouer ne savoir comment réagir à ton courrier. Cette dernière semaine a été chaotique, celles qui vont suivre sont tout autant occupées, ma tête est encore pleine de notre discussion, et je n’ai pas l’esprit suffisamment libre et posé pour réfléchir sereinement à ce que tu m’écris là.

Il est évident qu’il me faut toutefois te remercier, d’abord — tu fais le premier pas vers moi, et cette lettre est pleine de bons sentiments, il me faudrait être plus qu’aveugle pour ne pas le ressentir. Malgré moi, je n’arrive toutefois pas à être aussi chamboulée que je le souhaiterais, que je l’aimerais si fort, par ce coeur ouvert que tu m’étales ainsi. Il arrive peut-être trop tard. Il n’est peut-être plus la bienvenue. Ou peut-être ne m’y attendais-je simplement pas, venant de ta part, et ne sais juste pas comment y réagir. Je ne veux pas te mentir, pas moi, pas maintenant : je ne peux pas te répondre à l’heure qu’il est.

Je comprends ta réaction, la tête plus reposée, bien sûr que je la comprends. Je n’ose imaginer la douleur que tu dois ressentir en traversant son bureau, et en voyant papa, là, étalé. Je sais que tu n’as rien à voir avec tout ça, moi, je sais que c’est dur pour toi, mais si j’entends tes réactions, je ne comprends tout de même pas comment cela peut autant effacer tout le bonheur qui a pris place en ces lieux. Ces instants de famille — oui, que tu l’aimes ou non, ce furent des moments familiaux, des Noël partagés, des moments illusoires peut-être, mais auxquels je tenais. J’ai tout de même du mal à concevoir que tu ne te soies jamais sentie chez toi, après toutes ces années, dans ces lieux, à mes côtés, et que mon père seul fut ton refuge. Ça pourrait être beau, mais je n’arrive pas non plus à concevoir votre amour de cette façon. Ça ne me regardait pas, ça ne me regarde toujours pas, mais je cherche à te faire comprendre mon désarroi, mes doutes, mes incompréhensions - mes déceptions, toujours présentes.

Aussi, si je te comprends quelque peu, si j’entends ta douleur, ton incapacité à accepter cet héritage, je ne sais que penser de ta proposition. À l’heure actuelle, je trouve ton revirement presque trop beau pour être vrai, honnête, et je m’en veux presque d’en penser ainsi, mais je ne peux faire autrement. Je te remercie toutefois d’y avoir pensé, c’est une belle offre, qu’il me faut étudier. Ce manoir pourrait être mien, pas moitié mien.

Je n’ai pas envie de parler de papa avec toi. Pas maintenant, peut-être jamais, mais certainement pas maintenant. Je suis dans une situation un peu compliquée, mais je cherche à avoir des explications, des résultats, à comprendre ce qui l’a mené là, et je crains qu’en parler avec toi ne fasse que me confondre davantage. Je veux un regard neuf, objectif sur ce qui s’est passé, et j’en discuterai avec Mo une autre personne, si tu le veux bien. Lorsque je serai prête, et si tu l’es toujours, peut-être ferai-je le pas vers toi.

Cette réponse est rapide, désorganisée, et je pense que tu sens mon désarroi : je ne sais que te répondre, je ne sais que penser, et cette discussion comme cette lettre tombe au plus mauvais moment. Je suis occupée, au travail, occupée, dans ma vie personnelle, et j’ai aussi besoin de me recentrer, de penser à moi, de me sentir bien pour pouvoir affronter cette discussion la tête sereine. J’espère que tu le comprendras. Cette lettre n’est ni refus, ni acceptation, ni insulte, ni compliment. C’est une lettre de mise en suspension, si tu le veux bien.

Tes mots me touchent m’auraient touché il y a peu. J’ai l’impression que quelque chose s’est fissuré en moi, que mes attentes se sont écroulées, et je n’ai plus le coeur qui palpite de savoir que tu penses cela de moi. Peut-être, encore une fois, fais-tu ce pas tant demandé, tant espéré, encore trop tard.

Je pense que Je ne sais que te dire. J’ai besoin de réfléchir. Donne-moi quelques semaines. Revoyons-nous début décembre, tu le veux bien ? Bien sûr, que nous allons nous revoir. Malgré tout. Malgré ce que j’aurais peut-être appris depuis. Malgré ce que tu découvriras de moi entre temps, qu’en sais-je, de combien les mots peuvent se faufiler vite en dehors d’enceintes soi-disant sacrées, privées. Je m’étale, tu ne comprends rien, c’est absurde. Je suis dans tous les sens, comprends-moi. Attends, juste un peu, que la situation s’éclaire, que je sache à quoi m’en tenir, que je réfléchisse.

J’ai besoin de temps, mais je n’ai plus besoin de toi.

Début décembre, donc. J’espère que cela t’ira.

Porte-toi bien d’ici là,

Carys

807 mots



   

Nid wy'n gofyn bywyd moethus,
Aur y byd na'i berlau mân:
Gofyn wyf am galon hapus,
Calon onest, calon lân.
Yolanda Yeabow
MEMBRE
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Lun 8 Juil - 12:51
 
 

A coeur ouvert
Correspondance avec Carys  


    
    
      
           
Ma chère Carys, 
Je te remercie pour ta réponse et ta compréhension. 
Je tiens néanmoins à m'expliciter sur un point : je ne renie pas le bonheur que nous avons eu au Manoir Vaughn, et les souvenirs dont tu parles me tiennent intimement à coeur à moi aussi. En cette période de fêtes, je pense beaucoup aux Noëls que j'ai passés avec Owen et toi et ce sont des moments qui me sont très chers. Quand je parlais de légitimité, cela ne voulait pas dire que je ne suis pas attachée à toi ou à Owen, simplement que j'ai du mal avec la notion de famille. Cela, tu le comprendras, n'a rien à voir avec toi ou ton père, et ne veut pas dire que je n'étais investie émotionnellement avec vous. Il s'agit simplement de mon rapport aux choses, qui est différent du tien, et qui a été engendré par mon histoire personnelle. 
Je suis heureuse que tu proposes que nous nous revoyions début décembre. Que penses-tu de nous retrouver à Pré-au-Lard pour prendre un thé ? Je te laisse le soin de choisir le jour et l'heure selon tes disponibilités. 
Bien à toi, 
Ta belle-mère, 
YY. 

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