Gant de velours [Carys & Moira]
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Moira A. Oaks
Juliette effarée
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Ven 1 Fév - 16:35





octobre 2003

- Vous êtes en train de me dire que vous êtes incapable de me confirmer si le remonteur de temps a été utilisé ou non ?
L’Auror en face d’elle passe une main dans ses cheveux, tic ô combien masculin que Moira décrypte toujours comme le plus évident des aveux de faiblesses. Sa gêne est si palpable qu’il lui faut convoquer toute sa patience pour ne pas l’accabler plus qu’il ne l’est déjà. Les secondes de silence s’étirent, cruelles compagnes qui attisent d’autant plus la colère de la juge.
- Eh bien ?
L’homme parvient presque miraculeusement à revenir croiser son regard avant d’avouer :
- Oui.
Claquement de langue. L’irritation de la magistrate tend les doux traits de son visage, creuse les rides qu’elle n’aime pas voir s’installer au coin de ses yeux. Elle siffle, désabusée :
- Vous vous rendez compte que toute l’affaire repose sur cet élément précis ?
- Nous n’avons pas encore pris le temps d’étudier cet élément en profondeur. Nos équipes sont débordées…
Mais elle l’arrête d’un geste.
- Vous êtes conscient que le procès a lieu dans une semaine ? Vous comptiez vous renseigner quand ? La veille ?
L’Auror baisse à nouveau les yeux et Moira soupire. Elle sait à quel point ses équipes sont sous pression. Elle voit comme tout le monde les cernes qui assombrissent leurs regards. Mais elle ne peut tolérer de telles erreurs sans quoi tout le département serait à la dérive en deux semaines.
- Ecoutez, Isaac… Je sais que vous êtes surmenés. Et je sais que vous essayez de faire au mieux. Mais vous comprenez bien que nous ne pouvons pas nous permettre le moindre amateurisme, en particulier sur ces dossiers-là.
- Oui, madame. Pardonnez-moi…
Une respiration, un dernier soupir, et Moira rassemble les papiers pour rendre la pochette à l’enquêteur. Il la récupère et ajoute précipitamment :
- Voulez-vous que je me renseigne pour le remonteur de temps ?
- Non, je m’en charge. Je devais passer voir Rosier de toute manière. J’en profiterais pour faire examiner cela. Terminez ce que vous avez à faire.
- Très bien. Mais il me semble que monsieur Rosier n’est pas au Ministère aujourd’hui. Vous devrez peut être vous adresser à une autre Langue de Plomb.
- Merci de me prévenir. Nous verrons bien…
L’homme fait un signe de tête avant de se diriger vers la sortie, quand la voix de sa supérieure l’arrête soudain :
- Isaac ?
Il manque de sursauter et se retourne, la main encore sur la poignée de la porte.
- Faites-moi plaisir : prenez votre soirée, et revenez après une vraie nuit de sommeil.
Un sourire timide écarte les lèvres du jeune homme alors qu’il glisse en partant :
- A vos ordres, madame…
Ils échangent un dernier regard avant que la porte ne se referme.

Les doigts de la Présidente-Sorcière jouent distraitement sur le métal scintillant du retourneur de temps dans l’ascenseur de l’Atrium qui la mène au neuvième et dernier étage du Ministère. Ces petits objets ont toujours inspiré chez Moira une certaine fascination sans qu’elle n’ose jamais tenter elle-même l’expérience de leur pouvoir. Mais d’autres sont bien moins frileux qu’elle les concernant. Elle ne connaît que trop bien l’attrait qu’ils peuvent susciter, pour avoir épousé il y a des années de cela un de leurs plus fervent admirateurs…

Alors qu’elle pénètre dans le Département des Mystères, la magistrate se fait happer comme chaque fois par l’ambiance si particulière des lieux. Il règne ici comme une menace permanente, une voix pernicieuse qui sifflerait par-dessus l’épaule de quiconque se risque à venir la troubler. L’ignorance est, dit-on, toujours pire que le savoir tant elle laisse l’imagination se perdre dans ses peurs les plus sombres. Comme de nombreux sorciers, Moira aimerait parfois découvrir ce qui se trame entre ces murs. Mais comme d’encore plus nombreux sorciers, une part d’elle est heureuse de laisser ces « mystères » à d’autres âmes que la sienne.

Ses pas se font moins rapides à mesure qu’elle se rapproche. Le silence qui règne dans tout l’étage n’aide pas à la mettre à son aise, et c’est finalement avec un soulagement non feint qu’elle finit par tomber sur le visage angélique de la jeune Carys Vaughn. Immédiatement, sa démarche se fait plus assurée et elle lance à son intention :
- Mademoiselle Vaughn ! Je suis heureuse de vous voir.
Elle parcourt les derniers mètres qui les sépare, un sourire chaleureux adoucissant les traits de son visage.
- J’aurais besoin de votre expertise, dit-elle avec un regard complice.
Elle lui tend le retourneur de temps et demande :
- Vous est-il possible de savoir si ce retourneur de temps a déjà été utilisé, par hasard ? C’est une pièce maîtresse d’un procès important qui doit avoir lieu la semaine prochaine. J’ai besoin de toutes les informations que vous pourrez me donner sur cette petite merveille.  
Moira lui laisse quelques secondes pour se faire une première idée de l’objet qu’elle a entre les mains. Puis elle glisse, se voulant amicale :
- Comment se passent vos missions au sein de ce mystérieux département ? J’espère que cette fouine de Rosier ne vous fait pas trop de misères…

(867 mots)


©️ ACIDBRAIN
Carys Vaughn
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Sam 9 Fév - 15:50
Gant de veloursft. Moira A. Oaks




ft. @Moira A. Oaks

Épuisée. La jeune femme était au bout du rouleau, sentant presque la fatigue faire palpiter ses doigts. Elle avait passé la nuit dans son bureau, à lire, relire, et ré-examiner ses manuels, essais et toutes les ressources possibles et inimaginables sur les enchantements celtes, tout en les testant à l’occasion sur l’artefact magique qu’elle souhaitait libérer. Ce dernier semblait bloqué par plusieurs sortilèges qui empêchaient son tout pouvoir de se dévoiler, ce qui contraignait l’avancée de son projet. C’était une couronne de bois qui permettait, si Carys avait bien compris tout ce que le druïdique dans son manuscrit expliquait, de faciliter les échanges avec un objet pensant lorsque porté. Sa dernière découverte de force au département étant un de ces objets pensants, sur lequel elle ne pouvait rien déclarer de plus, qu’elle avait tant de difficultés à libérer et contrôler de par sa force mentale absolument caduque, Carys s’était prise à espérer que cette couronne de bois serait l’objet miracle…

Elle n’était pas certaine que Rosier approuve de cette nuit perdue à s’exercer sur un outil secondaire, plutôt qu’à renforcer ses propres capacités afin d’y arriver par elle-même, mais c’était toujours un bonus pour le Département si cette couronne était bel et bien libérée de ses maléfices, pas vrai ? Aussi avait-elle passé la nuit ici, puis la journée entière, à retourner sa baguette dans tous les sens, à envisager contacter un spécialiste de la magie par bijoux ou autre breloques, avant de finalement se dire que là, ça ferait un peu beaucoup trop d’outils secondaires pour pouvoir être fière d’avoir résolu ce projet. Elle voulait y arriver, d’elle-même, quitte à y passer des heures, des jours, des nuits.

Seulement, à entendre son ventre grogner, Carys allait peut-être devoir s’absenter quelques instants pour se sustenter, au risque autrement de s’effondrer sur son plan de travail. Là, c’était certain, il n’y aurait absolument rien de quoi être fière. Elle papillonna des yeux autour d’elle et croisa le regard de son collègue, qui semblait s’être endormi sur sa chaise. Elle s’approcha tout doucement, afin de l’encourager à rentrer chez lui, lorsqu’il releva subitement les paupières :

- Je ne dors pas !

Carys eut un petit rire et leva les mains en l’air :

- Je n’ai rien vu, monsieur l’auror !

Son collègue s’autorisa un sourire en réponse puis, le corps lourd, se redressa tant bien que mal. Un bâillement lui échappa et Carys dût se faire violence pour ne pas le suivre dans un étirement salvateur. Si elle s’adonnait aux premiers signes de sommeil, elle ne tiendrait jamais une nouvelle nuit. Il lui faudrait peut-être d’ailleurs passer dans le bureau des soins, piocher dans quelques potions d’éveil…

- Je vais passer au réfectoire prendre quelques snacks à manger avant d’enchaîner sur la nuit, tu veux que je t’en remonte ? On prendra une petite pause dans la salle d’à côté, suggéra alors le vieil homme avec un sourire amical.

La jeune femme eut presque envie de lui sauter au cou - vraiment, la fatigue lui faisait perdre toute bonne mesure. Elle se contenta d’un grand sourire ravi et hocha la tête, tout en fouillant dans une poche de sa robe à la recherche de quelques mornilles.

- S’ils ont un sandwich au jambon et à la moutarde, je prends ! Et sinon, le menu du soir, je ne suis pas compliquée… Mais je veux bien un dessert avec ça, je meurs de faim !

Il acquiesca, prenant notes mentales de sa commande, et dans de grands mouvements souples fit les quelques pas qui le séparaient de la sortie. Carys le regarda s’éloigner, hésitant à aller faire quelque pas dans les grands couloirs pour se dégourdir un petit peu les jambes, se décraquer le dos, bref, prendre l’air ! Enfin, pas que les couloirs de son département soient des plus agréables pour faire sa balade quotidienne, mais la jeune femme y trouvait malgré tout un réconfort particulier. Ils étaient ici, après tout, tous passionnés par les mêmes choses : l’inexplicable, l’inexpliqué. Avant de sortir toutes fois, elle prit garde à ranger les ouvrages sur son bureau d’un large coup de baguette, mettant divers plis aux pages qui l’intéressaient, et les manuscrits s’empilèrent alors de maniere organisée. Elle couvrit la couronne de bois d’un léger voile protégé magiquement, au cas où elle réagisse au passage de quelqu’un, et par bonne mesure, rajouta un petit sortilège d’alerte sur le voile, qui l’avertirait immédiatement s’il était déplacé. Bien ! Avec cela, il n’y avait aucun risque à sortir.

Carys referma soigneusement la porte derrière elle et se laissa guider par ses pas vers le couloir principal, plutôt large, bien que toujours étrangement oppressant. Elle préfère nettement son bureau, où se trouvent entassés tout leur matériel, leur recherche et surtout, leurs éclats de rire, rendant l’endroit bien plus sympathique. Elle fronça des sourcils en entendant le claquement de pas sur le sol carrelé du département, surprise. Son collègue était-il déjà de retour ? Non, c’était des talons qu’elle entendait. La jeune femme n’eut pas le temps de se questionner bien davantage, la figure assurée de la cheffe du Magenmagot se détacha subitement de l’obscur des couloirs.

- Mademoiselle Vaughn ! Je suis heureuse de vous voir.

Carys eut un petit sourire, d’une part surprise que la jeune femme l’ait replacée aussi rapidement, mais aussi légèrement moqueuse de voir que son département et sa particulière ambiance semblaient même marquer une dame aussi forte.

- Madame, bienvenue dans cette forteresse de bonne humeur ! Que puis-je faire pour vous ? s’enquit-elle alors que la magistrate comblait l’espace entre elles.

