[RP LIBRE] L'araignée
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Helen Bladestone
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Sam 2 Mar - 9:15
Crépuscule d'une journée bien remplie. Au loin le soleil était tranché et les pavés saignaient entre les murs serpentins du Chemin de Traverse. Puisqu'il paraît que l'ennui est mère de tout, Helen ne trouvait rien de mieux qu'une marche sans but au creux des mains ouvertes de l'allée, en quête de quelque rencontre ou surprise divertissante avant que de regagner son domicile.
La pluie avait cessé mais le sol gorgé d'eau dansait encore. Les yeux de la Bladestone venaient parfois se ficher au sol, sur l'enchevêtrement des veinules creusé au flanc de la roche. Irriguée leur grisaille, étanchée leur dureté. La rue toujours animée tournoyait aux alentours, mais la jeune femme restait aspirée par les roches gisantes à ses pieds, buvant au cœur du ciel. Réseau strié au sol, gravé à même la ville. Ballerinent les pupilles, çà et là, au rythme du flux et reflux de la vie citadine. C'était un lien tressé entre le monde sorcier et celui des moldus.
La toile d'araignée quadrillée sur la terre, tremblait. Tremblait à chaque seconde sous les milliers de pattes et les millions de gouttes pluvieuses portées en son sein. Lourde d'indifférence mais partout prodigue, l'eau coulait larme à larme, ondoie entre les dalles.  Se démultipliait comme les bras innombrables d'un arbre centenaire peinturluré de rouge. Helen aimait l'animation du Chemin de Traverse au seuil du jour, les teintes mordorées et la musique des pas qui vont et viennent en quête d'un verre, d'un oubli, d'une soirée en plus ou moins bonne compagnie.
Corsetée par deux pavés, puis deux autres, et deux autres encore jusqu'à la ligne d'horizon, l'onde tremblante allait recousant les éclats de la ville et des vies. Il n'y avait qu'à s'y pencher pour boire dans le ciel en haillons. Cueillir ici ou là le reflet d'une lampe, la lumière d'un regard, l'ombre d'un sourire ou d'une grimace, le dard d'une baguette, le fragment égaré d'une demeure. Le monde sorcier se reflétait au sol en ce jour et l'on marchait sur des têtes. Au-dessous des talons, il y avait tant de passants en miroirs brisés. La Bladestone allait songeuse.
Lemony Anderson
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Sam 9 Mar - 17:36

 
L'araignée
Est-il indispensable, après tout, de découvrir qui l'on est ? Et n'y a-t-il pas plus de joie à se méconnaître, et à se perdre de vue ?

Je n’avais pas de cours cet après-midi. Alors j’ai usé de mes droits de professeur, je me suis absenté.  Plus encore que de pouvoir rester dans la bibliothèque passé les heures raisonnables, je pense que c’est cela, le grand luxe d’être un professeur : pouvoir être à Poudlard et pouvoir en partir. La poudre de cheminette m’a conduit au Chemin de Traverse, et l’un des bus de lignes jusqu’à la maison de repos qui est la nouvelle maison de ma mère. Voilà l’une des grandes inventions de la magie que les moldus n’ont pas encore su réinventer par les sciences : la facilité de se déplacer. Enfin, quand on sait où on va, bien sûr. Maman n’a pas dit un mot bien sûr, elle est restée prostrée le regard dans le vite, inquiète seulement quand on s’approchait trop, mais relativement calme sinon. Je ne sais pas si c’est une vraie amélioration de son état, comme me l’a affirmé l’infirmière, mais au moins elle a l’air plus paisible. J’ai essayé de lui raconter ma vie de professeur, mais je ne suis pas certain qu’elle m’ait écouté. En repartant, je me suis rendu compte de la façon la plus cruelle qui soit que le bus passait dans la rue qu’habite aujourd’hui Emma : elle était abritée sous un parapluie devant une porte, le ventre arrondi et un brun à lunettes la tenait par les hanches en essayant d’ouvrir. Ma douce Emma, tu seras donc mère ? J’espère que ton enfant ne sera pas sorcier, épargnez-vous donc les souffrances de ma famille. Les années ne lui ont rien enlevé de sa beauté et de cette lumière qui semble émaner d’elle. J’ai besoin d’un whisky, ou quelque chose de fort. J’ai les yeux qui piquent, les lunettes embuées et le nez qui mouche ; je me sens ridicule, pathétique et honteux. Je crois que le pire, c’est la culpabilité qui me serre la gorge quand je pense qu’après deux heures passées avec ma mère qu’un mal inconnu (ou un mauvais sort) a rendu léthargique, c’est la vue d’Emma qui m’émeut encore le plus. Pauvre maman, quel mauvais fils je fais. Si ça se trouve, tu es dans cet état à cause de ma lâcheté, et ce n’est pas pour toi que mes larmes coulent.

J’ai besoin de me changer les idées. En descendant du bus, j’ôte mes lunettes pour les nettoyer du revers de ma manche et les remets, geste que je fais sans y penser chaque fois que je cherche à éclaircir mes idées. Je pourrais aller acheter un livre chez Fleury & Bott, et commander un whisky au Chaudron Baveur avant de rentrer. Profiter de cette fin de journée, marcher un peu maintenant qu’il ne pleut plus. Voilà un bon programme, voilà une belle mentalité mon petit Lemony. Mes chaussures prennent l’eau et les semelles limées par les pas que j’ai faits manquent de me faire glisser sur les pavés au milieu d’une flaque d’eau. Moi qui aime tant la pluie, il faudrait que je rachète des chaussures dignes de ce nom : ce n’est plus Berlin ici, c’est la Grande Bretagne, et les précipitations n’y sont pas les mêmes. Et je glisse. Je me retrouve couvert d’eau sale du genou que j’ai posé à terre pour me stabiliser au nombril : mes mollets baignent eux dans l’un des petits lacs que la pluie a fait entre deux deux pavés. Formidable. Je ris, je suis amusé et las, blasé et fatigué. Après tout, après ma mère, après Emma, pourquoi pas ça ? Je dois bien connaitre un sort pour me sécher, qu’est-ce que c’est déjà ?

