Venins et petits fours [Moira & Yolanda]
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Moira A. Oaks
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Sam 23 Mar - 16:31





novembre 2003

Le tintement des coupes de champagne se mêle aux éclats de rire mondains du gratin de la sorcellerie anglaise. Mages et magiciennes sont venues sur leur trente-et-un. On déguste les petits fours savoureux préparés par les elfes de maison. On salue, on acclame, on parle fort. L’important est de voir et surtout d’être vu.

Convive inévitable dans son écrin de velours noir, son chignon parfait impeccablement épinglé à l’arrière de sa tête, Moira Oaks échange avec quelques notables les banalités d’usage, un sourire étudié flanqué sur les lèvres. Depuis le temps qu’elle assiste à ces soirées, la magistrate ne sait pas encore si ces dernières l’ennuient plus qu’elles ne l’amusent. Le spectacle des courbettes et des faussetés a toujours ce petit quelque chose de divertissant quand on n’est pas assez naïf pour croire un seul mot qui s’échange à pareille occasion. Les vernissages, réceptions et galas de charité sont des événements presque incontournables pour tout haut placé de la société magique. Mais pour Moira, ce sont avant tout des terrains de chasse. Entre deux politesses, elle glane des informations, étend ses relations, étudie les rapprochements entre personnalités intéressantes. Au milieu des invités, Moira se coule dans le décor, anguille délicieuse passant d’un groupe à l’autre, se laissant séduire à l’envie, charmant en retour. Les réseaux doivent s’entretenir autant que les bons souvenirs.

Dans cette grande pièce de théâtre, personne n’est dupe. Tout le monde vient pour un intérêt précis. Certains attendent de se faire connaître. D’autres viennent faire oublier de précédentes frasques. La réflexion d’un énième bâtiment amoché pendant la guerre n’est toujours qu’un aimable prétexte. Pour quoi lève-t-on des fonds cette fois, déjà ? Tiens ! Un vieux théâtre. Quelle ironie…

Echappant au verbe assommant de Sigmund Avenburg après quatre tentatives infructueuses, la Présidente-Sorcière attrape une coupe de champagne en s’éloignant vers des contrées moins ennuyantes. Au cœur de l’opulence et des sourires bright, on en oublierait presque la guerre toute proche. Presque… Car au jeu de la séduction intéressée, il est une autre créature qui ne raterait jamais une occasion de démontrer sa suprématie.

Le rire inimitable de Yolanda Yeabow perce un peu plus loin dans la pièce, forçant Moira à remarquer pour la première fois sa présence et immédiatement, une hostilité brûlante réchauffe le sang dans ses veines, faisant pulser son ire à la seule idée de se trouver si proche de la vipère qui est parvenue à s’échapper de ses filets. Le dos parfaitement cambré, l’allure magistrale, Yeabow détonne, conquérante, au cœur de l’assemblée pompeuse composée pour beaucoup de soutiens au Ministère. La réputation sulfureuse de l’ancienne mangemorte ne semble pas effrayer les curieux amassés autour d’elle. Aucune curieuse cependant, ce qui ne surprendra que peu de monde.

De longues secondes, le regard de Moira reste comme aimanté à la silhouette envoûtante de sa rivale, recevant comme une provocation chaque pas que la brune fait claquer sur le parquet ciré de la salle de réception. Yeabow sait-elle seulement qu’elle est ici ? La juge ne peut en être certaine. Mais alors qu’elle la voit qui s’éloigne soudain de son groupe, elle ne peut résister à la tentation de venir se rappeler à son bon souvenir.

Une gorgée de champagne lui donne l’élan nécessaire pour dévorer les quelques mètres qui la séparent de Yolanda. Elle fait mine d’attraper un canapé du somptueux buffet juste à côté d’elle avant de se tourner vers la sorcière, lui offrant un sourire si faux que quiconque saurait décrypter sa bienveillance comme absolument feinte.  
- Yolanda ! Quelle surprise de te croiser ici. Tu es resplendissante ce soir. Que viens-tu faire à Londres ? Quelques projets à nourrir de précieux soutiens parmi le beau monde ? Je ne te pensais pas assez amoureuse de l’art théâtral pour te déplacer pour pareille occasion. Quoique… La comédie a toujours compté parmi tes innombrables talents.
L’attaque est sèche, brutale et sans sommation. Il y a longtemps que les deux femmes ne se cachent plus leur aversion.

(661 mots)


Yolanda Yeabow
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Jeu 28 Mar - 21:07
 
Madame Zabini, c’est un plaisir de vous rencontrer, votre mari a tant fait pour moi !
 