Sa supérieure annonça avoir besoin de son expertise, en lui tendant un retourneur de temps. Carys ne put s’empêcher de froncer les sourcils : elle n’avait pas vraiment le temps pour ça, mais devait s’imaginer que le cas était compliqué si les aurors n’avaient pas été à même de s’en charger… et sûrement particulièrement important, pour que la haute magistrate vienne à se déplacer elle-même. Difficile de refuser. Moira confirma qu’il s’agissait effectivement d’une pièce à conviction pour un procès d’importance - elle souhaitait savoir s’il avait déjà été utilisé. Heureusement, ces manipulations faisaient part des notions de bases à tout langue-de-plomb, et sauf cas extraordinaire où l’utilisateur du retourneur de temps était des plus expérimentés, le petit artefact magique se livrait assez facilement aux mains agiles.

- Je vais regarder ça, j’aurais quelques manipulations à faire mais ça ne devrait pas poser trop de soucis.

Carys le saisit avec attention, quittant la magistrate du regard pour se focaliser uniquement dessus. Il était assez rare de trouver des retourneurs de temps en pleine nature, à présent - entre leur destruction massive lors de la bataille de 96 et les lourdes législations entourant l’objet, ce petit bijou devait avoir circulé dans le marché noir ou bien être resté au chaud dans un coffre de sang-pur pendant de longues années. Elle observa attentivement les décorations de l’objet, à la recherche d’un quelconque indice sur sa provenance, avant de se concentrer sur son utilisation, ou non. Rien que de le tenir en main, la jeune femme pouvait presque le sentir vibrer, dans l’attente d’être utilisé. Elle s’apprêtait à tenter quelques petits informulés - sait-on jamais, la fatigue aurait pu propulser ses capacités et elle serait alors capable de manipuler un retourneur de temps sans baguette, beau retour de situation sur cette foutue difficulté en occlumancie non ? - lorsque Moira engagea la conversation :

- Comment se passent vos missions au sein de ce mystérieux département ? J’espère que cette fouine de Rosier ne vous fait pas trop de misères…

Carys releva les yeux avec un sourire fatigué :

- Je ne peux pas vous en dire trop, vous vous doutez bien, mais je suis tombée sur un projet qui me donne bien du fil à retordre… Enfin, je préfère cela que d’enchaîner les projets sans me pousser personnellement.

Se pousser personnellement, ça, la jeune femme savait s’y donner. Depuis sa découverte, elle s’était lancée tête baissée dans un accompagnement avec Rosier, et Merlin seul savait jusqu’où cet homme était capable de la pousser et, surtout, jusqu’où elle serait capable de se rendre pour lui. Il exercait une fascination assez étrange sur la jeune femme, comme tout précepteur ou maître qu’elle ait jamais eu. Elle admirait le savoir, l’intelligence, la curiosité extrême, et Rosier manipulait les trois avec un savoir faire qui la laissait pantoise.

- Contrairement à ce qu’on peut imaginer, Rosier est étrangement très impliqué, se contenta d’adresser Carys, avec un sourire discret.

Elle ne pouvait évidemment pas en dire trop, mais l’envie lui démangeait d’expliciter combien son supérieur, malgré tout, savait piocher les âmes et projets intéressants et les poncer peu à peu. Peut-être pas aussi humainement, aussi logiquement que Moira pouvait l’être avec ses propres équipes, c’était certain, mais impliqué, oui.

- Si vous avez quelques instants, vous voulez bien me suivre jusque dans mon bureau ? Je n’ai que quelques manipulations légères à lancer, et si tout se passe bien vous pourrez remonter immédiatement avec toutes vos informations… Si cela s’avère plus compliqué que prévu, je vous enverrai un rapport demain, je ne vous retiendrai pas davantage, suggéra-t-elle alors en indiquant les portes vertes quelques pas derrière elles. Évidemment, je compte sur vous pour ne pas laisser votre regard trop traîner, ajouta-t-elle avec un petit clin d’oeil.

Elle fit alors les quelques pas qui les séparaient de son bureau, ouvrit grand la porte et vérifia rapidement que rien de compromettant ne traînait. En se rendant vers son plan de travail, Carys ne put s’empêcher de questionner davantage la magistrate sur le projet :

- Si ce n’est pas trop indiscret, pouvez-vous m’en dire davantage sur l’affaire ? Cherchez-vous des dates précises ? Je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper que ce retourneur de temps a déjà été utilisé, oui, il vibre beaucoup trop de chaleur magique pour qu’il en soit autrement. Peut-être que si vous avez des informations précises à transmettre, il me sera plus facile de vérifier si cela s’infirme ou se confirme ?

Carys entreprit de déposer le retourneur de temps sur un coussin, précautionneusement, ne cherchant ni à le rayer ni à le dérouter, et fit rouler sa baguette entre ses doigts, hésitant par quel bout commencer. Elle finit par murmurer tout bas une formule rapide. Un premier sortilège, cherchant tout de même à confirmer définitivement qu’il ait été utilisé, se déroula en un long fil blanc de sa baguette et vint délicatement se refermer sur le petit outil, qui se mit à clignoter de toutes les teintes de bleu.

- Effectivement, il a bel et bien été utilisé, et au vu de la myriade de bleu, dans les derniers trois mois. Cela vous aide-t-il déjà ?

Elle releva la tête vers Moira et lui adressa un sourire doux, sentant toujours le bout de ses doigts picoter. Quand est-ce que son collègue allait revenir avec son sandwich, par Merlin ?


1808 mots



   

Nid wy'n gofyn bywyd moethus,
Aur y byd na'i berlau mân:
Gofyn wyf am galon hapus,
Calon onest, calon lân.
Moira A. Oaks
Juliette effarée
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Jeu 14 Fév - 0:39





octobre 2003

L’ambiance si singulière du département des mystères a toujours fait naître chez Moira des sensations étranges, comme une impression de petitesse face à l’immense ignorance qu’on découvrait ici. Il est ainsi toujours rassurant pour elle de trouver une présence bienveillante entre ces murs, en particulier quand elle possède un visage aussi charmant que celui de Carys Vaughn. Aussi pétillante que le souvenir qu’elle lui a laissé, la jeune langue de plomb sourit à son approche, se permettant même quelques traits d’humour qu’on trouve rarement parmi ses homologues. Les plaisanteries de Rosier sont souvent plus… incisives.

Alors qu’elle lui tend l’objet de sa visite, Moira observe avec attention les traits de la jeune femme, soucieuse d’y trouver le moindre froncement qui lui indiquerait que la tâche sera complexe, risquée, ou trop ardue pour être achevée en quelques jours. Les secondes qui s’écoulent voient son rythme cardiaque s’accélérer légèrement à l’idée de perdre l’élément central de son accusation, et d’ainsi permettre au sorcier enfermé sous bonne garde au département de la justice de réussir à lui filer entre les doigts en plein procès. Elle ne supporterait pas un acquittement supplémentaire faute de preuves suffisamment solides. Un complice de la cavale de Lestrange est déjà sorti libre du Ministère il y a trois jours. Mais celui qu’elle tient aujourd’hui est accusé de faits beaucoup plus graves. Menaces de morts. Séquestration. Meurtre. Et dissimulation de preuves via l’utilisation de ce fameux retourneur de temps. Si elle peut prouver que ce dernier a été utilisé il y a deux mois, date de la disparition de plusieurs dépositions accablantes de témoins concernant le sorcier, la raison de sa présence illicite le même jour dans les locaux mêmes du département de la justice devient évidente. Cela assurerait Moira de le coincer pour de bon et de lui envoyer un ticket première classe pour Azkaban. Le suspens se maintient un moment avant que mademoiselle Vaughn ne la libère de son inquiétude.
- Merveilleux… Faites donc, je vous en prie.

Alors que la jeune langue de plomb commence à s’afférer, Moira se permet rapidement de rompre le silence, formée au jeu des discussions mondaines qui lui a appris à ne jamais laisser les blancs s’installer trop longtemps, d’autant qu’elle n’a que rarement l’occasion de parler aux protégés de Rosier sans que son œil ne les lorgne au loin. La question demeure pourtant dépourvue de toute intention voyeuriste, la magistrate n’étant pas du genre à fouiner là où son flair n’est pas requis, et encore moins dans un lieu comme celui-ci. Toujours respectueuse des statuts, et tout particulièrement pour celui des langues de plomb pour lesquelles elle conserve une admiration sans borne, elle ne s’essayera jamais à leur faire dévoiler les secrets qu’ils ont juré de garder. D’autant que les sombres questionnements dans lesquelles ils se perdent lui ont toujours inspiré une fascination teintée d’effroi qui l’a toujours gardée à bonne distance. Le regard de Vaughn se lève vers elle, malicieux bien qu’un peu rougi. Courte nuit peut-être ? Elle ne semble pas avoir les traits peinés.  
- Oh ! Rassurez-vous, j’ai bien assez de mystères à élucider dans mon propre service pour ne pas m’infliger la complexité des vôtres. Vous n’avez pas à craindre mon indiscrétion sur ces sujets.
Le sourire de la magistrate s’élargit plus encore quand la jeune femme évoque ce cher Rosier. Moira regarde négligemment quelques aspérités dans le mur alors que son esprit se perd dans les souvenirs qu’elle a avec l’énergumène. Attraction étonnante. Magnétisme inexplicable. Il y a longtemps qu’elle ne cherche plus à s’expliquer comment cet homme s’y prend pour ne pas la rebuter, lui qui conserve fichés à son âme bon nombre de défauts qu’elle considère souvent rédhibitoires. Mais ses noirceurs n’enlèvent rien à sa sournoise élégance et au plaisir qu’elle trouve toujours à écouter son verbe. Elle sait considérer Archibald comme un ami, bien qu’elle ne soit jamais certaine que cela soit une bonne idée.
- Son implication n’est pas si étrange que cela pour qui le connaît bien. J’ai rencontré Archibald sur les bancs de Poudlard. Il n’a jamais fait dans la demi-mesure, quelle que soit son occupation. Je ne doute pas du fait qu’il soit un bon mentor, pour peu qu’on désire suivre les mêmes chemins que lui.
Elle lance un sourire entendu à la langue de plomb avant de lui emboîter le pas quand elle prend la direction de son bureau.
- Œil discret et lèvres closes, je vous le promets, glisse-t-elle en entrant à sa suite.

Carys s’avance jusqu’à son bureau, et s’enquiert de la raison d’une demande si pressée. Moira s’attendait bien évidemment à ce que la question vienne, pour la même raison qu’elle n’a pas tu ses propres interrogations. Son rictus se fait presque espiègle alors qu’elle regarde avec attention les gestes mesurés de la jeune femme sur le retourneur de temps.
- Vous savez que je suis tenue aux mêmes secrets que vous et que je devrais me passer moi aussi de vous fournir les détails de l’affaire. Mais pour vous donner une idée, nous soupçonnons un sorcier d’avoir utilisé ce retourneur de temps pour dissimuler des preuves l’incriminant dans une sombre histoire que je me ne permettrai pas de raconter ici afin d’être acquitté faute de preuve lors de son procès qui doit se tenir la semaine prochaine. Des dépositions de témoins ont mystérieusement disparu du jour au lendemain au département de la justice, et nous avions mystérieusement retrouvé cet homme dans les couloirs mêmes du Ministère, cette petite merveille dissimulée dans le fond de sa poche. Il nous soutient depuis ce jour-là que ce retourneur de temps est dans sa famille depuis trois générations et qu’il n’en a jamais fait usage. Je veux mettre sa défense à l’épreuve et savoir en premier lieu si cet objet n’a en effet pas été utilisé depuis assez longtemps pour l’innocenter.
Elle suit des yeux les gestes méticuleux de la langue de plomb qui font jaillir de sa baguette un fin filament blanc donnant à l’objet de scintillantes couleurs bleues. La vision a quelque chose d’hypnotisant qui laisse la magistrate admirative quelques secondes, de sorte que ce soit la jeune experte qui la sorte de sa torpeur.

