Floating lilies {pv Moira}
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Severus Rogue
Roméo alangui
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Mar 16 Juil - 12:20
FLOATING LILIES



Comment la plaisante conversation a-t-elle dévié en pugilat ? Esprit frappé,blessé, glacé sous les mots de Moira. Le cœur tremblote, l’œil se fixe obstinément sur l’alcool ayant coulé à flot toute la soirée. Incompréhension. Compréhension. En est-on réduit à cela ? A ne pouvoir évoquer les blessures ? Le début de la conversation refrappe l’esprit. J’essaie de voir où le cours des choses s’est infléchit. Long silence. Trop long. Combien de temps pour cette introspection ? Dix secondes ou cent. Fumseck observe tandis que Morsmordre pionce. Mes yeux se closent quelques instants.

Juste le temps de se souvenir.

La soirée se déroulait plausiblement, pourtant. Nous devisions et plaisantions à propos de Potter et des Gryffondor.

« La sagesse des Gryffondors, mon cher Severus. Tu l’as toujours dénigrée et pourtant je suis certaine que tu ne peux nier son existence quelque part dans ta caboche, sans quoi tu ne t’entourerais pas obstinément de petits lions.
- Je ne peux, en effet. Minerva est une bonne amie, après toute ces années. Et puis nous avons toujours ce pari en cours sur la maison qui remportera la coupe de Quidditch. Ses petits lions sont bons, cette année. »

Sourire attendri s’était étiolé sur le visage. Tendresse palpitait, palpite encore. La vieille lionne a été une source inépuisable de soutien depuis nos retrouvailles après la guerre. Son acidité taquine n’a pas toujours été aussi bien reçue. Cela avait commencé lorsque j’ai pris mon poste à Poudlard. Avec le recul, je présume qu’elle essayait de me distancier de l’élève que j’étais jadis, et de se faire connaître auprès de moi différemment qu’en tant qu’ancienne professeure. Nous étions devenus collègues, cela nécessitait ajustement.

La discussion était toutefois redevenue mortellement sérieuse lorsque Moira avait répondu à mes interrogations, éveillant des sentiments contraires dans mon estomac. Je l’avais scrutée avec intensité tandis qu’elle jouait avec le bord de son verre en me répondant, cherchant entre ses mots ce que j’étais venu trouver. Une ouverture, une possibilité de lui avouer ce qui bouillonnait dans le sous-bassement. J’avais eu peu d’espoir de la voir approuver les méthodes de Potter. Comme toujours chez lui, c’était la forme qui pêchait.

«  Il est assez fascinant… Désespérément jeune. Mais fascinant. Il a des idées censées, nécessaires pour beaucoup, avec lesquelles je me trouve souvent en accord. Mais c’est un mauvais communiquant. Et il est pressé, bien trop pressé… Il garde cette fougue qu’on avait sans doute toi et moi à vingt ans. Un Gryffondor pur et dur. Il n’y a aucun doute là-dessus. Il veut des changements profonds, rapides. Mais il bouscule jusqu’aux sorciers les plus modérés à trop vouloir réformer d’un coup toutes les bases de notre société et tous n’ont pas la même bienveillance envers lui qu’un Arthur Weasley. Il commence à se faire des ennemis, Severus, et plus uniquement parmi les familles de sang pur qu’il a humiliées dès les premiers mois de sa prise de pouvoir. »

Puis elle avait eu ce bon mot, criant de vérité qui m’avait fait hocher la tête gravement. J’avais achevé mon verre en l’écoutant.

« Je ne vois que deux destins pour lui. Il sera soit l’un des plus grands hommes de son temps, le sorcier qui a terrassé Voldemort et construit un nouveau monde qu’il léguera à une communauté magique prospère et apaisée, soit le jeune héros dévoré par ses propres ambitions dont nous déplorerons la perte dans un futur malheureusement proche. »

Un temps avait papillonné dans le silence. Quelque chose de doux. Nous étions presque sur la même longueur d’onde. Presque. Il pourrait aussi devenir un Seigneur des Ténèbres qui a réussi. Miroitement fascinant.

« Je dois avouer que j’aime son côté progressiste, même si sa communication laisse à désirer, comme tu le sais… En même temps, avec Granger aux commandes… Elle est brillante, mais n’était pas exactement la meilleure qui fût en matière d’interaction sociales. Enfin, tous deux ont bien progressé et grandi depuis leurs études… Mais naturellement, cela ne sort pas de cette pièce, et je nierai la chose en public »

Sourire amusé avait étiré mes lèvres. J’avais une sorte de tendresse pour Potter et Granger. Potter surtout. J’avais passé tant de temps à le haïr pour les crimes de son père que le repentir n’en était que plus sincère lorsqu’il m’avait désarçonné à l’aide de sa mémoire. Le lion était devenu un parfait petit serpent, qui l’eût cru ? Je voulais le voir avancer, aller loin. Réussir, peut-être. Quel pied de nez ce serait à cette vieille – et adorable – chouette de Minerva. Et si Potter père pouvait s’en retourner dans sa tombe, cela n’en serait qu’un bonus.

Mais une chose était devenue certaine à ce moment où j’égrenais auprès de Moira une affection savamment dissimulée au reste du monde : jamais elle ne pourrait approuver ce Potter que j’étais seul à connaître. Jamais elle ne pourrait accepter qu’au nom de la paix fussent perpétrés les pires ignominies. Trop droite pour ça.. Élan de tristesse m’avait serré le cœur, me serre le cœur. La sensation de perte de ce que je n’ai jamais pu chérir. J’aurais pu aimer Moira. J’apprécie Moira. Je ne vois que trop qu’il me faudra la laisser partir à présent. Et cela m’avait glacé le cœur sur l’instant. Celui-ci s’était à peine réchauffé que la douche froide vint le geler à nouveau.

