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Severus Rogue
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Jeu 1 Nov - 23:32
CONTRARIÉTÉS

Poing froisse rageusement de son étau la carne du parchemin. Les veines palpitent sous le derme, les tendons blanchissent la chair. Agacement devient perceptible, ondoie à la surface de l’épiderme jusqu’à dresser une éparse toison d’argent sur ses grands chevaux. Comment ose-t-il ? En faisant claquer son pas dans la pénombre dallée de noir, se frayant un passage dans le désert d’un couloir du Ministère de la magie à sept heures et cinquante deux minutes, le corbeau de Poudlard laisse son mécontentement tonner. Ce petit con de Potter s’est avisé de me convoquer. Moi. Le Directeur de Poudlard, mais surtout son ancien professeur pendant de trop longues années. Ce saligaud s’est cru capable de m’imposer un rendez-vous à quatorze heures. Imbécile. Tout ministre qu’il soit, je ne compte pas faciliter les choses à un gamin arriviste nommé « Potter ».

J’aurais pu ignorer sa requête. J’aurais pu. Qu’est-ce qui me pousse dans ces corridors de marbre noir à la rencontre du fils de Lily sinon un insondable intérêt ? Le cœur dévoré du flamboiement de la curiosité. Quelle bizarrerie pourra bien avoir inventé Potter cette fois ? Quelle improbable aventure aura guidé ses choix récents et ses prises de position politique pour le moins audacieuses ? Quelles raisons me donnera-t-il de vitupérer, comme de coutume ? Aussi loin que remonte l’écho de mes souvenirs, l’enfant a toujours eu un chic avéré pour paver sa vie d’incartades. Le pouvoir aura-t-il été à même de changer cette fâcheuse habitude d’attirer les ennuis ? Je ne le pense pas.

C’est aussi amusé qu’ennuyé que j’ai découvert la lettre de Potter me sommant de venir, séance tenante, le visiter. Comme tout un chacun, j’ai eu connaissance de l’attentat des jours passés. Certains de mes étudiants y étaient, et j’ai pu voir la pâleur décomposée de leur traits, sentir le chaos de frissons égrenés sur leurs peaux, constater leurs mines défaites. Trop jeunes. Cette génération à peine remise des horreurs de la guerre est trop jeune pour affronter de nouveaux combats. Que ce juvénile idiot n’a-t-il renforcé la sécurité du Ministère ? Ne se doutait-il pas qu’un insurgé trop zêlé aurait tôt fait de le prendre pour cible ? Petit con ! Lily n’a pas confié au monde la vie de son crétin de fils pour qu’il se fasse dégommer comme le premier politicien venu !

Grinçant des dents, je tambourine à la porte du Ministre. Il est huit heures, Potter a sans doute d’autres choses de prévues. Mais il apprendra à ses dépends que l’on ne somme pas le Directeur de la plus grande école de sorcellerie du Pays de venir. On sollicite respectueusement une entrevue. J’aurais pu lui répondre cela plus ou moins courtoisement dans le torchon impeccablement calligraphié qu’est sa lettre. Pourquoi ne le fis-je pas ? Fumseck m’a vu fulminer dans mon bureau, accompagnant de trilles moqueuses l’errance courroucée de mes pas. Je me mentirais si je prétendais tout ignorer des raisons qui m’ont amené ici, frappant sèchement sur l’huis imposant du domaine ministériel. Oeil viride. Dernière image emportée dans le néant d’une mort trop brève pour que sommeillent les âmes fourbues des guerriers.

Que cachent les iris de Lily, désormais ?
527 mots
Harry J. Potter
Prince de Machiavel
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Ven 2 Nov - 23:11


Être au faîte du monde implique de lourdes responsabilités. Toujours. Tous les crétins dotés d’une plume l’ont écrit quelque part, toutes les histoires l’ont signé en guise de morale. Des pages et des pages de conneries paraphées des initiales de la bien-pensance. Le Ministre le sait, le clame, le revendique. Je ne peux que me tenir en retrait dans mon propre crâne tandis que le personnage public se laisse aller aux envolées lyriques. Cynique, je fais ce qui doit être fait. Machiavel devait avoir raison, quelque part : les masses ne veulent rien savoir des dessous du pouvoir. Il est plus commode de leur mentir tandis que se règlent en sous-main, dans les corridors du Ministère, les questions scellant leur avenir.