            Parfois Yolanda ne savait plus si ces situations mondaines étaient à en rire ou à en pleurer. Elle avait reconnu Arthur Zabini, le notaire qui l’avait aidée à s’occuper de la succession d’Owen, et traité son projet de vente du Manoir, avant de, accessoirement, passer la nuit avec elle ; et il venait de lui présenter sa femme, une petite Sang-Pur insignifiante que Yolanda salua avec un sourire enchanté. Après les banalités d’usage, elle s’excusa et se détourna vite du couple pour rejoindre un autre groupe, plein de sympathisants au Ministère. Oui — ceci — c’était beaucoup plus intéressant d’un coup, n’est-ce pas ?
 
            Yolanda n’avait jamais rechigné à se rendre à ce genre de soirées. D’abord, parce que c’était dans sa nature ; elle aimait être vue, elle aimait se montrer, rire, parler, charmer, elle aimait ces moments où l’élite de la sorcellerie anglaise se rencontrait, se confrontait. Les gens la blasaient, excitaient ses moqueries, certes, mais tout autant qu’ils la rendaient curieuse, enclenchant chaque fois cette soif de sociabilité, de relations, de mondanité. D’ailleurs, n’était-ce pas comme cela qu’elle avait fait plus ample connaissance avec Owen, il y avait toutes ces années ? Mais plus qu’une simple distraction, ces rencontres étaient nécessaires. C’était le meilleur moyen de tisser des liens, de se faire des alliés ; depuis la fin de la guerre, après la défaite des Mangemorts, son procès, et toutes les rumeurs qui ont précédé la mort d’Owen, Yolanda se faisait un devoir d’être vue dans le beau monde, et de pouvoir tisser les meilleures relations possibles avec les gens de pouvoir, les soutiens du Ministère…Depuis la fin de la guerre, avec tout le bruit qu’avait fait son procès et sa libération, c’était le devoir de Yolanda de se préserver ainsi de toute retombée future. Enfin, vu sa position dans le monde magique, et pour la garder, elle trouvait primordial de rester au courant des schémas de pouvoir dans la société ; des relations ; des inimitiés ; des animosités. Certains lisaient le journal pour s’informer ; Yolanda préférait aller à ces soirées, tâter l’information de première main, lire l’actualité du monde magique sur le visage de ces gens, sentir dans leurs yeux comment le vent de la politique pourrait tourner ; influencer ce qu’elle pouvait.
 
            C’étaient ces ambitions qui l’avaient poussée à se retrouve au centre d’un groupe de soutiens au Ministère, charmant, riant, taquinant. Non vraiment, elle aimait trop cela, sentir les yeux sur elle, sentir qu’elle séduisait, impressionnait de sa culture parfois, de son caractère, de son charisme. Yeabow était à ce moment-là un poisson dans l’eau ; et c’est à ce moment-là précisément que, au beau milieu d’un éclat de rire taquin, elle l’aperçut du coin de l’œil.
 
            Jonathan Crewe, dans un coin de la pièce, discutait avec ce qui semblait être un collègue à lui. Drôle n’est-ce pas, de voir des traits qu’on avait adorés et appris par cœur, là, sans prévenir, dans un coin de la pièce. Quelque chose en elle bondit, se dérida, et elle sentit une lourdeur dans ses jambes. Son âme était une étendue d’eau limpide dans laquelle un imbécile venait soudain s’amuser à faire des ricochets. Elle éprouva le besoin de s’éloigner, et au bout de sa deuxième tentative, quitta discrètement le groupe en s’excusant avec un prétexte poli, et fit quelques pas en direction du buffet. L’âme de la sorcière grondait. Pouvait-elle l’approcher ? Devait-elle l’approcher ? Que dirait-il et… ?
 
            Yolanda n’eut pas le temps de réfléchir davantage, qu’elle se faisait interpeler par Moira Oaks. Elle eut un mouvement de surprise et d’animosité mêlée, quelque chose en elle venait de se crisper sans qu’elle ne puisse le maîtriser — elle ne savait pas que Oaks serait là, et cela ne rendait certainement pas la soirée plus agréable.
 