L’éclater en morceaux dans un bouillonnement de haine,
de rancoeur,
de ténèbres
.

« Ne me fais pas l’affront de me conter ses crimes de guerre. Je le traque depuis cinq ans. J’ai lu tous les rapports tant de fois que je pourrais t’en réciter chaque ligne. Je sais tout ce qu’on lui reproche, comme je sais ce qu’on t’a reproché à toi. Je n’ai jamais dit désirer son amnistie, encore moins que sa cavale demeure assez exemplaire pour durer jusqu’à son trépas. J’affirme en revanche lui souhaiter quelques moments de repos au cœur des tourments que je veux m’assurer qu’il connaisse. Tu devrais être un des mieux placés pour comprendre cela. »

L’air sombre de la belle s’était fait ombrageux. Air ténébreux, œillades furieuses. Les mots s’étaient mis à crépiter, et chacun d’entre eux se faisait porteur de plus de reproches.

«  Et écoute-toi… Plus de vingt ans après, voilà que tu parles encore comme un enfant injustement malmené. Pauvres Serpentards, toujours mal considérés. Comment leur reprocher ensuite les pires exactions quand on les a tant raillés ? Je n’en crois pas mes oreilles… Des « parias ». Des « monstres ». T’entends-tu seulement parler ? Combien de fois t’es-tu répété ces imbécillités devant le miroir pour être capable de t’en persuader et de me les jeter à la figure, à moi ? Es-tu seulement sérieux quand tu tentes de me faire avaler cela ? Les préjugés vous concernant ne sont pas plus handicapants que ceux qu’on sert à des gamins jugés trop petits, trop roux, trop faibles, ou qui ont le malheur d’être nés moldus ! Mais je n’en ai pas vu un seul utiliser ce prétexte pour justifier une ignominie telle que celle dans laquelle vous vous êtes dévoyés en suivant Voldemort. Les préjugés touchent le monde entier ! Je te pensais trop intelligent pour sincèrement croire en ta singularité en la matière.  Mais tu as raison, après tout. Quitte à être mal considéré, autant donner une vraie raison d’être rejeté, n’est-ce pas ? Qu’on s’y donne donc à cœur joie ! Torture. Viols. Meurtres. Est-ce assez ou pas encore pour être un vrai Serpentard, dis-moi ? Et pourquoi t’es-tu arrêté, d’ailleurs ? Est-ce l’âge qui t’a fait te ramollir ou t’es-tu tant repu de souffrances que tu as fini toi-même par t’en dégoûter ? A moins que tu n’aies juste appris à mieux cacher tes méfaits ? Un masque si parfait que le tien… Qui m’en voudrait de m’être à nouveau faite berner par un homme s’il s’agit de toi ? »

C’est à cet instant que j’ai pris conscience de l’étendue de la blessure que mes crimes ont laissé sur la conscience, la mémoire de Moira. J’en avais sans doute deviné quelques aspects, jadis, mais il me semblait avoir très largement sous-évalué la portée de sa hargne. Coeur battant, dents serrées, j’encaissais chacun de ses mots. Chacun des poignards proféré par sa bouche. Une fois encore, je me suis heurté à l’absence de compassion. J’ai fait pire que Black, je n’ai aucune raison de me plaindre d’une tentative de meurtre. Sourire amer tandis que sa voix reprenait.

« Je n’accepterai pas de t’entendre justifier des actes aussi ignobles que ceux de votre misérable clique par des injustices de collégiens. Qu’importe le traitement détestable que vous ont fait subir des gens comme Potter, Black, ou ce vieux fou de Dumbledore ! Tout cela est allé bien trop loin. Si tous les sorciers malheureux de cette planète devaient devenir des mages noirs fous de puissance, ce monde ne serait plus qu’un champ de ruines ! Je ne t’ai défendu que pour ce que tu as fait pour racheter tes fautes, Severus. Ne pense pas que j’oublie une seule des horreurs que tu as commises.  Rien de ce que tu as pu subir ne justifiera jamais tes crimes. Et je refuse de te voir ne serait-ce que tenter de les expliquer. Alors cesse immédiatement tes apitoiements, Severus. Ils sont une insulte envers tous ceux qui ont souffert de ton engagement auprès des mangemorts. Lily la première. Tu as toujours eu des amis, Severus. Et pas seulement chez les mangemorts. Mais tu as suivi Lucius. Cela n’a jamais été que ton choix. »

Et c’était ainsi que nous nous sommes retrouvés, l’un et l’autre, face à face. Moi les yeux clos. Moira toujours présente. Son souffle brûlait mes oreilles dans le silence qui s’était abattu sur la pièce. Chape de plomb. Brûlantes, brûlures. Les intonations de la voix de Moira résonnaient encore dans la pièce, battant ma croupe au rythme du tambourinement de mon cœur. Ma réponse me semble lointaine. A peine un souffle quiet que je n’ai pas cru laisser filtrer d’entre mes lèvres. Et ces paupière closes se faisant l’écran où projeter mes souvenirs.

« Tu as fini ? »

Les secondes s’étiolent à nouveau. S’attend-elle à ce que j’explose à mon tour ? Que je me défende ? J’en suis fatigué, lassé. A quoi bon parler à qui ne comprend manifestement pas ? A quoi bon prêcher dans le désert ? Surpris par le soudain éclat de voix de Moira ? Je le suis. Je le fus. Mais je comprends aussi. Pour quelqu’un d’aussi droit, mon choix doit paraître impensable. La morale a toujours eu si peu de prise sur moi, si peu d’emprise sur ma conscience. Comment puis-je en vouloir à la plus fervente des chantres de la droiture de ne pas comprendre ce flottement, ce flou.

