En mémoire du père [Yolanda & Carys]
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Carys Vaughn
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Jeu 31 Jan - 14:43
En mémoire du pèreft. YEABOW Yolanda




Octobre 2003 | Manoir YEABOW ft. @Yolanda Yeabow


Lorsqu’elle entrouvre les paupières, la jeune femme ne peut s’empêcher de croire à une mauvaise blague. Sa baguette s’est agitée dans tous les sens pour prévenir d’une urgence, mais autout d’elle, rien de suspect. Dehors, on y voit le ciel sombre où s’étirent des nuages grisâtres, violacés presque, emplis d’une charge violente à déverser sur le ciel londonien. L’horloge affiche un sept heures et demie précises, ceci dit, et le hibou qui cogne à sa fenêtre d’un air désespéré confirme malheureusement à Carys que sa journée va bel et bien devoir commencer. D’un souffle désespéré, elle attrape sa baguette, faisant ainsi cesser ses agitations folles, et d’un geste fait tourner le loquet de sa fenêtre, donnant finalement accès au petit hibou bien emplûmé. Il a les plumes trempées et, à chaque battement d’ailes qui l’approche de la jeune femme, Carys voit avec désespoir ses manuels étalés sur son lit se voir couvrir d’une petite pellicule d’eau. Elle avait chiné des mois pour trouver ce fichu bouquin sur les traditions magiques de Hasguard, village perdu dans le Pembrokeshire, où les sorciers s’initiaient d’abord avec les mythologies de la forêt, et ce pauvre hibou venait mettre en danger son nouveau bébé ? Que nenni ! Fatiguée d’avance par son mauvais karma, elle enchaîne sortilège pour sécher le messager, les manuels, et lance une douce protection sur les pages de ses précieux ouvrages.

- Viens là, toi, murmure-t-elle alors en tendant les doigts vers la boule d’impatience.

Ce dernier tend brusquement la patte droite, où une missive ridiculement petite est enroulée hâtivement. Carys fronce les sourcils et grommelle :

- Tu me réveilles dans tout ce vacarme pour un petit mot d’amour, vraiment ?

Après tout, quoi d’autre qu’une imbécilité pouvait tenir sur ces quelques centimètres de parchemin ? Le glissant sur sa table de nuit, Carys se relève difficilement, quittant à regret le confort de son tout nouveau matelas - acheté avec sa dernière paie, la vie était belle en ce moment.

- Tu veux quelque graines, mon beau ? Je vais me faire un bon thé, et peut-être me sauter quelque pancakes avec ça, donc autant te sustenter aussi plutôt que de me regarder… tu peux aussi partir, je ne vais pas répondre de suite, quelle idée de me niaiser dès l’aube.

Le hibou, pourtant, s’acharne sur la jeune femme, continue à virevolter autour d’elle et, tant bien que mal, de son petit poids, cherche à agripper le pan de sa chemise de nuit pour la tirer à nouveau vers sa table de chevet. Levant les yeux au ciel, Carys finit par succomber et attrape d’un geste hâtif le petit parchemin roulé.

- Voilà, ça y est, calme-toi tu veux ? Diable qu’il est en chaleur, ton propriétaire, ronchonne-t-elle en déroulant le papier, traçant son chemin vers le plan de travail de sa cuisine.

Elle s’immobilise brusquement en reconnaissant l’écriture qui se trace sur le papier, sentant un vertige poindre au creu de son ventre. Ces lettres bien formées, cet italique parfait, le tout tenant en quelques centimètres, comme si son propriétaire craignait que son message soit lu et souhaitait tout à la fois qu’il soit du mieux présenté. Rhys Wisbley. Le vieil homme ne l’a plus contacté depuis.. depuis qu’ils avaient réglé les affaires concernant son père, il y a bien trois ans. Pourquoi revenait-il vers elle ? Carys papillonne plusieurs fois des yeux, recadrant sa vision trouble sous le coup du pic de panique, respirant profondément. Le message cette fois n’est ni ampoulé, ni administratif, mais se contracte étrangement en un style des plus télégraphiques.

YY contact notaire Zabini. Manoir Vaughn en vente ? Suspect. CDLT, R. Wisbley

Carys sent ses jambes flageoler et manque de vomir. A-t-elle bien compris ? Wisbley n’hallucine pas cette nouvelle information, pas vrai ? Le teint pâle, elle se tourne vers le hibou et tente de balbutier qu’elle va répondre immédiatement, mais décide plutôt de faire les quelques pas qui la sépare de son lit et s’y effondre brusquement.

Comment ça, Manoir Vaughn en vente ? Comment osait-elle mettre en vente son manoir familial ? Le sien ! Sans l’avertir ! Son père, déjà, lui avait coupé les jambes lorsqu’il avait daigné faire un geste attendri envers sa nouvelle épouse en l’ajoutant au testament. Oh, certes, il ne valait rien, ce pauvre manoir, si peu entretenu par son père bien davantage dévoué à son métier et aux moments de famille qu’au matérialisme d’une belle maison brillante, lustrée, joliment décorée. Alors, pourquoi pas, finalement, le léguer à cette bonne femme, pourquoi pas quand il assurait plutôt à sa fille une vie certaine avec sa jolie fortune… Mais elle y avait grandi, dans ce manoir, elle avait des souvenirs dans chacune des pièces qui s’y dressaient ! La jeune femme, à l’époque, ne s’y était pas opposée, dans l’espoir jamais soufflé qu’il demeure le lien commun entre Yeabow et elle, qui leur permettrait de ne jamais s’effilocher. Elle n’avait rien dit, avait même compris la promesse implicite qu’il ne quitterait jamais le nom de Vaughn.

Alors, le vendre ? Ainsi ? Sans prévenir ? En s’associant sans mots dire à cet imbécile de notaire de Zabini ?

La jeune femme se redresse alors d’un saut, les gestes enragées. Cette harpie ! Elle lui faisait confiance, elle avait tenté d’être là, de jouer le rôle de belle-fille sympathique, appréciable, elle avait laissé passer ce coup foireux du manoir, et elle… ! La fureur étrangle sa rage dans sa gorge et ne se concentre alors qu’en un cri étouffé qu’elle peine à libérer. Cela lui heurte presque la gorge, alors qu’elle déglutit, respire, s’acharne à essayer d’exclamer bruyamment sa colère. Sans plus attendre, elle se précipite vers son bureau et saisit une longue plume et un bout de parchemin neuf, traçant en vitesse une lettre enflammée pour ce cher Wisbley. Malgré tout ce qui s’acharnait sur elle, ce vieil homme demeurait un véritable ami de la famille, prêt à soutenir ses intérêts, en tant que légitime héritière, plutôt que ceux de cette harponneuse.

Cher Rhys,

Je te remercie longuement de cette missive pressée, je vais aussitôt m’atteler à découvrir ce que cette bonne femme cache encore ! Pourrais-je venir en discuter avec toi dès que j’en saurais davantage ? S’il me faut m’engager judiciairement, je ne crais de ne pas être à la hauteur… Tu auras sûrement conseils ou amitiés qui pourraient m’être des plus nécessaires. YY est mal tombée si elle pensait que j’allais encore m’écraser !

J’espère avoir l’occasion de vous voir à dîner, Audrey et toi, je vous embrasse précieusement.

Vôtre,
Carys


Si la jeune femme pensait que cette lettre allait réussir à l’apaiser, maintenant qu’elle s’est décidée à prendre action contre cet acte odieux, Carys réalise bien rapidement qu’elle tressaute toujours sur sa chaise et, aux lignes blanches qui crispent ses poings, sa colère ne parvient à s’éteindre. Se mordillant les lèvres, elle pèse rapidement le pour et le contre de l’idée folle qui vient de la surprendre : elle n’y a, après tout, jamais mis les pieds - ou du moins une fois, peut-être, quand elle est allée récupérer quelques affaires à Yolanda lors de son léger déménagement. Non, vraiment, ce n’est pas naturel pour elle de s’y rendre, et encore moins maintenant que sa marâtre se cache dans les Terres de Feux. Pourtant, quoi de plus libérateur que de la croiser et de lui balancer sa rancoeur au visage ?

Elle ne se laisse pas l’occasion de douter et, en quelques minutes, a roulé la lettre autour du hibou au mauvais karma, l’a relâché dans le grand froid et, surtout, s’est habillée en vitesse. La lettre de Wisbley à la main, elle s’apprête à partir lorsqu’un hibou grand-duc pénètre par la fenêtre laissée ouverte pour l’autre petit. Un grognement de frustration saisit Carys à la gorge alors qu’elle s’approche du hibou : il crie l’administratif et l’officiel, à sa manière de se tenir, de tendre la patte. L’enveloppe est ouverte en vitesse, Carys tremblante d’impatience de se rendre enfin déverser son fiel, et malgré toute la colère qui semble culminer en elle, la jeune femme s’étonne presque de la rage réelle qui la traverse lorsqu’elle réalise ce qu’elle tient entre les mains : les papiers officiels du notaire, annonçant le début d’une procédure de vente. Ce ne sont donc plus des rumeurs, mais une vérité officielle, attestée, mise en marche. Elle ne l’a même pas prévenue ! Même pas un hibou, un patronus, rien ! Absolument. Rien !

Carys froisse du poing le petit message de Rhys, qui n’a plus de valeur maintenant qu’une preuve officielle lui est tombée entre les mains et, sans plus attendre, transplane d’un mouvement DDD maîtrisé pour le lieu d’horreur : le manoir Yeabow.

- YOLANDA ! s’exclame Carys à plein poumons alors qu’elle fait ses premiers pas titubant, à peine arrivée dans le hall d’entrée du manoir imposant.

Sentant la colère lui monter au coeur à chaque pas qu’elle prend, s’approchant des salles de vie, où salon et cuisine ouverte se côtoient, Carys laisse un cri étouffé lui échapper lorsqu’elle reconnaît, lascivement assi sur un des tabourets du comptoir de cuisine, le fameux Zabini.

- Vous ! Qu’est-ce que vous faites….elle s’interrompt brutalement en réalisant sa chemise ouverte, ses pieds nus, et l’air accompli qu’il porte fièrement. Espèce de cafard, crache alors Carys en s’approchant, brandissant les papiers qu’il doit avoir préparé la veille, et les plaquant sur le plan de travail, face à lui. Vous m’expliquez ? Vous m’expliquez ce délire ? Où est Yolanda ? Ça l’amuse, peut-être ?