            Moira avait été une collègue d’Owen, et une bonne amie à lui. Yolanda la connaissait un peu de vue depuis Poudlard, bien sûr, mais elles s’étaient connues davantage lors de la relation puis du mariage de Yolanda avec Owen. Ce dernier appréciait beaucoup la Juge, même si Yolanda et elle ne s’étaient jamais vraiment adorées ; ils s’étaient retrouvés à la recevoir tout de même au Manoir Vaughn, à dîner quelques fois, et il avait fallu faire des efforts, donner le change d’un semblant de cordialité devant Owen, masquant une rivalité franche. Néanmoins, il n’y avait pas besoin d’être très futé pour se rendre compte que Moira était loin d’apprécier le couple qu’elle formait avec Owen — qu’elle se méfiait sans doute de Yolanda à l’époque déjà, de son influence sur son mari. Comme si Yolanda était le genre à épouser un homme pour mieux le transformer en pantin ! A se prostituer pour une réputation ! Cela l’avait toujours outrée : Moira semblait s’arrêter à une certaine image d’elle, une caricature, ce qui agaçait franchement Yolanda. Elle en avait touché quelques mots à Owen d’ailleurs : elle trouvait cette femme sincèrement insupportable, horripilante, beaucoup trop à cheval sur la justice pour que ce soit naturel, rassurant. Et puis pendant la guerre, leur conflictualité avait éclaté. Et ensuite… Yolanda avait jubilé d’échapper à la magistrate lorsqu’Owen falsifia son dossier. Mais elle sentait que le regard de Moira cherchait toujours à la mettre en prison ; qu’elle l’imaginait derrière les barreaux à chaque fois qu’elle posait le regard sur elle. Cela décuplait l’animosité que Yolanda nourrissait à son égard.
 
            Les paroles de la magistrate à son égard étaient d’emblées tranchantes ; son sourire ne trompait personne, sauf peut-être les quelques sorciers, à quelques mètres de distance, qui pourraient croire à une conversation bienveillante et polie. Yolanda perdit Jonathan de vue lorsqu’elle tourna son regard vers Moira.
 
Je te remercie, Moira, répondit-elle avec un sourire glacé, dégoulinant de venin. Ses yeux lançaient des éclairs, mais se firent plus malicieux lorsqu’elle poursuivit : Que veux-tu, il faut bien des talents pour survivre dans ce monde, n’est-ce pas ?
 
            Eh oui, je ne nie pas ton attaque, mais je la transforme à mon avantage ; tu n’as pas réussi à m’attraper, et je le sais, et tu sais que je le sais. Je survis comme je peux, avec mon statut, mon argent, mes sourires, et toute cette comédie que je joue, que tout le monde joue.
 
Et puis en ma qualité d’enseignante, il est bien naturel que je vienne soutenir la reconstitution d’espaces culturels, reprit-elle avec un sourire détaché, presque innocent. Aussi ce serait bien que tu cesses de t’adresser à moi en permanence comme si j’étais une vulgaire arriviste qui cherchait à se pendre aux crochets de tel ou tel employé du Ministère. Avec la famille que j’ai, et le statut que j’ai, je n’ai pas besoin de venir mendier des soutiens.
 
            Elle la détailla un bref instant. L’une brune, l’autre blonde. L’une du côté de la justice, l’autre lui ayant échappé. L’une veuve d’Owen, l’autre son ancienne amie. Vraiment, elle sentait que quelque chose au plus profond d’elle haïssait Moira. En tant que femme, elle sentait quelque chose — une aura — qui se dégageait de la magistrate, et qui lui était dangereuse, comme si cette femme cherchait à l’écrase, à l’engloutir sous son poids, à la dissoudre. Elle ne se laisserait pas engloutir. Elle était Yolanda Yeabow. Moira n’était qu’un insecte qu’elle écraserait sur son passage. Malgré elle, les yeux de Yolanda s’égarèrent de nouveau vers Jonathan, le couvrirent un instant. Mon Dieu, l’avait-il remarquée ? L’ignorait-il ? Ou simplement ne savait-il pas qu’elle était là ? Non, il ne fallait pas y penser sur l’instant. Elle avait un autre combat à mener, juste là ; elle plongea de nouveau son regard dans celui de Moira, et esquissa un sourire moqueur :
 
Et toi, Moira, que viens-tu faire ici ? Mais c’est une chose excellente que tu fréquentes ce genre de réceptions, peut-être que tu pourrais te trouver un nouveau mari pour remplacer celui que tu as mis en prison ? 
Prends ça. Tu le mérites — oh ! — tellement, et je ferais tellement plus pour t'enfoncer encore.  
Moira A. Oaks
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Mar 9 Avr - 17:58





novembre 2003

Une bise hivernale souffle sur les convives. L’orage gronde entre deux femmes qu’il aurait mieux valu ne pas laisser se croiser. Le feu se répand dans les paumes de Moira, ire implacable qui cingle ses tempes et fait vriller ses nerfs dès l'instant où elle croise les yeux de chatte de son ennemie. Leurs regards conservent la flamme de tous leurs non-dits, orgueils blessés et victoires passagères qui ont pavé leur chemin depuis qu’elles se sont rencontrées. A les regarder, on ne saurait dire laquelle est la plus dangereuse pour l’autre. Seule la certitude de cette animosité mutuelle vrombit dans l’air comme un crachin de basses mal réglées.