La pensée est à peine arrivée qu’elle est chassée par une autre. Je connais cette silhouette qui se découpe au loin, aspirée par les reflets de l’eau qui a causé ma chute. Je connais cette personne, oui. Mon sourire s’attendrit, mais j’ai ce sentiment aujourd’hui familier de quand je retrouve une vieille amitié que la guerre a oublié. Je n’ai pas donné de nouvelles, je n’ai pas même mis un pied en Grande Bretagne pendant six ans… Je me sens lâche, honteux et ennuyé, et ces sentiments se mêlent à l’excitation de possibles retrouvailles, à la joie tranquille que l’on a à retrouver de vieux amis… Je n’ai pas fait spécialement d’effort pour reprendre contact en revenant non plus, c’est cela le plus triste. Et bien, voici l’occasion ! J’arrive d’un pas guilleret, et c’est à son reflet sur les pavés que je m’adresse d’abord pour lui faire lever la tête. « Bonjour Helen. C’est un plaisir de te voir. » Je m’efforce d’avoir l’air affable, mais je suis surtout gêné. J’appréciais la Bladestone avant de partir en Allemagne, une serdaigle, comme moi, avec qui je partageais mon enthousiasme pour le club journal et la connaissance du monde moldu. « Tu vas bien ? Je ne voulais pas te déranger, je t’ai vue et je me suis dit… » Si nous faisions comme si ces sept dernières années n’avaient pas eu lieu et allions boire un verre ? Sérieusement Lemony, il faudra trouver mieux. Je prends soudain conscience de la mine déplorable que je dois surement avoir : déprimé par mon après-midi, trempé par l’eau dans laquelle j’ai glissé, arrivant comme une fleur, incroyablement gêné par la situation… Cela prête au moins à rire, et c’est un sourire joyeux que je lui adresse.

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   Nam et ipsa scienta potestas est
Helen Bladestone
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Sam 16 Mar - 16:26
Au milieu des silhouettes glissant dans les flaques avec des allures comme déformées par un de ces miroirs forains, l'une en particulier aimanta l’œil bleu d'acier. Pas tant la silhouette à dire vrai que la paire d'épaisses lunettes noires bien chaussées à son nez. Helen cilla et décoda rapidement le reste du visage, craquelé par les soubresauts des pavés sous l'incessant remous des talons. Remembrer une mosaïque et avec elle un souvenir prompt à lui revenir. L'élégante voix qui la salua et l'appela par son prénom confirma qu'elle connaissait cet homme. Elle y était.
Alors elle releva la tête - car tout de même ! scruter une flaque devint commencer à lui donner un air de petite cinglée - et accrocha à ses lèvres un sincère et radieux sourire dont sortit un léger rire : guillerette musique pour la bonne fortune d'une rencontre. Ou plutôt une retrouvaille. Elle se redressa complètement et se tourna, dans un claquement sonore de talon aiguillonnant le pavé. Ses pupilles descendirent puis remontèrent le long des habits détrempés. Elle même avait eu la chance de passer entre les gouttes et il n'allait pas falloir traîner à se mettre à l'abri.

"Lemony, ça alors !" engage sa voix rauque mais presque chantante - elle l'avait déjà bien grave du temps de Poudlard et certains s'en amusaient assez, elle-même n'étant pas en reste. "Mais tu ne me déranges pas, je suis ravie de cet heureux hasard !"

Son visage était tout sourire. Replonger dans ses années d'études ne représentait jamais une déception - presque jamais : les sursauts de harcèlement contre les "sang de bourbe" demeuraient les rares ombres du tableau. Lemony y avait eu droit aussi, quand cela commençait à chauffer. Elle haussa les épaules et repoussa une mèche de cheveux : allons, l'heure ne prêtait pas à ce genre de souvenirs. Autant garder le bon revers de la médaille : le grand attachement au monde moldu qu'ils partageaient.

"Tout va bien ma foi, l'obsessionnelle que je suis quittait sa librairie pour rentrer dans sa tanière non moins goinfrée de livres, en passant pourquoi pas par la case Chaudron Baveur."

Une courbe rondelette de son sourcil accompagna son amusement à la remémoration de cet autre point commun : l'affection pour les pages en cascades, les mots à n'en plus finir, en plus du temps qu'ils avaient tous deux voué au club journal de Poudlard. Oh lui était beaucoup plus sérieux, plein de la culture scolastique dont il se nourrissait auprès des Anciens, quand Helen n'avait pas manqué de s'illustrer par ses farces et autres facéties de petite merdeuse... dont elle ne restait pas vraiment fière. N'en demeuraient pas moins cependant au fond de sa mémoire l'écho de bonnes conversations érudites avec ce jeune homme - au patronyme qui le plaçait doublement sous la houlette des auteurs. Si ce n'était pas de la prédestination ! Bien des soirées au château avaient été longues, à mettre leurs deux cervelles et d'autres en ébullition pour la composition d'articles et autres conversations.

"Et toi plutôt ? Curieux et passionné comme tu l'es je suis certaine que tu n'as pas manqué de bien occuper ces dernières années ?"

Façon pas trop bête, espéra-t-elle, d'éviter le traditionnel "qu'es-ce que tu deviens". Le trottoir toutefois offrait peu de confort pour une conversation. Encore moins pour les semelles bien fatiguées de Lemony et que la Bladestone notait seulement maintenant au détour d'un coup d’œil. Prompte à l'écouter, elle fit deux ou trois pas lents dont le tracé suggérait un verre au Chaudron Baveur. Et avec cela le temps d'une pose, si le compère le pouvait et le souhairait. Helen prendrait soin de le lui demander un peu plus tard : elle ne voulait pas le retarder, encore moins contrarier la résolution d'affaires qui semblaient secouer sa tête à l'air soucieux. Pas d'ennuis à Poudlard, espéra-t-elle. Car oui, la fouineuse et fureteuse de nouvelles qu'elle restait avait appris que Lemony y était revenu, comme professeur, avant même de prendre la tête du groupe journal où ils faisaient leurs armes !
Lemony Anderson
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Dim 17 Mar - 19:11

 
L'araignée
Est-il indispensable, après tout, de découvrir qui l'on est ? Et n'y a-t-il pas plus de joie à se méconnaître, et à se perdre de vue ?

