Sous l'ombre de l'innocence... [Lucius Malefoy]
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Eirian Almasdóttir
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Mer 27 Mar - 2:40
Enfin, c'était le dernier cours de la journée. Soulagement. Soupirs. Des sourires aux lèvres. Les chaises sont rapidement tirées, les affaires enfournés dans les sacs, et les petites têtes blondes s'empressèrent de s'enfuir sans un regard jeté par-dessus l'épaule. C'est fou comment une salle de classe pouvait se vider avec plus d'entrain qu'un exercice d'incendie. Le vacarme qui avait gonflé dans les rangs suivit cette masse d'élèves dans les couloirs et très vite, il n'eut plus qu'un écho lointain dans les quatre murs. Pourtant, malgré la fin du supplice, l'heure de la délivrance en jetant les manuels sur les lits, la course pour retrouver le Grand Hall afin de se ravitailler de succulents plats qu'auraient préparer les Elfes de maison, Eirian ne s'était pas levée de sa chaise. La plume grattait frénétiquement le papier, notes fiévreuses et déterminées. Pas un seul regard levé, le front était plissé dans une concentration admirable. Pas question de s'en allait, elle devait finir d'apposer par l'encre les pensées qui se bousculaient dans sa petite caboche. Noter avant que tout s'envole, avant que la logique se perde dans les tumultes de cet esprit torturé.

L'enfant haïssait ce cours de Sortilèges et ce, dès le premier cours. Pourtant, avant qu'elle entame sa scolarité à Poudlard, elle s'était doutée que cela ne serait pas facile de manier une baguette quand on a grandi avec le maniement des runes et la philosophie d'une autre tradition. Mais elle était loin de se douter à quel point elle vivrait mal chaque heure passer sous la direction du Professeur d'Ernst Wilson. Tout ça à cause d'une curiosité mal placée. Essayer de comprendre pourquoi ces Sorciers de l'Ordre d'Hermès avaient divisé la magie en deux notions qu'est le bien et le mal. Pourquoi on dit d'une « magie noire » et d'une « magie blanche » ? Pourquoi voyaient-ils la magie comme étant bonne ou mauvaise alors qu'il n'y a que les actes qui comptent ? Pourquoi tel sort est considéré comme « mauvais » ? Pourquoi c'est mal d'utiliser des sorts interdits ? Pourquoi est-ce mal d'utiliser le Sortilège de la Mort si c'est pour faire le bien ? Et c'est à ce moment précis qu'elle sût qu'elle était allée trop loin ; les murmures et les regards écarquillés... Pestiférée. Mage noire. En quelques questions déplacées, elle était devenue aux yeux de nombreux de ses camarades comme une personne à éviter car ses remarques dérangées et faisaient échos à ces êtres sans coeurs ni foi qui avaient pris d'assauts ce château dans la violence et la mort.

Elle ne posa plus aucune question. Depuis ce jours, elle s'est faite ombre dans ce cours. Réfugiée dans le bureau le plus reculé de la pièce, tout au fond, le mal-être s'entretenait dans le silence. Elle notait le cours, étant sérieuse, mais l'écoeurement, cette sensation de pincements au ventre et à la gorge ne la quittaient plus à chaque qu'elle mettait les pieds dans cette pièce. Parce qu'elle savait qu'on ne l'avait pas oublié, parce qu'elle sentait les regards à la moindre évocation de « magie noire » dans le cours, parce qu'elle se savait jugé à chaque exercice qu'elle devait reproduire. Satisfaction malsaine de certains de ses camarades de la voir échouer lamentablement à la pratique. Si seulement elle pouvait leur faire bouffer leurs baguettes et les mettre là où elle pensait... Colère qui étreignait la poitrine, elle ne faisait plus d'effort pour se parfaire : si au premier essais, le sortilège échouait, elle reposait sa baguette et continuait alors à prendre des notes, laissant les autres élèves faire leurs tentatives communes sous un brouhaha infernal.

Des notes, ça, elle en prenait ; tout ce qui pouvait lui traverser la tête pour comprendre comment cette magie fonctionnait. Pourquoi tel geste fut choisi ? Pourquoi tel mot ? Pourquoi d'inspiration latine ? Pourquoi tel mot et un tel geste du poignet donne ce résultat ? Que se passerait-il si on rajoutait ce geste ? Que se passerait-il si on utilisait tel mot et pas un autre ? Et pourquoi pas une autre langue ? Comment pouvait-on inventer d'autres sortilèges ? Comment pouvait-on savoir, dans ce cas, quel geste du poignet fallait-il utiliser pour illustrer l'expression latine ? Tant de questions et aucunes réponses, parce qu'elle ne voulait plus les poser. En réalité, elle était à un point où elle ne voulait plus rien à voir avec la maîtrise de la baguette ; elle sentait tant de rancoeur dans son coeur que le simple fait que de tenir le foccus au creux de sa main lui offrait une sensation de dégoût. Pourtant, il fallait comprendre le fonctionnement et bien apprendre, car il en allait de son avenirs : si elle espérait devenir une Sorcière, et rendre fière ses défunts parents, il fallait qu'elle réussisse sa scolarité. Hors, une grande partie des matières reposaient sur les sortilèges.