Les premiers coups résonnent entre elles avec une élégante agressivité, leurs sourires brûlants toujours irrémédiablement figés sur leurs lèvres. D’aucuns pourraient se laisser fourvoyer par les masques qu’elles arborent à garder une bouche rieuse quand leurs yeux se promettent tous les parjures. Yeabow n’a rien perdu de sa superbe, ni de sa répartie. Le sourire de Moira se fait acide alors qu’elle détourne le regard pour faire mine d’observer le reste des invités. Que la flamboyance de sa rivale se soit tarie l’aurait sans doute déçue. Elle n’a jamais aimé les victoires faciles.

La juge lui laisse le premier point, puis s’attend à parer son revers qui ne tarde pas à venir. Mais le coup est plus fébrile qu’elle ne le pensait, plus viscéral. Il semblerait que les piques que Moira lui lance depuis qu’elles se connaissent attaquent depuis longtemps la patience de la sulfureuse Yolanda Yeabow. La magistrate ne pensait pas frapper si juste. La sensation est exquise.
- Allons, Yolanda… Nous mendions tous des soutiens par les temps qui courent. Nous n’en avons jamais tant manqué, quels que soient nos statuts, nos ancêtres ou nos précédentes allégeances. Mal avisés seraient ceux qui ne craignent pas la disgrâce. Le nom de Lucius Malefoy te dit-il quelque chose ?
Ses yeux reviennent recroiser les siens, le sarcasme étincelant dans ses prunelles. Un instant, elle se demande si la divine Yeabow et ce cher Malefoy ont été proches dans les rangs de Voldemort, s’ils se sont épaulés dans des méfaits de haut vol ou s’ils n’ont fait que se croiser au gré des réunions de leur groupe de malfrats. Le tableau des deux mangemorts côte-à-côte ne manque, certes, pas de piquant. Délicieux duo que celui-ci s’il lui arrivait un jour d’y être confronté.

Les yeux de Yolanda la quittent un moment et les sourcils de la magistrate de froncent. Discrètement, elle tend le cou pour tenter de trouver ce qui la distrait et c’est après quelques secondes qu’elle reconnaît Jonathan Crewe, élégant comme à son habitude, accompagné de plusieurs de ses collègues avec lesquels il semble plutôt apprécier sa soirée. Le rictus de Moira s’élargit quelque peu alors qu’elle revient à Yeabow. Se pourrait-il qu’après tout ce temps la blessure de leur séparation lance encore dans les chairs de sa rivale ? Se pourrait-il qu’elle ait… un cœur ? Nooon… On ne saurait croire une telle chose.

Le sourire de Moira se fait presque moqueur alors qu’elle rabat son attention sur une pâtisserie qu’elle porte à ses lèvres. Mais la douceur de la mignardise ne parvient pas à couvrir l’acidité que Yolanda lui jette brutalement à la figure. Les sourcils de la juge se haussent d’une surprise non feinte. La gifle la désarçonne un instant, la faisant répondre à contretemps :
- Le fardeau d’être à la tête d’un service. Toutes les occasions de ce genre sont pour nous obligatoires.
Retrouvant rapidement sa contenance, elle ajoute, l’air goguenard :
- Il n’y a que toi pour être incapable de s’imaginer plus de quelques semaines sans les bras d’un homme. Il y a longtemps, pour ma part, que je ne compte plus sur leur compagnie pour trouver ma place dans ce monde. Mais je comprends qu’arriver à une telle conclusion demande un grand travail sur soi. Ne désespère pas, après tout, tu as encore de belles années devant toi pour y parvenir…  
Tacle pour tacle. L’échange est sec, vif est dangereux. Grisant. Moira plante son regard dans celui de Yeabow de longues secondes sans dire un mot. Elle n’admire que le feu dans les iris de son ennemie, se délecte de le voir intacte après toutes ses années, rêve d’être celle qui parviendra à l’éteindre quand elle aura rendu à cette femme sa juste place, derrière les barreaux glacials qui l’attendent à Azkaban.