Le soulagement qui s’empare immédiatement de la poitrine de la juge se diffuse lentement dans tous ses membres comme la chaleur d’un délicieux alcool. Ses traits s’illuminent, perdant leur dureté pour laisser place à une expression déjà sincèrement reconnaissante. Sa voix soupire :
- Oh oui… Cela m’aide beaucoup. L’utilisation présumée de ce retourneur de temps daterait de deux mois, le 3 août plus exactement. Cela colle-t-il bien à vos premières observations ? Je ne sais pas s’il est possible pour vous découvrir l’identité de son dernier utilisateur. Cela nous fournirait un argument inattaquable.
Elle manque d’ajouter une autre phrase, mais cette dernière s’évanouit soudain dans le fond de sa gorge quand les souvenirs d’années qui lui semblent étrangement lointaines se rappellent à son esprit avec une vivacité terrible. Le visage d’une autre femme se dessine brutalement, le regard perçant, les lèvres charnues, la chevelure sombre… Il y a plusieurs années, Yolanda Yeabow est parvenue à s'en tirer dans des circonstances semblables à celles qui préoccupent Moira aujourd'hui. L'affaire a fait grand bruit et surtout, les rumeurs n'ont pas mis longtemps à courir au Ministère, rappelant que la jeune Carys Vaughn n'était autre que la belle-fille de Yeabow. Moira se souvient de son visage juvénile et de certains regards jetés à sa belle-mère, des regards qui l’ont tant marquée qu’elle pourrait en décrire toutes les nuances aujourd’hui encore. Depuis toutes ces années, l'affaire Yeabow demeure un terrible regret dans la carrière de la juge, celui des affaires qu'elle voulait gagner, qu'elle devait gagner, et qu'on lui a volées juste sous son nez.

Quelques secondes passent sans qu’elle ne dise rien, perdue dans ses impressions qui se chamaillent et font buter ses mots derrière ses lèvres closes. Ses yeux d’aimantent alors à ceux de la jeune femme comme pour lui demander une permission tacite, et elle ajoute finalement, comme une main tendue qu’elle ne l’obligera pas à prendre :
- Je m’en voudrais trop de devoir laisser filer un autre criminel de guerre.  

(1363 mots)

©️ ACIDBRAIN
Carys Vaughn
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Dim 24 Fév - 18:41
Gant de veloursft. Moira A. Oaks




ft. @Moira A. Oaks



La jeune femme releva un sourcil intéressé lorsque la magistrate lui confia avoir connu Rosier sur les bancs de Poudlard. D’imaginer son patron, son mentor, suivre un cursus aussi rigide, fréquenter les masses d’élèves, lui paraissait presque inconcevable et, s’il ne lui avait pas fallu se concentrer sur le retourneur de temps entre ses mains, Carys se serait bien laissée aller aux confidences. Tout ce qui pouvait l’aider à créer une image complète de Rosier était la bienvenue, et le regard aguisé et entendu de son aînée lui laissait à penser qu’elle savait bien des choses sur ce cher monsieur. Enfin, l’heure était à travailler, et pour que la magistrate descende d’elle-même lui demander de l’aide, ce travail se devait d’être rapide et efficace.

Carys fut agréablement surprise que Moira se permette de lui révéler quelques détails concernant l’enquête. Bien qu’elle commence en lui indiquant qu’elle ne pouvait pas trop lui en dire, la jeune langue-de-plomb trouva son récit plutôt révélateur et apprécia cette ouverture. Il était bien plus évident de tirer ce qu’il fallait de ces objets magiques lorsque l’on savait exactement quoi chercher, et certains aurors étaient si friands du secret professionnel qu’ils s’en tenaient à un ‘donne-moi tout ce que tu trouves, je ne peux rien dire’ que cela en devenait cauchemardesque. Alors comme cela, un imbécile avait cru pouvoir voler le département de la justice et s’en tirer indemne ? Carys retint un sourire moqueur. Si même son père n’avait pu survivre à se mêler des affaires de la justice, comment un pauvre inconnu aurait pu s’en extirper, elle se le demandait.

- Il faut avouer qu’il savait au moins quoi dire pour s’en tirer : vous savez comme moi que les retourneurs de temps sont d’une rareté précieuse, et suite à la disparition de notre… Carys s’interrompit d’une petite toux, peu certaine que cette information soit publique, et préféra se reprendre : enfin, les seuls qui demeurent encore dans le cercle magique anglais sont ceux qui ont effectivement été hérités. Logique, donc, l’argument du coffre familial. Malheureusement pour lui, nous sommes plus fûtés que cela, se permit-elle de déclarer avec un petit clin d’oeil.

Suite à quelques manipulations, la jeune femme releva la tête et aperçut le soulagement non feint de la magistrate lorsqu’elle lui annonça que le retourneur de temps avait été utilisé dans les trois derniers mois. Son sourire doux s’agrandit en un sourire satisfait : elle était toujours heureuse de savoir que sa formation ne servait pas qu’à des découvertes obscures mais aussi parfois à participer à l’effort de justice. Sans aucun doute regret qui lui pesait depuis la débâcle de son père, de sa mort, l’idée d’être insuffisante, inutile, de ne pas peser dans la balance de la justice, de la droiture. Ça la hantait, parfois, d’être enfermée là, à enquêter sur l’obscur, à laisser son âme s’affronter avec une entitée magique, pensante, vivante, à se réfugier dans l’immatériel - et pourtant, elle savait si bien qu’elle n’aurait pas supporté plus longtemps de faire partie des forces actives. Cet entre-deux, alors, cet éclat parfois, d’aide utile, d’aide active, cela lui faisait du bien.

Moira lui indiqua alors la date précise du 3 août, et Carys se concentra à nouveau sur l’affaire. Il allait être un peu plus compliqué de déterminer une date aussi précise, mais avec un peu de patience, elle pourrait même peut-être remonter jusqu’à l’heure du crime. Quand à l’identité de l’utilisateur, voilà qui était plus piégeux. À moins d’avoir laissé une forte trace identitaire, il était assez rare de retrouver l’utilisateur précis. Seulement, si le suspect ne mentait pas, et que le retourneur de temps était bien un héritage, sa trace devrait se fondre dans celles de ses prédécesseurs et ne pas y faire de tâche. Si elle arrivait à faire coïncider les numéros d’origine, la famille possédant l’objet, et l’absence de tâche suspecte dans les traces, elle pourrait tout du moins fortement admettre que ça soit lui. S’il mentait, il détonnerait fortement dans les traces de passage laissées sur le retourneur : plus difficile alors de prouver que c’est bien lui, mais elle était certaine qu’en fouillant un peu dans les archives elle retrouverait des situations similaires. Enfin, déjà, il lui faudrait trouver le fabriquant, les numéros d’origine et de suivis, un petit travail d’inspection venait à s’ajouter à la charge. Bref, cela lui prendrait un peu plus de temps que prévu, mais cela devrait se faire. Consciente qu’il ne fallait jamais rien promettre, la langue-de-plomb se contenta d’afficher un air rassurant :

- Le 3 août est bel et bien inclus dans la marge de suspiçion que pose mon sort préliminaire. Je ne vous promets rien, mais je ferai au mieux pour délimiter le plus justement possible l’utilisation réelle du petit bijou. Pour son identité, encore une fois, il m’est difficile - non, même impossible de vous donner l’utilisateur certain, je suis navrée. Seulement, je devrais pouvoir délimiter des cas de figure qui tendraient à 90% vers un individu précis, ou un groupe précis. Associé à votre propre preuves et arguments, j’espère que cela vous sera suffisant, conclut-elle.

La magistrate demeure pensive face à ces déclarations et quelques longues minutes de silence flottent entre elles. Carys la sent quelque peu agitée, ses yeux un peu troubles, mais ils finissent par se planter en elle. La jeune femme sent son dos se redresser, subitement tendu, et son cerveau part en une dizaine de looping alors que les prunelles de la magistrate semblent s’adoucir, comme si elles cherchaient à la mettre en confiance. Que se passait-il ? La phrase qu’elle lâcha alors sembla tomber comme un couperet sur Carys, qui se sentit osciller, presque sonnée.

- Je m’en voudrais trop de devoir laisser filer un autre criminel de guerre.  

Elle voulut aussitôt détourner le regard, mais ne parvint pas à se détacher des yeux calmes de la magistrate. Carys s’autorisa seulement un soupir, alors que son cerveau carburait à toute allure. Pourquoi diable Moira Oaks se rabaissait à lui parler de cela ? Il y en avait eu, des rumeurs, à son entrée au Ministère. D’un côté, le poids de son père, son héritage, la confiance des gens en sa personne, de l’autre, leur incompréhension face au mariage avec Yeabow, les doutes qui pesaient sur cette figure bien placée, les témoignages de ceux qui l’avaient vu s’impliquer auprès du côté des criminels. Et Carys, au milieu de ces deux figures, trop fortes, trop imposantes pour elle, qui avait entendu les gens murmurer, d’autres ricaner, certains lui tendre les bras. C’était affaire commune, les rumeurs, dans les bureaux. Mais la magistrate, faire référence à cela ? De manière aussi détournée ? Cherchait-elle à lui reprocher son association à Yeabow ? Soupçonnait-elle son père d’avoir ‘laisser filer’ son épouse ? Était-ce pour cela qu’elle était descendue, d’elle-même, appuyer là où cela faisait mal ?

Non.

Impossible.

Moira ne pouvait être de ces gens-là, il radiait d’elle quelque chose de beaucoup trop juste, trop droit, pour avoir recours à ce genre de sous-entendus mesquins. Et son regard, son regard était beaucoup trop limpide, beaucoup trop clair pour cacher des attaques personnelles. Alors, quoi ? Cherchait-elle à lui tendre la main ? L’inciter à se confier ? Que savait-elle exactement ? Carys craignait terriblement d’avouer quelque chose, quoique ce soit qui mette Yolanda en périls ou, pire encore, qui détruise la mémoire de son père. Yolanda, après tout, lui avait bien signifié, lors de ce matin terrible de cris et de crachats mesquins ; elles n’étaient pas une famille. Alors, peu importe qu’elle tombe, elle. Mais son père ? Jamais. Pourtant, elle-même s’était détournée de lui, lorsqu’elle avait appris son acte.

Merlin, que faire ?

Carys cligna des yeux, brisant le contact visuel et reprit une observation faussement attentive du retourneur de temps. Elle le manipula, dans tous les sens, sans vraiment effectuer une quelconque analyse, juste pour s’occuper, se donner consistance.

- Il n’y a rien de pire que de voir des coupables échapper à leur justice, murmure-t-elle alors, comme si ces mots lui avaient été arrachés.