Je ne sais même pas où commencer à répondre. Peut-être n’y a-t-il rien à opposer à la marée de Moira. Rien à justifier. Alors pourquoi diable le coeur fait-il si mal d’être jugé par la magistrate ? Pourquoi diable son avis a-t-il autant d’importance ? Les choses étaient-elles plus commodes lorsqu’il s’agissait de faire le mal sans conscience ? Pour mon esprit, sans doute. Il y a toujours eu quelque volupté à s’abandonner à l’appel du mal sans égards pour les conséquences. Le retour au réel a toutefois toujours été particulièrement difficile. Le jour même, le lendemain, des décennies plus tard. Et le silence de se prolonger. Suis-je prêt à découvrir l’expression du visage de Moira en ouvrant les yeux ? J’en ai peur. Non. Terrifié serait plus exact. Terrifier de lire haine et dégoût dans la clarté de ses prunelles. Comme il serait plus aisé qu’elle parte à ce moment-là, qu’elle s’en aille.

« Tu… »

Tu ferais mieux de t’en aller.

« Tu sais parfaitement pourquoi j’ai cessé mes activités de mangemort, Moira. »

Ce n’était pas ce que je voulais dire.
Mais son nom flotte entre nous. Et les paupières papillonnent enfin pour découvrir la mine de la magistrate. Une main est passée sur le vis. Geste mécanique. Cela n’a plus d’importance. Cela en a-t-il jamais eu ? Frôlements de conscience. A force d’être ramené à ses exactions, le coeur se désensibilise, peut-être. Qu’espérait-elle comme réaction ? Probablement pas cette quiète tranquillité. Je sais que les larmes viendront plus tard. Tout l’être tremble d’une douce résignation. Si seulement Black avait réussi son coup.

« Je ne justifie pas mes crimes par une petite crise de paranoïa passagère à l’adolescence, Moira. Je t’explique ce qui s’est passé dans ma tête à l’époque où j’ai pris la marque suite à une tentative de meurtre dont je fus la victime. Ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder mon esprit si bien conditionné. Mais je suppose que Black aurait sauvé des vies s’il avait réussi son office, je suppose que beaucoup pensent que ça aurait été mieux ainsi. Le penses-tu, toi aussi ? »

Un constat dépassionné.

« Crois-tu que j’ai pris un plaisir pervers à tuer et torturer les gens ? Je l’ai fait mécaniquement comme on fait son travail. Est-mieux ? Est-ce pire ? Juges-moi comme tu le désires, puisque manifestement tu ne te prives pas de le faire en ton for intérieur. »

Un temps de silence. Qu’y a-t-il de plus à répondre ? Qu’y a-t-il à objecter ?

« Que suis-je pour toi, Moira ? Une cause désespérée à laquelle offrir une nouvelle vie ? Un cas d’école ? Un dossier pour lequel tu t'es prise de passion ? Ne suis-je que ça ? Un job bien fait ? Si c’est le cas, tu peux t’en aller et ne jamais recroiser ma route. »

Mais ce n’est pas le cas. Je l’espère si ardemment que toute ma cage thoracique en flamboie d’expectative.

« Je t’apprécie, Moira, navré d'avoir vécu une vie qui ne soit pas à la hauteur de tes attentes. »

Un dernier clou dans le cercueil de notre amitié ? Je me sens vidé, si vide que je n’ai même pas la force de me mettre en colère. Amertume, renoncement. Que pourrait-on rajouter ? Moira fut parfaitement claire dans ses positions. Le camp des vainqueurs a droit à la compassion, celui des vaincus n’y peut prétendre. C’était la deuxième personne à qui je racontais cette blessure, sera-ce la dernière ? J’ai passé ma vie à ne donner ma confiance à personne. La confier aux bons soins de Moira était sans doute une erreur. Alors pourquoi cela fait-il aussi mal ? Et Fumseck de venir se poser sur le dossier de ma chaise pour glisser sa tête contre ma joue. Je passe machinalement la main dans le fouillis de ses plumes iridescentes, un peu réconforté par son geste tandis que mes yeux vadrouillent sur le mur pâle derrière Moira.

« Tu ne restes pas pour un digestif, je suppose ? »

Ce serait mieux qu’elle s’en aille. Mieux pour qui ? Elle ? N’est-elle pas dégoûtée de frayer avec un criminel de guerre ? Béni était le temps où je n’avais aucune conscience.

2514 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE
Moira A. Oaks
Juliette effarée
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Jeu 8 Aoû - 11:26





3 novembre 2003

La colère irradie ses veines d’un feu malsain qui ronge cette retenue qui l’entravait depuis des années. La brèche enfin ouverte, le fiel s’écoule comme d’une blessure putréfiée qu’on aurait trop longtemps camouflée. Chaque assaut est d’une brutalité terrible, plus cruel encore quand on sait que Moira en pense chaque mot. Et elle assène chaque coup sans jamais chercher à les adoucir.

La fureur qui s’est emparé de son regard gagne rapidement celui du Severus, mais l’ombre qui vient habiter ses yeux noirs ne fait pas reculer la magistrate. Et ses mots claquent dans la quiétude trompeuse de l’Allée des Embrumes, faisant se tendre Fumeseck qui ne semble pas plus comprendre que son maître comment les choses ont pu dévier si abruptement. Le discours se fait long, implacable, comme pensé des centaines de fois depuis bien avant la fin de la guerre et gardé enfermé au fond d’elle si longtemps qu’elle ne peut que s’en délester avec violence. Sa voix s’éteint sur un constat plus amer encore que tous les autres, rappelant cette façon qu’il a eue de se détourner de tous ceux qui voulaient le garder des blessures qu’il n’a pu que subir à suivre le Lord noir, son acharnement à s’éloigner de tous ceux pour qui il comptait autrement que pour ses seules capacités magiques, de repousser tout le monde, elle y compris. Les yeux de Severus la fixent de longues secondes, assombris par cette colère sourde qu’il crève sûrement d’envie de déverser sur elle maintenant qu’elle a déterré la hache de guerre. Mais son regard se voile, une fois encore, et le souffle qu’il exhale ne laisse entendre qu’une douleur immense dont les ans ne sont jamais parvenus à le libérer. Car les jugements continuent, quatre ans après sa libération, et même de la part de celle s’étant battu pour qu’on lave son honneur.

