Délicieuse entrevue [Proserpine & Moira]
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Moira A. Oaks

Moira A. Oaks
ADMINISTRATRICE
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Mer 23 Jan - 1:10





octobre 2003

L’obscurité est tombée sur le Ministère depuis déjà de longues heures, le soleil ayant disparu depuis longtemps sous la Tamise. Il règne dans les couloirs un silence éreinté, alourdi par la fin d’une journée de travail interminable. Les pas dans les couloirs se sont tus. La plupart des employés sont rentrés chez eux pour profiter d'une fin de semaine bien méritée, loin des affres de la vie de fonctionnaire. Au deuxième étage pourtant, dans un grand bureau au fond du couloir, les crissements d'une plume grattant un parchemin troublent la quiétude des lieux. Moira Oaks est encore à l'ouvrage, la mine sévère et les sourcils froncés laissant apparaître une ride du lion dont elle nie farouchement l'existence. Elle n'est pas sortie de cette pièce depuis des heures.

Les dossiers s’empilent en des tours chancelantes sur son bureau. On sent les relents doux d'un thé au jasmin laissé froid sur le coin du meuble. Le regard de la magistrate ne se lève pas un instant des rapports qu'elle épluche depuis le matin. Les affaires les moins graves ont été déléguées il y a des mois pour ne plus lui laisser que les cas les plus complexes, les crimes les plus ignobles. Elle n’a plus de temps pour les querelles de voisinage ou les usages inconsidérés de magie dans le monde moldu. Ne laissant plus entrer que les histoires les plus sombres, son bureau se laisse parfois envahir par une lourdeur étouffante, comme si le mal que Moira déchiffrait dans les rapports des Aurors imprégnait lentement l’air de la pièce pour le rendre moite, âcre, vicié… Plusieurs fois, des frissons glacials ont dévalé la colonne de la magistrate, pénétrant ses chairs comme les griffes des monstres dont elle découvrait les actes au fil des pages. Les noms des sortilèges les plus infamants défilent devant ses prunelles, certains impardonnables. Chaque fois, son cœur rate un battement, comme brutalement mis face à une violence qu’il ne peut que ressentir dans chaque fibre de son myocarde. La folie qui s’est emparée de l’Angleterre il y a quelques années de cela maintenant n’a toujours pas perdu toute son emprise. Moira la retrouve dans les regards des Mangemorts qu’ils débusquent, ancrée dans leurs yeux comme une étincelle qui marquera à jamais leurs iris. Et chaque fois, cette vision la trouble plus qu’elle n’accepte de se l’avouer. Ces rencontres se font heureusement de plus en plus rares à mesure que les criminels sont retrouvés, les derniers en cavale étant bien plus difficiles à traquer. Les nouvelles arrestations se font au compte-goutte et le Département rattrape peu à peu son retard sur les dossiers en cours. Pourtant, il est certains noms que Moira aimerait voir écrits sur un de ceux qu'elle prépare pour ses prochains procès. Parmi eux, quelques patronymes connus, dont un qui lui revient régulièrement à l'esprit pour l’avoir trop longtemps fréquenté : Lucius Malefoy s’est évaporé comme tant d’autres, avec plus de talent, toutefois, car aucune piste ne permet pour le moment de n'avoir ne serait-ce que l'ombre d'une trace le concernant. Certains enquêteurs le pensent exilé en Amérique. D’autres le disent terré dans une cave du manoir Malefoy. Les plus imaginatifs vont jusqu’à le croire animagus, et pourquoi pas accuser un des hiboux du Ministère d’être sa couverture depuis tout ce temps. Imaginer son délicieux ennemi bouffer des graines tout en lui apportant son courrier amuse toujours la Présidente-Sorcière, mais elle y croit peu… Après tout, aucun volatile n’a hérité de la magnifique chevelure du patriarche Malefoy à sa connaissance.