C'était donc la mort dans l'âme qu'elle faisait l'effort d'étudier. Élève sérieuse, elle notait tout ce qui pouvait lui être utile. La fin des cours étaient le moment idéal pour rassembler ses idées dans une clarté cohérente. Au moins, elle ne pouvait pas sentir les regards et la mesquinerie de ces autres camarades. Ça l'aidait à se concentrer, cinq petites minutes, le temps que le professeur Ernst Wilson termine de nettoyer le tableau, remette quelques chaises mal rangés à leurs places et rassemble ses affaires. Elle ne lui accordait aucun regard, mais le suivit de l'ouïe, écoutait les pas sur le pavé et le froissement de ses gestes. Malgré toute la haine qu'elle avait pour ce cours, Eirian ne détestait pas le professeur. Parce qu'elle estimait qu'il fallait séparer la matière à la personne. Si à présent elle connaissait la matière, elle ne connaissait toujours pas la personne. Il ne faisait que son travail, après tout. Il était là pour enseigner, pas pour l'enquiquiner, du moins, elle espérait. Elle n'a pas, jusqu'à lors, ressentis une réelle animosité se dégageant de lui envers sa petite personne. Elle ne savait même pas s'il avait mal pris ses questions déplacées, peut-être même qu'il pensait comme certains de ses camarades : elle était une petite sorcière promise à devenir une mage noire, comme les terribles sbires de ce Voldemort. Voir Voldemort lui-même. Elle ne préférait pas y penser, préférant s'accrocher à l'idée que ce Ernst Wilson était quelqu'un de très professionnel et donc, n'aurait pas peur d'elle et ne verrait pas en elle une pestiférée, bâtarde de surcroît, qui n'avait pas sa place dans une école de Sorciers alors qu'elle agissait comme une Verbena.

Faisant rouler nerveusement la rune Algiz au creux de sa main pendant qu'elle grattait le papier d'encre, Eirian mit le point final dans ses idées. La pression retomba enfin et, exténuée par cette heure infernale, l'enfant plongea son visage dans ses deux mains et expira toute la pression dans long soupir. Juste le temps de souffle un peu, en espérant qu'elle ne dérangeait pas le Professeur.

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Lucius A. Malefoy
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Mer 3 Juil - 14:54


Sous l'ombre de l'innocence
« La grève échoue à contenir l'ondée. Marée lunaire coulant le soleil dans les abysses. L'astre diurne brûle les profondeur du monde d'une irradiation terrible. Perdu, l'homme se contemple dans une glace sans s'y reconnaître. »

Leçons s’achèvent dans le tumulte trépident d’une marmaille avide de ne plus apprendre. Les gamins se font braillards quand vient l’heure du banquet. Peut-on vraiment les en blâmer ? Victuailles s’entasseront dans les assiettes, bientôt, divines récompenses après une journée trop longue à écouter les borborygmes de vieillards éructant sornettes. Lesdites billevesées sont toutefois essentielles pour qui se voudrait être autre chose qu’un ignare petit con. Ce que sont une grande partie des enfants de onze ans auxquels l’ancien mangemort a l’immense déplaisir d’enseigner.

Modération. Ce n’est qu’agacement que de devoir tancer vertement les plus dissipés de la classe. Infâmes poupons qui n’entendent rien à la beauté suave des enchantements. Les en peut-on blâmer ? Pas plus que pour la pagaille née de l’imminence du dîner. A onze ans, lui-même se souvenait être parfois trop peu attentif en cours de sortilèges. Le pétulant Filius Flitwick, mi-gobelin, mi-sorcier, court sur pattes, la barbe broussailleuse, les demi-lunes en guise de lorgnettes, avait beau être sympathique, il n’avait pas toujours l’apparence d’un grand sérieux. Ironie oblige, le nain de jardin était maître dans son domaine, et il y aurait eu tant à apprendre auprès de lui. Mais c’est à Abaigh que le destin a finalement confié le soin de faire emprunter une route nouvelle au grand et pompeux Lucius Abraxas Malefoy.