Mais l’heure n’est encore qu’aux provocations et aux verbes acerbes. Toutes deux se complaisent dans l’exercice et ne peuvent le nier, en particulier quand elles trouvent un adversaire à leur taille. Le champagne réchauffe la poitrine de la juge alors qu’elle s’adosse élégamment à un pilier de la salle sans s’éloigner de Yolanda. Un bras croisé sur sa robe, l’autre gardant sa coupe à hauteur d’épaule, elle gronde, bien décidée à poursuivre la partie qu’elles ont commencée :
- Comment se porte Jonathan, dis-moi ? Je ne l’ai pas vu depuis un certain temps. Nos occupations respectives ne nous ont visiblement pas permis de nous croiser. Il faut dire que ce n’est pas le travail qui manque au département de la Justice ces derniers temps…

(864 mots)


Yolanda Yeabow
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Lun 27 Mai - 1:37
 
         
Yolanda toisa Moira, tâchant de garder l’air méprisant mais soigné à la fois sur son visage. Il ne s’agissait pas de perdre la face ; tout devait être étudié et contenu ; mais un dialogue avec Moira, c’était aussi une course d’endurance.
 
Lucius Malfoy ? Un ancien Mangemort qui est décédé, tu dois être tellement contente ! Heureusement, il t’en reste d’autres cibles potentielles à pourchasser, qui sait si tu t’ennuierais si on venait à te priver de ton sport préféré. Tu devrais venir faire un tour à Poudlard : Camille Nott, Severus Rogue… De quoi satisfaire des appétits de justice. Oh, bien sûr, ce sont de bons amis à toi de ce que j’ai cru comprendre, mais un véritable magistrat est impartial même quand il s’agit de ses proches, n’est-ce pas ?
 
            Elle jouait avec le feu, mais qu’importait ? Elle était peut-être stupide en cet instant, peut-être inconséquente, mais elle avait si bien joué toutes ces années — s’était si bien protégées, prenant la relève d’Owen, de ce qu’il avait fait pour elle. Elle voulait s’amuser ce soir — atteindre Moira en plein cœur — la faire exploser en confettis de fureurs et d’aigreurs. Elle était beaucoup trop sûre d’elle, c’était sûr. Mais au point où elle en était, elle avait déjà pris assez de risques toutes ces années — et elle était encore là.
 
            Yolanda vit ensuite, avec davantage d’appréhensions, le regard de Moira suivre le sien, et glisser furtivement vers Jonathan. Comme giflée, elle détourna le regard rapidement, espérant — vainement sans doute — que Moira ne l’avait pas vue, n’avait pas compris. Vite, détourner le sujet, vite, lancer une pique. Pique que Moira ne sembla pas comprendre au début, puis avec laquelle elle tenta — maladroitement, selon Yolanda — de se débattre, pour lui renvoyer la pareille. Yolanda eut un sourire d’abord crispé, puis qui, s’élargissant, se fit plus goguenard.
 
Un grand travail sur soi ? Pour accepter qu’on ne s’accomplit que par soi-même, n’est-ce pas ? C’est ce que tu te racontes sans doute pour te consoler les soirs où ta propre solitude doit te rendre malade…
 
            Elle prit un air plus compréhensif, asse goguenard cependant. Ses yeux brillaient d’excitation ; on n’était pas stimulée par une telle adversaire de choix tous les soirs.
 
Tu sais Moira, je serai toujours la première à dire que nous n’avons surtout pas besoin d’un homme pour nous accomplir. Si je le pensais, alors je me serais mariée à la sortie de Poudlard avec le premier Sang-Pur venu qu’on m’aurait choisi, au lieu de m’écarter du sacro-saint droit chemin.
 
            Implicitement, avec le même petit sourire, elle faisait référence à sa grossesse hors-mariage, au fait qu’elle se soit retrouvée enceinte de Jonathan à vingt ans, alors que tous les opposait et qu’une vie ensemble n’était pas possible. Les ragots étaient allés vite dans la communauté sorcière à l’époque, surtout chez les Sang-Pur, et avec le temps, pour se renforcer, Yolanda avait appris que s’assumer était la meilleure façon de se renforcer ; assumer même ses faiblesses était la meilleure façon d’empêcher ses adversaires de l’atteindre. Elle reprit doucement.
 
Donc je n’utilise pas les hommes comme une façon de m’accomplir, non. J’aimerais bien que tu arrêtes de le croire, rajouta-t-elle avec une petite moue ironiquement boudeuse. Tu n’as cessé de sous-entendre, tout au long de mon mariage avec Owen, que je n’étais intéressée que par son statut. C’est vexant, vraiment.
 