Il fallait l'avouer, ses pensées s'étaient davantage tournées vers les meurtriers de son père que sa marâtre, mais Moira penserait peut-être le contraire, pas vrai ? Comment enchaîner, alors ? Que dire, après cette phrase, à moitié aveux, à moitié indécision ? D’un geste, elle agita sa baguette pour commencer plus sérieusement à travailler : elle attira une archive sur le dépistage d’horaires précis, elle lança un sort de première inspection, et garda le silence quelques longues secondes avant de reprendre, tout en s’affairant :

- J’ai longtemps eu foi en le système judiciaire, vous savez ? La droiture, la justice, l’égalité de tous face à la loi… Parfois, il est dur de voir ses principes remis en question. Elle s’interrompit quelques secondes, soupira, arrêta de faire semblant et releva les yeux droit voir Moira : Je ne suis pas toujours d’accord avec les décisions de la justice, ni même avec les aurors. Merlin sait que j’ai des choses à reprocher, je ne me remettrai probablement jamais de cette enquête avortée... Vous devez être une ancienne collègue de mon père, vous savez comme il était, si… si fort. Vous comprendrez pourquoi je ne sais plus en quoi croire. Seulement, nous faisons tous des erreurs… pas vrai ?

Elle observa longuement les traits de la magistrate face à elle, cherchant à comprendre où est-ce que cette discussion allait les mener.

- Je pense qu’il a eu des regrets, lui aussi, conclut-elle alors, avec un sourire triste.


1542 mots



   

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Aur y byd na'i berlau mân:
Gofyn wyf am galon hapus,
Calon onest, calon lân.
Moira A. Oaks
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Jeu 14 Mar - 3:47





octobre 2003

Silence studieux. Gestes méticuleux. Seuls les cliquetis du retourneur de temps dans les mains de Carys Vaughn troublent la quiétude si singulière du département des mystères. Moira observe l’application de la jeune langue de plomb avec une certaine fascination, essayant de se fondre dans le décor pour cueillir ses réactions les plus spontanées, dépourvues de toute sensation d’être épiée. Chaque froncement de sourcil, chaque torsion de sa bouche, est étudié avec une précision presque scientifique. La belle entretient la conversation, manquant une petite incartade qui la fait se reprendre avec un professionnalisme confondant. Mais le trébuchement fait tiquer la Présidente-Sorcière. Les langues de plomb auxquelles elle a déjà eu affaire semblent tellement infaillible, Archibald en premier lieu… Il est agréable de retrouver un peu d’humanité à cet étage du Ministère, même si on ne la trouve que dans les petites erreurs. C'est agréable… et intéressant.

Quelques manipulations plus tard, Carys atténue cependant les ardeurs de la juge. Il sera impossible de prouver formellement l’identité du dernier utilisateur. La déception de la magistrate est palpable, mais elle ne peut prétendre être surprise. Que pouvait-elle attendre de mieux d’un objet si ancien qui ne se transmet quasiment plus que par héritage ? Sa bouche se pince alors qu’elle réfléchit déjà à comment adapter son réquisitoire. Mais les conclusions de mademoiselle Vaughn sont toujours loin d’être en sa défaveur.
- 90%, voilà qui est loin d’être négligeable. Cela devrait parler à la Cour… dit-elle avec assurance.  J’aurais besoin d’un rapport officiel avec l’ensemble de vos conclusions avant la fin de la semaine. Vous pensez pouvoir me faire ça ?
Puis elle ajoute avec un air complice :
- Avoir mené à l’incarcération d’un truand, voilà qui devrait vous amener la reconnaissance de quelques-uns, là-haut.

Nouveau silence, plus pesant cette fois. Les vagues de souvenirs font céder certaines digues professionnelles qui retenait les mains tendues de la magistrate, et le regard de Carys s’obscurcit. Elle sent venir le coup avant même que Moira ne le lui porte, et la juge sent poindre l’ombre d’une culpabilité dans un coin de son cœur. Mais l’occasion est trop belle et surtout, elle ne veut aucun mal à la petite langue de plomb.

Carys Vaughn garde le regard planté dans le sien. Pas une fois elle ne détourne les yeux et Moira y lit tout le trouble qui la traverse. Imperturbable, la juge observe le tremblement de ses prunelles, tente de décrypter les sentiments abrupts qu’ils expriment. Est-ce de la peur ? Du dégoût ? De la colère ? Moira ne dit rien, laisse à Carys tout le temps qu’elle désire sans presser sa réponse, ni sa réaction. Les secondes s’étirent sans qu’aucune ne brise le silence, mais l’air semble progressivement s’alléger. Moira laisse la jeune langue de plomb la regarder, trouver dans ses yeux la certitude qu’elle ne cherche pas à la piéger, et Carys finit par reprendre sa manipulation du retourneur de temps. Son murmure est à peine formulé, marmonné avec une tristesse terrible, comme seules les âmes meurtries peuvent les prononcer.
- Il n’y a rien de pire que de voir des coupables échapper à leur justice.
Moira opine sans dire un mot. Que pourrait-elle ajouter à vérité si pure ?

Elle attend que Carys intervienne de nouveau ou conserve son silence, ne voulant pas la mettre davantage mal à l’aise quand elle sait avoir déjà allègrement bousculé ses défenses. La langue de plomb se remet au travail, comme une couverture sous laquelle elle se cache le temps de recouvrer ses moyens. Mais elle ne se tait pas longtemps et la Présidente-Sorcière penche légèrement la tête sur le côté dès ses premiers mots.

Elle lit tant d’amertume dans ses phrases, tant de déceptions conjointes… Oh ! Le système a failli, oui. Plus d’une fois. Mais que pèsent les autres fautes face au trépas inexpliqué d’un père ? Moira se souvient d’Owen. Elle se rappelle sa bonhomie, son dévouement et son sérieux dans son travail. Elle se rappelle son intégrité, son opiniâtreté. Mais elle se rappelle aussi sa fébrilité les semaines qui ont précédé le procès de Yolanda Yeabow. Elle revoit son regard fou d’inquiétude, ses traits tirés par les nuits trop courtes et les cent pas qu’il faisait régulièrement dans son bureau du département de la justice, lui qu’elle avait toujours connu avec un flegme à toute épreuve. Elle se souvient de la libération de Yeabow, et de la mort d’Owen qui l’a si rapidement suivie… L’affaire avait ébranlé un moment le département de la justice, mais peut-être pas assez pour être considérée comme une priorité. Le décès d’Owen Vaughn était suspect, certes, mais sans doute moins que d’autres. Les Aurors étaient débordés. Le monde entier ne s'intéressait qu'à la traque des anciens mangemorts. Alors, quelques semaines à peine après la mort de son collègue, Moira a vu son dossier clôturé, l’enquête laissée au point mort. Owen Vaughn était malheureusement décédé. Affaire classée.  

C’est la première fois qu’elle reparle de cette tragédie avec Carys Vaughn. Toutes deux n’ont fait que se croiser au décès du père. Moira lui a fait ses condoléances, a certainement eu un mot affable pour tenter de consoler la jeune fille devenue soudain orpheline. Mais elle n’a jamais exprimé ses doutes sur les circonstances du décès d’Owen, pas plus qu’elle ne lui a confié sa colère après la libération de sa belle-mère. Comment l’aurait-elle pu à ce moment-là ?

Mais aujourd’hui, la langue de plomb a grandi. Moira trouve une maturité nouvelle dans les nuances de ses iris, une force qu’on ne trouve qu’à travers les grandes épreuves de sa vie. Carys lâche le retourneur de temps pour trouver son regard et c'est une femme bien différente de son souvenir que la magistrate découvre. Ses sourcils se froncent légèrement alors que Vaughn se révèle, assurée, lucide, mordante… Le coin des lèvres de la juge tremble légèrement, laissant entrevoir un demi-sourire presque imperceptible.

Alors que la jeune fille conclut, le regard de Moira se fait plus doux, presque consolateur. Elle la regarde un instant, cherchant les bons mots à lui répondre. Il y a tant de vigueur chez cette sorcière, tant de force… Elle ne peut plus l’ignorer.
- Nous en avons tous, souffle-t-elle.
Son regard la sonde, cherche à s’assurer qu’elle ne se trompe pas sur son compte. Mais Moira a toujours été une femme d’instinct et alors qu’elle détourne enfin les yeux, elle adopte un ton propre aux confidences.
- Vous connaissez certainement assez ce qu’il se raconte à mon propos pour savoir que j’ai les miens, comme votre père. Des blessures, des déceptions… Nous en portons tous, certains plus que d’autres. Et le but de nos existences se réduit souvent à effacer celles que nous pouvons.
Une respiration. Elle reprend.
- J’ai rendu justice autant que je l’ai pu. J’ai lavé les honneurs quand j’en ai eu les moyens. J’ai vengé ceux qui le méritaient. Mais certains chercheront toujours à me filer entre les doigts.
D’un signe de tête, elle désigne le retourneur de temps abandonné sur le bureau. Un léger soupir s’échappe par ses narines alors qu’un sourire las étire les coins de ses lèvres.
- Parfois, je me remémore toutes les failles de mon parcours, toutes les fois où j’ai trébuché. Je n’ai pas choisi le métier le moins pourvu de déceptions. Des regrets, mademoiselle Vaughn, j’en ai plus que de raison. Mais que puis-je faire à part les combattre un à un ?
Elle relève enfin le regard pour croiser celui de la langue de plomb et conclut enfin.
- La vie se résume à tenter d’en avoir le moins possible.

Le sourire de la magistrate se fait énigmatique alors qu’elle s’éloigne de quelques pas pour laisser à la jeune femme l’occasion de respirer. Elle se retourne pour laisser Carys à ses pensées. Ses iris balayent distraitement la pièce quelques secondes avant de venir recroiser les reflets noisette des yeux de sa jeune interlocutrice.
- Alors, mademoiselle Vaughn ? lance-t-elle avec moins de gravité. Avez-vous vous aussi des regrets qui vous empêchent de dormir certaines nuits ?

(1325 mots)



Carys Vaughn
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Lun 18 Mar - 20:11
Gant de veloursft. Moira A. Oaks




ft. @Moira A. Oaks


Si ses mains s’agitaient toujours autour du coussin où trônait le précieux retourneur de temps, son esprit divaguait bien plus loin. Elle s’était laissée aller aux confidences - des mots lui avaient échappé, qu’elle ne pourrait plus jamais récupérer. Quelle idée d’aller parler de son père, d’avouer cette rancoeur qui lui restait au travers du corps, à cette femme, si haut placée ? Elle avait cru lire sa gentillesse, sa compréhension, la belle affaire ! Qui pouvait lui promettre qu’elle ne se faisait pas avoir, petite brebis des vallées à sauter dans les griffes d’une femme forte de ce monde ? Merlin, quelle sotte.

Et, pourtant, d’un seul souffle, Moira parvint à faire taire toutes ces pensées, tout ce mépris qu’elle se vouait à elle-même. Un seul. Une simple phrase, remplie de cette même fragilité, cet instant en suspens où bien plus que des mots sont prononcés.

Nous en avons tous.

Aucun jugement, de la part de la magistrate. Aucune tentative d’harponner ses réponses. Aucune démarche pour en tirer davantage. Non - ce simple aveu, cette reconnaissance d’une souffrance commune, une mise à égalité des pensées. Oh, que son père avait dû apprécier cette personne : douce, honnête, forte à la fois. Leurs regards se trouvèrent, une fois encore, et Carys a beau se savoir observée, comme si la magistrate cherchait à sonder le fond de son âme, elle ne frémit pas. Elle s’était déjà trop ouverte - que pouvait-elle faire d’autres, sinon accepter d’être tout à fait honnête ?