Carys se tourne brusquement vers la porte d’entrée du salon en entendant des pas, et observe avec fureur Yolanda contre le chambranle de la porte, sourire aux lèvres. Comment osait-elle lui sourire à la figure ? Peut-être que ça la faisait rire, ce parallèle à leur tout début ? Ah oui ! Ce premier jour où elle l’a aperçue, chez elle, dans son manoir Vaughn, assise dans sa cuisine à siroter son café après s’être tapée son père. Ah, c’est hilarant, vraiment, de lui rappeler ce souvenir le jour-même où elle lui annonce l’en séparer à jamais, ce foutu manoir ! Ne la laissant pas dire un mot, elle s’approche de sa belle-mère et, le teint pâle, lui crache à la figure :

- Tu m’expliques ? Pourquoi même est-ce que je ne suis pas au courant ? Juste un courrier ! Rien qu’un courrier !

Elle avait intérêt à avoir une sacrée de bonne raison.


(1724 mots)



   

Nid wy'n gofyn bywyd moethus,
Aur y byd na'i berlau mân:
Gofyn wyf am galon hapus,
Calon onest, calon lân.
Yolanda Yeabow
MEMBRE
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Jeu 31 Jan - 15:28

En mémoire du père

« Ft. Carys Vaughn    »



Yolanda ouvrit paresseusement les yeux. On était lundi matin, et l’homme à ses côtés venait de la réveiller ; assis sur le rebord du lit, il avait commencé à lentement se rhabiller. Elle soupira doucement. Les souvenirs de la veille lui revenaient peu à peu en tête ; tout s’était déroulé parfaitement comme prévu, songea-t-elle en souriant paresseusement. Arthur Zabini et elle avaient convenu de se retrouver pour discuter de la vente du Manoir Vaugh… En tant que notaire qui gérait l’affaire, Zabini était l’homme avec qui elle pouvait le mieux discuter des détails administratifs de l’affaire. Elle l’avait déjà rencontré il y a quelques années, à la mort de son mari ; de plus, il travaillait dans le même département qu’Owen et ils s’étaient déjà croisés à quelques événements mondains. Bref, c’était assez pour se rendre compte qu’il ferait une très, très bonne distraction de dimanche soir ; et c’était assez pour que lui aussi soit assez enthousiaste à l’idée d’être une bonne distraction de dimanche soir. Cerise sur le gâteau, il était marié depuis bien trop longtemps, et l’expérience lui avait montré que les hommes mariés étaient sommes toutes les amants les plus intéressants une fois les lumières éteintes. La vie de couple bien trop longue, et bien trop monotone, avait fini par frustrer un homme comme Zabini ; et il semblait qu’il avait assez de cette petite Sang-Pur bien trop propre sur elle à qui on l’avait assigné il y a une vingtaine d’année. Yolanda lui avait donc proposer de discuter des derniers détails administratifs, concernant la vente du Manoir d’Owen, autour d’un verre, un soir par exemple, chez elle par exemple. Et puis tout s’était déroulé parfaitement comme prévu.

Tu es déjà levé, mon cœur ? murmura-t-elle. Si pressé de partir ?

Si elle n’avait pas totalement mal interprété cet homme, il semblait avoir beaucoup, beaucoup apprécié son expérience d’infidélité. Il sourit, se pencha vers elle, et lui donna un baiser de bonjour, d’abord en posant ses lèvres sur son front, puis en glissant lentement vers ses lèvres à elle.

Malheureusement, je dois être au Ministère dans un peu plus d’une demi-heure… C’est dommage, je serais bien resté plus longtemps…

Yolanda se laissa faire, satisfaite, répondit à son baiser, puis glissa les mains dans ses cheveux tandis qu’il embrassait son cou, avant que ses lèvres ne descendent vers le décolleté de sa nuisette. Dieu bénisse les notaires, songea-t-elle, Dieu bénisse les testaments, Dieu bénisse Owen lorsqu’il me légua son Manoir.

Très bien. Je te laisse descendre et te préparer, je te rejoins tout de suite, soupira-t-elle, encore ensommeillée.

Elle se roula sur le côté, ferma les yeux et s’étira, en prenant bien le temps de profiter de ce moment. Tout se passait plutôt bien, n’est-ce pas ? Tout se passait si bien que cela lui faisait presque peur. Quelque chose en elle lui soufflait qu’elle ne méritait pas vraiment ça — cette indépendance, ces plaisirs tranquilles, ce cœur serein et calme. Elle en avait assez des tempêtes, de s’attacher à des hommes passionnés qui la torturaient ensuite. « Je pars mon amour, je m’en vais à d’autres aventures » — connard. Non vraiment, un notaire c’était très bien. Elle n’irait certainement pas dîner avec Zabini — qu’est-ce qu’il y aurait à raconter à un type pareil ? Dieu seul savait — mais quelques verres c’était tout ce qu’il fallait. Ses mains étaient très habiles, il avait eu l’air très reconnaissant, il avait su rendre à son corps l’hommage qu’il se devait. Vraiment, il ne fallait pas s’encombrer de plus. Pour se rassurer, elle pensait souvent qu’elle avait tout à fait le droit de profiter de cette tranquillité nouvelle, de cette sérénité actuelle, tant elle avait souffert par le passé. Après des années sans trêve passées dans le désespoir et l’horreur, elle avait bien le droit de se réconforter avec cette tranquillité. Elle l’avait gagnée.  

Certes, il y avait eu Owen. Et Owen était mort. Elle avait le droit de se remettre de cela, aussi. C’était comme si sa mort refermait une parenthèse qui de toute façon ne semblait pas appartenir tout à fait à sa vie.

Elle se leva doucement, enfila un long cardigan en laine gris par-dessus sa nuisette noire, et descendit lentement les marches pour arriver au rez-de-chaussée. Et puis un bruit. Elle tendit l’oreille, peu sûre d’avoir bien entendu. Vraiment ? Seigneur, c’était trop cocasse, c’était presque drôle. Carys ? Carys était là ? Et de ce qu’elle entendait, elle avait l’air énervée. Oui — elle criait. Par Merlin ! Elle criait sur quelqu’un ; c’est-à-dire qu’elle avait dû se retrouver face à Zabini, qu’elle l’avait reconnu, qu’elle avait compris. Mais comment était-elle entrée ? Oh, elle avait l’air si énervée, c’était à en pleurer de rire. Qu’est-ce qui la mettait dans cet état ? C’était si peu dans ses habitudes de s’énerver de la sorte… Yolanda fit rapidement le lien. Le Manoir… Ainsi, elle savait déjà que sa belle-mère comptait le revendre, elle avait dû l’apprendre là, tout de suite, à en juger par sa colère… C’était tout à fait impulsivement qu’elle s’était rendue chez elle, de façon tout à fait grossière d’ailleurs — transplaner chez les gens sans frapper, c’était comme entrer chez eux en défonçant la porte… Quelle impolitesse… Son père aurait détesté ça d’ailleurs, il ne supportait pas que Carys s’énerve contre sa belle-mère, et qu’elle dépasse ainsi les bornes et la bienséance… Il suffirait de rappeler cela à Carys pour l’énerver — et la blesser — de plus belle, d’ailleurs. C’était cela qui était pratique avec Carys d’ailleurs : c’était très facile de la blesser, de la rendre hors d’état de nuire. Il suffisait presque de claquer des doigts.

Yolanda apparut rapidement dans l’embrasure de la porte, arborant un sourire malicieux léger. Bien sûr, le fait que Carys arrive par surprise, pour découvrir implicitement, que sa belle-mère venait de passer la nuit avec Zabini, la faisait éclater de rire intérieurement. Mais la façon dont elle s’adressait au notaire, si virulente, si insolente, même, était aux yeux de Yolanda, le meilleur spectacle. Le visage de ce benêt montrait clairement qu’il était surpris, à peine éveillé, de se retrouver face à une tempête pareille.

Enfin Carys l’avait remarquée ; et elle sembla s’énerver de plus belle en voyant son sourire.  Bien sûr, comment ne pas penser à ce jour d’il y a quelques années, la première fois où, ayant passée la nuit avec Owen, elle s’était retrouvée nez-à-nez avec sa fille à la table du petit déjeuner ? La pauvre enfant était littéralement blême de stupéfaction en voyant si explicitement que son père avait des rapports intimes avec son professeur d’Histoire de la Magie. Owen avait été assez naturel, inébranlable comme toujours, et les avait présentées l’une à l’autre sans gêne. A y repenser, Owen, digne et respectueux en toutes circonstances, avait sans doute été le plus tendre de ses amants, songea-t-elle rapidement, avec une bouffée de nostalgie.

Mais il n’y avait pas le temps des bouffées de nostalgie. Sa fille s’approchait d’elle, véhémente, blessée, hurlante. Elle lui criait de cracher une bonne explication, elle semblait meurtrie de devoir dire adieu comme ça, du jour au lendemain, à la maison qui avait représenté toute sa vie. Elle devait être désespérée, se sentir si impuissante, qu’une étrangère ait ainsi le droit de toucher et de disposer et même de se débarrasser de quelque chose qui, dans le fond, appartenait d’abord à Carys.

Yolanda savait tout cela.
Impertuable, presque cordiale, elle prit les mains de sa belle-fille pour la calmer, en s’efforçant d’être la plus douce possible. Puis elle prit un ton plus ferme, mais toujours maternel.

Mais enfin, ma chérie, est-ce des façons d’arriver chez les gens ? C’est tout aussi poli que de défoncer la porte. Et est-ce là des façons de s’adresser à M. le Notaire ? Ce pauvre homme mérite seulement qu’on le remercie à genoux des services qu’il a pu rendre…  

Elle reprit, plus doucement, en caressant sa main d’une façon qui se voulait gentille.

Les papiers t’ont été envoyés ce matin n’est-ce pas ? C’est à cause de cela que tu es en colère ? Ecoute, je comprends ta réaction, mais vraiment elle n’a pas lieu d’être, Carys. Enfin… Je pense que puisque tu es là, il vaut mieux que nous en discutions toutes les deux, tranquillement.

Yolanda se tourna ensuite vers Zabini, lui souriant. Le supplice de Carys était drôle, mais le prolonger les rendrait juste ridicule.

Tu entends mon chéri ? Je suis désolée de te congédier de la sorte, mais je crois qu’il vaut mieux nous laisser toutes les deux. De toute façon, tu dois aller travailler, n’est-ce pas ?

Elle s’approcha de lui, tenant à lui dire au revoir de manière à rendre au moins un peu grâce aux services qu’il lui avait rendu.

Merci beaucoup de ton aide hier, c’était très précieux. Je te recontacterais éventuellement si j’ai encore besoin de tes services.