La voix d’Helen est rauque, peut-être même encore plus qu’il y a six ans. C’est agréable de retrouver la sonorité amicale du son de sa voix, et qu’elle n’ait l’air ni gênée ni ennuyée que je vienne à sa rencontre me rassure un peu, qu’elle parle d’heureux hasard me remplit de joie. Pour moi aussi, ce hasard-là est heureux – première fois de la journée que le sort ne semble pas trop se moquer de moi. Et puis, je ne peux m’empêcher de trouver du réconfort au fait de justement la croiser elle après avoir été voir ma mère, Helen est l’une de mes rares amies à connaître et comprendre mon existence moldue. Enfin, à l’avoir connue et comprise, les années ont effacées beaucoup de ce que nous avions partagé, mais il n’est jamais trop tard pour rattraper le temps perdu, n’est-ce pas ? « Tout va bien ma foi, l'obsessionnelle que je suis quittait sa librairie pour rentrer dans sa tanière non moins goinfrée de livres, en passant pourquoi pas par la case Chaudron Baveur. » A peu de choses, le même genre de programme que je prévoyais pour moi-même avant de la croiser. C’est plaisant de se rendre compte que six ans ne suffisent pas à transformer complètement une personne, et de deviner que les points communs que l’on s’était trouvés à l’époque sont toujours ici. Elle fait quelques pas en direction du Chaudron Baveur justement, comme pour m’inviter à la suivre. Je peux faire l’impasse sur Fleury et Bott aujourd’hui, et trinquer en me remémorant le bon vieux temps avec une vieille amie – la perceptive m’est plus qu’agréable. Je lui emboite le pas, tout sourire, en essayant de porter une plus grande attention à là où mes pieds se posent – quoique, trempé pour trempé… « Et toi plutôt ? Curieux et passionné comme tu l'es je suis certaine que tu n'as pas manqué de bien occuper ces dernières années ? » J’ai le rire léger quoiqu’un peu jaune. Curieux et passionné, voilà bien une gentille façon de me décrire – lâche et pessimiste aurait tout aussi bien pu convenir à la description des années qui nous séparent de notre dernière rencontre. Non Lemony, ce n’est clairement pas le moment de ressasser tout cela encore. « J’ai réussi ma remise à niveau, et passé une maîtrise de chimie dans une université moldue, la Free University of Berlin. » Il y a sans nul doute de la fierté dans ma voix, et elle est bien l’une des seules personnes de ma connaissance qui pourrait partager mon enthousiasme à me savoir diplômé du monde moldu, mais je reconnais que si l’on ne s’y est pas intéressé, c’est un nom qui n’a pas beaucoup de sens. « C’était passionnant, justement. Et j’ai beaucoup aimé l’Allemagne, enfin Berlin du coup. Il y a une vie culturelle fantastique… Mais je suis resté dans les parties moldues de la ville, difficile d’évaluer ce que vaut le monde sorcier sur le continent… » J’évite une nouvelle flaque qui tendait à mes jambes une embuscade, et jette un regard songeur au Chemin de Traverse. « Mais ça… Ça me manquait. Le Quidditch, la magie… Je suis revenu l’année dernière, j’ai essayé d’intégrer le Ministère – un échec sensationnel… Tu y travailles toujours toi ? » Je n’ose pas imaginé ce que cela a dû être, si elle y était encore, le ministère pendant la guerre, surtout pour elle…

Nos pas nous ont guidés jusqu’au Chaudron Baveur, et la conversation reste en suspens un instant. « C’est pour moi, qu’est-ce que tu veux boire ? » Je brûle toujours à l’idée d’enchaîner quelques whisky. Recroiser Helen, six ans après, alors que cela fait justement six ans que je n’avais pas vu Emma que le hasard a mise sur mon chemin tout à l’heure, cela me rappelle que le temps à passer et que tous les liens ne se répareront pas. Je crois qu’Helen connaissait Emma, mais ma mémoire me joue des tours et je ne suis pas certain de vouloir vérifier. Je me rappelle de chaque grain de beauté qui constellaient la peau de mon ancien amour, du petit sur la cheville à ceux de son cou, je me souviens moins bien des moments qui n’étaient pas qu’à nous. Tout est quelque part, prêt à être jeté dans une pensine pour que je le revive (encore un autre des avantages des sorciers sur les moldus), mais trop loin dans ma tête. Je me rends compte que je n’ai plus rien dit depuis que j’ai offert de lui payer à boire et passé commande. « Désolé, mauvaise journée. Qu’est-ce que nous disions déjà avant d’entrer ? » Nul doute que nous avons des choses plus joyeuses à nous raconter, et maintenant qu’elle est là je meurs d’envie de lui raconter ce que je fais à Poudlard, elle au moins comprendra. Oui, c’est certainement une bien plus heureuse conversation qui s’annonce que celle que j’ai avec moi-même dans l’amertume de mes souvenirs perdus.


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   Nam et ipsa scienta potestas est
Helen Bladestone
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Lun 25 Mar - 11:00
Lemony semblait apprécier cette compagnie ; les apparentes contrariétés de sa journée glissaient un temps de son visage devenu plus serein. Helen s'en trouva enchantée et partit volontiers sur ce projet tacite de les balayer un temps, d'un revers de main, pour ces retrouvailles. Elle ne demanda rien à voix haute mais s'interrogea tout de même sur l'origine de ces ennuis : Poudlard, ou des affaires plus personnelles ? Voilà bien longtemps qu'elle n'avait remis les pieds dans l'école de sorcellerie et se questionnait quant à l'atmosphère qui pouvait y régner, surtout après les récents événements qui ne promettaient que d'être un prélude à quelque chose qu'Helen n'aimait pas. Oh elle recevait bien des échos de çà de là mais le prisme des on-dit ne valait jamais le contact direct, agréable ou rugueux.
Elle laissa là ses hypothèses avec un haussement d'épaule et son pas se fit immédiatement plus enjoué quand elle vit le camarade tout à fait prompt à la suivre pour un chaleureux verre baveur. Les choses semblaient se renouer naturellement même après sept ans et rien que pour ce genre de surprises la Bladestone gardait pour Poudlard une affection certaine.
Ses yeux s’écarquillèrent et elle leva un énergique pouce en l'air quand Lemony lui confia avoir obtenu une maîtrise de chimie, quoique cela l'étonnait à peine de lui. Il ne faisait que confirmer son érudite réputation et elle sourit volontiers au fond de fierté dans sa voix. Après tout, pourquoi en effet ne pas être fier quand il y avait motif à. Vint l'évocation du continent et de l'Allemagne, sous le prisme moldu qu'Helen affectionnait également.