Carys s’adossa au bureau derrière elle, un peu soufflée que la femme en face d’elle lui fasse la confiance de confidences. Si elle avait été droite et honnête elle-même, c’était surtout poussée par cette rigueur qu’elle s’appliquait, cette incapacité de manipulation qui rendait parfois fou son patron - jamais ne s’était-elle attendue à voir la magistrate faire le même effort d’honnêteté. Lorsqu’elle aborda la question des rumeurs qui la touchaient, Carys fronça tout de même les sourcils quelques secondes, dans un effort de concentration. Si elle avait déjà eu l’occasion de croiser la magistrate a plusieurs reprises, notamment dans le cas de l’affaire Yeabow et celle de son père, elle n’avait jamais que côtoyé de loin son cercle et ses employés. Il lui fallut creuser dans des souvenirs de son père, où de longues semaines durant il était rentré épuisé, tourmenté, avec pour simples explications : une jeune âme blessée, un vieux con ami d’antan, la vie était compliquée. Il avait voulu l’entraîner plus assidûment à l’occlumencie, à partir de cette date. Elle n’avait jamais fait trop de liens, ni même bondi sur les quelques réactions ça-et-là qui se soufflaient encore au passage de la magistrate. Il fallait dire que depuis son départ des aurors, elle n’était pas des plus présentes dans les couloirs du reste du bâtiment. Aujourd’hui, seulement, tous les liens semblaient se faire, et Carys ne put s’empêcher de frissonner.

Elle s’était trouvée triste, victime, avec l’histoire de son père : celle de Moira, seulement, la renversait, la débectait. C’était un pire crime peut-être, car la confiance n’était pas placée en l’État, mais en une personne aimée, digne de confiance, respectée. Elle eut envie de s’approcher de la femme en face d’elle lorsqu’elle prit une respiration profonde, et de lui serrer la main, déstabilisée par la force qui émanait d’une personne dont la vie avait déjà été si tourmentée, si violentée. Déjà, son propos se réorientait, devenait plus général. Plus seulement ses propres blessures, mais celles des autres, des gens qu’elle cherchait à défendre, inlassablement. Elle frissonne lorsqu’elle déclare que “certains chercheront toujours à me filer entre les doigts”. Forcément, elle a le nom de Yolanda qui clignote, de toutes les couleurs, dans sa tête - heureusement, Moira ne semble pas spécialement y songer, puisqu’elle fait signe vers le retourneur de temps. Carys cligne des yeux, une, deux fois, avant de se souvenir pourquoi elles sont ici. Le retourneur de temps. Le suspect qui cherche à s’échapper. Bien sûr. Rien d’autre. Juste cette mission pour laquelle elle a été contactée. Il faut qu’elle arrête de faire des ponts avec tout et rien : elle risquerait de balbutier des mots en trop.

Le sourire las de la magistrate lui serra le coeur - elle retrouvait dans cet étirement de lèvres, dans les yeux qui l’observent, la même fatigue qui l’avait envahie, peu de temps avant qu’elle ne démissionne des aurors. Elle hocha lentement la tête, partageant sa peine.

- Des regrets, mademoiselle Vaughn, j’en ai plus que de raison. Mais que puis-je faire à part les combattre un à un ?

Elle se mordit les lèvres, incapable de répondre. Qu’aurait-elle pu répondre, de toute façon ? On ne disait pas à une femme comme celle-ci d’abandonner, de se concentrer sur soi, sa propre souffrance, à s’extirper des souffrances et se contenter d’une petite vie tranquille. Comme Moira le concluait elle-même, sa vie n’était qu’une lutte permanente contre les regrets. C’était presque trop, comme vie. Trop intense, trop juste, trop violent. Pouvait-elle s’engager, elle aussi, sur cette voie ? Faire quelques pas discrets, tendre une main, juste un peu, vers cette personne qui l’intriguait et pour qui elle voyait son respect se décupler ?

Carys l’observa faire quelque pas en arrière et se retourner - elle sentit, d’un coup, sa cage thoracique se relâcher, son rythme respiratoire se reprendre. Elle n’avait même pas réalisé combien elle s’était retenue, combien tout son corps s’était essoufflé, perturbé par les révélations et la tristesse de ces dernières. Elle ne savait quoi lui répondre. Que lui avouer. Devait-elle trahir la mémoire de son père, et faire le pas qu’il n’avait jamais osé - pire, celui qu’il avait refusé de faire ? Certes, elle sentait une colère sans nom la traverser, ces derniers temps, à l’égard de sa marâtre, mais finalement, ce n’était que pour une histoire de famille, une vulgaire blessure sentimentale. Cela ne méritait pas de livrer Yolanda aux mains de la justice.

Le regard clair, pourtant, les iris sûres, sereines de la femme en face d’elle - pour ça, peut-être, elle pourrait faire ce petit pas, ce petit trébuchement en direction de la lumière justicière. Elle sentit son coeur s’accélérer, réalisant très bien que tout ce qu’elle ferait, dans les instants à venir, aurait un impact certain sur la suite de sa vie.

- Alors, mademoiselle Vaughn ? Avez-vous vous aussi des regrets qui vous empêchent de dormir certaines nuits ?

Carys releva les yeux pour croiser ceux de la magistrate, et se sentit agripper sa baguette, jouant nerveusement avec. Elle pesait encore le pour et le contre, une fébrilité la traversant de toute part. Devait-elle parler de Yolanda ? Serait-ce suffisant d’orienter les regrets sur son père ? Elle ouvrit la bouche, et brusquement la porte derrière les deux femmes s’ouvrit :

- BON ! Ils avaient presque plus rien ces monstres, on est censés se nourrir de quoi, nous ? Des restes des bureaux bien propr—ahhh, madame la présidente, s’interrompit brusquement son collègue, la voix râleuse muant subitement en une exclamation paniquée.

La jeune femme ne put s’empêcher de rire et elle couva son collègue d’un regard doux. Elle aurait peut-être dû le prévenir de ne pas débarquer ainsi, et il était certain qu’il la couverait de regards noirs dès qu’ils seraient seuls. En attendant, il avait offert une brise d’air inattendue à Carys, qui se sentit infiniment reconnaissante. L’air étouffé, presque oppressant qui avait suivi la discussion s’était ainsi volatilisé, remplacé par les bafouilles stupéfaites de son collègue. Elle s’empressa de pointer une table derrière lui, où un peu d’espace libre se trouvait :

- Tu veux bien laisser ça sur mon petit bureau ? Nous avons encore quelques mots à nous dire, si ça ne te dérange pas, glissa-t-elle alors en reposant son regard sur Moira : désolée pour cela, j’aurais dû prévenir.

Il répondit par une grimace hâtive, déposa en vitesse les sacs, fit un petit salut et souhaita la bonne soirée à Moira avant de déguerpir sur un dernier regard courroucé pour Carys. Elle se contenta de sourire en biais, toujours aussi soulagée par cette brève pause. Si l’air s’était levé, si l’ambiance avait basculé, la question de la magistrate pesait toujours entre elles : et elle, avait-elle des regrets qui l’empêchaient de dormir, certaines nuits ? Lentement, elle fit le tour de son bureau pour aller distraitement fouiller dans le sac qui contenait son dîner, hésitant à proposer un bout à Moira, puis le poussa sur le côté. Ça ne servait à rien de fuir.

- Encore navrée pour cette entrée tumultueuse, adressa-t-elle avec un nouveau sourire, cette fois-ci un peu plus embêté : il m’aura au moins donné le temps de réfléchir à votre question.

Elle prit une longue inspiration, et se jeta à l’eau :

- J’ai connaissance de faits… de nombreux faits, qui pour moi explique le décès de mon père. Vous le savez, il y a eu un nombre de rumeurs folles autour de sa mort : tué par une nouvelle épouse avare, raison ridicule car il ne lui a rien laissé sinon notre manoir familial ; tué de sa propre main, c’est si facile de balayer un meurtre sous des faiblesses psychologiques, et je n’y crois pas le moins du monde. Déjà, il m'aurait fait part de tout problème, tout de même ! Des fragilités ? Personne ne peut y croire sincèrement. Les gens murmurent tout ce qu'ils leur chantent, quand vient le temps d'écrire des ragots dans les journaux. Non, mon père chérissait trop la vie et, peut-être que je me donne par-là trop d’importance, mais je pense sincèrement qu’il ne m’aurait pas laissée ainsi.

Son regard se fit trouble au souvenir de cette mort annoncée, qui tombait brutalement après des mois à ne se parler que le strict minimum, le poids de son action pour Yolanda pesant toujours lourdement entre eux. Sa voix était un peu enrouée lorsqu’elle reprit :

- Nous étions… en relations compliquées, lorsqu’il est parti. Je lui reprochai cette chose-là, que je vous tais encore. Je la lui reprochai, et pourtant je savais combien il s’était senti obligé, poussé par une loyauté supérieure, à l’accomplir. Nous n’avions pas parlé depuis des semaines... Non, je vous mens : des courriers sans intérêts, bien loin des discussions enthousiastes, de l’intérêt chaleureux que nous nous portions.

Elle s’interrompit encore, passant une main lasse sur son visage :

- C’est faux, je vous trompe encore. Il m’écrivait la main pleine d’amour, les mots abondants d’envie de se réconcilier - et toujours, toujours, je lui répondais sèchement. Je l’ai regretté toutes ces années. Il aura fallu sa mort, seulement, pour que j’en arrive à ce point-là. Alors que si j’avais réagi, plus tôt, si j’avais contacté les bonnes personnes, à l’époque… Il n’a pas pu se tuer, Madame, car il n’aurait pu partir alors que nous étions en si mauvais terme ; c’est tout de même mon père. S’il est mort, c’est forcément à cause de cet acte. Je ne vois aucune autre solution. Si j’avais parlé, il pourrait être en vie. Il n’aurait pas accepté que je les trahisse ainsi, mais il serait en vie.

Carys, qui fuyait jusqu’alors le regard de Moira, perdue dans sa vague de souffrance, planta brusquement ses prunelles dans celles de la magistrate. On y lisait des regrets, terribles, et l’envie d’enfin se pardonner. Elle ne pensait même plus aux conséquences que cela pourrait avoir sur Yolanda. Elle souhaitait simplement se défaire de ce poids, de cette agonie intenable. Toujours, cette certitude que l’acte de corruption de son père avait été l’élément déclencheur de sa mort. Comment en aurait-il pu être autrement, quand dans les rues des agités s’exclamaient, criaient une justice trop clémente, plus de prisons pour ses assassins, la mort, la mort ! Alors un homme, aussi haut placé, qui venait pardonner les crimes de son épouse, qui plus est. Non, ça ne pouvait passer. Carys n’avait aucun doute. Si elle avait parlé, à l’époque, peut-être serait-il à purger une peine légère, compagnon de tôle de Yolanda, ou peut-être aurait-il pu être protégé, au moins, de tout acte meurtrier. N’importe quoi, du moment qu’il demeure en vie. Si seulement elle avait parlé. Mais non, comme une lâche, elle s’était enfuie, elle s’était brusquée, elle s’était tue. Paris, la solitude, Jonas, des excuses.