Il s’approcha plus près, l’embrassa rapidement, et murmura :

J’espère vraiment te revoir. J’ai passé un moment merveilleux.

Yolanda sourit en lui indiquant :

La cheminée est par là-bas. Salue ta femme de ma part, et passe une belle journée.

L’homme disparut rapidement, avant qu’elle ne se tourne vers Carys, toujours calme, toujours souriante.

Installe-toi dans le petit salon bleu ma chérie, et donne moi deux minutes. Ça me paraît un peu inapproprié de te recevoir dans cette tenue, n’est-ce pas ? J’arrive tout de suite, je vais commander deux thés à l’elfe, et aussi des croissants — c’est ça que tu préfères non ?

Et en effet elle revint quelques instants plus tard, habillée d’une robe noire plus appropriée. Le petit déjeuner avait apparu sur la table basse du salon, entre les deux fauteuils. Elle s’installa tranquillement face à sa belle-fille.

Tout d’abord, je suis désolée pour cette scène, Carys. Si tu avais évité d’arriver de cette manière si… prompte chez moi tu te serais peut-être épargné ce cirque, mais quand même… Tu t’en doutes et il n’y a peut-être pas besoin de le clarifier, mais je tiens à le faire quand même : cela ne veut pas dire une seconde que j’oublie ton père. Il me manque tous les jours.

Car attendrir Carys, l’ébranler un peu, la surprendre en lui montrant que tout n’était ni blanc ni noir, c’était — Yolanda l’espérait — la perdre, la rendre plus manipulable, plus apte à ployer. Carys, face à elle, pouvait crier et s’énerver lorsqu’elle se sentait menacée, mais il ne fallait pas oublier qu’elle avait passé de longues années à s’écraser devant elle. Carys cherchait une figure maternelle, une figure que seule au monde Yolanda pouvait lui offrir maintenant. Elle était la dernière chose qui la rattachait un tant soi peu à de la famille — et Yolanda comptait tirer sur cette corde-là autant qu’elle le pouvait, pour se mettre Carys dans la poche et écarter l’obstacle qu’elle représentait. Elle croisa doucement les jambes, un peu plus à l’aise.

En second lieu, je comptais te parler de mon projet de vendre le Manoir, bien sûr.  

C’était un mensonge, cependant ; elle comptait faire son affaire d’abord, et se débrouiller avec Carys après. Et l’après était arrivé. Débrouille-toi maintenant, Yolanda.

Je suis désolée que tu l’aies appris aussi soudainement. Les aléas de l’administration du Ministère sont ennuyeux. Bref… Ecoute, j’ai été très touchée du geste que ton père a fait à mon égard, mais je ne peux pas garder ce Manoir. C’est un Manoir familial. J’ai déjà le mien. Ton père est mort. Je me sentirais comme une voleuse, chez lui.

Cela était déjà plus vrai : elle ne souhaitait pour rien au monde conserver le Manoir d’Owen. D’ailleurs, elle n’avait jamais compris son choix : à sa fille la fortune, et à elle le Manoir ? C’était absurde… C’était la loi certes, mais c’était absurde… Yolanda avait déjà un Manoir à elle, c’était la fortune qui lui aurait le plus servi. Elle était sincère quand elle disait qu’elle se sentait comme une voleuse.

Et puis je ne peux pas le garder, honnêtement. C’est presque viscéral : il est beaucoup trop lié à ton père pour moi. Tout me le rappelle. C’était une épreuve pour moi d’y passer encore.

Elle eut un petit sourire triste, et un soupir un peu mélancoliques, là aussi sincères… La petite pouvait certes trouver ça paradoxal, sachant qu’elle venait de la surprendre avec un homme et qu’en général, elle avait dû comprendre que pour Yolanda, le veuvage ne voulait pas dire abstinence… Mais on avait le droit d’être paradoxal. Enfin, elle reprit une voix toujours douce, mais ferme :

Mais enfin, nous avons toutes les deux touché notre part de l’héritage. Tu as droit à ta part comme j’ai droit à la mienne et la tienne, à bon droit bien sûr, et bien supérieure à la mienne. L’argent que je toucherai en vendant le Manoir sera toujours loin d’égaler la somme qu’Owen t’a léguée. Je crois seulement qu’il n’aurait pas voulu que je me retrouve absolument sans rien, n’est-ce pas ? J’étais sa femme après tout. Nous étions mariés. Ce n’est que mon droit, Carys. Je sais que c’est difficile pour toi, mais je sais aussi que tu le comprends.

Elle lui prit la main une nouvelle fois, la caressa doucement, et la regarda dans les yeux.

Je ne veux pas que tu me voies comme ton ennemie. Je suis là pour toi, ma chérie, et tu le sais. Prends-donc un croissant.

Yolanda marqua enfin une pause, but un peu de café, puis repris, esquissant un sourire tendre.

Allons, raconte-moi, comment se passe ta vie ? Comment se passe ton travail ? Es-tu heureuse ? Te sens-tu bien entourée ?

Après tout, Ariane était partie on ne savait où, et Carys était ce qui lui restait, peut-être ce qui lui resterait jamais. Elle but encore un peu de café, ferma les yeux, traversée par une vague de fatigue, de mélancolie, lourde.

Je suis désolée pour ce matin, vraiment. Vraiment je ne veux pas que tu croies que j’oublie Owen ou que tu interprètes cela comme un manque de respect. Tu verras en vieillissant, il y a des choses et des gens qu’on oublie très difficilement. Et ton père ne s’oublie pas. Je l’aimais vraiment beaucoup. Tu sais c’est très paradoxal : j’ai l’impression justement que plus l’âge avance, plus on se rappelle. C’est comme avancer en permanence dans une foule anonyme, mais ne pouvoir regarder que quelques visages, vraiment très très peu, qui se détachent de la foulent et sur lesquelles on garde le regard fixé. Plus le temps passe plus j’ai l’impression qu’il y a des gens, comme ton père, dont on ne se remet pas. Et aussi qu’on ne se remet jamais vraiment non plus de son premier amour.

(2454 mots)

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Carys Vaughn
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Jeu 31 Jan - 19:44
En mémoire du pèreft. YEABOW Yolanda



Haletante, la jeune femme sent son corps se crisper lorsqu’elle voit Yolanda s’approcher d’elle et lui saisir les mains. La chaleur de sa peau, tiède encore des débuts de réveil, ses doigts presque engourdis de s’être juste libérés des vapes de Morphée, tout fait tourner la tête à Carys qui sent sa colère s’essouffler d’un coup. Qui est-elle pour venir hurler chez sa belle-mère, ainsi, à ces heures-là ? Elle détourne la tête alors que Yolanda lui répond calmement, la réprimandant comme toute mère le ferait de ces manières de débarquer. Elle se sent comme une enfant prise en faute, grondée avec une légère tape sur les doigts pour son mauvais comportement, et ça l’agace de se renfermer comme cela, de sentir sa fureur s’échapper, quitter son corps pour se voir remplacer par une espèce de honte enfantine. Elle se retient de lâcher un commentaire obscène, et déplacé, lorsque Yolanda suggère de remercier Zabini à genoux, ayant parfaitement conscience que cela ne ferait que l’ensabler davantage dans cet océan d’enfantinages qu’elle avait déversé sur le manoir Yeabow. Certes, ces manières étaient peu convenues, peu correctes… mais elle demeurait dans son droit, n’est-ce pas ? Alors que Yolanda se met à caresser sa main, attendrissante, Carys repose ses pupilles sur sa marâtre et se dégage sèchement. Elle n’allait pas l’attendrir avec des minauderies.

- Évidemment que c’est pour cela, penses-tu que je débarquerai ainsi sans raison valable !

Pourtant, pour cette dame, aucune raison d’être en colère ? Ah, vraiment ! Elle compte bien sur elle pour lui expliquer pourquoi, au nom de Merlin, elle ne mérite pas de s’énerver, de se laisser aller, à l’écoute d’un tel affront. Va, renvoie ton beau, cher marâtre, renvoie ce cafard, qu’il aille se doucher, se parfumer, pour effacer toute trace de ta peau, pour demeurer discret. Discret ! Ces époux adultères pensent-ils vraiment que personne ne remarque rien ? Carys détourne le visage avec dégoût alors que Zabini laisse un dernier baiser sur les lèvres de sa belle-mère : oh, vraiment, peu importe qu’elle soit avec d’autres hommes, quel genre de personne serait-elle pour venir insulter une femme, encore pleine de vie, pleine de charme, qui se laisse prendre au plaisir amoureux, sensuel, quand son époux est parti depuis tant d’années déjà. Peu importe, alors, que ce soit un rouquin de vingt ans de moins, un confrère, pourquoi pas un étudiant, un peu de scandale dans sa vie, encore un peu ! Mais cet homme-là, le notaire ? Que cherche-t-elle à lui faire passer comme message, alors ? Regarde, petite enfant, regarde comme tu n’atteins pas la cour des grands, regarde je t’ai emprisonnée dans mon petit poing, mon pouce te broie, mon pouce c’est ce notaire, cet homme de pouvoir, que j’ai capturé, parce que je me suis mise à genoux, oh oui, je l’ai remercié comme il se doit ma belle petite fille, et maintenant, j’ai tout pouvoir sur toi. Est-ce cela, vraiment, est-ce que Yolanda s’aventure aussi bas, dans ses manipulations nauséeuses ? Carys ne le sait pas, elle ne sait plus grand chose, pour être honnête. Elle sait juste combien le dégoût lui mange l’estomac, toute cette accumulation de rancoeur, c’est trop pour elle.

Alors elle suit en silence, quand Yolanda lui indique le salon bleu, elle hoche la tête sans mots dire, quand elle s’absente quelques instants, pour se changer, et ah ! coup fatal, lui proposer des croissants. Elle joue, cette bonne femme, elle joue avec ces sentiments, ces touches d’attention, ces minauderies gerbantes. Des croissants, oui, évidemment, elle adore ça. Depuis enfant, c’est sa viennoiserie favorite, son plaisir quotidien de sa vie à Paris, les casses-croûtes partagés avec son père, autour d’un thé fumant, à se raconter leur vie. C’est aussi ce qu’il y avait sur la table du petit-déjeuner, ce matin-là, où elle a débarqué dans sa vie. Peut-être une façon pour son père de faire passer la pilule : tiens, ma fille, c’est ta prof d’Histoire de la Magie, mais j’ai aussi amené des croissants, tout va mieux pas vrai ? C’était passé à l’époque, ça ne la regardait pas. Cette fois, seulement, les croissants ne feront pas passer sa colère, son sentiment d’injustice.