"Ah ça ! Je crois que ce sont aussi les musées, les rues anciennes et les traditions moldues des villes du continent qui m'attirent." Elle ajouta, rieuse : "D'aucuns me traiteraient d'hérétique, mais pour moi la magie attendra à côté de la Chancellerie, de la cathédrale et du château de Tegel. Mais tu connais sûrement tout ça par cœur. Tiens d'ailleurs il y a quelque chose en particulier qui t'a attiré vers Berlin ?"

Tandis qu'elle laissait ainsi aller sa curiosité, Helen se dit une nouvelle fois qu'elle prendrait bientôt le temps de voyager. Elle le voulait. Elle en avait besoin. Et en tant que complète moldue bien sûr, simplement pour découvrir de ses yeux tout ce qu'elle rencontrait par procuration en feuilletant les ouvrages de la librairie dans laquelle elle travaillait la moitié de son temps. Le monde sorcier et le Ministère en ce moment ne lui disaient que peu.
D'ailleurs, Lemony l'interrogeait justement sur le Ministère. Les yeux d'Helen retrouvèrent un fond de froideur et son sourire tomba légèrement quoique sa voix, elle, gardait son rythme décidé et enlevé donnant ainsi un curieux mélange à l'ensemble.

"J'y sévis encore, oui. Oh, à un petit poste de réception de courrier, et à mi-temps. Mais cela me va amplement ! Juste assez pour garder le lien avec cette... cette moitié de nous dira-t-on, et un œil sur les affaires. J'ai bien failli démissionner à un certain moment pour tout t'avouer ; Merlin-Merci les choses se sont arrangées et je n'ai pas eu à en arriver là."

Les choses s'étaient arrangées ? Vraiment ? Doucereux optimisme, ma vieille... Ou bien était-ce elle qui avait tenu par opiniâtreté ? Quoi qu'il en fut sa voix s'était effilochée, comme perdue sur ces derniers mots. La Bladestone songea à sa mère qui, elle, avait effectivement démissionné d'un poste au sein d'une entreprise moldue. Magie ou pas, c'étaient apparemment les mêmes luttes et les mêmes conneries partout, simplement sous des masques et pseudo-motifs différents. Pour sa mère, c'avait été des cadences et un patron abusif. Pour elle et le monde magique, cette guerre et cette chasse aux moldus que certains cautionnaient encore.

Ils étaient arrivés au Chaudron Baveur et Lemony offrait la consommation. Helen l'en remercia d'un vif hochement de tête orné de son sourire revenu entre temps.

"Allons-y pour un vin de Sureau."

Ses yeux glissèrent le long des parois efflanquées du vieux pub, toujours aussi poussiéreuses et miteuses mais qu'elle affectionnant comme un livre tombé en ruines qu'on aimait régulièrement venir retrouver dans un grenier. Les brouhaha des conversations et l'animation de la clientèle réchauffaient l'endroit qui, du reste, ne manquait pas de cachet malgré tout. Les ombres tapissaient les murs et dansaient sur la marmite rouillée à sa crémaillère ou le long des cadres aussi usés que les vétustes photographies qu'ils contenaient. C'était la même ambiance miteuse que dans certaines librairies - raison sans doute de la sympathie d'Helen pour l'endroit. A plus forte raison quand des sorciers ridés y venaient traîner leurs grolles et confier leurs histoires. Ou quand les sacs de voyages, chapeaux et livres voletant ici et là en racontaient presque autant que leurs propriétaires.
Lemony s'excusa alors de sa mine fatiguée en raison d'une mauvaise journée. Helen ouvrit rapidement les mains devant elle comme pour dire cela arrive, aucun problème, avant d'enchaîner :

"Mince... Des déboires à Poudlard ? Les étudiants ou bien..."

Derrière ces mots polis, elle espérait surtout que ce ne soit pas au cœur des consignes mêmes et du corps professionnel qu'il y eût du grabuge. Ni que des soucis plus personnels soient la cause de cette petite forme. Helen se demanda d'ailleurs si, en sept ans, il y avait eu, au milieu des livres et des diplômes, des rencontres et plus si affinités au cœur des pérégrinations de Lemony. Elle n'osera pas demander et le découvrirait au fil de la converation. Pour l'heure, elle continua surtout à s'interroger sur le vaste sujet que constituait Poudlard et poursuivit :

"D'ailleurs que penses-tu de l'ambiance actuellement là-bas ? Tu es satisfait de ton poste et des collègues ? Franchement, donner une place aux sciences et à la culture moldues est plus que louable et c'est quelque chose qui m'a toujours paru manquer cruellement à l'époque. Après tout, même si le monde sorcier a un petit côté empire dans un empire, comme dirait l'autre... ne pas conserver un minimum de lien via la connaissance avec ce qui l'entoure ne peut que donner un résultat pas très sain..." Après un rictus espiègle, suivant le cours de ses souvenirs et associations d'idées : "Comment va cette bonne vieille Minerva McGonagall... à qui j'en faisais régulièrement voir de toutes les couleurs surtout pour ne pas laisser deviner qu'elle me faisait peur."

Elle avait bien entendu raconter deux ou trois choses mais appréciait autant les récits de tout un chacun, surtout ceux de vieux amis. Deux anciens de Seirdaigle dont un avait repris le chemin de Poudlard et le club de journalisme après s'en être éloigné sept ans : il y aurait presque eu de quoi imaginer une enluminure où un aigle parti s'en revenait, refermant le tracer de son cercle pour engager un nouveau cycle. L'image plaisait à Helen.
Lemony Anderson
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Mar 23 Avr - 12:10

 
L'araignée
Est-il indispensable, après tout, de découvrir qui l'on est ? Et n'y a-t-il pas plus de joie à se méconnaître, et à se perdre de vue ?