Le silence qui les enserre étrangle leurs respirations un long moment alors que Moira ne détourne pas une fois le regard. Son dernier coup porté, elle attend que Severus réplique, qu’il se redresse, qu’il se relève et frappe à son tour, tout aussi fort. Elle sait qu’il en est capable. Elle sait la force de son caractère pour l’avoir expérimentée dès l’enfance. Alors son dos se tend, prêt à encaisser la contre-attaque. Mais le coup ne vient pas. Une syllabe se glisse entre les lèvres du potionniste avant de s’évanouir entre eux. Le frisson qui dévale les lombaires de la juge la fait légèrement se mouvoir sur sa chaise mais elle ne détourne toujours pas les yeux. Et quand enfin Severus accouche d’une phrase complète, elle s’entend siffler en réponse :
- Tu aurais dû cesser bien avant cela.
Elle serait encore là. La phrase la percute mais ne franchit pas la barrière de ses lèvres, comme une dernière retenue qu’elle se refuse encore à briser pour ne pas tomber dans l’ignoble. Severus a bien assez payé pour cette faute-là. Il le paye encore, chaque jour, pour ne pas avoir su mourir sous les crocs de Nagini et être ainsi condamné à errer dans ce monde privé d’elle.

Mais l’amertume du sorcier finit par se répandre dans un calme vacillant, la voix désespérément basse quand Moira préfèrerait entendre des cris débordant d’une rage entièrement dirigée contre elle. La question qu’il lui pose gifle sa conscience et les milliers de contradictions qui la tiraillent depuis leur reprise de contact à la mort de Lily. Aurait-il mieux valu pour le monde que Severus en soit effacé ? A-t-il fait tant de mal que toutes ses bonnes actions n’ont toujours pas suffi à réparer ses torts ? La question demeurera sans réponse, tout comme celle de Severus. Moira se concentre alors davantage sur l’explication qu’il lui donne pour justifier ses choix, un plaidoyer qui se répète, froid, cinglant, et les mots excitent cette même fibre chez la juge qui répond encore, infléchissable :
- Je ne te reproche pas d’avoir pris la marque.
Aveu troublant qui lui fait retenir ses mots une seconde car elle comprend. Elle comprend cette souffrance adolescente, ce sentiment d’injustice, cette colère et cette naïveté de tout jeune homme chez qui les grands rêves insufflés par un Thomas Jedusor en pleine ascension n’ont pu que résonner comme la plus envoûtante des mélodies. Elle comprend oui. Mais pas ce qui suivi.
- Je te reproche de ne pas t’être détourné de cela quand tu ne pouvais plus prétendre ne pas te rendre compte des horreurs que vous commettiez ! Et ne viens pas me dire que cela ne t’a frappé qu’une fois que la menace s’est tournée vers James et Lily ! Personne ne peut être assez aveuglé pour justifier tous les crimes que vous avez perpétrés bien avant celui-là !  

Les prunelles de Severus la transpercent et Moira tient bon, la main resserrée sur le verre où tremble le fond de vin blanc qu’elle s’est servi. Les questions la brutalisent, interrogations honnies depuis qu’elles ont envahi son esprit il y a de cela des années déjà. Mais la voix de Severus les rend plus insupportables encore, sifflantes comme des vipères venues lui rappeler ses fautes, ses doutes et ses peurs depuis que son affection pour l’homme a pris le dessus sur la culpabilité du traître. Et le silence qui suit n’est que le leurre d’une trêve car le pire vient avec ces insultes qu’il assène, cette amitié que la colère lui fait traîner dans la boue, vitrioler jusqu’à l’a considérer comme une cause, un dossier, un job… Le coup pour la magistrate est si violent qu’il fait trembler ses lèvres le temps d’une inspiration brusque. Il lui faut forcer sur sa voix pour parvenir à articuler :
- Je t’interdis de dire ça… Pas après tout ce que j’ai fait, Severus. Je t’interdis de dire ça…
Mais la douleur comprime sa gorge, laisse s’évanouir la fin de sa phrase, et les derniers mots de son ami achèvent enfin ses dernières résistances, forçant ses yeux à se détourner pour cacher le tremblement de leurs prunelles. La souffrance du potionniste ravive toutes les siennes, enfouies depuis tant d’années, gardées au fond d’elle pour éviter qu’elles ne se répandent et empoisonnent d’autres cœurs que le sien. La colère et la peine se confondent dans un mélange poisseux qui infiltre le moindre de ses capillaires. Perdus dans un coin de la pièce, loin des iris noirs de Severus, ses yeux se voilent d’un reflet tremblant qu’elle tente de dissimuler. Mais l’émotion mortifère qui l’étreint saccade le rythme de son souffle et sa main serre le vêtement sur son bras quand l’autre blanchit sur la surface polie du verre, prête à le briser. Pourquoi cela doit-il se produire ce soir ? Pourquoi se déchirer encore, ajouter du mal à celui qu’ils ont déjà subi tous les deux dans cette guerre ? Quand les blessures cesseront-elles de lancer ?