Echoent ses souvenirs sur le récif de sa pensée. La vieille Abaigh Kelly réparant ses filets sans les regarder, tissant de ses doigts le cordage avec adresse. Peau parcheminée, piquetée des embruns de la mer. Les ondes fourmillent sous son œil vagabond, le zéphyr caresse son échine alourdie d’un châle antique. Et sa voix. Plus claire que l’onde, plus profonde que les abysse. Econome de ses mots, elle est de ceux qui n’ont jamais eu besoin de baguette pour focaliser leur pouvoir. Les profondes vibrations de son âme concentrée sur sa tâche suffisent. Carcasse vétuste, maintenant, c’est une bibliothèque qui s’embrasera lorsqu’elle poussera son dernier souffle. Et l’imminence de sa mort n’en rend que plus dérisoire le propre compte à rebours apposé sur la chair du professeur de sortilèges. A peine Septembre a-t-il commencé qu’il s’en trouve déjà pétri de morosité. Il faut dire qu’enseigner à une poignée de gamins le wingardium leviosa peut avoir cet effet.

Pâle clarté des iris se promènent dans la classe, à la recherche d’objets oubliés dans leur hâte par les élèves. L’homme se fait toujours un malin plaisir de les confier au concierge lorsqu’il trouve des biens abandonnés. L’obligation d’aller voir cette figure inquiétante a quelque chose de formateur pour les têtes blondes les plus distraites. Alors ? Qu’a-t-on omis d’emporter cette fois ?

En fait d’objet trouvé, une petite fille, esseulée dans le fond de la classe. Engoncée dans un uniforme de Pouffsouffle, elle a laissé une cascade de mèches brunes lui obscurcir le visage, comme pour se cacher derrière le souffle virevoltant de sa crinière. L’homme met quelques secondes à plaquer un nom sur la face camouflée. Eirian Almasdottir. Qui d’autre que la petite qui effraie une brochette d’enfants parce qu’elle s’aventure hors des parcours fléchés à chaque question ? A y bien réfléchir, la petite s’est faite si presque savamment oublier qu’il ne s’est pas rendu compte tout de suite que le bal des interrogations de la petite s’était étiolé. Jusqu’à l’annihilation.

Pas lents et discrets s’amuissent dans la pièce. Un œil flotte, curieux, par-delà l’épaule industrieuse. L’ouvrière s’applique à son bâti de question. Alors qu’elle relève la tête, une main agrippe la chaise voisine de l’enfant, la tire doucement. Carcasse jeune, déjà lessivée par les ans mussés sous le polynectar, s’y dépose avec grâce. « Vous ne posez plus beaucoup de questions ces derniers jours, Eirian ». Dans toutes les classes, pour mieux assumer son personnage, l’enseignant a imposé l’emploi des prénoms de part et d’autre. Mais il est toujours de petits freluquets pour l’appeler Monsieur Wilson. Ou faire sonner Ernst comme un défi. « Comment se passe l’apprivoisement de votre baguette ? Y a-t-il des interrogations dont vous voudriez me faire part ? » La voix se module de franche curiosité. Rencontrer la vieille Abaigh aura au moins eu l’heur de faire vaciller les audaces hermétiques de son âme. L’ouvrir à d’autres traditions. D’autres pratiques. Et en sortant de ce cours, Lucius Malefoy est encore si bien immergé dans le personnage d’Ernst Wilson qu’il n’a aucun mal à tenir le masque, l’imposture. Mensonges enfilés comme autant de perles sur un filin.

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Eirian Almasdóttir
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Mer 3 Juil - 20:21
Ses yeux couvrent ses gestes, des iris qui s'assombrissent et un plissement de paupière. Paranoïa. A cet instant, elle n'était plus très sûr de savoir si Monsieur Ernst était bien un professeur démagogue ne portant aucun avis en sa petite personne ou si, derrière ce visage de ljósálfar, se cachait une perfidie près à attaquer une pauvre petite Verbena sans défense. Parce que, là, c'était le bon moment pour l'attaquer et se payer de sa petite tête brune. Alors les muscles se crispent et le corps a un léger mouvement de recul, presque impressionnée par cette grâce lumineuse émanant de ce curieux personnage. Et puis, pourquoi cet ljósálfar désirait s'entretenir avec elle lui qui, d'habitude, ne lui portait pas une réelle attention ? Face à ces questionnements d'un petit esprit méfiant, l'enfant ne perdit pas le froncement de ses sourcils. Ils s'accentuèrent même, la pupille s’obscurcissant en un instant, face aux questions de son Professeur. Son minois se rembrunit et le silence accompagna ce regard perçant qui semblait soulever la peau d'Ernst, juste pour savoir ce qu'il s'y cache. Parce que la raison était quelque peu trompée par ce cours détestable, cette classe, synonyme d'humiliation et de torture, les questions du Sorcier semblaient relever d'une douce ironie, d'une attaque silencieuse, d'une moquerie malsaine. Vous ne posez plus beaucoup de questions ces derniers jours. Il avait beau user de la courtoisie Islandaise en la nommant - enfin - par son prénom, elle voit là comme un certains cynisme pour relever le silence, que dire, de la mise à mort de sa curiosité depuis les murmures accusateurs. Se délecterait-il qu'on l'ait malmené ? Eirian déglutit, affichant toujours ce gestuel corporel d'un petit animal sur ses gardes.