Le ministre et le jeune homme se sont installés conjointement dans le même fauteuil, sapés des mêmes hardes. Je ne sais que trop bien ce qui vient. Des ennuis, toujours des ennuis. Pis. Des emmerdes et des emmerdeurs. Signer tel papelard. Arborer tel sourire. Entendre telle doléance. Je gueule intérieurement, je police l’aspect extérieur. Une tension intenable jusqu’à devenir un autre. Je ne sais pas combien de temps je tiendrai. Mes ambitions d’un monde meilleur sont trop lourdes pour des épaules si jeunes, fussent-elles celles du sauveur du monde.

Ils m’acclament. Ils m’honorent. Ils me révèrent. Ils saluent mon exploit, mon assassinat. La cape, la pierre et la baguette ont fait de moi le nouveau maître de la mort. On m’a élu à ce poste pour avoir tué Tom Elvis Jedusor. Le peuple aime manifestement les hommes aux mains souillées du sang d’autrui.

Plongé dans mes pensées, je laisse le ministre porter machinalement une tasse de café à ses lèvres en lisant l’édition du jour de la Gazette du sorcier. On frappe à la porte. Le ministre tonne « Entrez » sans même lever le nez du journal. Il est habitué au rituel matinal.

« Pose le courrier sur la table basse, Percy. Malefoy est toujours introuvable ? Il nous fera décidément courir partout cet enfoir… »

Pris d’une intuition soudaine, le Ministre lève le visage pour tomber non pas sur Perceval Weasley mais bel et bien sur le Directeur de Poudlard. Le cauchemar de mes jeunes années se tient là, devant moi, auréolé de son titre, de la réhabilitation de son nom en tant que héros de guerre. J’ai vu l’intimité de ses souvenirs et la profondeur de son amour pour ma mère. Que fait-il là ? N’avais-je pas fixé le rendez-vous à quatorze heures ? Le ministre prend le pas sur mon esprit encore troublé des images de sa vie. La jolie rousse que fut ma mère main dans la main avec le gamin que fut Severus Rogue. Je suis touché qu’il m’ait montré ces souvenirs. Le Ministre, lui, y voit une arme.

« Professeur Rogue, je ne vous attendais pas si tôt. Je vous en prie, asseyez-vous. Thé ? Café ? »

Le ministre affiche une mine sombre parfaitement composée. La voix se pose, troublée d’une inquiétude.

« J’ai vu de vos élèves à la soirée d’inauguration, Miss Ollivander et Monsieur… comment s’appelle-t-il déjà ? O’Niallain ? comment se portent-ils ? J’imagine que l’expérience a dû être traumatisante pour de si jeunes gens ? D’autres étaient-ils présents sur place ? Le Ministère peut vous fournir un soutien psychologique si vous le désirez. »

Avec prudence, le Ministre se hasarda à une recommandation sachant pertinemment que la pente devenait glissante.

« A vrai dire, le Département de la Vie Courante apprécierait assez que vous acceptiez cette aide psychologique. Ils pensent que cela serait sans doute précieux pour les élèves. Mais je ne veux pas vous forcer la main, bien sur. Vous avez été très clair quant à votre neutralité et votre indépendance lorsque vous avez annoncé à la dernière rentrée vouloir accueillir tous les élèves sorciers quelque soit les opinions politiques de leurs parents. C’est tout à votre honneur, d’ailleurs. »
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Severus Rogue
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Sam 3 Nov - 21:03
CONTRARIÉTÉS

Je lève un sourcil, le visage imperturbable, en entendant une voix ô combien connue tinter à mon oreille. Si le timbre de Potter est reconnaissable entre mille, les atours des intonations, en revanche, me semblent inédites. Sérieux Potter, vernis de respectabilité dans son allocution à un supposément Perceval Weasley venu lui apporter son courrier. Il est vrai que le rouquin est son bras droit. Étonnant d’ailleurs comme l’affairé aîné a pu remplacer son cadet dans le trio d’or des Gryffondors. Granger aussi erre dans les parages. Weasley, Granger, Potter. Rien d’étonnant, même si le premier n’est pas celui auquel je me suis accoutumé. Trois imbéciles pour me pourrir la vie. Trois idiots pour sauver le monde de la Magie. Il fallait sans doute bien ça.