Le silence assassin rassoit son emprise sur les ruines d’un champ de bataille déserté. Juge et bourreau se jaugent sans plus se regarder. Les frissons courent sur la peau de la magistrate qui peine toujours à convenablement respirer. Les secondes s’alanguissent, torture silencieuse qu’aucun d’eux ne semble capable de faire cesser. Jusqu’à ce que l’ironie d’une dernière phrase brise la retenue de Moira dont les iris reviennent transpercer celles de son hôte.
- Va au diable avec ton digestif !
Refus sec, à peine murmuré. Le verre reposé trop brusquement en équilibre instable tombe et se brise sur la table répandant les dernières gouttes de vin sur la nappe. Moira sursaute en entendant le bris, puis pose ses doigts tremblants sur ses lèvres sèches pour garder toute cette rage que le comportement de Severus lui inspire. Car elle ne supporte pas la sentir. Elle ne supporte pas la souffrir. Et encore moins la déverser. Pourtant elle est là, intarissable alors qu’elle replonge dans le regard de son ami, pleine de cette rancœur qu’elle lui voue à remettre tout leur lien en cause dès qu’elle cesse de prétendre ignorer ses fautes. Car ces non-dits empoisonnent leur relation depuis trop d’années, entretenus par cette peur de blesser, de voir l’autre fuir, et ce silence que Severus entretient depuis presque toujours, dissimulant toutes ses pensées à quiconque tenterait d’approcher. Même ses plus proches amis.

Même elle.

- Si tu savais combien je hais ton masque…
La voix s’est à peine élevée, faible et déchirée, emplie de ces larmes qu’elle se force à ne pas laisser couler. Les yeux de Moira le regardent toujours malgré cette envie de fuir qui se traduit dans toute la raideur de sa posture. Elle respire par à-coups, se force à déglutir, et excave enfin cette douleur qu’elle garde en elle depuis plus d’années qu’elle ne peut en compter.
- Cela fait si longtemps, Severus, que je ne sais même plus à quoi ressemblent les émotions sur ton visage. Toujours cette même impassibilité, ce même regard imperturbable… Tu n’étais pas ainsi autrefois. Je t’ai connu avant… avant tout cela. Et si tu savais comme ce Severus là me manque…
Un Severus jeune, atteignable, dont on pouvait cerner les pensées et prévoir certains actes. Un Severus secret sans être froid, taciturne sans être effrayant. Un Severus dont les sourires ne se faisaient pas coupures et dont les souvenirs n’étaient pas que tortures tracées au couteau sur sa peau blême.
- Je leur en veux tellement d’avoir brisé ça en toi, de t’avoir forcé à te cacher en permanence de sorte que tu le fasses même avec moi… Et j’aimerais tellement que tu cesses d’avoir peur. Que tu cesses de t’enfuir à chaque difficulté. Parce qu’il faudra que tu les affrontes, Severus. Et je ne pourrai pas indéfiniment t’en protéger… parce que j’ai besoin d’affronter les miennes aussi.
Chaque mot est une épreuve qu’elle s’inflige comme pour trouver cette pénitence qu’elle se refuse depuis des années. Les secrets sont devenus si lourds à porter sur ses épaules…
- Parle-moi… Parle-moi, je t’en supplie. Dis-moi que tu n’es pas cette enveloppe inerte que tu jettes à la face du monde pour qu’on ne se risque surtout pas à t’approcher. Dis-moi que tu ressens encore quelque chose d’autre que les regrets et la haine. Dis-moi qu’il y a de l’envie. Dis-moi qu’il y a de la joie. Dis-moi qu’il y a de la colère. Déverse-la sur moi si c’est ta seule manière de l’exprimer ! Mais montre-moi quelque chose, Severus, car je ne supporte plus de te voir comme ça…
Chaque clignement de paupière menace de laisser échapper les larmes qui font briller ses yeux. Elle se défend pourtant de les lui cacher et son regard demeure fermement arrimé au sien, trop sombre pour nier sa peine, trop tremblant pour dissimuler ses craintes.

(1781 mots)


Severus Rogue
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Lun 12 Aoû - 22:04
FLOATING LILIES



Les reproches fusent et tournoient, dansent et s’écrasent dans les consciences de tout côté. Moira s’est faite assassine, enivrée, peut-être, de vin, de désemparement et du plaisir d’être souveraine dans la conversation. Mais il n’y a pas l’ombre de cette malveillance toute luciférienne dans son œil. Surtout du désarroi, de la colère. Méfie-toi de l’eau qui dort. C’est un tsunami qui ravage les côtes anglaises, submerge l’allée des embrumes, noie mon petit intérieur. Alerté par les éclats de voix, Morsmordre s’est caché sous un coussin. Sa frimousse d’ébène aux moustaches vacillantes entachent la pâleur de la toile où ses griffes se sont plantées. Image frémissant à la périphérie de mon œil. C’est ce trait de quotidien, incongru dans l’ire ambiante, qui me fait retrouver un peu de souffle dans cette longue course que représente notre dispute. Chaque mot de Moira est un nouveau coup au ventre, pourtant.

« - Je ne te reproche pas d’avoir pris la marque. Je te reproche de ne pas t’être détourné de cela quand tu ne pouvais plus prétendre ne pas te rendre compte des horreurs que vous commettiez ! Et ne viens pas me dire que cela ne t’a frappé qu’une fois que la menace s’est tournée vers James et Lily ! Personne ne peut être assez aveuglé pour justifier tous les crimes que vous avez perpétrés bien avant celui-là !
- Si c’était à refaire, celui que j’ai été dans ma jeunesse le referait pourtant sans hésiter, Moira. »

Fragile murmure claque dans le silence, empesanti d’un soupir de lassitude. Mon corps s’est affaissé contre le dossier de la chaise, les paumes se sont jointes sur les genoux. A quoi me sert d’argumenter passionnément lorsque la vérité ne laisse place à aucune passion.