            Elle planta son regard dans le sien, son sourire se fit plus évocateur :
 
Donc ce n’est pas un accomplissement, non. Mais pourquoi refuser ce qui est en revanche un plaisir incomparable ? C’est beaucoup trop amusant, beaucoup trop plaisant pour y renoncer. Et cela ne veut pas dire se nier. Il te reste encore de belles années pour en profiter ; tu pourrais même réussir à oublier le mari que tu as mis dans une cellule.
 
            Je suis un corps plein de vie, qui profite encore du fait qu’il peut plaire, pendant que tu te laisses consumer par le poids de ton travail, ma chérie. Qui est vraiment la moins à envier de nous deux ? Le sourire de Yolanda était goguenard. Qui est vraiment celle qui s’amuse le moins de nous deux ?
 
            Mais l’autre la rattrapa vient vite en mentionnant Jonathan. C’était comme garder un monstre planqué sous une commode, et le ressortir au moment opportun, au moment où l’adversaire était le plus distrait et avait oublié qu’il y avait un monstre dans la pièce qui menaçait toujours de surgir. Son regard se fit vague, incertain, embrumé pour un instant. Son visage se défit quelques secondes, comme un lit froissé, puis elle reprit sa contenance, maîtresse d’elle-même, plaisante, souriante, prête à rire et à charmer comme toujours. Mais c’était trop tard ; Moira avait lu en elle, avait lu dans ces quelques petites secondes, et en avait tiré de quoi tenter de l’anéantir.
 
            Même pendant le temps où elle vivait avec Owen, Jonathan Crewe avait été un sujet sensible. Yolanda n’avait jamais menti à son mari : elle n’avait pas réussi à l’oublier, ce n’était pas un secret, elle n’avait jamais tiré un trait sur leur relation. Tout comme Owen avait vécu dans le souvenir de sa défunte épouse, de sa mort à elle, jusqu’à sa mort à lui. Rien de cela ne les avait empêché de s’aimer, à tous les deux ; mais la mère de Carys était décédée et représentait une bien faible menace tangible, alors que Crewe était vivant, qu’Owen le croisait au Ministère, que Yolanda avait continué à le rencontrer de temps à autre pour parler d’Ariane, cette fille qui s’était envolée, leur causant à tous les deux grand soucis. Elle n’oubliera jamais non plus le jour où elle avait découvert Owen mort chez eux, et quand elle avait demandé secours aux Aurors, Jonathan était apparu pour l’interroger, accompagné de son équipe d’Aurors, alors que Yolanda tremblait encore comme une feuille, affolée par la macabre découverte. Plus tard, les autres Aurors étaient partis, et alors elle s’était laissée aller aux larmes — les seules qu’elle avait versées pour Owen, ayant essayé après de ne plus pleurer, de ne plus rien se laisser paraître, même à elle-même — devant un Jonathan compréhensif. Mais depuis, ils s’étaient peu vus. Au fil des années — qu’est-ce qu’il y avait encore à se dire.  
 
            Yolanda enfila un petit sourire figé, consciente de la pique acerbe que Moira lui tendait.
 
Je n’ai pas vu Jonathan depuis longtemps également… Je ne viens à Londres que trop rarement en ce moment. Tu dois le croiser plus souvent que moi, malgré la charge de travail que j’imagine. Mais il a l’air d’aller bien, n’est-ce pas ? — en tout cas vu d'ici, on dirait que rien ne l'affecte, glissa-t-elle avec un sourire amusé, comme si nous vivions la meilleure époque possible… Il est toujours si rassurant.
 
            Oui, John avait l’air détendu, vu de loin — qu’est-ce qu’elle l’enviait si c’était vraiment le cas.
 
Tu sais que c’est son équipe d’Auror qui est venue au Manoir lorsque j’ai retrouvé… quand Owen est mort ? Je tremblais comme une feuille, j’avais l’impression que j’allais m’évanouir — mais il est parvenu à faire son travail jusqu’au bout, très droit, tout en restant tout aussi rassurant, tout aussi stable… Je suis persuadée que cela m'a aidée, en un sens, à ne pas entièrement défaillir ce jour-là.
1200 mots.
Moira A. Oaks
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Jeu 4 Juil - 10:26





novembre 2003

On a rarement vu journée de novembre si glaciale, et la chaleur délicate de l’alcool qui pétille dans les flûtes à champagne peine à réchauffer l’atmosphère. Un mur de glace s’est élevé entre les deux femmes depuis maintenant de longues années et toute la courtoisie des soirées mondaines ne parvient pas à adoucir le mordant de leurs répliques. L’une et l’autre sortent les griffes, attaquent aux jambes, des coups bas, assez discrets pour que le reste des convives soit incapable de les remarquer, Mais tout œil attentif saurait déceler le ressentiment qui les lie, raidissant leurs postures et faisant luire leurs regards d’une flamme hargneuse qu’aucune d’entre elles ne semble décidée à laisser s’éteindre.