« Pose le courrier sur la table basse, Percy. Malefoy est toujours introuvable ? Il nous fera décidément courir partout cet enfoir… »


Lorsque le visage se relève du journal dans lequel il s’était engoncé, je suis frappé d’un atterrement passager. Sans ses lunettes et sa cicatrice, Potter ressemble moins à un Potter et plus à un Evans que je ne l’aurais cru. La prunelle d’émeraude scintille avec force tandis que les traits du père de Lily viennent altérer les rigueurs du visage de James Potter. Un choc fugace passe dans ses pupilles avant que je ne réponde, acerbe, l’ombre d’un sourire jeté sur les lèvres.

« On dirait bien que toute la famille Malefoy vous pose quelques problèmes, Potter, l’époux comme l’épouse, comme le fils. Voilà qui est diablement distrayant ! »

Je n’allais tout de même pas compatir. Après tout, le gamin a voulu entrer en politique, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même si, faon innocent, le voici jeté en pâture aux carnassiers. Il devait bien se douter qu’il ne ferait pas long-feu… A vrai dire, je suis même surpris qu’il n’ait déjà été détrôné… Mais Miss Granger a fait du bon travail de communication, je puis au moins lui concéder cela.

« Professeur Rogue, je ne vous attendais pas si tôt. Je vous en prie, asseyez-vous. Thé ? Café ? »

Lorsque roule la voix de Potter, je suis, une fois encore, pantois de la maîtrise dont il fait preuve : où est passé le Gryffondor impertinent auquel j’ai donné des retenues plus que de raison et ôté des centaines de points ? Qu’est devenu le fils de James, le bellâtre belliqueux des lions ? L’homme qui se tient devant moi n’est pas accoutumé au pouvoir, c’est un fait, mais il semble en revêtir l’apparat peu à peu. Le lion deviendrait-il serpent ?

« J’ai vu de vos élèves à la soirée d’inauguration, Miss Ollivander et Monsieur… comment s’appelle-t-il déjà ? O’Niallain ? comment se portent-ils ? J’imagine que l’expérience a dû être traumatisante pour de si jeunes gens ? D’autres étaient-ils présents sur place ? Le Ministère peut vous fournir un soutien psychologique si vous le désirez. »

Je me suis installé au bureau tandis qu’il babille, curieux, je dois l’avouer, de ce que me réserve cette entrevue. L’agacement le dispute à la surprise. C’est la première fois que je recroise mon ancien élève devenu Ministre de la Magie. J’ai connu des jeunes gens aux carrières fulgurantes, mais celle-là, je dois bien m’avouer ne l’avoir pas vue venir. Surprenant Potter. C’en serait presque admirable si les ficelles qu’il tentait d’employer pour me manipuler n’étaient si visibles.


« A vrai dire, le Département de la Vie Courante apprécierait assez que vous acceptiez cette aide psychologique. Ils pensent que cela serait sans doute précieux pour les élèves. Mais je ne veux pas vous forcer la main, bien sur. Vous avez été très clair quant à votre neutralité et votre indépendance lorsque vous avez annoncé à la dernière rentrée vouloir accueillir tous les élèves sorciers quelque soit les opinions politiques de leurs parents. C’est tout à votre honneur, d’ailleurs. »

Le sourire narquois s’étiole en un rictus agacé. Il semblerait que le Malefoy honni par Potter aurait pourtant bien quelques petites ficelles à lui enseigner. A le voir évoluer dans son costume de pouvoir, je me demande tout de même comment il a pu demeurer aussi longuement à la tête de l’État. C’en est presque du miracle.

« Concernant l’intervention du Ministère au sein de l’établissement, c’est hors de question, bien évidemment. Mais je prendrai volontiers un thé, Potter… ou Monsieur le Ministre. Une préférence ? »

Je me cale sur la chaise, dardant les jaspes engoncés dans un visage soigné aux expressions policées. Trop policées. Comme il est loin le temps où Potter était un livre ouvert. C’est à peine si je reconnais le garnement. Je ne serais pas surpris de le découvrir doté de meilleures prédispositions pour l’occlumencie, désormais.