« Les arts obscurs emprisonnent l’esprit, grisent les sens, le meurtre est, quant à lui, une addiction. Le sentiment de puissance est une drogue. En ce temps-là, je n’aurais pas pu en sortir sans un électrochoc. Si Lily avait été épargnée par le Seigneur des Ténèbres, peut-être même serais-je resté à son service. Tu ne peux pas reprocher à l’imbécile que j’étais alors de n’avoir pas la clairvoyance qui est désormais la mienne… ou que je tente de faire mienne, plus exactement. L’histoire ne peut être réécrite, même dans un monde où les retourneurs de temps existent. »

Les mots cavalcadent, mes phrases font mouche lorsque dans un élan de colère, je lui assène de terribles vérités. Parfois, je doute. Je doute si souvent des liens qui m’unissent aux rares étoiles encore accrochées à ma vie, si terrifié de les perdre, de les voir se déliter dans les ténèbres. Winnie. Moira. Deux ultimes fils pour me raccrocher à la grande trame de l’existence. Et l’un des deux s’en trouve si malmené ce soir que je pourrais presque le sentir se distordre, s’étioler à chaque fois que l’un d’entre nous ouvre la bouche. Comment cela a-t-il commencé ? La liesse du début de soirée paraît si lointaine.

« Si tu savais combien je hais ton masque… Cela fait si longtemps, Severus, que je ne sais même plus à quoi ressemblent les émotions sur ton visage. Toujours cette même impassibilité, ce même regard imperturbable… Tu n’étais pas ainsi autrefois. Je t’ai connu avant… avant tout cela. Et si tu savais comme ce Severus là me manque… Je leur en veux tellement d’avoir brisé ça en toi, de t’avoir forcé à te cacher en permanence de sorte que tu le fasses même avec moi… Et j’aimerais tellement que tu cesses d’avoir peur. Que tu cesses de t’enfuir à chaque difficulté. Parce qu’il faudra que tu les affrontes, Severus. Et je ne pourrai pas indéfiniment t’en protéger… parce que j’ai besoin d’affronter les miennes aussi. Parle-moi… Parle-moi, je t’en supplie. Dis-moi que tu n’es pas cette enveloppe inerte que tu jettes à la face du monde pour qu’on ne se risque surtout pas à t’approcher. Dis-moi que tu ressens encore quelque chose d’autre que les regrets et la haine. Dis-moi qu’il y a de l’envie. Dis-moi qu’il y a de la joie. Dis-moi qu’il y a de la colère. Déverse-la sur moi si c’est ta seule manière de l’exprimer ! Mais montre-moi quelque chose, Severus, car je ne supporte plus de te voir comme ça… »

Une supplique insupportable.

« Eh merde... »

Juron effeuillé dans le silence. Le coeur s’affole. Tempes battus d’une pulsation sourde. Sang s’agite. Des papillons noirs brûlent ma rétine, l’oreille siffle. Vivement, je me suis levé sans m’en rendre compte, contournant la table jetée entre Moira et moi. Les verres et assiettes y sont abandonnés, irradiant de clarté. Vestiges d’un repas tourné au pugilat. Cristal brisé à nos pieds. D’un geste vif, j’attrape Moira par l’épaule, la force à se lever, la jette dans mes bras sans avoir pris le temps d’y réfléchir. Le coeur tambourine tandis que je la serre tout contre moi, égarant une paume à l’arrière de la tignasse d’or liquide qui fuit entre mes doigts, l’autre sur la taille, aussi légère qu’un rêve. Un instant d’éternité. Quand bien même je le voudrais, je ne pourrais la lâcher.

Troublé, je ne peux que demeurer là, étreignant dans la folie du moment cette âme. Éperdus, les secondes filent et nous survolent. Choc à l’esprit que de sentir le flamme d’un corps pressé contre le sien, que de se souvenir des pérégrinations qui ont conduit à cette embrassade. Valse à deux temps que celle des retrouvailles. La voix est étrangement rauque d’émotions mêlées, contradictoires. Une tempête à venir.

« J’ai passé vingt ans à maîtriser chaque haussement sourcil parce que ma vie en dépendait, Moira. Les habitudes ont la vie si dure. »

Pas de promesse, pas d’excuse, un constat troublé. La prise d’une paume à l’arrière d’un crâne s’allège pour venir effleurer avec lenteur la marée d’or que l’on presse contre soi, que l’on chérit avec une infime douceur. Phalanges entre lesquelles cascadent de longues mèches brillantes.

« Tu comptes pour moi. Winnie compte pour moi. Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais faire sans vous… Des potions à longueur de journée, peut-être. Ou boire du thé. »

Un rire léger, bref. Une plaisanterie effleurée du bout des lèvres. L'étude, les potions et le thé sont sans doute les derniers piliers de mon contentement personnel. L'éclat meurt pourtant bien vite dans l'expectative. La crainte me cisaille les entrailles. Peur qu’elle ne se dégage, que ne se brise cet instant trouble, si trouble qu’il s’en fait douloureux. Les paumes tremblent, un peu le long de son dos. Ce n’est pas comme étreindre Winnie pour la réconforter après un cauchemar, il y a autre chose. Quelque chose de presque violent, profondément viscéral dans cette douceur qui glisse sur les mèches d’or de ma comparse. Ma paire. Mon égale. Tremblement insoupçonné. Depuis combien de temps n’ai-je considéré ainsi quelqu’un de peur que mon coeur n’en soit un peu plus piétiné dans l’entreprise ?

« Je suis désolé, Moira. »

De quoi le suis-je ? D’avoir fait les pis choix qui pouvaient être faits ? De ne plus parvenir à faire preuve d’un tant soi peu de spontanéité ? D’être un homme blessée, brisé qu’il eût mieux valut laisser au fond de sa fosse, le cou dégueulant sang sous les crocs de Nagini ? De ne savoir pas comment vivre sans maître, ressentir, aimer ? D’être un géant de pierre donc le coeur n’est plus qu’une étincelle infime, une flamme vacillante, mourante ? De tremper dans les plans de Potter jusqu’au cou ? De m’être passé une nouvelle corde aux cervicales ? Comme paraît loin le temps des insouciances de jadis. Je répète, pourtant.