Je n’ai jamais vraiment essayé d’expliquer à un camarade sorcier ce qui m’attirait tant dans le monde moldu : pour moi, il s’agit d’une évidence que le monde magique n’a pas réussi à saisir. Et je crois que c’est cela, qui m’agace le plus : un moldu s’émerveillerait volontiers face au monde magique, il en saisirait naturellement la beauté et devrait, pour eux, abandonner le monde duquel il vient ; mais l’inverse ? Ha ! Je crois que c’est une beauté qu’ils ne voient pas parce qu’ils ne savent pas comment la regarder, on ne leur a pas appris… Je me souviens de mes cours d’études des moldus quand j’étais étudiant, comment on nous décrivait l’électricité comme une curiosité, comme les moldus quand leur fée électricité avait commencé à apparaître, avant qu’elle n’emplisse leurs maisons et ne devienne une évidence. Ironiquement, les sorciers ont le même rapport au monde moldu que les moldus à ce qu’ils croient être le monde sorciers : ils regardent amusés comme on irait voir un magicien faire des tours à la foire. Cependant, nous n’avons pas l’excuse d’ignorer l’existence de ce monde, et ce qui n’est que logique simple et rasoir d’Ockham pour les uns est paresse intellectuelle chez les sorciers. Quel gâchis. Helen comprend, elle, et elle voit cette beauté qu’ils n’arrivent pas à saisir. « Ah ça ! Je crois que ce sont aussi les musées, les rues anciennes et les traditions moldues des villes du continent qui m'attirent. D'aucuns me traiteraient d'hérétique, mais pour moi la magie attendra à côté de la Chancellerie, de la cathédrale et du château de Tegel. Mais tu connais sûrement tout ça par cœur. Tiens d'ailleurs il y a quelque chose en particulier qui t'a attiré vers Berlin ? » Mon sourire est sincère. Certainement oui, on nous traiterait d’hérétiques, mais c’est ainsi que sont nommés ceux savent par les ignorants. Je garde cependant mon orgueil pour moi. Pourquoi Berlin ? Parce que j’avais déjà été accepté quand le retour de Voldemort a été annoncé, et que si d’autres confirmations auraient pu arriver pendant l’été, je ne voulais pas rester un jour de plus en Angleterre. « L’université a très bonne réputation. » Il s’agirait de ne pas ruiner le moment.

Vient l’évocation du Ministère, auquel Helen confirme toujours appartenir. Je crois que je l’admire, là, d’avoir su y rester malgré tout. Cette moitié de nous, c’est comme ça qu’elle en parle. Le monde magique, une moitié de moi ? Je ne sais pas, je l’ai quitté plus longtemps qu’elle. J’y suis à ma place, j’y ai passé presque la moitié de ma vie, mais je peux en partir plus facilement que je ne pourrais quitter le monde moldu, je peux effacer cette partie maintenant que j’ai mes équivalences si l’envie m’en prend, disparaître dans l’anonymat moldu… Enfin, je ne devrais pas trop y penser, je joue sur les mots. C’est une partie de moi, et ce sera toujours une partie de moi – quoique je ne l’utilise pas beaucoup, j’aime ma baguette, je suis heureux qu’elle m’ait choisie, et je suis fier de pouvoir l’utiliser. « Merlin-Merci, les choses se sont arrangées et je n’ai pas eu à en arriver là. » Après Voldemort, j’imagine que n’importe quoi peut-être un progrès, et je suis sincèrement convaincu que les choses s’arrangent maintenant… Mais il y a tant à faire encore.

La commande est passée, et elle arrive quand je m’excuse de ne pas avoir suivi. Helen est adorable. « Non, non, rien à voir avec Poudlard. Je ne vais pas te mentir, ma matière ne fait pas consensus, mais jusque là pas d’ennuis liés à ça. J’ai bien quelques têtes de mules que j’ai du coller pour absences systématiques à mes cours, excusés par leurs parents tu comprends. Et le matériel pédagogique disponible n’est pas du tout adapté... » Je ris doucement, mais ça ne cache certainement pas mon amertume. « D'ailleurs que penses-tu de l'ambiance actuellement là-bas ? Tu es satisfait de ton poste et des collègues ? Franchement, donner une place aux sciences et à la culture moldue est plus que louable et c'est quelque chose qui m'a toujours paru manquer cruellement à l'époque. Après tout, même si le monde sorcier a un petit côté empire dans un empire, comme dirait l'autre... ne pas conserver un minimum de lien via la connaissance avec ce qui l'entoure ne peut que donner un résultat pas très sain... » Cela me change certainement des conversations où je dois expliquer l’intérêt de ma matière – et c’est assez heureux. « C’est… Différent du temps où nous étions élèves. Je n’arrive pas vraiment à savoir si cela vient de moi où si tout a à ce point changé – j’imagine que c’est ce qui se passe après une guerre. Certains changements effectués étaient nécessaires en tout cas, quoiqu’en disent certaines personnes. Dans l’ensemble, ça va. A nouveau, ma matière fait je ne suis pas le professeur le plus populaires, que cela soit auprès de mes collègues, des élèves ou des parents…  Et plus, c’est assez incroyable le nombre d’anciens… enfin, tu sais… qui sont professeurs. Forcement, un né moldu qui donne des cours de sciences… Ha ! Mais c’était important. C’est important. Enfin… C’est assez compliqué, tu n’imagines pas les lacunes des sangs purs sur les sujets les plus basiques, ou même les lacunes de la recherche magique en général… Comment puis-je expliquer la composition de la matière à des élèves sans pouvoir leur dire pour la magie, alors que cela est bien sûr leur première question ? Et Weasley qui étudie les objets du quotidien, alors qu’il devrait chercher à savoir si la magie est liée à une réaction moléculaire, et si oui, laquelle… » Si cela est le cas, dans ce cas, est-ce que les réactions atomiques pourraient être considérées comme de la magie ? Ce n’est certainement pas une question que je soulèverais ici, Helen pourrait comprendre les questions qui m’animent, mais certainement pas une oreille indiscrète. « Hem. Pardon. Je trouve idiot d’avoir confié un bureau comme celui-ci à un homme qui ne sait même pas faire fonctionner la technologie la plus simple – il étudie le monde moldu sans aucune rigueur scientifique, et ce qui était une belle promesse n’est plus qu’une vaste blague. Enfin… C’est étrange de se dire que mes connaissances du monde moldu sont plus reconnues par Severus Rogue que par un homme dont le travail est de l’étudier. Mais au moins, le bureau existe, j’imagine… » Peut être qu’un jour y travailleront des gens sérieux… « Le professeur McGonagall va bien, compte tenu de son âge. Enfin, je ne suis pas certain de savoir quel âge elle a cela dit… C’est assez étrange de manger avec elle, j’ai l’impression qu’à chaque instant elle va me demander de rentrer ma chemise en me tenir droit… Remarque, la première fois que j’ai croisé Rogue dans les couloirs le soir, je ne faisais pas mon malin non plus. » Je ris et porte le verre à mes lèvres. « J’ai repris le club journal, d’ailleurs, je ne sais pas si tu le sais. Enfin, pour le coup, les élèves sont plus autonomes que ceux qui sont au club de potions par exemple, mais c’était amusant d’expliquer à un élève né moldu de deuxième année le fonctionnement de l’appareil photo magique – j’avais l’impression de me revoir il y a quelques années. Je pensais que tu aurais plutôt chercher un emploi dans le journalisme d’ailleurs, avec la plume que tu avais… »