Lorsque Yolanda reprit place face à elle, toujours aussi posée, aussi souriante, Carys sentit son corps s’agiter à nouveau. Il semblait pris le postérieur entre deux fauteuils, incapable de se décider entre une explosion de haine et de rancoeur et un petit balbutiement désolé d’enfant penaude. Ah, comme elle se déteste à cet instant précis, à se remettre en question, toujours, à douter de la bonne décision de venir ainsi, à hurler, d’autant plus alors que Yolanda en rajoute une couche, à s’excuser promptement, mais à lui assurer que c’était de sa faute, en premier lieu, si elle avait eu affaire à tout cela. Retenant un pouffement lorsque Yolanda lui sort le fatidique argument de son père, Carys ne peut toutefois s’empêcher de soupirer longuement et de lâcher un pathétique :

- Je sais bien qu’il te manque.

Évidemment, qu’elle le savait. Et peut-être que Yolanda en joue, en cet instant précis, mais Carys a été éduquée trop droite, trop empathique, trop passionnée pour ne pas prendre en compte les sentiments des autres. Elle sait qu’elle dit la vérité, au moins un peu - même si leur couple à son père et elle a toujours été des plus étranges, parfois des plus brinquebalants, il demeurait malgré tout un couple sage, attendri l’un pour l’autre, chacun laissant une empreinte indélébile sur l’autre. Alors, oui, évidemment qu’il lui manquait. À elle aussi, il lui manquait. Qu’est-ce qu’une toute jeune vie d’adulte, sans un père pour la guider, lui rire au nez devant son installation pétrifiante de nullité de sa dernière étagère, lui déposer un gros baiser sur le front à sa première promotion… La vie est différente, sans son père et, bien sûr, elle serait sotte de s’imaginer qu’elle ne cherche pas alors à soutirer toutes ses réactions de Yolanda. Après tout, c’est bien pour cela que son coup bas la heurte tant.

Carys saisit d’un geste brusque la théière qui trône sur la table entre elles et se charge consciencieusement de leur servir deux tasses brûlantes alors que Yolanda s’excuse de la manière de faire du ministère. Elle se refuse à croiser son regard en cet instant, refusant d’y lire mensonge ou vérité. Elle ne veut pas savoir si sa belle-mère avait réellement prévu de lui en parler, tant bien même le Ministère était allé vite en besogne, elle aurait dû lui en glisser un mot aussitôt l’idée ayant traversé ses pensées. Ses doigts se crispent sur l’anse de sa tasse lorsque Yolanda lui évoque la bizarrerie de garder un manoir familial à son nom.

- C’est bien le soucis, c’est un manoir familial, grimace-t-elle à voix basse, ne cherchant ni la confrontation ni l’énervement avec cette réplique, mais bien simplement à expulser ce qui lui pèse tant.

C’est son manoir. À elle. Elle y a grandi, pleuré, dansé, joui, mangé, fait des âneries, il ne peut finir dans les mains d’un inconnu ! Yolanda, ce n’est pas une inconnue, pas totalement, c’est… c’est Yolanda. Mais un autre ? Un autre, qui ne soit ni elle, ni Yolanda ? Comment ! Carys grimace inconsciemment lorsque Yolanda aborde le point fatidique : son père est mort, dans cet endroit. C’est trop dur, de s’y rendre. Et pourtant, on ne peut pas laisser ce lieu de vie, ce lieu qui lui tenait tant à coeur par ce qu’il représentait - un refuge d’amour et d’amitié dans tous ces temps troublés - être entaché par le souvenir de cette fin atroce ?

- C’est une épreuve pour tous, tu le sais bien - mais je ne peux pas imaginer laisser ce souvenir être ce qui restera du manoir… être l’héritage de mon père.

On ne peut pas laisser ce seul souvenir là flotter dans son espace, et le revendre, ainsi rendu impur par l’horreur, jamais nettoyé à coups d’amour, à un autre inconnu qui ne réalisera jamais toute l’importante émotionnelle du lien ? Non, Carys ne peut y consentir.

- Ce n’est pas une question d’héritage, tique-t-elle aussitôt que Yolanda y fait référence.

Son ancienne professeur insiste pourtant, sur l’envie de son père de lui laisser quelque chose de tangible, un souvenir, du matériel - ce n’est que son droit, après tout. Bien sûr, que ça l’est. Elle n’a pourtant pas le temps de rétorquer que son vis-à-vis lui prend la main et lui assure de son amitié, lui propose un croissant. Carys dégage à nouveau sa main, sentant sa colère poindre à nouveau. Un croissant, oui, bien sûr, encore ! C’est la solution à tout, le croissant ! Et elle veut qu’elle lui raconte sa vie, pourquoi pas ? Tout allait bien, après tout, à part une sangsue qui se permet de faire basculer son quotidien, sa vie, ses repères, parce qu’elle n’a plus besoin de souvenir matériel de son père, que c’est trop dur, oh si dur ! Pourtant, Yolanda reprend avant que sa colère nouvellement née ne parvienne à exploser, et Carys se trouve soufflée par son argumentaire. Ah, le pouvoir de la vieillesse ! La sagesse des expériences ! Poids si important dans les disputes, argument incontestable, moi j’ai connu la vie, toi si peu. Entre premier amour et son père, son dernier, peut-être, Carys sent qu’elle joue la corde sensible et, pourtant, malgré tout, au visage éreinté de la femme qui lui fait face, à la mélancolie qui marque ses traits, la belle enfant ne parvient pas à s’égosiller.

Elle se contente de s’avancer, ses genoux frôlant presque ceux de sa marâtre - elle ne réalise pas sur le coup, mais imagine après coups combien cela a dû être insupportable pour Yolanda, qui n’apprécie pas trop son contact facile. Elle saisit la main de sa belle-mère et, d’un geste tendre, le corps épuisé par toute sa colère essoufflée, elle se permet enfin de s’exprimer :

- Je t’ai longuement écoutée, tu as vu comme j’ai été sage ? J’espère que cela me pardonne de cette entrée fracassante que j’ai effectué. Je ne m’énerve que si peu, et si rarement, j’en ai perdu tout bon sens. Merlin m’entende, j’aurais préféré ne pas voir ce spectacle ragoûtant d’un Zabini heureux après une bonne affaire.

La jeune fille grimace au souvenir de cette image avant d’adresser un sourire tendre à Yolanda :

- Je sais bien que… je sais que mon père est d’importance pour toi. Tu parles de ces visages, qu’on voit dans une foule immense - à mon âge, ma foule est si peu intense, si peu garnie, si peu de gens rencontrés qui m’ont marqués, que mon père trône tout devant. C’est l’homme de ma vie, tu le sais - et tu étais la troisième de la sienne. Rien que pour cela, je te dois respect, amitié - et je te les porte, vraiment. Ce qui me rend si… Furieuse ! s’exclame-t-elle soudain alors que son cerveau s’emballe, une fois encore, porté par son coeur. Furieuse, parce que tu me parles d’amour, d’hommes marquants, de souvenirs à jamais, et pourtant tu cherches à vendre le seul rappel de lui qu’il t’a laissé ?

Carys lâche sa main et se relève abruptement, incapable de tenir en place. Elle se sent redevenir fiévreuse et sent sa passion prendre le dessus sur la raison, oh comme elle se déteste en ces instants, à perdre contrôle, à laisser parler le coeur avant l’esprit. Mais comment faire autrement, quand son père est en jeu ?

- Écoute, tu sais combien je ne suis pas friande de disputes, ni même de discussions à chaud le coeur, aussi tu imagines combien tu m’as chamboulée avec cette annonce. Comment peux-tu imaginer laisser notre maison, parce qu’elle fût la tienne aussi ! tu l’as foulée ! tu y as aimé, tu y as… ah, Merlin, comment pouvons-nous laisser un manoir aussi chargé de passion a un quelconque inconnu ? Au meilleur acheteur ? Ça me débecte ! Alors, oui, peut-être qu’il te l’a légué, mais penses-tu sincèrement qu’il en a fait ainsi pour que, quelques années plus tard, une fois les termes de décence atteint, tu puisses le relâcher en pleine nature ?

Carys se tait quelques instants, son cerveau fonctionnant à mille à l’heure. Elle n’a même pas pris le temps de réfléchir à tout ce que cela impliquait, de ne plus avoir ce manoir, que ce soit monétaire, social, humain, elle n’a réfléchi à rien. Elle est venue avec son coeur, à vif - mais cela ne fonctionnera pas simplement sur Yolanda. Alors elle réfléchit, vite, et elle continue à faire les mille pas pour s’activer :

- Je pourrais le racheter, me dirais-tu, son héritage monétaire pèse suffisamment, mais tu ne prendras pas mes sous, je le sais bien, tu n’es pas aussi retorse, tu sentirais mon père te maudire de là-haut - et même, comment me supporter réellement avec mon salaire du ministère ? Ça ne m’assurera pas ma retraite, que diable, si même j’en prends une. Et que dire du poids social ? Là, oui, certes il t’appartient, mais il reste à la famille Vaughn, au vu de la situation actuelle, quid de si les Insurgés reviennent au pouvoir, quid des nécessités d’être socialement bien installé ? Comment vais-je rivaliser si mon appui, mon atout familial, c’est mon pauvre studio londonien : ah ça, la grandeur Vaughn !

Un rire jaune échappe à l’enfant Vaughn alors que son cerveau envisage toutes les mille et une situations possibles, tout ce que cette perte représente, tout ce qui la met dans tous les sens, et elle se sent perdre les pieds devant l’ampleur du désastre. Oh, désastre. Elle exagère, un peu, n’est-ce pas ? Ce n’est qu’un manoir, un pauvre bâtiment à son nom, de pauvres souvenirs qui, finalement, existe bien dans son esprit, n’est-ce pas ?

- La grandeur Vaughn, c’est être fort, tenir seul, mais être plus puissant encore de par ses liens, son union aux autres. On forme un front, uni, une famile. Ce manoir, ça nous offrait encore la chance d’en rêver, Yolanda. Alors toi, tu rêves peut-être de ton premier amour, de la fille qui en découle, mais moi ce manoir relié à toi, cela faisait miroiter les rêves d’une mm…

Non, elle ne peut le dire. C’est absurde. Pourtant, presque dix ans que cette femme est dans sa vie. Dix ans, ce n’est qu’une à-côté, après tout, elle n’est pas vraiment sa figure maternelle, comme son père aurait aimé. C’est absurde, d’en rêver. C’est absurde de s’en sentir brisée.