« Tellement désolé. »

Une larme s’est frayé chemin sur la joue, suivie par une autre. Moira seule est capable de me faire craquer ainsi. Elle seule est capable de faire ressortir le peu d’humanité qui se cache sous la carapace. La tenir contre soi est un cadeau empoisonné. Un fruit défendu. Une pomme toxique, intoxiquante. Je pourrais n’être jamais capable de la laisser repartir. Impulsion folle. Hérésie. Phalanges s’égarent sur sa joue, folâtre folie. C’est elle qui aura voulu me voir perdre ma maîtrise. Les lèvres ses posent sur son front avec tendresse. J’ai l’impression de la voir pour la première fois. De la rencontrer vraiment pour la première fois. Belle et implacable. Je la connais depuis longtemps, pourtant, mais Lily a toujours su capturer toute mon attention. Geôlière implacable de mon coeur. Pourquoi ne l’ai-je contemplée ainsi après ma dispute avec la rousse qui a fait battre mon coeur, qui continue de le faire battre ? Pourquoi suis-je soudainement en colère d’avoir tant sacrifié à sa mémoire ? Mille émotions se rencontrent sans que je ne puisse en retenir une seule.

Et mes yeux de se noyer dans les iris de Moira. Vacillement inquiet. Trouble quiet. Une fraction de seconde pour y lire tout son désespoir, toute sa peine. Une fraction de seconde pour y voir le miroir de mes propres émois. Sans réfléchir, je scelle ses lèvres d’un baiser, papillonnant sur le carmin de son labre, effleurant sa bouche comme on chérirait les pieds d’un dieu. Elle est mon dieu. Le seul qui compte à cet instant.

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PUTTING DEATH IN BOTTLE
Moira A. Oaks
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Lun 19 Aoû - 11:30





3 novembre 2003

Rupture. Tout bascule en une seconde. Une pulsation violente. Un tressaillement. Le sursaut de Moira ne lui laisse aucune chance de réagir avant que Severus ne la cueille et ne la force à se lever. La distance qui semblait si grande se voit brutalement dévorée, balayée dans un juron qui craquèle le masque si farouchement maintenu pendant toutes ces années. Le cœur de Moira se fracasse contre ses côtes. Ses yeux clairs s’écarquillent pour embrasser la vision fantasmée de ces deux iris noirs qui tremblent enfin, qui luisent, qui vivent, comme débarrassés du voile qui les recouvrait depuis des décennies. Et elle se laisse entourer de ses bras, se noie dans le contact ainsi offert, ses mains d’abord hésitantes appuyant sur les muscles frissonnants de ses épaules alors qu’il l’étreint. Et ses paupières se ferment sur les larmes qui s’échappent le long de ses joues. Le souffle est court, étouffé par ses émotions et les bras qui l’enserrent. Pourtant elle respire. Elle respire.

La voix de Severus vibre à son oreille, rauque et tremblante. La sienne n’est qu’un murmure, abandonné entre deux soupirs :
- J’ai passé vingt ans à maîtriser chaque haussement sourcil parce que ma vie en dépendait, Moira. Les habitudes ont la vie si dure.
- Je sais.
La main du potionniste glisse à l’arrière de son crâne et l’intimité du geste ne fait naître aucune tension alors que Moira se laisse reposer contre son épaule, écoutant chaque mot qu’il lui confie sans plus chercher à lui répondre. Elle ne sourit pas à sa plaisanterie, trop tourmentée encore pour laisser la légèreté de ses paroles l’atteindre. Mais elle appuie davantage sa prise sur ses omoplates, jusqu’à l’entourer entièrement de ses bras quand elle entend ses excuses. Chaque respiration se fait plus tremblante à mesure qu’elle le sent s’ouvrir, s’ouvrir enfin, et qu’il ne la laisse plus seulement entrevoir  ce que son âme a trop pris l’habitude de cacher. Leurs larmes se mêlent comme des offrandes conjointes trop longtemps refusées. Et le cœur de Moira cogne, s’acharne dans sa poitrine à lui en fêler les côtes.

Soudain, les doigts de Severus glissent sur sa joue, sacrifiant cette innocence que la proximité de leur lien pouvait encore conserver dans leurs gestes. Le cœur de Moira fait une embardée. Ses sourcils se froncent alors qu’elle sent ses lèvres se poser sur son front. L’a-t-elle jamais connu tendre ? A-t-elle seulement désiré un jour le connaître ainsi ? Son émoi trouble de nouveau sa respiration, fait se rouvrir ses yeux dans lesquels plonge un regard ébène qui ne l’a jamais tant bouleversée. Elle se fige. Le frisson qui dévale ses épaules coule jusqu’à ses reins, emportant toutes ses peurs, tous ses doutes, toutes ses rancœurs comme une vague dans laquelle elle craint de se noyer.
Elle s’y noie.
Jusqu’à ce qu’il la force à respirer.

Ses yeux demeurent ouverts quand ceux de Severus se referment, voilent cette douleur qu’ils ne savent que se transmettre à n’avoir jamais su refermer la plaie béante de ces années passées à se déchirer sans jamais parvenir à se haïr. Son dos se tend violemment sous la douceur de ses lèvres, hurle cette terreur qu’il étreint et qui brutalise ses muscles à se voir ainsi confrontée, mise devant l’absolu de ses choix, devant cette fêlure qu’elle cherchait à découvrir depuis que Severus s’est tiré des griffes des mangemorts. La tension de ses membres la paralyse de longues secondes, la laissant interdite, prisonnière d’un tiraillement qui écartèle son âme et comprime son cœur. Raison et sentiments se heurtent, s’empoignent et s’abîment. Jusqu’à ce que tous rendent les armes.