« Plus sérieusement, et joutes verbales à part, puis-je savoir pour quel motif vous vous êtes cru autorisé à me convoquer, Potter ? Ne vous en déplaise, tout Ministre que vous soyez, je ne suis pas à votre disposition et Poudlard n’est plus votre terrain de jeu. Ne me dites pas que c’était uniquement pour me parler des élèves présents à votre petite soirée, je serais extrêmement déçu que vous m’ayez dérangé pour si peu de choses. »
863 mots
Harry J. Potter
Prince de Machiavel
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Jeu 8 Nov - 19:12


Le jeu d’échec se met en place avec pour seul damier l’espace d’un bureau ministériel. Le haut fonctionnaire détail du coin de l’oeil les réactions du Directeur de Poudlard. Cynique à souhait et aussi incisif que dans ses souvenirs : certaines choses ne changeront-elles donc jamais ? Sa voix commente mes interactions passées avec les Malefoy chargée d’une légèreté que je ne me souviens pas lui avoir déjà entendu. Les miennes et non celles du Ministre. Garder le masque du dignitaire d’état est toujours un peu plus compliqué lorsqu’il s’agit de se confronter à de vieilles connaissances. Un demi-sourire narquois naît sur le visage du Ministre :

« Ce n’est qu’une question de temps avant que ce cher Lucius Malefoy ne cesse ses folles escapades et que Narcissa Malefoy ne détourne le courrier de son fils. Cela fait plusieurs semaines que j’essaie de l’inviter ici dans un geste de réconciliation… Enfin, avec le tragique décès de son épouse, le moment est sans doute mal choisi... »


La voix du dirigeant s’est teintée d’une pitié de bon ton tandis que son esprit s’enflamme de mille façons de se rapprocher de l’héritier Malefoy. Lui, peut-être, pourra-t-il apaiser la volonté d’indépendance de sa mère ? Et le coeur ? Qu’en dit mon coeur ? Je ressens une pointe d’amertume à l’idée d’instrumentaliser encore Drago… Comme si Voldemort et ses parents ne l’avaient oas déjà suffisamment fait…

Rogue ne semble pas très causant. Efficace, comme toujours. Pourquoi changer les habitudes qui gagnent ? Son ancien élève devenu Ministre de la magie pourrait s’en agacer… Moi ? Je trouve ça presque rafraîchissant. Il ne faudrait pas, bien sur, que cela devienne une habitude, mais un peu de résistance de temps en temps… Et les politiciens ont plus d’un tour dans leur sac. Je m’occupe moi-même du thé de Severus Rogue, à la main, en bon hôte que je suis. N’importe qui se pâmerait pour l’honneur de se faire servir le thé par le héros du Monde Magique, mais probablement pas l’ancien maître des potions. Enfin, peut-être cela permettra-t-il de rentrer un peu plus dans ses bonnes grâces. Presqu’une décennie de haine réciproque ne s’efface sans doute pas en un claquement de doigts.

« Compris, compris ! Le Ministère restera soigneusement en dehors des affaires de Poudlard. Je suppose que vous avez fait venir du personnel de Sainte Mangouste ? Et vous n’avez pas répondu à ma question : comment vont vos étudiants ? »

Le Ministre pose gracieusement une tasse de thé devant le Directeur avant de s’en retourner s’asseoir devant lui avec un second mug de café… il en faudrait certainement un autre pour survivre à cette rencontre.