- Laisse-tomber, ça n’a jamais rien signifié pour toi, toute façon. Tu sais quoi, tu as raison, parlons de banalités. C'est bien les mieux, les discussions inutiles : je vais bien, mon entourage va bien, et mes correspondances se portent bien. Amen ! lâche-t-elle, moqueuse, un peu.

Et Carys se laisse tomber à nouveau dans le fauteuil, soufflé par son défaitisme, cette niaiserie enfantine, ces espoirs revenus à l’esprit. Ces fantasmes d'enfant : en mémoire du père aimant, une douce maman.


2448 mots

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Nid wy'n gofyn bywyd moethus,
Aur y byd na'i berlau mân:
Gofyn wyf am galon hapus,
Calon onest, calon lân.
Yolanda Yeabow
MEMBRE
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Ven 1 Fév - 21:11

En mémoire du père

« Ft. Carys Vaughn    »



Certes, elle s’était attendue à ce que Carys soit sonnée, blessée peut-être, peut-être un temps — mais si énervée, si passionnée, non. Carys avait toujours été docile et c’était cela, peut-être, qui l’avait rendue supportable à Yolanda. C’est grâce à cela qu’elle avait pu essayer de jouer un rôle auprès d’elle, bien tranquillement : Carys ne la contredisait presque jamais, et auprès d’elle, Yolanda représentait une figure de pouvoir, une figure d’influence. Cela, c’était vraiment agréable

D’un coup elle se rappela Owen, la toute première soirée qu’ils avaient passée ensemble au Manoir Vaughn… oui, bien sûr elle en avait des souvenirs dans cet endroit… Après dîner elle était venue continuer à discuter chez lui, ils sentaient tous les deux qu’ils se plaisaient assez, beaucoup même. A ce moment-là ça n’importait que peu. Tout allait avec une lenteur délicieuse, délicate, nécessaire. Sur le sofa du salon elle avait posé la tête sur son épaule tout à coup, et ils étaient restés un long moment comme ça, avant qu’ils ne se blottissent plus fort l’un contre l’autre. Elle sentait encore les mains d’Owen s’égarer avec délices dans ses cheveux… Et puis quelques années plus tard, quand ils avaient commencé à véritablement vivre ensemble, il y avait eu de belles scènes de quotidien dans ce Manoir, des scènes de couple marié, des scènes d’une douceur qu’elle n’aurait pas pensé vivre ; dans le même salon, elle avait lu tant et tant de fois, la tête sagement posée sur ses genoux à lui, tandis qu’il caressait encore, avec les mêmes délices, ses cheveux. De temps en temps leurs regards se croisaient, lorsqu’elle tournait une page par exemple, et il leur arrivait, complices, de laisser échapper une plaisanterie ou une tendresse.

Mais au diable Owen ! Elle ne voulait pas penser à cela ! Cet homme était mort. Mort. C’est à dire que tout cela était bel et bien terminé et qu’il fallait faire une croix dessus. Le temps des tendresses de couple mariés était terminé, maintenant c’était le temps des notaires qui tiraient leur coup avant de s’en aller comme des fuyards le lundi matin, et c’était comme ça. Pour être honnête le souvenir d’Owen ne la torturait pas ; il la rendait désespérément triste parfois, mais il ne l’obsédait pas. Cela avait été un épisode dans sa vie qu’elle n’avait, même en le vivant, pas tout à fait compris ; maintenant que cela était terminé, elle ne pouvait s’empêcher de le voir comme une parenthèse. C’est-à-dire que Owen était mort, mais que lui restait-il de lui, concrètement ? Ses problèmes, ses insécurités, ses obsessions d’avant Owen étaient revenus la tourmenter et si elle ne voulait pas ployer devant tout cela, il fallait qu’elle garde la tête froide, qu’elle avance.

Et Carys l’agaçait. Pour une fois elle ne voulait pas ployer, accepter que Yolanda était sa belle-mère, que c’était elle qui décidait. Cela, intérieurement, énervait Yolanda. Carys avait simplement attendu que sa belle-mère termine de parler, pour reprendre la parole à son tour, et bien la garder, sans s’arrêter. On voyait qu’elle bouillonnait ; le discours sortait, désordonné, de sa bouche tandis que son cerveau réfléchissait vivement. Quelque chose en elle semblait partir dans tous les sens… la passion débordait, vraiment. Malgré son irritation, Yolanda l’écouta, bu ses paroles. Une passion pareille… Elle avait rarement vu une passion pareille chez Carys. Elle savait que la jeune fille tenait au Manoir, à son père, mais voir une pareille explosion, c’était autre chose… Elle la laissa parler, encore. Elle ne tenta pas de se dégager lorsque Carys lui prit les mains, se rapprocha d’elle. Elle ne répliqua pas lorsque que Carys se permit des familiarités, ne corrigea pas ce tutoiement qui la rendait malade, ne tiqua pas lorsqu’elle mentionna John et Ariane ou lorsqu’elle se permit, tout à la fin de son discours, de répliquer avec une pareille ironie. De même, elle n’aimait pas que la gamine mentionne son amour pour Owen, comme une chose acquise également ; elle ne supportait pas ce nom posé sur cette chose, elle n’avait jamais appartenu à la famille Vaughn comme une petite chose ramenée là et posée tranquillement sur le fauteuil de la mère absente. Merlin, elle aurait giflé une enfant pareille si elle avait pu. Mais la violence honnêtement ne résolvait rien, elle l’avait appris il y a longtemps. Balancer Carys contre des murs, c’était bon pour la faire peur, pour l’impressionner et l’apeurer quand elle était adolescente ; pour la remettre à sa place. Mais aujourd’hui cela ne servait plus à grand-chose. Elle voulait gagner quelque chose de Carys — son adhésion, sa soumission.

En dépit de la passion qui émanait du discours de Carys, en dépit de ses arguments niaiseux que Yolanda pourrait balayer en trente secondes, un seul point transparaissait de façon claire : ce Manoir était le support de la famille Vaughn, donc de Carys, et si elle s’en retrouvait lésée, elle ne pèserait plus grand-chose dans le monde magique. Cependant, si elle le rachetait à Yolanda, il ne lui resterait plus rien… Certes, ces arguments s’entendaient. Yolanda bien sûr refusait de prendre de l’argent à Carys, il lui semblait que cet argent serait trop sale, qu’en le recevant elle s’abaisserait. Elle ne voulait rien recevoir de sa belle-fille, elle ne voulait pas lui être redevable… Non…

Quelque chose en Yolanda frémit lorsque le débordement de passion de Carys atteint son point culminant, lorsqu’elle avouant en s’arrêtant, juste avant de le prononcer, qu’elle avait rêvé de trouver et de voir une figure véritablement maternelle en Yolanda. Cela, elle l’avait senti depuis le début — passée la gêne de la jeune fille, passé son malaise, c’était le désir de retrouver une mère qui avait percé, et primé. Yolanda l’avait pressenti depuis toujours mais aujourd’hui Carys l’avouait ; il n’y avait plus de doutes. Franchement, Yolanda n’avait jamais su quoi faire de cela. Une part d’elle était agacée, une part d’elle était apeurée, une part d’elle était attendrie. Et le formuler encore comme ça était beaucoup trop clair par rapport à la réalité de ses sentiments, une réalité ouateuse, mystérieuse, dont elle n’arrivait pas à définir les composantes véritables : est-elle heureuse de cette figure filiale, est-ce que cela lui faisait du bien d’avoir Carys auprès d’elle ? Représentait-elle un substitut nécessaire, qui la rattachait à une forme de vie familiale, et satisfaisait ses instincts maternels, et son besoin de ne pas être seule ? Etait-elle simplement heureuse d’avoir du pouvoir auprès de quelqu’un ? Est-ce que cela compensait le peu de pouvoir qu’elle avait sur Ariane ? Cela la séduisait-il donc ? Ou était-ce une responsabilité, une enfant qui en attendait trop d’elle, un poids qui allait peser, le dernier héritage d’Owen qu’elle aurait préféré ne pas avoir ? Ou encore, était Carys semblait prendre Yolanda pour acquise, semblait la considérer comme une figure acquise dans sa vie ; et cela lui était insupportable.

Alors que Carys était encore debout Yolanda agit instinctivement : elle se leva elle-même et la prit dans ses bras. La jeune fille venait de retenir le mot de maman d’entre ses lèvres, et Yolanda mit de côté l’agacement, la peur de ne pas savoir quoi faire, et spontanément, prit Carys contre elle, caressant doucement son dos, ses cheveux, et murmura que tout allait rentrer dans l’ordre, Carys verra…

Puis elles se rassirent toutes deux. Yolanda resta silencieuse un instant, les yeux mit clos, soupirant. Elle ne savait pas quoi faire, réfléchit rapidement — il fallait agir vite. Elle prit tranquillement quelques gorgées de thé, prit le temps de les savourer, et dit :

Tu sais ce que nous allons faire, ma chérie ? Je crois que nous allons rappeler M. Zabini, et lui dire de suspendre cette mise à la vente pour l’instant. Ou peut-être plutôt lui écrire, tu sais, je crois que je n’ai pas forcément envie de le revoir tout de suite, ajouta-t-elle avec une moue un peu lasse.

Elle reprit, plus tranquille :

Il me semble, Carys, que nous nous retrouvons face à une impasse. Je vois bien que je ne peux pas vendre le Manoir dans des conditions, ce serait bien trop douloureux pour toi en effet. Et cela te mettrait dans une situation précaire.

En fait, elle ne pouvait pas se permettre de se mettre Carys à dos : elle ne savait pas dans quel camp cette dernière se plaçait, et la période actuelle était très trouble politiquement. Carys savait qu’elle avait été Mangemort, qu’Owen avait aidé à ce qu’elle s’en sorte, et Yolanda ne pouvait pas risquer que cela se retourne contre elle.

D’autre part, tu comprends que cela me serait difficile de te donner comme cela le Manoir. C’est la dernière chose que ton père m’a léguée, il t’a légué sa fortune, et cela me sera difficile de me retrouver sans absolument rien de lui comme cela, comme si je n’avais pas été sa femme. Et je ne veux pas d’argent de toi bien sûr, oublie cela.

Elle n’allait pas faire de concession gratuite, ça lui ressemblait si peu de faire un acte gratuit, simplement généreux, simplement empathique, à Carys qui malgré tout demeurerait une étrangère. Elle but encore un peu de thé, pencha légèrement la tête sur le côté, et continua après un bref silence :

Je pense que nous pouvons mettre cet accord en suspend, et prendre le temps qu’il faudra pour réfléchir à une solution qui nous conviendrait toutes les deux au mieux.