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Helen Bladestone
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Dim 19 Mai - 21:26
La boisson tournait lentement entre les doigts d'Helen. Elle ne prêtait nulle attention à ce geste devenu une de ses nombreuses bougeottes et écoutait son ami, songeuse. Son regard si souvent papillonnant s'était fixé et, de temps à autres, le verre levé laissait couler une gorgée ou deux. Silencieuses. Soucieuses de ne pas couper les mots qui s'échangeaient.
La réputation de l'université. Oh sans doute, oui. L'institution revêtue d'une telle notoriété ne pouvait qu'avoir attiré Lemony, épris de cette autre magie qu'incarnait la connaissance scientifique. La Bladestone toutefois se doutait que d'autres motifs avaient dû le pousser à quitter Londres. Le temps et la distance nécessaires parfois à se chercher - pour se retrouver - ou à quelques épines marquant les jours passés. L'intarissable bavarde ne posera nulle question pour le coup. Il n'y avait pas à gratter, mais bien assez pour entrevoir. Un saut de la magie au monde moldu, un passage si rapide de l'autre côté de la médaille avec, si le besoin s'en faisait sentir, la possibilité de rester toujours de ce même côté avec les diplômes et talents adéquats. L'avenir le dirait. Pour l'heure cependant, elle appréciait bien cette décision de retour vers l'univers sorcier qu'avait choisie Lemony.

Elle descendit quelques dernières gorgées et fit glisser le verre au coin de la vieille table. Helen ne sait si elle veut rire jaune ou froncer les sourcils à la mention de ces quelques infatués autorisés à ne pas souffrir les cours de culture moldue. Des noms lui viendraient bien au bout des lèvres mais n'en sortirent pas et demeurèrent à leur coin, dans une cassure mutine.
Ses confidences sur la matière qu'il enseigne la touchaient. Elle y sentait comme une balance rééquilibrée, un rappel aux plus sûrs d'eux-mêmes que, tout sorciers qu'ils étaient, tant de fragments pouvaient leur manquer par ailleurs.

"Je suppose qu'il faut à certains de tes étudiants... et même à des parents... un recul philosophique important. Comprendre que la magie n'est pas tout, encore moins le sang qui la draine, et qu'il peut y avoir une élégance égale entre leurs pouvoirs et les sciences moldues... Qu'elles ont presque de quoi relever de la magie pour beaucoup de nous autres. C'est amusant, comme jeu de miroirs : ici, quelques moldus obtus ne jurant que par la science et manquant d'humilité devant ce qui peut leur échapper encore. Et là des sorciers redevenus des enfants devant tout réapprendre, devant des sciences qui doit avoir pour eux quelque chose d'aussi magique... que précisément le surnaturel pour des moldus."

Un sourire revint à Helen et elle ajouta, dans la spontanéité de la conversation, ces souvenirs de lecture qu'elle trouvait proche de la situation :

"Il y a un peu quelque chose de L'Autre Monde de Cyrano de Bergerac. Un voyageur pourtant érudit et qui se retrouve comme au premier matin, ignorant et vulnérable dans une planète qui l'avale. Avant de voir que ces univers ne seraient qu'inversions l'un de l'autre, puis plus encore étonnamment proches."

Elle s'adossa plus confortablement au siège de vieux velours et, quittant ses comparaisons Séléniennes, se raccorda à la peinture de ce nouveau Poudlard.

"Je serais émerveillée, je crois, à la place de jeunes étudiants d'une science si méconnue de certains. Il y a de la découverte d'un nouveau langage, de nouvelles terres et sans doute des ponts à pouvoir opérer avec les questionnements qu'implique la magie. Pouvoirs comme science ont un côté..." (elle chercha une image qui lui plaisait et serait éloquent) "un côté Or du Rhin, trésor radieux mais à devoir apprivoiser pour ne pas en faire le pire."

Son sérieux laissa alors place à un franc rire quand Lemony plaisanta quant à l'âge du professeur MacGonagall.

"Personne ne l'a-t-il jamais su... C'est peut-être la marque des grands sages."

Un éclat attendri dans l’œil d'Helen suivit l'évocation de jeunes élèves découvrant ce petit bijou qu'était l'appareil photo magique. Elle se revit capturer des clichés de tout et n'importe quoi - et surtout des pires bêtises qu'elle pouvait trouver - lorsque, fillette, on lui avait présenté l'appareil. Ses doigts passèrent dans ses cheveux, en un geste gêné, au compliment de Lemony quant à sa plume joueuse.