Sa patience s’étant étiolée au fil des heures, Moira a fini par enfin ranger ses dossiers avant de descendre dans le hall pour retrouver l’entrée chaleureuse du Dragon Gourmet. Elle est une habituée du restaurant du Ministère, en particulier depuis que plus personne ne l’attend chez elle et que les repas en solitaire ont fini par l'ennuyer. Avec le temps, elle a même fini par se faire apprécier de Bernard, l’elfe de maison qui règne sur les cuisines, et pour lequel elle a fréquemment un mot aimable. Son caractère grognon l’amuse presque autant que sa manière qu’il a de rouspéter dès qu’un de ces insatiables de sorciers a le malheur de critiquer son plat du jour. Moira a parfois fait partie de ceux-là, il est vrai, chose que l’elfe ne manque pas de lui rappeler régulièrement. C’est presque devenu un jeu entre eux, chacun se regardant d’un œil faussement mauvais jusqu’à ce que la Présidente-Sorcière rende son verdict sur le mets qu’on lui propose. Mais cette comédie ne trompe personne au Ministère, et surtout pas les deux protagonistes.

Il y a peu de monde au restaurant ce soir, peu d’employés ayant trouvé le courage de rester tard un vendredi. Saluant d’un signe de tête quelques connaissance en passant, Moira prend place à une table prêt d’une demi-cloison de fer forgé noire et attend qu'un serveur vienne lui proposer à boire. Elle commande un verre de Xérès dont elle prend une première gorgée qui glisse dans sa gorge et réchauffe délicieusement sa poitrine. Ses paupières se ferment sur la sensation qui l'étreint, douce et consolatrice après le travail acharné qu'elle a abattu aujourd'hui sans trouver la faille dans la défense d'un des accusés qu'elle doit juger dans trois jours. L'inquiétude qui s'accrochait encore à ses traits s'atténue subtilement alors qu'elle se laisse reposer sur le dossier de son siège. Elle devrait s'octroyer davantage de pauses. Ses collègues le lui disent souvent...

Elle profite quelques secondes encore de cette impression exquise avant que son regard ne croise la chevelure blonde d’une jeune employée du Ministère qui vient d'entrer à son tour dans le restaurant. Les sourcils de la magistrate se froncent imperceptiblement alors qu’un demi-sourire étire légèrement le coin de ses lèvres. Il lui faut un instant pour retrouver le nom atypique de cette élégante créature : Proserpine. Proserpine Bertillon. Celle qui murmure aux oreilles des rédacteurs pour tempérer la presse. Un personnage énigmatique, assez secret, mais consciencieux, sérieux dans son travail, des qualités chères à Moira et qu’elle a faites confirmer par des collègues plus proches de la jeune femme qu’elle ne l’est. Toutes deux ne se sont croisées que quelques fois dans les couloirs depuis que la demoiselle est entrée au Ministère. Elles ont échangé quelques mots, mais guère plus, un manquement que Moira se prend étrangement à vouloir pallier ce soir. La petite a l’air d’être seule, elle aussi. Alors, avant qu’elle ne choisisse une table parmi les nombreuses encore délaissées, Moira lui fait un signe.
- Mademoiselle Bertillon, je suis surprise de vous voir encore ici à une heure si tardive. Et vous m’avez l’air bien seule. Voulez-vous vous joindre à moi ?
D’une main, elle désigne la chaise vide en face d’elle et son sourire se fait des plus avenants. L'occasion est trop belle pour la laisser filer et elle n'a vu que trop peu de monde aujourd'hui pour désirer se retrouver seule pour dîner. Sa main récupère son verre de Xérès qu’elle porte de nouveau à ses lèvres pendant que ses yeux détaillent la jeune femme de la tête aux pieds, défaut professionnel qu’elle a cessé d’essayer de museler. Dans sa tête les questionnements fusent... Qui peut bien se cacher derrière un nom aussi insolite que le sien ?

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©️ ACIDBRAIN
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