Elle tint cependant à clarifier un point :

Tu parles de demeure familiale, de famille forte, certes. Mais ma demeure familiale est ici. J’ai fréquenté ton père, certes. Et puis il m’a demandé en mariage, et j’ai été très surprise, mais j’ai accepté, et nous avons vécu quelques années ensemble avant sa mort — certes. Mais ce n’est que lui que j’ai épousé — ni son emblème, ni son nom, ni son Manoir avec lui. Je n’appartiens pas à la famille Vaughn, et je n’ai rien à voir avec elle maintenant qu’il est mort. Avant lui j’ai vécu avec un autre homme, dont j’ai eu un enfant, et puis un autre homme encore. Mais je suis incapable d’appartenir à une famille autre que la mienne — Yeabow, de fonder quelque chose ailleurs qu’ici. Et ici l’équilibre est précaire mais c’est le mien. Je ne peux pas contribuer à bâtir avec toi un idéal de famille dans un endroit auquel je n’appartiens plus.

Elle rajouta — car il fallait garder Carys de son côté :

Cela ne veut pas dire que je ne tiens pas à toi, que les liens que nous avons tissés lorsque je fréquentais ton père doivent mourir en même temps que lui. Je serai toujours là pour toi. Simplement, je n’appartiens pas là-bas, et je n’appartiens pas à cette famille. Plus tard, si tu souhaites fonder ta propre famille, tu pourras très bien transmettre ces valeurs qui te tiennent, et à raison, tant à cœur, tu pourras transmettre l’héritage moral si puissant que ton père t’a laissé. Mais cela ne se fera pas avec moi. Et je ne veux pas être méchante en disant cela, je veux simplement le clarifier. Et te dire, sincèrement, que je tiens à toi, que je t’aime, mais que les choses sont simplement plus nuancées qu’elles ne peuvent paraître, et que je ne pourrais pas vivre là-bas. Je ne pense pas être sans cœur parce que je ne me sens plus bien dans un endroit où j’ai simplement vécu quelques années. Mon souvenir de ton père ne se réduit pas à cet endroit pour moi.

Si Théodore revenait, par exemple, ce dont il avait parfois parlé dans ses dernières lettres, il est clair qu’elle ne s’amuserait pas à retourner au Manoir Vaughn, que — dans ses fantasmes — ils vivraient de nouveau ici ensemble, au Manoir Yeabow. Mais ce n’était pas le temps des rêveries, Yolanda voulait juste instaurer quelque chose de clair entre elles, que Carys ne l’embarque pas si facilement dans son délire ; il y avait quelques limites à poser.

C’est un choix vraiment étrange qu’Owen a fait. J’imagine qu’il ne s’attendait pas du tout à ce que les choses… enfin que... Tout cela soit arrivé si vite...

Sa voix s’était étouffée un petit peu ; elle était incapable d’évoquer la soudaineté de cette mort.

Zabini m’a dit qu’il n’avait pas expliqué ce choix, qu’il n’avait fait aucun commentaire, qu’il avait simplement envoyé un courrier et signé un papier. J’imagine qu’il désirait sincèrement te laisser une somme confortable pour que tu vives sans difficulté, mais qu’il tenait quand même à me laisser quelque chose… Bref. La meilleure chose à faire me semble de mettre en pause cette mise en vente, le temps que nous trouvions une situation qui nous corresponde à toutes les deux. Ce n’est pas maintenant que nous allons trouver, et je te propose que nous y réfléchissions toutes les deux. Est-ce que cela t’irait ? Tu vois, je n’avais pas pensé que le sujet te toucherait autant, mais maintenant que tu en parles je vois bien que je commettrais une monstruosité si je le vendais comme cela, tout de suite… (Pause). Mon père est mort ici quand j’avais cinq ans. Je crois que je l’aimais beaucoup, mais je n’ai pas pu beaucoup le connaître de son vivant. Avoir vécu ici néanmoins m’a toujours donné l’impression de le connaître un peu mieux…

Cependant, ce qu’elle brûlait d’envie de dire à cette petite, c’est que le Manoir ne lui appartenait déjà plus depuis le jour où Owen était mort ; que depuis ce jour elle n’avait plus rien à dire. Voilà ce que Carys ne comprenait pas, et qui mettait Yolanda Yeabow hors d’elle : elle venait discuter d’un Manoir qui lui était passé sous le nez il y a trois ans. Mais Yolanda se tut et ne laissa rien paraître.

En gros, Yolanda avait dans ses mains le meilleur moyen de tenir Carys enfermée dans ses griffes. Zabini était totalement à ses genoux à elle, elle était en possession d’un Manoir dont Carys ne pourrait pas supporter la vente ; la petite était donc totalement sous son contrôle. Demain, elle pourrait décider en un claquement de doigt de vendre le Manoir, de la séparer des lieux de toute sa vie, du dernier souvenir matériel qu’elle avait d’Owen… Et cela la briserait. Donc elle ne le ferait pas. Pas maintenant. C’était plus intéressant d’avoir une Carys dévouée, une Carys avec une épée de Damoclès sur la tête, prête à faire n’importe quoi pour éviter le coup de grâce, qu’une Carys furieuse à ses trousses, prête, dans ce déferlement de passion, à faire quelque chose d’irréparable — la dénoncer, par exemple, en tant qu’ancienne Mangemort ? C’était trop dangereux de se mettre Carys à dos. Elle n’avait pas prévu une furie pareille, vraiment, cela n’était pas entré dans ses calculs. A quoi cela lui servirait-il directement de mettre le Manoir en vente ? Elle n’en avait aucune idée… Aucune idée pour l’instant. Mais avec le temps, sans doute, cela se révèlerait utile. Pas tout de suite, mais avec le temps, des desseins intéressants pouvait germer ; elle restait en position maîtresse, en position directrice ; c’était cette position qu’elle devait retrouver avec Carys, elle devait lui montrer qui ici menait la barque. C’était déjà chose faite, lorsque Carys l’avait surprise avec le notaire : cela lui montrait parfaitement qu’elle n’avait aucun contrôle sur les choses, que c’était Yolanda qui l’avait. Une épée de Damoclès… C’était le meilleur équilibre à instaurer ; Carys ne saurait jamais quand Yolanda pourrait changer d’avis.  

Elle s’arrêta de réfléchir un instant, puis repris sur une autre note, en référence aux dernières paroles de Carys, empreintes d’ironies :

Ne sois pas si sarcastique, enfin… Je tenais sincèrement à avoir des nouvelles de toi… Mais puisque tu ne veux pas parler de ce que tu qualifies de banalités, parlons de choses sérieuses ? As-tu des nouvelles d’Ariane ? Parce que je n’en ai eue aucune depuis un très, très long moment, et je t’avoue que je m’inquiète sérieusement. Cela me brise le cœur de ne rien savoir.

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Carys Vaughn
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Dim 24 Fév - 14:46
En mémoire du pèreft. YEABOW Yolanda



Le mot tremblait encore au bout de sa langue, incapable de s’en échapper, pesant terriblement sur son coeur. Mère, maman, et non pas marâtre, c’eut été bien. Utopique, gamin aussi, peut-être, de s’imaginer tenir plus de place que de raison dans le coeur d’une femme qui ne l’avait jamais demandée elle, qui avait simplement souhaité l’étreinte chaleureuse et aimante d’un époux, qui se retrouvait avec une gamine en mal de mère, toujours à se projeter, s’imaginer. Elle frémit violemment lorsque Yolanda se redresse d’un coup et vient la prendre dans ses bras. Elle sent ses bras, tout fins, son étreinte, solide, son odeur parfumée, l’odeur chaude d’une personne, est-ce que c’était cela, l’odeur d’une mère ? Elle s’abandonne alors, quelques secondes, quelques minutes peut-être, à cette embrassade trop rêvée. Elles ne s’étaient pas enlacées, au décès de son père. Carys avait été odieuse. Non, pas odieuse. Brisée. Incapable de se tourner vers un autre  humain. Plongée dans son propre deuil, sa tristesse. Cette étreinte semble effacer tout ce poids, cette douleur, qui continuent à peser sur elle, inlassablement. Elle s’en sent presque plus fragile, tremblante, mise à vif.

Elle n’est qu’une enfant.

Elle n’est plus une enfant, pourtant.

C’est terrible, ces gens, qui toujours te ramènent à ton statut premier. C’est prouvé, c’est étudié, les longue années d’enfance conditionnent un système social, un système de rang, au sein même d’une famille. Même à quarante cinq ans, face à Yolanda, elle sera toujours une enfant. Même si elle se trouvait ministre, bon dieu, ou aussi puissante que Merlin, face à Yolanda, elle demeurera toujours Carys Vaughn, l’orpheline à la recherche d’une mère. Elle s’en sent si pathétique.

Elle se laisse retomber sur le siège, et observe Yolanda qui clôt les yeux, sirote quelques gorgées de thé. La jeune Vaughn sent un petit sourire moqueur fleurer sur ses lèvres, qu’elle cache tant bien que mal derrière sa propre tasse, lorsque Yolanda avoue ne pas avoir trop envie de revoir Zabini tout de suite, mais son sourire fond lorsqu’elle réalise ce qu’elle vient d’annoncer. Suspendre la vente, donc. Pas l’annuler, la suspendre seulement. Prendre le temps d’y réfléchir, au moins, c’est déjà ça. Une victoire, peut-être ? Non, un temps mort. Effectivement, son aînée reprend, annonçant clairement qu’il ne serait pas concevable de lui rendre le manoir sans rien. Carys fronce les sourcils et se mord la joue pour s’empêcher de râler qu’elle ne lui a jamais demandé de lui rendre, mais simplement de ne pas le rendre. Grosse nuance, merci bien. Après une énième gorgée de thé, Yolanda reprend alors :

Je pense que nous pouvons mettre cet accord en suspend, et prendre le temps qu’il faudra pour réfléchir à une solution qui nous conviendrait toutes les deux au mieux.

Une solution qui leur conviendrait toutes les deux, donc ? Et comment allaient-elles arriver à trouver cette solution, qu’elle veuille bien développer, merci bien ? L’esprit logique de Carys, qui semblait d’un coup avoir retrouvé toutes ces fonctions, ne peut s’empêcher de grimacer devant cette phrase d’une grande diplomatie qui sonnait beaucoup trop faux. Rien n’assurait à la jeune Vaughn que Yolanda n’allait pas continuer à bidouiller dans son coin et lui annoncer les dernières nouvelles une fois qu’il serait trop tard pour faire quoique ce soit. Elle ne peut pas lui faire confiance. Ça, c’était sûr et certain. Mais que peut-elle contre elle, réellement ? Que peut-elle, de son pauvre statut d’employée, face à une personne aussi probante, aussi haut placée, aussi écoutée ? Rien que de la voir ici, parmi les Insurgés, montrait combien elle avait creusé sa place auprès de ces gens-là. Et elle, que pouvait-elle face à ces gens-là ? Oh, Merlin, Rowena et tous les fondateurs, pas grand chose, n’est-ce pas ?