"Hmm, je n'ai jamais complètement quitté le journalisme. Je participe à une petite gazette à l'heure actuelle. Oh rien de bien méchant, nous sommes une brochette de dix, à tirer ce papier à un modeste nombre d'exemplaires. Mais on s'entretient la plume ainsi, et on essaie d'aborder avec second degré - et regard possiblement neutre au milieu de scissions si prononcées - ce qui se joue en ce moment. On fait de la pub aussi pour quelques talents locaux, comme cet auteur de tatouages magiques récemment interviewé." (un temps) "J'espère que tu nous feras naître de futurs grands chroniqueurs ! Avoir repris ce club te sied tout à fait."
Lemony Anderson
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Sam 8 Juin - 15:45

 
L'araignée
Est-il indispensable, après tout, de découvrir qui l'on est ? Et n'y a-t-il pas plus de joie à se méconnaître, et à se perdre de vue ?

Avec qui d’autre pourrais-je m’asseoir au Chaudron Baveur et discuter de l’œuvre d’un auteur moldu français du 17ème siècle ? Je souris à l’évocation du nom de l’auteur, je n’ai jamais lu ses œuvres moi-même mais j’en ai souvent entendu parler. « Oui… Sauf que c’est le même monde Helen. Il doit y avoir plus de nés moldus que de sang purs aujourd’hui dans le monde sorcier, et il y a bien plus de sang mêlés encore. C’est exactement le même monde, et il n’y a qu’une poignée de sorciers qui soutiennent qu’il y a un mur entre les deux. Les scientifiques moldus bornés dont tu parles, ils le sont en raison de siècles à faire subir à la population non magique des sorts de confusion et d’oubliettes à chaque fois qu’ils auraient pu s’approcher d’une preuve de l’existence du surnaturel – et encore, malgré cela il y a toujours des moldus pour affirmer que la magie existe, et s’ils sont perçus comme des illuminés par la société, c’est parce que les sorciers y veillent. Et quels sorciers ? Ils ne sont qu’une poignée à n’avoir aucun pied dans ce monde, et c’est leur exemple pourtant qui doit être suivi… Ce n’est pas une inversion, c’est un mensonge, un mensonge que nous raconte les vingt même familles depuis des siècles. » Je pourrais ajouter que les moldus, eux, cherchent à découvrir et à comprendre ce qui leur échappe, le monde magique ne s’est jamais donné la peine de s’intéresser correctement à leurs découvertes, je pourrais ajouter que les traditions sont rétrogrades, que les sangs purs sont des aristocrates attachés à leur confort plus encore qu’à la grandeur du monde magique lui même… Mais je ne sais qui pourrais m’entendre, ici, et je ne voudrais pas m’attirer plus les foudres d’un potentiel curieux aux idées dépassées que je ne suis certainement déjà en train de le faire.

Je l’écoute souriant quand nous revenons à Poudlard, et je lève mon verre à sa comparaison. Charmant, vraiment Helen. Elle a toujours su manié les mots, je me souviens de mon admiration pour sa plume, et de la pique d’orgueil quand elle complimentait mes articles – mais je me souviens aussi de combien j’étais penaud quand elle me conseillait une tournure objectivement bien meilleure que celle que j’avais pu choisir. « Hmm, je n'ai jamais complètement quitté le journalisme. Je participe à une petite gazette à l'heure actuelle. Oh rien de bien méchant, nous sommes une brochette de dix, à tirer ce papier à un modeste nombre d'exemplaires. Mais on s'entretient la plume ainsi, et on essaie d'aborder avec second degré - et regard possiblement neutre au milieu de scissions si prononcées - ce qui se joue en ce moment. On fait de la pub aussi pour quelques talents locaux, comme cet auteur de tatouages magiques récemment interviewé. » Ma voix déborde d’enthousiasme. « Oh vraiment ? Comment est-ce que ça s’appelle ? Je serais vraiment curieux et ravi si je pouvais obtenir un exemplaire, où est-ce que je peux me le procurer ? » En cela, j’étais bien au Chicaneur, j’ai sincère tendresse pour le journalisme, et je suis malheureux sans un journal au petit déjeuner. « Quel tatoueur avez-vous interviewé ? Je me souviens que l’un de mes premiers articles au Chicaneur était justement un entretien avec Josiah N’Da… » Passionnant à écrire, dans mes souvenirs. « J'espère que tu nous feras naître de futurs grands chroniqueurs ! Avoir repris ce club te sied tout à fait. » Je lui adresse un joyeux sourire. « Il y en a quelques uns qui ont du talent, vraiment. Et ils sont vraiment proactifs, ils proposent, ils écrivent, ils s’entraident. C’est assez beau à voir. » J’ai toujours moi-même un peu été dans ce communautarisme de maisons que le fonctionnement de Poudlard a tendance à encourager, mais c’est une chose que j’aimais déjà gamin : dans les clubs de l’école (à l’exception du Quidditch), les différents entre maison ont tendance à s’effacer. « Tiens, ta mention de Cyrano de Bergerac de tout à l’heure me fait penser que je prévois de donner un cours sur la vie dans l’espace – est-ce que tu as lu et me conseillerais de leur mettre à disposition Histoire comiques des États et Empires de la Lune ? Je ne crois pas l’avoir lu moi-même, je suis moins versé dans les œuvres fictionnelles que toi j’en ai peur. J’essaie bien de leur proposer des romans, des poèmes et des pièces dans la bibliothèque de ma classe, j’avoue que j’ai du mal à évaluer ce qui est le plus pertinent. Et autant je peux juger de l’intérêt d’un Asimov, autant je suis toujours inquiet de proposer des ouvrages mal traduits si je choisis des auteurs étrangers, ou dont je ne saurais pas expliquer la poésie pour ceux qui auraient une plume particulièrement imagée. » Il y a aussi le problème de la différence d’âge de tous mes étudiants, car rare sont les premières années à lire comme le font leurs aînés. Mon verre est fini, maintenant. « Est-ce que tu as le temps pour un second (mais ce sera mon dernier) ? Ou une prochaine fois plutôt ? »

(865 mots)
 
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Helen Bladestone
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Ven 28 Juin - 12:46
Helen sourit aux très justes nuances apportées par Lemony. Peut-être était-ce son littéraire idéalisme qui n'aidait pas toujours la jeune femme à aimer considérer de qu'il y avait de sombre et bien réel derrière les agissements de ces scientifiques moldus obtus. Ou bien le savait-elle mais n'avait-elle pas voulu en parler, prompte à glisser dans son verre et un confortable refoulement. Quoi qu'il en fut, elle acquiesça :

"Oui tout à fait, les proportions ne sont pas du tout les mêmes et la responsabilité de certains... sorciers parmi les plus sectaires change la donne. Reste que ce texte aurait de quoi appeler à s'en méfier - de ces mensonges, de ces étroitesses..."