Les offensives de la juge s’attirent les foudres de son ennemie, faisant naître en elle une satisfaction malsaine dont elle goûte toute la saveur avec avidité. Le souvenir de @Lucius A. Malefoy qui se glisse entre elles comme une arme que l’une et l’autre se retournent. Les sourcils de la magistrate se froncent quelque peu à entendre Yeabow évoquer la mort du patriarche quand elle continue de recevoir fréquemment ses missives. Se pourrait-il que son destinateur ne soit qu’un sombre imposteur ? L’idée tourne un moment dans sa tête, fourbe et insidieuse. Mais elle la balaye rapidement, trop certaine d’avoir retrouvé au fil des lignes ainsi offertes tout l’aplomb de son rival d’autrefois. Sûre d’elle, elle se redresse davantage encore avant de lancer, volontairement provoquante :
- Décédé ? Allons, ma chère… Une telle éventualité n’a jamais été prise au sérieux. A moins que tu n’aies quelques sources qui échappent à nos services ? Avec tes précédentes fréquentations, cela ne serait guère surprenant. Enfin… « Précédentes ». Est-ce seulement le bon terme ?
Mais la gifle qui suit la désarçonne plus encore, à tel point qu’elle ne peut maintenir le masque impassible qui glisse dangereusement de son visage. Les pulsations de son cœur accélèrent brutalement l’allure et sa main se serre sur le verre fin de sa flûte alors qu’elle sait les menaces qui se cachent derrière chaque mot de sa rivale. L’image irréprochable de Moira s’est depuis longtemps faite écorner par son ex-mari, mais elle sait ses propres agissements parfois contraires à cette intégrité qu’elle devrait incarner. Les faiblesses dont elle a déjà fait preuve hantent parfois ses cauchemars, à la faire se demander quelques nuits si elle ne paiera pas ses incartades un jour ou l’autre, après qu’un des accusés libérés sur son ordre n’ait commis un crime peut-être pire encore que ceux qui lui ont fait risquer une première fois la prison. Les mâchoires de Moira se serrent, ne lui permettant que de siffler entre ses dents :
- Tous deux ont été lavés des soupçons qui pesaient sur eux après une étude minutieuse de leurs dossiers. Ce n’est pas le cas de tous…
Le fiel se répand sur sa langue alors qu’elle ne lâche pas un instant Yolanda du regard.
- Mais si tu as des informations susceptibles d’intéresser cette justice que tu sembles soudain priser, passe donc un de ces jours dans mon bureau. Tu n’as pas eu beaucoup le temps de t’y attarder la dernière fois et je serais ravie de rouvrir certains dossiers avec ton concours.  

La colère gronde, alimentée par chacune de leurs phrases. Les deux femmes frappent fort, frappent juste. Elles connaissent leurs points faibles et la meilleure façon de les atteindre, Œil pour œil. Gifle pour gifle. Aux morsures succèdent les sourires acides, galvanisés par la seule certitude de faire mal, un instant au moins, à celle qu’on considère résolument comme son ennemie. Pourtant, les arguments de Yeabow sont solides, et cette réalité enrage la Présidente-Sorcière plus qu’elle n’accepterait de l’avouer. Alors elle se renferme, boit une gorgée de champagne pour conserver sa prestance. Entendre le prénom d’Owen fait rater un battement à son cœur au souvenir des confidences de @Carys Vaughn et le regard de Moira s’assombrit quand il revient croiser celui de Yolanda.
- Non, je suis certaine que tu étais intéressée par bien d’autres choses chez lui, n’en doute pas.
Son silence par exemple… Le mot hurle dans sa tête mais elle se défend de le prononcer. Elle écoute plutôt les provocations de la gorgone qui semble prendre un plaisir certain à l’affronter.
- Ta sollicitude me touche, Yolanda. Mais ne t’en fais pas pour ma solitude. Je suis tout à fait à même de la gérer. Tu pourrais en revanche sans doute partager quelques-uns de tes précieux conseils à Nathan ? Sa condition à Azkaban ne doit pas lui permettre beaucoup de visites, mais je suis sûre de pouvoir faire une exception pour toi.
Le sourcil se lève, effronté, insolent, le prénom de son ex-mari sifflé comme une insulte, la haine qu’elle lui voue ne s’étant pas tarie avec les ans. Les deux femmes se jaugent, continuent leurs assauts sans se lasser, vipères sulfureuses qui ne souhaitent que s’estropier. Leurs venins se diffusent, plus virulents à chaque morsure. Mais il n’est attaques plus destructrices que celles qui visent les liens brisés.