Carys reporte son attention sur Yolanda, la main crispée sur sa tasse. Elle vient de se confirmer que Yolanda n’est pas une personne de confiance, et cette dernière semble inconsciemment appuyer sur ce fait en soulignant combien d’avoir épousé son père à elle ne signifiait pas qu’elle avait épousé tout le reste. Elle ne peut s’empêcher de soupirer, comprenant dans un sens parfaitement ce que son aînée voulait dire, mais trouvant aussi cela terriblement… désabusé. Elle n’avait jamais compris comment on pouvait épouser un individu, seul, sans prendre en compte tout ce qui faisait de cet individu une personne. Son père n’était pas juste Owen Vaughn, personne de sexe masculin digne d’être garde au lit, mais était, justement, son père, héritier de la famille Vaughn, et c’était être fortement peu lucide que de s’imaginer que tout cet héritage ne pèserait pas sur elle. C’eut été toute autre femme, elle serait demeurée veuve Vaughn, peut-être remariée par la suite, mais certainement pas Miss Yeabow. Traitons la de conservatrice sur cet aspect, peut-être, mais Carys était loin d’adhérer à ce déni d’identité et d’héritage. Seulement, eut-elle été une… MacMillan, disons, n’importe qui d’autre, possédant cet héritage également, aurait-elle pu rejeter ses sources premières et s’identifier à mille pourcent dans un nom de famille adopté ? Non, évidemment. Et cette ambiguïté, cette ambivalence qu’elle a envers cette décision de Yolanda la fragilise complètement dans cette discussion, incapable qu’elle est de s’affirmer clairement pour une position. Elle ne peut s’empêcher de grimacer lorsque Yolanda s’exclame “Je ne peux pas contribuer à bâtir avec toi un idéal de famille dans un endroit auquel je n’appartiens plus”, phrase qui clôt douloureusement les questions qu’elle a laissé en suspens avec cette phrase non achevée, quelques minutes plus tôt.

Non, elle n’était pas, et ne serait jamais de sa famille. Elle ne la considèrera jamais ainsi. Oh, oui bien sûr, elle tient à elle, c’est fort gentil. Elle sera toujours là pour elle, mais est-ce qu’elle continuera à tout faire dans son dos et la mettre face au fait une fois tout accompli ? Est-ce qu’elle sera là pour elle, mais seulement lorsque cela lui apporte quelque chose ? Voilà qu’elle devient mauvaise, méchante, à douter de chaque phrase que Yolanda prononce. Elle a presque honte d’elle-même, à tout renverser ainsi, à se demander ce qu’il en est, à soupeser chaque mot utilisé.

- Je comprends. Mon père et toi, et puis moi. Je comprends, ne t’en fais pas.  

C’était faux, bien sûr, mais elle ne peut pas continuer à sangloter et s’agripper à une personne qui ne pose pas les limites aux mêmes endroits qu’elle. Il lui faut grandir, comprendre, se détacher. Devenir Carys Vaughn, enfant Vaughn, orpheline mais forte et indépendante, et non pas Carys Vaughn, rampant aux pieds de toute figure maternelle. S’endurcir, grandir, devenir forte. De beaux mots, pas vrai. Peut-être que cette rigueur d’esprit allait l’aider, au Ministère, peut-être que son fichu projet avec Rosier allait enfin sortir de la boue dans laquelle il était englué, maintenant qu’elle s’acharne à devenir une femme forte. On peut fort bien rêver, pas vrai ?

- Je t’apprécie aussi, et je sais à présent où poser nos limites, reprend elle, la voix un peu morne, un peu défaite, avant qu’elle ne se raffermisse, comme soudainement prise de vigueur, de conscience de l’apitoiement dans lequel elle verse : je te suis reconnaissante d’être là pour moi, de prendre le temps de discuter avec moi, maintenant. Je saurais m’en souvenir.

Carys serre brièvement la main de sa belle-mère lorsqu’elle évoque la mort de son père, sentant son torse se gonfler de peine. Ce souvenir lui est toujours insupportable, et les circonstances de ce décès l’emplissent toujours autant d’une rage implacable. Elle respire longuement, cherchant à se calmer, alors que Yolanda évoque les bizarreries du testament, et rappelle la décision de prendre le temps d’y réfléchir, chacune de son côté.

- Oui, réfléchissons, murmure-t-elle d’un souffle, consciente que son vis-à-vis n’attendait pas réellement de réponse.

Déjà, elle reprend, et Carys frissonne lorsqu’elle évoque son père à elle, décédé dans ce manoir. Elle résiste à l’envie de lui serrer à nouveau la main, et se terre plus profondément dans son fauteuil, totalement soumise à l’incompréhension. Pourquoi lui rappeler ce souvenir, alors même qu’elle cherche à vendre son manoir à elle ? Yolanda sait parfaitement combien il peut être important d’avoir un souvenir matériel, pour apprendre à mieux connaître les disparus, elle en fait elle-même référence. Alors pourquoi vendre son manoir à elle, aux Vaughn, et sembler s’offusquer que Carys le vive mal ? C’était incompréhensible, et une fois encore, Carys ne peut que se dire que Yolanda essaie simplement de l’éloigner, de la mettre à sa place, de lui assurer que tout se réfléchira à deux, parce que tu vois bien, je souffre comme toi tu souffres, mais elle sent tout autant l’épée qui pèse au dessus de sa tête, l’épée tenue par cette femme qui a bien plus de pouvoirs qu’elle et qui peut tout faire, absolument tout, sans que Carys ait quoique ce soit pour riposter. Ce manoir ne lui appartient plus, et à moins que Yolanda ne décède ou vienne à perdre tout pouvoir légal, il ne lui appartiendra jamais plus. Elle doit se l’avouer. Elle ne peut rien faire. À quoi bon prendre le temps de réfléchir, elle allait finir en larmes, à devoir signer sur un papier comme témoin de vente de ce manoir familial,, et à voir Yolanda remettre les clés à un inconnu plein aux as. Elle ne peut rien faire. Elle s’ébroue alors et, toujours aussi pleine de défaitisme, s’exclame :

- Laisse-tomber, ça n’a jamais rien signifié pour toi, toute façon. Tu sais quoi, tu as raison, parlons de banalités. C'est bien les mieux, les discussions inutiles : je vais bien, mon entourage va bien, et mes correspondances se portent bien. Amen ! lâche-t-elle, moqueuse, un peu.

Son sourire s’agrandit, presque mauvais, lorsque Yolanda plonge immédiatement là où elle l’attendait. Ah oui, peut-être a-t-elle quelque chose, finalement, une seule chose face à cette femme : sa fille, son enfant, son précieux. Ça l’a met mal, hein, ça la renverse, de savoir qu’elle parle à tout le monde, absolument tout le monde, sauf à elle ? Sa propre mère ! Qu’elle était meilleure amie avec sa belle-fille, celle-là même qu’elle ne considère pas comme une proche, et qui pourtant est plus intime avec sa propre fille qu’elle-même. Ha !

- Oh, ma pauvre, elle ne t’envoie vraiment rien ? J’ai un courrier chaque semaine, tu imagines bien qu’on se parle souvent, proches comme nous le sommes. J’ai de ses nouvelles, donc, oui, bien sûr, mais tu n’en sauras rien, tu imagines bien comme cela lui déplairait, se contente-t-elle d’avouer alors, avec un sourire faussement attristé.

Elle pioche à nouveau dans les croissants, déchirant avec enthousiasme la tête de l’un d’eux et observant distraitement la table, un peu fâchée.

- Je pourrais avoir de la confiture de myrtille, dis-moi ? Ariane en raffole, cela m’y a fait penser, et j’en meurs d’envie, maintenant. Nous allons bientôt nous revoir, d’ailleurs, nous avons déjà prévu de partager viennoiseries et confiture ensemble. Je pose quelques jours de congés bientôt, pour que l’on se retrouve longuement, et qu’on échange de vive voix. Cela fait quelque mois qu’on s’est pas vues, déjà, c’est si long le temps sans ceux qui nous sont le plus proches !

Carys saisit le pot de confiture que lui tend un elfe de maison et, avec un sourire satisfait, tartine son croissant avant de croquer dedans, une onde de délice la traversant aussitôt.

- C’est vraiment délicieux, Ariane a de merveilleux goûts ! Quand lui as-tu parlé pour la dernière fois ? J’imagine que tu as vu les photos d’Ewan, il est magnifique ! ajoute-t-elle avec un petit sourire en coin.

Ewan, joli petit labrador qui court dans les parcs New-Yorkais, mais Carys n’allait pas lui dire, ce serait beaucoup moins drôle. Ariane lui avait donné toutes les autorisations possibles pour inventer tout ce qu’il lui plairait pour renverser sa belle-mère, l’éloigner le plus possible de sa vie réelle, pour qu’elle ne puisse pas en savoir trop si Ariane n’avait pas l’envie de les lui partager. Alors, ce matin, Carys allait se faire grand plaisir, juste pour lui montrer que, malgré tout, malgré le fait qu’elle n’ait plus rien ici contre elle, elle avait au moins Ariane. Ça faisait mal, ça aussi, pas vrai ?

- J’ai hâte de le rencontrer en tout cas, lui faire plein de papouilles attendries. Carys engloutit la dernière bouchée de son croissant, prenant le temps d’avoir consciencieusement tout mâché pour reprendre : Je ne vais pas m’attarder trop longtemps par ici, cela dit, la journée de travail commence d’ici peu, et je doute que mon cher Rosier soit attendri par nos histoires de famille. Tu me raccompagnes ou je sors d’ici aussi impoliment que j’y suis entrée ?

Elle se redresse, ayant conscience que prendre son départ comme cela était presque aussi impoli que de partir sans rien dire tant cet adieu faisait forcé, pressant, impropre. Elle se surpasse, aujourd’hui, par Merlin. Mais non, vraiment, elle ne pouvait pas jouer à ce jeu bien plus longtemps, elle avait un besoin pressant de mettre ses pensées au clair, de s’épancher auprès d’Orion, d’Ariane même, et surtout d’aller voir son cher Rhys au Ministère afin de savoir, bon sang, ce qu’ils allaient bien pouvoir faire contre ce monstre de Yolanda. Sans trop l’heurter, parce qu’après tout, malgré ces élans sanguins, Carys voit encore palpiter en sa figure fragile et fière, assise sur ce fauteuil trop grand pour sa silhouette, les mirages d’une personne trop admirée.