Elle ferme les yeux, clos les paupières pour mieux voir, sentir dans chaque effleurement de leurs souffles les certitudes qu’il lui manque. Ses phalanges tremblantes glissent le long de la nuque, cherchent dans ces cheveux autrefois si noirs une prise à laquelle se raccrocher. Et elle appuie le contact de ses lèvres, répond à l’appel qu’elle n’est pas certaine d’avoir un jour espéré, qui l’emporte pourtant quand elle n’a plus la force d’y résister. Colère et désir se mêlent en une sensation inqualifiable qui s’empare de sa poitrine et réaffirme ses gestes, comme une urgence qu’elle peine à maîtriser. Un moment elle se donne. Elle donne trop. Et la chute n’en est que plus brutale.  

Les lys. Les lys partout. Leur odeur imprègne toute la pièce, vicie sa respiration comme un parfum capiteux, entêtant, qui pervertit chaque alvéole de ses poumons. Les yeux de Moira se plissent. Le baiser se corrompt. La communion se perd. Et quand Moira rompt enfin le contact, ce n’est que pour offrir à Severus un regard assombri d’une terreur qu’elle se trouve incapable de dominer. Que fait-elle ? Que fait-elle ? Immédiatement, les souvenirs lui sautent à la gorge. Toutes leurs fautes, leurs déchirures, Lily, la guerre… Que fait-elle ? Que sont-ils ? Que devraient-ils être ?

Elle s’écarte avec une brusquerie maladive, les lèvres tremblantes, le regard toujours rivé sur lui. Son souffle est trop court. Elle se sent prête à perdre pied.
- Pardonne-moi. Je… balbutie-t-elle.
Mais elle ne trouve pas les mots. Son cœur tambourine avec acharnement dans ses tempes. Elle n’entend plus que lui et ses inquiétudes qui hurlent toutes ensemble dans son crâne. L’air se fait rare. Elle se sent sur le point de chanceler.

- Il faut que je parte.
Poignard en plein coeur. Le sien. A elle. A lui. Elle ne sait plus. La douleur pourtant fouaille son ventre, lui fait contracter la mâchoire qui refuse de laisser passer un seul son de plus. Alors elle s’échappe, s’enfuit, sans parvenir à offrir un dernier regard à cet homme qu'elle avait tant voulu voir s’ouvrir. Ses pas précipités lui font dévaler l’escalier, récupérer ses affaires abandonnées au rez-de-chaussée. Elle ne croise pas le regard de Nicolas Flamel prisonnier de sa peinture. Sa main blême s’abat sur la poignée de la porte d’entrée qu’elle ouvre à la hâte et referme trop brusquement. Un son. Un transplanage. Puis plus rien.

Rien que la peur.
Et la certitude pourtant qu’il lui fallait l'affronter.

(1012 mots)


Severus Rogue
Roméo alangui
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Lun 19 Aoû - 19:07
FLOATING LILIES



Ombre et pénombre se répondent dans la clarté diaphane d’une cuisine. Avant-bras jetés sur le plan de travail, tendus à l’extrême tandis que se déroule une fois de plus la scène dans son esprit. Lame d’argent nargue la conscience. Âpreté d’un éclat reflété sur la surface luisante où s’écrivent, en creux, les images d’un échec. Douleur sourde pulse dans la poitrine. Souffle court malgré la porte béante dans laquelle s’enfonce un avis de tempête. Moira est partie. La soirée ne s’est pas déroulée exactement comme prévue. Il était question pour nous d’un repas tranquille, un peu arrosé, où il ferait bon se retrouver. Le vin aidant, les langues se sont délié jusqu’à l’irréparable. Tremblement. La paume asséchée se racornit sur le marbre pâle. Les verres survivants dans l’évier attendent que des paumes s’affairent à leur rendre leur lustre d’antan.

Pendant longtemps, j’aurais pu ravaler la plaie de mon âme et me mettre paisiblement à la vaisselle. Je n’y parviens plus, pourtant. Trop de choses tourbillonnent. Et mon œil revient sans cesse sur le fil tranchant d’un couteau de cuisine où perle les vestiges d’une eau claire. Gouttes translucides qui ne demandent qu’à se parer de carmin. La tourmente enflamme l’esprit, désarçonne le coeur. Sans y songer, voilà ma main raffermissant sa prise sur le manche du coutelas. Le bois ciré râpe les chairs, l’acier effleure la carne. Il suffirait d’une pression pour entailler la toile parcheminée tendue sur mes muscles et mes os. Fascinante morbidité.

L’outil est rejeté d’un geste. Il tinte dans l’évier. Me voilà singulièrement dégrisé. Revenu d’un transport que je peine à expliquer. Le suis-je tout à fait ? Le coeur palpite d’une incertitude. Par mesure de sécurité je fais quelque pas loin de ma cuisine. Les sirènes du sang et de la douleur se font des appeaux trop efficaces. Dans ma jeunesse, jadis.... Les cicatrices ont fané sous une autre. Marque des ténèbres. Pomme de discorde. Mes pas me guident. Où ? Les effluves abandonnées d’un dîner aux chandelles sans candélabre. Les brûlures d’une trille compatissante de Fumseck. Les égarements d’une petite tache de ténèbres, velue, postée à l’angle du canapé le museau coiffé d’un coussin. Les oreilles du chat forment deux montagnes à l’horizon d’un sofa abandonné. Et son souffle. Et les trilles. Et l’odeur. Les lys oranges déploient leur corolle avec la farouche opiniâtreté d’une amante exigeante.

Doigts s’égarent sur le vase.
Le crochètent.

Fracas de cristal hurle contre le mur. L’eau ruisselle sur un parquet où s’affaisse ma carcasse vieillie. Et dans les ténèbres d’une nuit, un homme a crié sa douleur.

A suivre ~

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