- Je ne peux plus rien dire, pour le garder en la vie. Et je ne le ramènerai jamais de la mort, aussi tentant cet acte magique puisse-t-il être, surtout plongée dans tous ces mystères, avoua-t-elle avec un geste large, englobant son bureau du regard, un frisson lui secouant l’échine. Mais je peux au moins tenter de me faire pardonner, juste un peu. Elle laissa un long silence peser, avant qu’elle reprenne, d’une voix lourde, pesante : Je veux que vous compreniez qu’il l’aimait. Qu’il plaçait loyauté familiale avant tout. C’est notre devise de maison, vous savez ? Il n’aurait pas pu faire autrement. J’ai besoin de vous l’avouer, parce que mettre à la lumière du jour cet évènement est le seul moyen de faire ressortir l’enquête de mon père, d’arriver au fin mot de sa mort. Qui sait, peut-être est-ce lié à tous ces attentats, peut-être est-ce le même groupuscule ?

Carys s’approcha de la magistrate, et lui tendit la main :

- Promettez-moi, que vous m’aiderez, que vous serez droite et juste, que vous ne chercherez pas à accabler les gens dont je vais vous parler plus que de raison. Promettez-moi, que vous n’utiliserez pas cela que dans votre intérêt, et que j’aurais aussi mes réponses.

Sa main se tenait, bien droite, entre les deux femmes, et ses yeux demeuraient vrillés dans ceux de la magistrate. À présent, tout pouvait basculer.


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Ven 29 Mar - 12:25





octobre 2003

Le souffle dans son dos est éloquent. Soulagement intense, presque sous-estimé. Moira ne prétend pas offrir à Carys la conversation la plus légère qu’elle aura de la journée. Pourtant, si une part d’elle regrette de lui faire subir pareille épreuve, l’autre demeure déterminée à poursuivre l’assaut, trop fascinée par les signes qui sont passés sur le visage de la jeune langue de plomb. Expressions fugaces. Soupirs échappés. Regards fuyants, puis résolument plantés dans le sien. Il y a quelque chose dans son esprit qui ne demande qu’à se libérer, une vérité qu’elle hésite à lui dire, bien que Moira n’ait aucune idée de sa nature. Alors, une fois encore, elle entrouvre la porte, invite la belle à se confier, sans jamais toutefois forcer ses défenses. Carys peut toujours reculer. Elle peut lui dire non, prétendre que rien ne la préoccupe et qu’elle terminera son étude du retourneur de temps plus tard. Elle peut refermer la porte. Mais elle ne le fait pas.

Les yeux noisette de la jeune femme plongent brutalement dans les siens, les iris teintés d’une crainte tenace que Moira voit si distinctement qu’elle en vient même à douter de la sécurité de la petite dans ces lieux. D’où vient cette peur qu’elle croit lire en elle ? Carys craint-elle quelqu’un ? Quelque chose ? A-t-elle des secrets ? Ou des ennemis ? Sa loyauté est-elle chancelante ? Sa trahison déjà actée ? Ou bien n’est-elle qu’effrayée de se savoir ainsi disséquée par une femme dont elle sait si peu ? Les sourcils de la magistrate se froncent imperceptiblement. Les questions s’accumulent mais aucune ne trouve réponse dans ce silence qui s’étire. Pourtant, elle sent l’hésitation de Carys dans le tremblement de ses lèvres, et son cœur s’accélère quand elle la sent prête à s’ouvrir. Son dos se tend sous sa veste de tailleur. Elle respire plus profondément, prête à recevoir son aveu, quand soudain, la porte du bureau s’ouvre à la volée, laissant entrer avec fracas un collègue chargé de nourriture. Moira sursaute, détaille l’intrus un instant avant de laisser un sourire amusé étirer légèrement ses lèvres. Nul doute que le bougre ne s’attendait pas à la trouver là. Pourtant, derrière l’amabilité de façade, la déception pince un instant son cœur, car elle est convaincue que l’homme vient de la priver d’une occasion qui ne se représentera pas avant un long moment.

Matant ses réflexes rancuniers, Moira répond à son salut d’une voix affable alors que Carys l’invite à déposer ses paquets dans un coin de la pièce. La petite présente gentiment ses excuses et la Présidente-Sorcière s’empresse de répondre, autant pour elle que son collègue :
- Je vous en prie, il n’y a pas de mal.
L’homme les salue poliment toutes les deux avant de s’échapper, visiblement mal à l’aise. Un instant, la juge se demande si c’est elle qui l’impressionne ainsi ou s’il s’agit simplement d’un grand timide. Carys se lève, fait quelques pas vers le meuble où trône son déjeuner et Moira reste en retrait, convaincue de l’interruption de son collègue a tué dans l’œuf les confessions de la petite langue de plomb. Distraitement, elle laisse son regard balayer la pièce, hésitant à amorcer son départ. Mais les mots de Carys réveillent soudain sa conscience, la forçant à faire volte-face pour retrouver son regard. La respiration de la juge s’arrête. Celle de Vaugh, s’approfondit. Et elle parle enfin.

Toute son aigreur se déverse en une tirade bouleversante, cœur meurtri d’orpheline saignant sa peine injustement alourdie par l’ignorance qui a entouré la disparition de son père. Mais c’est bien ses premiers mots qui captivent la juge. Des faits… Tout ce sur quoi sa mission repose. Tout ce qu’elle passe ses journées à chercher. Tout ce qu’elle s’acharne à démontrer et qui lui manque, jour après jour. Les battements saccadés de son cœur accélèrent l’allure après chaque phrase de la langue de plomb qui semble s’être brutalement libérée. La colère et les regrets se confrontent, souvenirs amers qu’elle lui livre avec une envie qui semble remonter à des années. A-t-elle toujours hésité à confier son savoir à la Justice ? A-t-elle failli au moins une fois franchir la porte d’un bureau de son département dans l’espoir d’y trouver une oreille assez attentive pour recueillir ses doutes et peut-être y croire ? La petite semble si sûre d’elle, si dévastée par ses propres certitudes… La vision en est si troublante et un instant, le masque de Moira tressaille, secoué par les sentiments contraires que lui inspirent pareilles confessions. Une part d’elle s’enflamme, persuadée d’être sur le point de découvrir un élément crucial d’une enquête depuis trop longtemps laissée de côté. Mais une autre se méfie, atténue ses ardeurs pour la garder des déceptions déjà trop fréquentes. Elle ne sait pas encore la valeur de ce que Vaughn compte lui annoncer.

Les yeux de la langue de plomb lui reviennent et le cœur de Moira rate un battement. Elle lit tellement de tristesse dans les tremblements de ses prunelles, tellement de colère contre le monde entier, et plus encore contre elle-même. Ses mots sont si durs que la magistrate ne peut s’empêcher d’intervenir.
- Ne soyez pas si dure avec vous-mêmes, Carys… Elle souffle son prénom sans même y penser. Imaginez-vous seulement combien nos décisions seraient différentes si nous savions à l’avance les conséquences de nos choix ? Vous avez agi comme le dictait votre cœur à ce moment-là. C’est ce que nous aurions tous fait.
Un sourire encourageant vient ponctuer sa phrase, mais celles de la langue de plomb se font soudain plus sèches, déterminées à aller au bout de ce qu’elles ont amorcé. Le silence qui suit est lourd comme une pierre qui tombant dans l’estomac et Moira reste muette, suspendue aux lèvres de la jeune femme qui frissonne comme mise face à un tournant de sa vie. Le visage est dangereux. Elle le sait. Mais elle le prend, non sans prudence.

Tout de suite, elle atténue les fautes supposées de son père, adoucit cette culpabilité qu’elle souffle encore à demi-mots pour que sa mémoire ne soit pas entachée par les révélations qu’elle compte faire. Sa voix tremble, incertaine encore, et pourtant si déterminée. Alors quand elle lui tend la main, Moira ouvre grand les yeux, saisie par la vision qui s’offre à elle, la force qui se dégage de cette toute jeune femme alors même que les frissons continuent de parcourir sa peau. Mais il ne se passe qu’une seconde avant qu’elle ne vienne enfermer sa paume entre les deux siennes, les yeux chargés de cette émotion qui ne la quitte pas depuis que Vaughn a commencé à s’ouvrir.
- Oh, Carys… Je n’ose imaginer ce que vous avez traversé pour vous sentir obligée de me demander cela. Je voudrais tant pouvoir vous convaincre dès à présent que vous n’avez rien à craindre de moi. Je n’ai que faire des glorioles et je ne suis pas connue pour mes abus de pouvoir. Depuis que je suis entrée au Magenmagot, je n’ai cessé de servir cette justice que trop de sorciers ont galvaudée. Je ne compte pas m’arrêter aujourd’hui. Ma parole n’a que peu de valeur, je le sais, mais j’espère que bientôt mes actes finiront de vous convaincre que vous pouvez me faire confiance.
Son regard reste plongé dans le sien, lui laissant toute la liberté de sonder chaque nuance de ses iris pour y trouver ses sentiments les plus sincères. Sa prise sur sa main se renforce quelque peu.
- Je n’ai rien à gagner d’autre que débarrasser notre monde des menaces qui pèsent sur lui, et c’est bien la seule rétribution que je cherche. Si je peux rendre justice à votre père, sachez que je m’y emploierai de toute mon âme, en l’honneur de l’ami qu’il fut pour moi. Alors, dites-moi ce qui vous torture depuis toutes ces années, Carys. Dites-le moi et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour trouver vos réponses. Je vous le promets.  

(1328 mots)


Carys Vaughn
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Jeu 4 Avr - 19:48
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Si l’entrée bruyante de son collègue avait allégé son esprit quelques longues secondes, Carys s’était bien vite replongée dans les émois que la magistrate était allée remuer. Les mots s’étaient glissés, difficilement, au bout de sa langue, qui s’était déliée, d’abord un peu, puis à toute vitesse, toute sa rancoeur, sa peine et ses tristesses s’étalant entre les deux femmes. La jeune adulte ne put que frissonner, lorsqu’elle sentit le regard de Moira se poser sur elle, un regard vif, compréhensif, et finalement ces quelques mots, encourageant, son prénom soufflé, ce réconfort fugace.

Auraient-ils tous agis comme elle ? Elle ne le savait pas. Elle savait simplement qu’elle le regrettait - et qu’elle espérait que, quelque part, dans une dimension autre, une jeune Carys Vaughn n’ait pas fait les mêmes décisions qu’elle. Elle se souvenait encore combien elle avait levé les yeux au ciel devant Ariane qui refusait de communiquer avec sa mère, combien elle ne comprenait pas comment une enfant pouvait se détourner ainsi de sa famille. Son amie avait été douce, rassurante, lorsque Carys s’était retrouvée dans cette situation. Elle ne lui avait balancé aucun ‘je te l’avais bien dit’, aucune moquerie de travers, rien - une simple amitié sans faille, qui lui avait permise de garder la tête hors de l’eau. Cela n’avait pansé aucun regret, aucune douleur, mais c’était quelque chose, au moins.

Aujourd’hui, il lui fallait être honnête, être franche, enfin faire table rase sur tout ce qu’elle se reprochait. Cette discussion, avec Moira, c’était le moment tant attendu, la rédemption possible. Peut-être était-elle trop fatiguée, peut-être ses nuits blanches lui tapaient dessus sans qu’elle ne le réalise, peut-être qu’une fois reposée, une fois sortie des bras de Morphée, elle regretterait de s’être tant livrée. Après tout, la magistrate n’était venue que pour un retourneur de temps, une affaire simplette, rien de bien fatidique. Quelle idée, que de se lancer dans les Mangemorts, dans les affaires de justice, dans les regrets. Merlin, faisait-elle le bon choix ?