2244 mots !



   

Nid wy'n gofyn bywyd moethus,
Aur y byd na'i berlau mân:
Gofyn wyf am galon hapus,
Calon onest, calon lân.
Yolanda Yeabow
MEMBRE
hiboux : 102
pictures : En mémoire du père [Yolanda & Carys] Tumblr_pec5eo45Q11uzomqmo1_500
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Dim 24 Fév - 23:14

En mémoire du père

« Ft. Carys Vaughn    »


   
Merlin, ce que cette enfant la rendait lasse… Owen mon amour, ne m’en veux pas, mais aujourd’hui cette gamine me fatigue terriblement. Elle prenait tout excessivement personnellement, c’était insupportable ! Non, ce n’était pas parce que Yolanda, avait dit qu’elle avait épousé Owen, et Owen seul, qu’il fallait tout de suite se mettre sur ses grands chevaux, se sentir abandonnée, trahie, et crier au monstre ! Carys savait bien que son père et sa belle-mère avaient eu une relation particulière, que ce n’était pas un couple marié type, et d’ailleurs, mariés, l’avaient-ils été si longtemps que ça ? Deux ans… Ce n’était pas grand-chose. Et même après, d’ailleurs, Yolanda avait continué à se retirer chez elle de temps en temps, une semaine chaque quelques temps… Ils n’avaient jamais abordé le sujet de « vieillir ensemble », ne savaient pas s’ils en viendraient là, ne s’étaient pas posé la question… C’était une relation qui se vivait intensément au présent, et intensément ensemble. C’était Owen et elle, rien d’autre. Cela ne voulait pas dire que Carys n’était pas présente, ou pas importante. Ce n’était simplement pas le sujet. C’était un plan différent. Yolanda n’avait jamais songé à se marier avant qu’Owen ne lui fasse sa demande. Enfin, faire sa demande, c’était tellement pompeux. Avant qu’Owen ne le lui propose, plutôt, comme on propose d’aller faire une promenade. Elle s’était dit qu’elle ne se marierait jamais de sa vie, qu’elle n’était pas ce genre de femme, qu’elle ne pourrait pas endosser ces responsabilités-là… Yolanda ne voulait pas finir par être la bonne épouse Sang-Pur. Et elle avait trop peur de se laisser enfermer dans ça. Trop peur de finir comme sa propre mère. Cela, Owen l’avait compris, et accepté. Théodore sans doute devait le comprendre aussi, puisqu’il avait pris la poudre d’escampette, ayant eu trop peur de se retrouver piéger lui aussi, piégé à son tour, piégé par lui-même… Et maintenant qu’Owen était mort, ces responsabilités, c’était trop. Sans Owen a ses côtés pour gérer la chose, elle avait peur que le titre de « veuve Vaughn », pour l’épauler, cela la lie trop à une famille où elle se sentait sommes toute encore comme une étrangère… Il l’avait épousée pour lui apporter une stabilité, pas un surplus de responsabilités, d’angoisses, de malaise. C’était pour cela qu’elle avait voulu vendre le Manoir : il lui fallait se débarrasser de cela, retrouver une forme d’indépendance, de stabilité seule. Owen était mort ? Très bien, elle redevenait indépendante, mais surtout pas rattachée à une famille, surtout pas. C’était peut-être aussi ce que ça voulait dire, tous ces amants : de l’amusement, autant qu’il lui plaisait, mais les attaches, non, non, plus maintenant…
 
Cela ne voulait pas dire qu’elle renonçait à Carys, qu’elle la lâcherait dans la nature. Au fond, Yolanda aimait Carys. Cela ne s’était pas fait directement, ni consciemment, mais au fur et à mesure, elle s’était attachée à elle. Cela ne voulait pas dire qu’elle était prête à vivre avec elle dans le Manoir d’Owen, et que les deux ou trois ans qu’elle avait passée mariée à lui l’engageraient à vivre le reste de sa vie enchaînée à Carys, au Manoir Vaughn, au nom Vaughn. Elle avait son propre héritage, sa propre progéniture. Ariane ne voulait rien savoir de sa famille à elle, à Yolanda, et cela était une autre responsabilité : la peur que des valeurs, que son histoire, sa famille, se perdent avec sa mort à elle. Vraiment, elle ne comprenait pas que Carys ait tant de mal à saisir cela…
 
—J’espère que tu ne prends pas cela personnellement ma chérie… Tu sais que ton père et moi avions une relation particulière, bien à nous… Et nous avons sommes toutes été mariés très peu de temps avant son décès. C’est juste que toutes ces choses se situent sur des plans différents pour moi. Je suis heureuse si tu le comprends.
 
            Et puis Yolanda avait abordé le sujet d’Ariane, sans se douter une seconde — idiote ! — de la tempête qu’elle avait déclenchée. Lorsque le sourire de Carys s’agrandit, mauvais, Yolanda pesta intérieurement contre elle-même. Idiote, idiote, vraiment ! Elle avait cru qu’avec la menace de la vente pesant sur sa tête, elle adoucirait Carys, la remettrait de son côté. C’était un très mauvais calcul. Carys était à chaud. Elle était énervée. Mais enfin, était-ce sa faute si Owen lui avait léguée le Manoir à elle ? Elle n’avait rien demandé ! Elle voulait s’en débarrasser ! C’était tout ! Qu’elle aille plutôt se plaindre de cela à son père, lui dire qu’il n’avait pas à lui le léguer ! Owen avait fait ce qu’il avait fait, point. Il y avait pire dans la vie. Carys ne connaissait rien, rien. Carys sanglotait sur des banalités. Yolanda se surprit, une fraction de seconde, à l’envier. Elle avait eu un père au moins, perdu tôt et de façon assez terrible, certes, mais elle avait connu un père, qui l’avait aimée. Et elle avait toute la vie devant elle pour se reconstruire, se construire.  Yolanda, elle, avait trop perdu. Elle avait Carys mais elle n’était pas sûre de vouloir Carys, Carys l’insupportait, elle voulait Ariane mais avait — et sans doute pour toujours — perdu Ariane.
 
            Lorsque Carys mentionna Ariane, se moquant ouvertement de sa belle-mère, de sa douleur, Yolanda ne put pas se contenir. La théière vola en éclats sur le sol, et l’elfe de maison se précipita pour nettoyer. Elle regarda ailleurs, comme si cela n’avait pas été de sa faute. Dans ces moments de grande colère, cette magie primaire, cette magie de l’enfance, revenait reprendre le relais de la magie consciente, la magie d’adulte. Le regard de l’ancienne Mangemort se perdit dans le vague, tandis qu’un vase explosait encore, puis un autre, sur l’étagère derrière Carys. Elle resta un instant ainsi, pensive, mortellement endolorie, respirant doucement. Elle avait tout perdu, n’est-ce pas ? Elle ne pouvait pas se permettre de se prendre Carys sur le dos aussi… Ah, elle ne savait plus, elle ne savait pas ! Et puis elle reprit, toujours sans regarder Carys, mais en fixant un point juste à sa droite, au-dessus d’elle :
 
—Ce n’est pas la peine de faire l’idiote, tu sais que je n’ai rien reçu depuis son départ. Mais je conclue de ce que tu me dis qu’elle ne peut pas aller trop mal. En tout cas je suis heureuse que vous vous entendiez bien, tu le sais, articula-t-elle platement, ses phalanges se blanchissant, ses doigts serrés.
 
            Derrière Carys, un nouveau vase en verre se brisa. Yolanda n’avait encore pas pu se retenir. Elle enfouit brièvement son visage dans ses mains, attendant que Carys ait fini de parler, avant de la regarder dans les yeux de nouveau. Elle parlait de retourner travailler, de Rosier qui l’attendait. Yolanda soupira.
 
—Je vois que tu es très en colère contre moi… Aujourd’hui n’est sans doute pas le jour pour prendre de grandes décisions, donc nous reviendrons sur tout cela… Je t’ai heurtée en agissant trop brutalement, et je te prie de bien vouloir m’en excuser. Je te recontacterai. D’ici là j’espère que tu auras pris du recul et de la distance, que tu te seras calmée un peu. Tu sais que je ne te veux pas de mal, que je ne ferai jamais quelque chose si ça te rend aussi malheureuse, mais je te demande de comprendre un peu mon point de vue aussi. Chacune de nous a été affectée à des degrés divers de la mort d’Owen, et bien sûr je ne cherche pas à mettre ma douleur sur le même plan que la tienne. Bref. Tu connais la sortie, Carys. Je ne te retiens pas.
 
            Elle resta assise dans son fauteuil tandis que Carys se leva et quitta la pièce, puis le Manoir. Une fois certaine qu’elle était bien seule chez elle, Yolanda se leva doucement, dignement, et remonta à l’étage. Lentement, elle parvint à sa chambre. Des vêtements à elle  jonchaient encore le sol, que dans sa hâte elle n’avait pas pliés. Ce bordel lui ressemblait peu, il lui suffirait d’agiter sa baguette et tout rentrerait dans l’ordre. Zabini avait oublié ses chaussettes ; elle aurait ri habituellement devant une étourderie pareille, elle aurait ri en se rappelant la précipitation de son départ, il y a à peine une heure, mais elle n’arrivait plus à rire. Elle avait vraiment fait une connerie, n’est-ce pas ? Elle s’assis sur son lit. Oui, elle avait tiré sur Carys comme une corde usagée, mais à force, elle avait fini par briser quelque chose. Et cette tristesse qui infusait si lentement en elle… C’était insupportable. Elle se sentait seule, pour la première fois depuis longtemps. Elle avait du mal à croire qu’il y a quelques heures encore, elle faisait l’amour avec Zabini dans ce même lit, qu’elle avait rit, gémit, embrassé. Cela lui semblait appartenir à un tout autre un monde, un monde pas vraiment réel ; la réalité était là : Ariane l’avait abandonnée, Théodore l’avait abandonnée, Owen était mort, elle avait fait fuir Carys. La réalité était là. Les phrases de Carys concernant Ariane la frappèrent de plein fouet, et sans pouvoir le contrôler, l’effet fut immédiat, elle fondit en larmes tout de suite ;  c’étaient des sanglots incontrôlables, inexplicables. Elle avait l’impression de ne plus être qu’une magnifique ruine. 

(1550 mots) — RP Terminé

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