Pourquoi ces questions ?

La voix était presque froide, écho d'un mal-être présent, colère muette, chagrin vibrant.

Vous savez que je n'arrive pas à maîtriser ma baguette... Je ne sais pas lancer un sort avec et je ne comprends pas sa logique...

Son regard se posa sur l'objet en question, à côté de son carnet, qui semblait la narguer avec son éclat boisé.

Je la déteste...

Aveux murmuré ; s'il n'y avait pas cette obligation de devoir maîtriser ce focus, elle ne souffrirait pas de sa différence qui lui vaut parfois d'être pointé du doigt, ni d'être exclue et encore moins moquée. Parfois, il y avait des jours où elle désirait simplement la briser en deux mais dans ce geste de rébellion, elle savait qu'elle mettrait fin à son héritage de Sorcière de l'Ordre. Alors, elle se contentait de l'enfermer dans le tiroir de sa table de chevet en dehors des cours.

Les autres se moquent de moi... ajouta-t-elle d'un souffle douloureux. Même quand je ne parle plus, ils continuent à se moquer de moi quand je rate mes sorts...

Le regard se perd au loin, perd l'éclat, relève quelque chose de pourris au fond de l'iris tandis qu'une voix sombre, presque irréel, sortit de la bouche de l'innocence :

Je voudrais tellement leur faire du mal... qu'ils se taisent...

Battement de paupière, once de vie qui revient vers son Professeur juste pour voir un peu de lumière, ce bleuté si astral qui pourrait la sortir d'obscurs tentations. La colère n'y était plus, mais son visage pourtant si rayonnant était d'une pâleur chagrineuse, des mirettes qui semblaient réclamer un peu de réconfort, un peu d'aide pour la guider dans son mal-être.

Monsieur Ernst... Si je devenais vraiment méchante... Une « mage noire »... Est-ce qu'ils arrêteraient de m'embêter ?

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Lucius A. Malefoy
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Mer 21 Aoû - 19:57


Sous l'ombre de l'innocence
« La grève échoue à contenir l'ondée. Marée lunaire coulant le soleil dans les abysses. L'astre diurne brûle les profondeur du monde d'une irradiation terrible. Perdu, l'homme se contemple dans une glace sans s'y reconnaître. »

Sourcil dressé de surprise. Levée de boucliers. Il va falloir revoir son approche. La vieille branche engoncée dans sa peau de jeunot affiche un air un peu perdu. Confus. Il ne s’attendait pas à pareille réaction. La petite a des crocs. Eirian est sur ses gardes. Enfançon défiant son ennemi avec la morgue d’un chiot blessé. Son orgueil a été frappé. Son coeur aussi. Et le spectre Malefoy est mis à distance pour devenir tout entier Ernst Wilson, jeune professeur de sortilèges au grand coeur. Sincère pincement au coeur pour la doucette. Une chaise est tirée, la carcasse se ploie pour venir s’installer en face de la gamine. « Je vous pose ces questions parce que je suis votre professeur, Eirian. C’est mon travail de vous apprendre ce que vous ne savez pas encore et de vous aider à faire ce que vous ne savez pas encore faire. » Il voit. Il voit dans la frustration de la petite sa propre frustration vis à vis des enseignements d’Abaigh. Le minois renfrogné se fait l’écho de son propre faciès lorsqu’Abaigh l’a privé de sa baguette et enjoint à ne commander au monde que par la voix. Deux notes se sont écrasées dans le silence. Un frémissement de magie avant l’échec.

Patience et travail. Un aveu.