Elle avait peur, un peu, oui, certainement. Peur de dire un mot de travers, de ruiner tout ce que son père avait pu construire, de détruire la vie que Yolanda s’était battue pour continuer à vivre. Elle savait bien, comme cela n’avait pas été facile pour elle. Pourtant, était-ce une raison pour excuser tout ce qu’elle avait accompli depuis ? Elle entendait Ariane lui cracher d’ici un non retentissant. Non, bien sûr. Pourtant, la peur ne s’éloignait pas. Elle lui rongeait le ventre, lui dévorait les cordes vocales, et pourtant ses yeux demeuraient vifs, droits, convaincus, mine de rien. Elle avait tendu la main, elle avait cherché des promesses dans le regard de la magistrate.

Tout pouvait basculer. Tout allait basculer.

Moira était secouée. Il n’y avait aucun doute là-dessus. Peut-être ne s’attendait-elle pas à cette demande, à cette supplique, à cette main tendue si littéralement. Comment Carys aurait-elle pu le lui reprocher, elle-même ne savait pas qu’elle le ferait, il y a quelques secondes à peine. Certains gestes viennent, ainsi, instinctivement, mus par une volonté profonde, incontrôlable et indicibles, et il serait vain de les réfréner. Sa surprise ne fut que très brève, et déjà ses mains se refermaient sur celle de Carys, dans une étreinte pleine d’émotion. Carys frémit. Ça y était, le basculement. Elle se sentit bête, avec sa gorge serrée, ses yeux qui brusquement papillonnaient, cherchant à y chasser des traces d’humidité. Elle ne lui avait rien promis encore - mais sa chaleur, sa droiture, tout chez cette femme la renversait, la laissait bête d’émotion, lui donnait l’envie d’y croire. Il ne lui avait fallu qu’une rencontre pour percer l’abcès qui gonflait sans cesse en Carys, qui entartrait son coeur - de simples mots, des regards francs, une réputation droite. Carys ne savait pas encore jusqu’où elle irait, pour cette nouvelle alliée, ce qu’elle serait prête à faire, mais elle savait au moins ce qu’elle pourrait lui avouer, enfin.

Elle ne quitta pas les yeux de la magistrate de toute sa diatribe, qui l’atteignit en plein coeur de sa justesse. Face à cet élan d’honnêteté, cet aveu sincère de vouloir lui assurer sa confiance, de vouloir la lui prouver par des actes, qui aurait pu rester insensible ? Pourtant, Carys n’était pas une Vaughn pour rien - et toujours, toujours, des murmures qui se glissaient dans ses oreilles, qui remuaient son cerveau. Moira Oaks était une femme de pouvoir, une femme qui y était parvenue en toute légalité, certes, mais qui cumulait d’une certaine aura, d’une capacité à tirer des gens ce qu’elle souhaitait. Ce n’était pas possible de se hisser dans ce milieu en étant trop bonne, trop gentille. À quel point Carys pouvait-elle accepter ces jolis mots, ces belles caresses, ces murmures sincères ?

La poigne de Moira sembla se resserrer, légèrement, comme pour conserver toute l’attention de Carys, de la recentrer sur cette nouvelle alliance. La jeune femme hocha alors la tête, lentement, et murmura :

- Si c’est vous, je peux faire semblant d’y croire juste assez longtemps pour que vous me le prouviez.

Enhardie, peut-être, par ces quelques mots, cette promesse de sincérité et de confiance, bien que limitée, la magistrate reprit. La crainte de voir son père malmené, traîné dans la boue, s’essouffla quelque peu avec cette volonté partagée de Moira, en mémoire de leur amitié. Elle hésitait toujours, pourtant, sur la manière de formuler cela, d’avouer enfin tout ce qui lui pesait. Oh, combien de fois s’était-elle imaginée ouvrir grand la porte de leur cabinet, pour enfin clamer ce qui la rongeait… mais comment dire cela ? À quel point devait-elle avouer l’implication de son père ? Suffisait-il de cracher sur Yolanda, de révéler qu’elle savait quelque petite chose à son propos ? Et alors, quelles choses révéler ? Voulait-elle qu’elle finisse emprisonnée ? Des amendes ? Une déchéance ? Elle était protégée, Yolanda, il n’en faisait aucun doute. Probablement les Black, certainement les Malefoy, quelqu’un de haut placé, son statut à elle-même suffisait à faire oublier certaines choses. Alors qu’est-ce que sa voix à elle, pauvre fille d’un homme corrompu pour les beaux yeux de sa femme, allait bien pouvoir peser ?

Ça ne servait à rien de ressasser toutes ces questions. Moira était prête à l’écouter, prête à utiliser tout ce qu’elle pouvait lui dire afin de faire ce qui était juste. Les conséquences… Eh bien, ce serait à la justice d’en décider. Elle ne pouvait pas aller s’enterrer dans tous les registres de loi, à la recherche des possibles débouchés des actions qu’elle entreprenait - il fallait juste qu’elle fasse confiance. Carys déglutit, et fit glisser sa main hors de l’étreinte relâchée de la magistrate. Elle entortilla ses doigts ensemble, se mordit la lèvre inférieure, se sentit comme une enfant prête à avouer sa bêtise, la plus grosse bêtise de sa vie.

- Je ne sais pas comment vous dire cela, je ne sais quoi vous dire, comment je dois… Merlin, c’est absurde. Des années que je cherche à l’exprimer, que je m’imagine le murmurer à Jonathan, qu’il agisse, et je n’en ai jamais eu le courage. Vous venez, et en moins d’une heure, vous soufflez toutes mes défenses, Carys eut un petit sourire désarmé, un sourire qui fait davantage grimace terrifiée, et après un long soupir elle reprit : j’ai connaissance de faits… d’actions que mon père et Yolanda ont effectués, à des échelles bien différentes. Je vous avoue que je ne connais pas les termes juridiques qui définissent ce qu’ils ont réalisé mais… oh, bref, ce n’est pas cela qui compte pour vous. Je suis désolée, j’ai les pensées dans tous les sens.

Elle se sentait imbécile à retourner la discussion, à faire brutalement la lâche sur tout cela. C’était simple, pourtant. Une phrase, une seule. Elle respira profondément, ne voulant pas que Moira ait le sentiment qu’elle se moquait d’elle, que toute cette discussion n’ait servi qu’à brasser du vent. La gorge serrée, elle se passa une main nerveuse dans les cheveux, défaisant sa queue de cheval qui lui faisait un mal de crâne terrible. Elle glissa l’élastique autour de son poignet, puis avec un petit froncement de sourcil, saisit sa baguette magique. Elle avait failli oublier.

- Vous permettez… murmura-t-elle alors, c’est peut-être plus sage.

D’un geste, elle secoua son instrument, faisant de larges gestes gracieux. Une bulle secrète les entourait alors, protégeant les paroles qui allaient s’échanger. Si Moira voulait utiliser ce qui allait suivre, il faudra que Carys soit également présente, et qu’elles aient convenu des détails de ce que contiendra la bulle. Elle faisait confiance à Moira, mais mieux valait ne pas être trop sotte. De plus, elle ne savait pas exactement où son collègue avait fui, et elle ne voulait prendre aucun risque.

- Mon père… Vous vous souvenez, durant les grands procès ? Vous aviez… ou tout du moins, le département de la justice possédait un dossier assez conséquent sur Yolanda. Un dossier qui permettait de l’incriminer, et mon père ne pouvait le supporter. Un silence, bref, lourd. Il a vidé son dossier, avoua-t-elle enfin, un sourire triste aux lèvres. Je n’ai jamais compris comment il avait pu faire cette décision, lui qui m’avait toujours appris l’honnêteté, l’importance de la justice, et je ne pouvais accepter que Yolanda passe à côté des sanctions qu’elle méritait. Je peux vous montrer le souvenir des aveux de mon père, et je peux également vous aider à présenter quelques preuves pour relancer un dossier contre Yolanda. Je n’ai rien d’extrême - vous imaginez qu’elle n’a jamais torturé qui que ce soit devant mes yeux, lâcha-t-elle avec un rire jaune, dégoûté, mais j’ai de quoi vous relancer.

Son calme semblait être revenu, ses mains étaient moins agitées, sa respiration plus posée. Elle s’assit contre le bord de son bureau, étirant les muscles de ses épaules.

- Vous comprenez peut-être pourquoi je ne pense pas que la mort de mon père soit si innocente que cela. Si quelqu’un, n’importe qui, a eu des soupçons quant à son implication dans la disparition du dossier de Yeabow, n’importe quelle victime aurait pu mal réagir. Je sais que j’aurais moi-même été tentée, je ne suis pas sotte… mais qu’on vienne classer son affaire, sans rien dire de plus. Que des rumeurs viennent se glisser comme quoi il aurait été trop faible…. Son souffle se fit court, à nouveau, et elle ferma brièvement les yeux. J’ai besoin de voir son dossier, et voir qui a appuyé pour qu’il soit fermé. C’est forcément en lien.

Son regard se fixa à nouveau sur celui de la magistrate, et avec un air fatigué, comme  si soudainement toute sa force, toute sa rancoeur s’étaient évaporées, elle murmura :

- Est-ce qu’on part sur de bonnes bases, alors ? Vous pourrez m’aider ?
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1791mots



   

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Moira A. Oaks
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Ven 19 Avr - 17:05





octobre 2003

Les secondes en suspens ont un goût d’éternité. Les paumes de la jeune langue de plomb gardées entre ses mains, la magistrate sent son pouls précipité à travers la peau fine de son poignet, si semblable à celui qui fait trembler sa poitrine. Car elle sent le virage, cet instant précis où tout peut basculer et où l’appréhension se mêle à une excitation singulière…

Carys hésite. Comment lui en tenir rigueur ? Sa décision pourtant presque prise se heurte aux expériences désastreuses qu’elle a déjà vécues avec la justice. Et Moira ne la presse pas, la laisse une fois encore prendre le temps de faire ses choix, de trouver ses mots, et de ne lui livrer que ceux qu’elle désire. Le visage de la langue de plomb se crispe, grimaces d’inconfort alors que ses lèvres tremblent de ce qu’elles s’apprêtent à dire.
- Si c’est vous, je peux faire semblant d’y croire juste assez longtemps pour que vous me le prouviez.
La magistrate ne fait qu’un signe de tête, un léger sourire étirant le coin de ses lèvres. Elle se veut encourageante, sans s’imposer, à l’image de ce que Carys semble penser d’elle. Sa considération la touche, troublant imperceptiblement son souffle alors que la main de la jeune femme lui échappe. Puis, la respiration de la jeune fille s’ébranle, et elle se libère enfin.

Elle évoque Jonathan Crewe, un de des collègues de Moira, un homme fiable avec lequel la juge a toujours apprécié travailler, bien qu’ils n’aient pas les mêmes goûts en matière de fréquentations. Il faut dire que le bougre est parvenu à tomber entre les griffes de Yolanda Yeabow il y a quelques années. Erreur de jeunesses… Nous en avons tous.

Les mots de Carys butent, peine à s’ordonner. Elle passe une main dans ses cheveux dans un geste désespéré pour retrouver contenance et le regard de Moira se fait compréhensif, encourageant, ne voulant surtout pas qu’elle se rétracte. La magistrate fronce légèrement les sourcils quand elle sort sa baguette, puis acquiesce quand elle comprend ce que la petite compte faire.
- En effet.
Un sortilège de protection les entoure, de quoi les assurer la discrétion nécessaire dans ce type de circonstances. Carys prend encore une longue inspiration, puis divulgue enfin les informations qu’elle a farouchement gardées toutes ces années.