La présence de Jonathan Crewe offre à Moira l’occasion rêvée de déstabiliser son adversaire, une faille dans l’armure de Yolanda dans laquelle elle n’hésite pas un instant à s’engouffrer. Lentement, le regard de la séductrice se voile, soudain plus énigmatique, plus tremblant, et le rythme acharné de leurs échanges ralentit enfin. Son sourire devient plus trouble, impossible à déchiffrer, et si les sourcils de Moira se froncent de nouveau, ce n’est plus cette fois qu’en raison de ces nombreuses questions qui viennent envahir son esprit.

Les secondes qui s’égrainent laissent lentement retomber la tension dans l’air alors que Yolanda semble se laisser porter par une étrange nostalgie. Toujours debout près d’elle, Moira laisse se détendre ses muscles, adoptant inconsciemment une position moins agressive. Elle écoute, sans interrompre une fois les confidences de cette ennemie avec laquelle elle ne se souvient pas avoir déjà échangé ainsi. Son récit la trouble avec une intensité qu’elle prend soin de dissimuler mais qui fait soudain naître pour la première fois l’ombre de quelques doutes dans les certitudes qu’elle traîne depuis des années. Car depuis la mort d’Owen, Moira en est sûre : Yolanda a utilisé son époux pour faire disparaître les preuves de ses crimes et s’est arrangée ensuite pour qu’il ne puisse jamais révéler son secret. Qu’elle ait tenu la baguette ou qu’elle n’ait été que le commanditaire ne change rien à l’ignominie de son acte, et la juge ne cherche depuis des années qu’une seule preuve lui permettant d’enfin faire payer cette femme pour avoir conduit à la mort un de ses collègues les plus appréciés. Pourtant, bien qu’elle ne puisse se l’expliquer ce soir, le discours de Yolanda la trouble plus qu’elle ne le voudrait. Car malgré toutes ses convictions nourries au fil des ans, Yeabow ne semble pas mentir.

La réalité frappe Moira en plein visage au point qu’elle mette un temps trop long à réagir, Quand elle reprend la parole, sa voix s’est étrangement apaisée. Elle souffle, sans agressivité :
- J’ai lu les rapports ce jour-là. Je me souviens…
Une respiration. Elle ajoute :
- Jonathan a toujours été un homme très droit. Il a dû agir de la meilleure façon possible, comme il le fait toujours. J’ai toute confiance en lui.
Sa confidence ne lui coûte que peu. Yolanda sait depuis longtemps l’estime que se vouent les deux employés du Ministère. Moira a assez vu l’ire dans son regard quand elle les voyait tous les deux pour en être persuadée.

Vidant sa coupe de champagne qu’elle repose délicatement sur un coin de la table du buffet, la magistrate réfléchit à la meilleure façon de rebondir et rapidement, c’est le visage de @Carys Vaughn qui s’impose à son esprit. Elle se souvient des aveux de la nièce de Yeabow, de cette demande qu’elle a mis des années à oser lui faire… Qu’importe les affirmations de Yolanda, la Présidente-Sorcière demeure accrochée aux mêmes instincts et la tristesse de sa rivale n’est en rien gage de son innocence. Son ton n’est toujours pas incisif, mais il se fait moins doux quand elle lui demande :
- Comment Carys a-t-elle vécu cette tragédie ?
Le regard bleu de Moira revient croiser le vert des iris de Yolanda.
- Tu sais que nous travaillons toutes les deux au Ministère. Elle fait preuve d’un certain talent au département des Mystères. Il est amusant de voir combien l’intitulé de son poste lui convient : elle a un côté… impénétrable. Il est souvent difficile de savoir comment elle se porte, encore aujourd’hui. Je ne voudrais pas manquer des signes que tu saurais sans doute mieux voir que moi. Après tout, tu es sa belle-mère.
Pauvre petite, pense-t-elle. Mais les mots ne franchissent toujours pas la barrière de son crâne.


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