Elle voyait très bien à quels comportements et à quels sorciers de hautes engeances se référait son ami. Cela devait sentir le vécu et produite quelques remous dans ses cours à Poudlard. Elle vissa ses coudes dans la table et, en tapotant le rebord, souffla :

"Je serais curieuse de la tête et des réflexions que se feraient ces auteurs de nos jours, et en pleine connaissance de l'existence de l'univers sorcier."

Elle partagea d'un regard sautillant l’enthousiasme de Lemony à l'évocation du journalisme - flattée de la curiosité qu'il avait à l'égard de la petite gazette. Elle écarquilla les yeux et lâcha un petit rire complice lorsque son ami mentionna Josiah N’Da. Le monde était petit et les journalistes se partageaient bien vite les idées !

"C'est lui justement ! Il faut croire que son talent n'est plus à démontrer et que son nom vient déjà aux têtes de tous les chroniqueurs locaux !" (un temps) "J'espère alors - pour nos lecteurs et pour Josiah - n'avoir pas trop fait redite entre les deux entretiens. Il faut que je m'enquière de celui qu'il a donné dans le Chicaneur, j'ai raté cela... Ou ma mémoire m'a fait défaut."

A l'époque, elle n'avait peut-être pas prêté attention aux activités de Josiah, occupée à d'autres déboires au Ministère et pas assez concentrée pour garder en tête tout ce qu'elle lisait - ou presque. Qualité fort utile dans ses études mais qui semblait l'avoir quelque peu délaissée depuis, rouillée par d'autres routines. Au moins, elle décelait à présent une bonne occasion de replonger dans les anciens numéros de multiples revues et de rattraper des heures de lecture contrariées par de mauvaises pentes au travail.

"Notre revue s'appelle Accrocs d'Encre. Je pourrais t'en expédier quelques numéros si le cœur t'en dit ?"

Réflexe professionnel : Helen tira de son sac un petit calepin et s'apprêta à demander une adresse - toutefois alors que sa main s'apprêtait à noter une autre partie d'elle préféra demander dans l'élan enthousiaste des retrouvailles :

"A moins qu cela ne nous donne une bonne raison d'une prochaine rencontre ?"

A propos de rencontre, se dit-elle à part-soi, elle ne serait pas mécontente de retourner user ses chausses sur les lieux de ses études, à la rencontre des élèves actuels de Poudlard et - qui sait - de quelques vieilles connaissances ? Helen guettait un événement à couvrir ; une occasion susceptible de lui permettre d'entrer sous la casquette journalistique ; de demander une autorisation de visite. Poudlard continuait d'exercer sur elle une fascination qui ne l'avait jamais abandonnée et elle se surprit, un instant, à se demander quels changements et quelles permanences seraient observables d'une génération à l'autre.
Quoi qu'il en fut, elle eut la satisfaction d'entendre vanter le travail des apprentis journalistes et partagea la satisfaction émue de Lemony. Elle le revit plusieurs années en arrière, à leur place, toujours prompt à creuser de nouveaux sujets, à ciseler chaque enquête toujours enrichie de son goût pour l'exactitude et les références de tous bords. L'évocation de leur entraide tout particulièrement lui tira un sourire sincère.

"L'entraide. Eh bien en ces temps-ci voilà le plus beau."

Elle retrouvait derrière la description de Lemony l'ambiance du club qu'elle avait connu. Havre de solidarité et d'émulsions intellectuelles pour le moins salutaire. Que cela demeure était à savourer. Avant toutefois que de plonger pleinement dans cette sorte de rêverie teintée d'inquiétude, son ami eut la riche idée d'interroger - fidèle à lui même et à son envie de toujours compléter de livresques collections - la présence d'auteurs moldus tels que Cyrano dans les rayonnages et mémoires des jeune étudiants e Poudlard.
Elle carra les épaules et se redressa d'un petit bond sur son siège, comme sortant de la rouille passagère du passé ramené à ses pensées. Elle réfléchit quelques instants, la tête légèrement roulée contre sa poitrine et la bouche derrière ses doigts croisés.

"Oui... Oui je crois qu'un cours sur l'espace aurait de quoi en intéresser plus d'un ! Aussi bien pour les découvertes scientifiques qu'il porte que pour les réflexions philosophiques que ce sujet a toujours véhiculé. L'espace apprend tout à la fois la curiosité, l'humilité... et l'inventivité - il en faut bien, ainsi qu'une bonne dose d'audace, pour poser de nouvelles hypothèses devant les infinis. Les États et Empires de la Lune, oui, ce serait un beau support de réflexions. Pourquoi pas aussi le roman spatial de Lucien de Samosate..."

Elle s'interrompit à la proposition que Lemony fit d'un dernier verre.

"Oh ! Eh bien allons-y, le dernier ! Il arrosera cette recherche d'ouvrages moldus."

Elle tira de quoi payer cette fois-ci leurs deux boissons en match retour et s'en revint aux questions littérairement techniques :

"Je peux d'aventure te conseiller les traductions les plus réussies des ouvrages qui t'intéresseront. Quant aux images dont ces poètes ne se privent pas... il faudrait c'est sûr un cours de littérature pour ce pan-là de la chose. Oh cela dit, j'y pense, certaines éditions sont annotées. Je dois pouvoir farfouiller à la librairie où je bosse pour dénicher cela !"

Aussitôt dit, aussitôt noté dans un coin d'une page déjà bien noircie du petit calepin qui gisait encore au coin de la table.

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