Adrénaline. La liesse se diffuse dans ses veines comme un délicieux poison. Elle le savait. Toutes ces années, elle ne savait. Cela ne pouvait être qu’Owen. Qui d’autre aurait voulu faire échapper la vipère ? Qui d’assez influent, avec une réputation assez solide, aurait pu prendre un tel risque sinon son mari ? Les mains de Moira se serrent de chaque côté de son tailleur. Il lui faut un effort démesuré pour retenir le moindre changement dans son expression, rester de marbre face à cette petite victoire qui consacre enfin ces années entières passées à tourner en rond dans cette affaire. Immédiatement, une chaleur fiévreuse revient brûler ses paumes. Exaltation. Colère. L’ivresse de l’instant fait accélérer les battements acharnés de son cœur.
- Inutile de me montrer vos souvenirs pour l’instant, Carys. Ne vous infligez pas cela… Nous verrons le moment venu.

Les confessions de la petite Vaughn semblent doucement calmer ses esprits. Moira s’adosse délicatement à un mur alors que Carys s’appuie sur le bord de son bureau. Elle écoute la fin de son discours, grimace légèrement, enfin, quand elle lui demande de voir le dossier de son père. Car elle craint de devoir déjà la décevoir. Le murmure qui clôt la dernière phrase de Carys la cueille et Moira plante son regard bleu dans le sien. Elle respire de longues secondes, cherchant à son tour les mots les plus justes. Sa voix se fait aussi assurée qu’elle le peut en de telles circonstances :
- Je peux vous aider, dit-elle. Mais il y a certaines choses que je ne pourrai pas faire.  
Battement de cœur manqué. Elle ne lâche pas la langue de plomb du regard malgré l’inquiétude qui traverse ses iris.
- Je ne peux pas vous laisser voir le dossier, Carys. Tout comme je ne peux pas vous indiquer le nom de celui qui a ordonné sa fermeture. Seuls les employés du département de la justice peuvent y avoir accès, et cet accès est d’autant plus règlementé pour les affaires sensibles. Les règles peuvent sembler injuste, encore plus pour une ancienne Auror, j’en suis bien consciente, mais elles existent pour une raison. Je pense que vous comprendrez. Tout comme vous comprendrez sûrement que je ne peux décemment pas risquer de mettre en porte-à-faux un collègue sans autre raison qu’une série de pressentiments, même compréhensibles. Je ne verse cependant pas dans le communautarisme, et si j’ai de bonnes raisons de penser qu’un Auror, un juge, ou qui que ce soit d’autre a commis une faute, je veillerai personnellement à ce qu’il réponde de ses actes. Mais avec les maigres éléments dont nous disposons, il va falloir que je creuse de mon côté avant de vous livrer la moindre information.  
Elle réfléchit un instant, puis laisse échapper un léger soupir. Ses bras se croisent délicatement sur son tailleur bleu.
- Et il y a autre chose…
Moira revient croiser son regard.
- Au vu de ce que vous me racontez et de ce que je sais déjà, il est possible que des soupçons pèsent sur votre belle-mère.
Quelques secondes en suspens. La magistrate laisse à Carys le temps d’assimiler la nouvelle avant de reprendre :
- L’enquête dira quelles pistes sont à bannir. Mais en attendant cela, nous ne pouvons nier toutes les deux que Yolanda Yeabow a eu un mobile des plus sérieux pour désirer la disparition de votre père. Sa mort lui a assuré le silence définitif d’Owen sur toute cette affaire, et les secrets de son dossier ont disparu avec lui. Nous ne pourrons sans doute pas écarter cette piste. Du moins pas dans un premier temps.
Une seconde encore, puis un murmure, plus doux, réemployant ses termes.
- Ces bases-là vous conviennent-elles ?

(1002 mots)


Carys Vaughn
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Jeu 9 Mai - 2:54
Gant de veloursft. Moira A. Oaks




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Elle se sentait presque essoufflée, éperdue, son monologue terminé. Toute la pression s’était relâchée, elle ne savait plus quoi faire d’elle-même, de son corps, de son cerveau, ses bras reposant bêtement contre elle, appuyée contre le bureau. Elle avait l’impression d’avoir perdu une masse de kilos, comme si ce secret lui avait véritablement pesé, et son corps semblait avoir du mal à se rééquilibrer, à s’y retrouver. Presque sonnée, elle releva les yeux vers la magistrate et attendit son jugement, sa décision finale. Carys avait trop risqué avec cette discussion — et elle avait remarqué, évidemment, combien les révélations avaient été jubilatoires pour la femme qui lui faisait face. Si elle était d’une nullité ostentatoire pour fermer son esprit, contrôler ceux des autres, elle possédait depuis toujours une affinité particulière pour les réactions humaines, saisissant là où d’autres ne verraient rien les ressentis des gens. Trop attentive, peut-être, trop d’empathie, aussi, toujours est-il que ce soir-là, ça lui avait été utile. Elle savait que ces révélations pesaient leurs poids, qu’elles seraient utiles à Moira au vu de ses réactions. À quel point ce moment d’aveu lui serait-il utile, à elle ?

Aussitôt, la magistrate face à elle sembla lui prendre ses espoirs et les écraser au sol. Carys sentit son visage se décomposer et, honteusement, ses yeux s’humidifier. Tout cela, pour rien ? Non, pas pour rien, pas totalement. Elle voulait quand même l’aider, pas vrai ? Mordant sa lèvre inférieure, elle sent également ses ongles venir racler l’intérieur de sa paume, la griffant dans l’intention de la garder tête froide, de contenir ses états d’âme. Elle sentit tout de même son coeur fondre dans sa cage thoracique lorsqu’elle lui annonça qu’elle ne pourrait jamais voir le dossier. Évidemment. C’était logique, après tout — bien trop dangereux, bien trop compromettant. Cela ne faisait que coller à l’image de Moira et, après tout, c’était bien pour cela qu’elle lui avait fait confiance. Elle ne pouvait pas mentir, seulement, et la déception était fatale. Avec une douleur terrible, elle se força à ouvrir la bouche et à articuler, du mieux qu’elle put :

- Je comprends, bien sûr, ça n’en est pas moins… est-ce que vous pouvez m’assurer, au moins, que vous vérifierez le dossier ?

Il lui fallait au moins cette certitude là, que quelqu’un, n’importe qui, allait s’assurer du bienfondé de ce dossier, allait vérifier les preuves qui s’y accumulaient, pour reléguer ainsi au troisième niveau l’enquête sur son père. Sa gorge la serrait terriblement, son cerveau s’oxydant avec difficulté, mais elle se sentit légèrement plus vivante lorsque Oaks confirma qu’elle ne ferait pas de bons sentiments envers un des employés s’il s’avérait véritablement impliqué. Son souffle se débloqua et Carys sentit ses poumons renouer avec l’air frais. Elle hocha la tête afin d’indiquer sa compréhension et, quelque part, afin de la remercier de faire l’effort, malgré tout. Elle fronça les sourcils lorsque la femme reprit, l’air un peu troublée, bras croisés. La magistrate fait l’effort de recentrer son attention sur Carys, plongeant ses yeux dans les siens, et la jeune femme sent son trouble s’intensifier.

Les quelques secondes de suspens qui suivent sa phrase laissent le temps à Carys d’enregistrer pleinement ce qu’elle vient de lui annoncer, et ce qu’elle cherche à lui avouer pour là. Aussitôt, un air outragé se peint sur son visage, mais sa rancoeur se dégonfle aussitôt. Des soupçons, sur Yolanda ? C’était absolument absurde. Et pourtant, les phrases qui suivirent ne firent que renforcer l’hésitation de la douce enfant. Elle se sentait prise au piège, à nouveau, entre la multitude de sentiments qu’elle avait pour sa belle-mère. Certes, elle avait effectué des actes odieux, elle avait détourné la justice, mais… son père ? Le tuer ?

L’horreur lui prit la gorge, elle se sentit nauséeuse, et le bureau n’était plus suffisant pour la soutenir. Elle repoussa d’un geste la chaise derrière elle et s’y laissa tomber, abasourdie. Bien sûr que l’enquête allait les mener à étudier cela, bien sûr que c’était une potentialité, et pourtant…

- Je ne sais pas si je pourrais m’en remettre, si elle l’a tué.

Elle se souvenait encore de l’émotion qui avait pris la gorge de Yolanda, lors de cette dispute pour le manoir, où elle s’était remémoré le spectacle du décès de son père. Comment quelqu’un pouvait-il forcer cette sensibilité là, à cette force-ci ? Était-ce vraiment possible ? La présidente du Magenmagot l’observait toujours, avec une douceur qui fit trembler son coeur. Était-elle si pathétique, si renversée ? La voix de la femme se fit douce, réutilisant ses termes, comme une mise en confiance. Carys passe une main lasse sur son visage, ne sachant plus quoi dire, plus quoi jurer, plus quoi penser. Que pouvait-elle refuser, à ce stade-là ? Elle avait tout avoué, tout dit, tout dévoilé. Elle ne pouvait plus reculer. Alors quoi, qu’allait-elle dire à Moira, qui n’allait pas pouvoir l’aider comme elle le souhaitait, qui allait peut-être créer une enquête qui détruirait plus encore sa vie ? Si les doutes de la présidente se révélaient vrais, Carys ne savait pas comment elle allait en revenir.

- Vous m’avez demandé beaucoup, et pourtant j’ai le sentiment que je n’ai fait qu’effleurer les souffrances que cette situation va m’apporter. Je ne sais pas si…  L’image de son père, son sourire, lui revint à la figure, lui balançant ses regrets, ses douleurs, ses souvenirs de leur bonheur, tout détruit, un peu par sa faute à elle. Bien sûr que si, elle allait pouvoir. Non, c’est bon. Ça me convient. Je compte sur vous pour me dire ce que vous trouverez, ce que vous pourrez — je veux juste savoir que vous y agissez. Je reste à votre disposition pour tout témoignage, tout renseignement. J’en ai assez, de cette peine, vous savez ? Je veux vraiment changer.

Ce changement allait être douloureux. Elle avait été l’enfant sage, douce et gentille, tant d’années. Elle allait devoir se renforcer, devenir quelqu’un de plus dur, plus fort. Dès demain, elle irait voir Rosier, pour qu’ils soient plus rigoureux dans son apprentissage. Elle irait voir Lawrence, elle lui demanderait des cours, elle ne savait pas de quoi encore, de l’endurcissement, peu importe. Comment pourrait-elle survivre, sinon, si Yolanda avait vraiment tué son père ? Et même, si un groupuscule avait véritablement été en action, cet hiver fatidique, comment réagir face à eux, si une discussion comme celle-ci lui faisait déjà perdre tous ses sens ? Elle irait voir Lemony, qu’ils s’aident, qu’ils enquêtent, qu’ils deviennent plus forts ensemble. Demain, elle fera tout cela demain.

Ce soir, elle n’avait plus de forces. Plus aucunes. Alors, d’un geste apathique, elle murmura :

- Vous ne faites probablement pas ça souvent, mais vous ne voulez pas qu’on aille boire un verre, et parler d’autres choses, de tout sauf cette histoire, juste pour ce soir ? Je n’ai plus la force de travailler, expliqua-t-elle avec un semblant de sourire.

Un whisky, un bon whisky. Et cette femme, peut-être, qui pourrait devenir plus qu’une femme de pouvoir dans cette enquête. Une femme à qui parler, finalement, une femme comme elle n’en avait jamais eu dans sa vie.



1186mots



   

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