« Aussi étonnant que cela puisse paraître, je connais votre situation pour la vivre, Eirian. Je suis né dans une famille de l’Ordre d’Hermès et j’ai toujours utilisé la baguette magique comme vous utilisez vos runes : avec un certain naturel. » Esquisse d’un sourire vient ombrager le visage. La baguette est tirée sans animosité aucune et montrée à la petite. « Celle-ci a été faite pour moi spécialement par un fabricant qui sait son affaire de sorte que je n’ai aucune difficulté à l’employer. C’est avec elle que j’ai gagné mon titre de maître en sortilèges. » Songe amusé : le vieil Ollivander a fait de l’excellent travail avec cette commande payée rubis sur l’ongle. L’instrument tournoie entre ses phalanges. A sa base, Anzuz a été gravée pour renforcer son pouvoir. Talisman runique : de la belle ouvrage. « J’aime cet outil comme vous aimez vos runes, naturellement. » Trogne pensive. « Pourtant, j’ai rencontré, il y a quelques années, une vieille femme sur la côte irlandaise. » Vérité désarmante. Si @Moira A. Oaks l'entendait parler ainsi à une enfant... « C’était une période compliquée de ma vie pendant laquelle elle m’a beaucoup aidée, notamment à m’ouvrir les yeux. Cette femme appartient à une autre tradition : les Choeurs Célestes. Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler. Ce sont des sorcières et sorciers qui utilisent la magie par leur seule voix : ils n’ont ni rune, ni baguette, ni oghams. Leurs mots, leurs chants, leurs intonations et tous les bruits qu’ils peuvent faire avec leur corps suffit à véhiculer leur magie. » Silence se fait. L’effet est ménagé involontairement : l’agneau se repaît du souvenir de sa bergère. « C’est une forme de magie qui m’était tout à fait étrangère : qui affecte l’âme de celui qui reçoit le chant de ces sorciers autant que l’âme de celui qui offre le son de sa voix. Chaque mot est mesuré, chaque émotion est contrôlée, car ces sorciers peuvent bénir et maudire par le seul son sorti de leur bouche. » Admiration ponctue son discours devenu rêveur. Les ongles pianotent pensivement le bord du bureau. « Pour moi, une telle magie est à peu près tout ce que la magie n’est pas intuitivement. Les sorciers de l’Ordre d’Hermès ont besoin de leur baguette. Ils peuvent parfois employer des sortilèges sans parler, mais jamais sans baguette… Et voilà que cette vieille femme pouvait guérir mon âme et apaiser mes tourments simplement en me parlant ? Évidement que je fus intrigué, évidemment que j’ai voulu apprendre à mon tour à faire de même. »

Quiétude tournoie dans la salle désertée. La poussière brille un peu dans le soir tombant. Rayons d’ocre et de sienne. Rose et or se mêlent sur la pieraille des murs. « Mais comme vous avec votre baguette, je n’y parviens pas. Je n’ai pas encore trouvé le moyen de me passer de cet instrument. Je n’ai pas encore compris comment ma voix fonctionne et comment elle peut devenir le support de la magie. Peut-être ai-je été trop imprégné de ma propre culture pour comprendre celle des autres. » Inéluctable échec ? « Mais vous êtes jeune, Eirian : votre magie se déploie à peine. C’est difficile d’apprendre à maîtriser deux foci à la fois, et c’est normal que vous vous sentiez plus proche de vos runes que de votre baguette. Vous les utilisez depuis bien plus de temps. La baguette et les runes ne reposent pas sur la même vision du monde : changer de focus, c’est s’obliger à approcher le monde et la magie d’une façon différente. C’est difficile au début, mais on peut y arriver et je suis certain que vous y arriverez. » Bouille confiante rajeunit les traits du pédagogue. « Je puis vous y aider si vous le désirez. » Main métaphorique tendue. La tentation des ténèbres, il la connaît. N’est-ce ce qu’il a utilisé jadis pour faire orner l’avant-bras de Severus d’un disgracieux tatouage ? Il sait qu’il pourrait faire basculer la petite comme il a jadis fait trébucher le jeune Severus Rogue. Un jeu. C’était temps de guerre. Il fallait choisir son camp. La paix est revenue. Quel intérêt aurait-il à salir l’âme d’une petite ?

Et le Sieur se mit à avoir une conscience morale.

« Un ‘mage noir’ règne par la crainte qu’il inspire, Eirian. Il impose non pas le respect mais la peur. Que préfèreriez-vous ? Que l’on ait peur de vous… ou que l’on vous respecte ? Les enfants sont souvent stupides. Vos camarades de classe le sont, en tous cas. Ils rient parce qu’ils ne voient que ce que vous ne savez pas faire… cependant, je doute qu’ils riraient beaucoup si nous leur mettions entre les mains un set de runes, ne pensez-vous pas ? Ils ne méritent certainement pas que vous leur sacrifiez votre âme en sombrant dans les ténèbres. » Sourire doux papillonne sur le labre.

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