« Je ne vous ai pas convoqué Professeur Rogue… Severus … ou bien vous préférez ‘Monsieur le Directeur’ ? J’aime à croire que nous nous connaissons depuis suffisamment longtemps pour laisser tomber les ‘Monsieur Potter’, ‘Rogue’ et autres insultes réciproques. J’aimerais que nous puissions nous entendre, puisque nous allons être amenés à cohabiter pour le bien du Monde Magique. Même si le Ministère n’intervient pas dans les affaires de Poudlard, le bureau de la culture Sorcière a un droit de regard sur l’éducation des jeunes sorciers, et vous le savez parfaitement. »

Une gorgée de café, il faut cela pour se donner du courage. Si le Ministre paraît parfaitement assuré, ce n’est pas mon cas. Severus Rogue est toujours aussi impressionnant. Il n’a, en outre, jamais cru en mes capacités pas plus qu’en mes paroles. Je sens que je vais me heurter à un mur, et cela me terrifie. Sa coopération est pourtant essentielle…

« Vous avez été proche de ma mère, vous m’avez toujours protégé et ce, dès la première année, malgré le peu d’affection que vous aviez pour mon Père. Vous m’avez sauvé quand Quirrell a essayé de me tuer sur mon balai en première année, je vous dois la découverte de l’expelliarmus au club de duel en deuxième année, vous vous êtes interposé entre un loup garou et moi, vous avez essayé de me sauver de Sirius que vous pensiez dangereux en troisième année, vous avez tenté de m’enseigner l’occlumencie, ce qui était peine perdue puisque j’avais un fragment de l’âme de Voldemort dans le crâne, vous avez tué Albus Dumbledore à sa demande pour votre couverture d’espion, vous m’avez apporté l’épée de Godric Gryffondor, et m’avez donné vos souvenirs sur votre lit de mort... Ne pensez-vous pas que nous pourrions, à défaut de devenir les meilleurs amis du monde, au moins enterrer la hache de guerre ? En plus… le choixpeau envisageait de m’envoyer à Serpentard lors de la répartition : imaginez un peu l’ambiance si vous aviez du mettre autant d’effort à me détester alors que vous étiez mon directeur de maison ! »

Manipuler l’ironie devant un être aussi soupe-au-lait que Severus Rogue est un petit jeu dangereux. De toute façon, tenter de manipuler Severus Rogue est un jeu dangereux… surtout pour le piètre occlumens que je suis. Pas assez de maîtrise de mon esprit pour espérer le repousser s’il décide d’envahir mes pensées… Oh je ne suis plus le gamin désarmé, mais je reste un avorton dans ses robes.

« Mais vous devinez bien… Il y a quelque chose de préoccupant qui m’a poussé à vous demander, une fois encore, de l’aide. Notre archiviste a récemment mis au jours une portions de documents confisqués par le Ministère mais non pas détruits. Ce sont des manuscrits médiévaux, pour la plupart, lourdement bardés de protections. En temps normal, nous aurions fait appel à un briseur de sorts, mais ce sont des documents… sensibles. Je me demandais si vous accepteriez d’y jeter un œil ? »


Cadeau empoisonné pour amadouer le chaland. Un amoureux des arts obscurs comme Severus Rogue ne refuserait certainement pas de mettre son pif dans les archives du Ministère, pas vrai ? Le Ministre le sait : il peut utiliser pour gagner le coeur du Directeur sa passion pour l’occulte… Et si ce cadeau ne fonctionne pas en guise de pied dans la porte, il existe d’autres voies.
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Severus Rogue
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Jeu 15 Nov - 13:38
CONTRARIÉTÉS

Je m’asseois avec circonspection. La chaise n’est pas piégée… bien, Potter semble donc s’être fendu d’un peu plus de sérieux. Pas que l’adolescent ne m’ait jamais fait de mauvaises blagues, mais enfin… il ne faut pas oublier ses quelques accointances avec les Weasley. Funestes accointances avec les jumeaux, malheureusement. Je n’oublie pas leur duo amputé d’une oreille par ma faute, et d’un des jeunes gens par celle de la guerre. Lourde charge à porter pour le survivant de cette joyeuse association de trublions. Triste charge pour les épaules des Weasley… J’ai suivi un peu, de loin, trop peu les déboires de leur famille et je sais désormais que les décisions de l’homme qui me fait face en sont partielles responsables. Sa voix résonne, maîtrisée. Trop maîtrisée et composée pour me tromper. Le petit Potter a bien grandi dans le panier de crabes. Il a, dirait-on, appris à cacher un peu mieux ses émotions.

« Ce n’est qu’une question de temps avant que ce cher Lucius Malefoy ne cesse ses folles escapades et que Narcissa Malefoy ne détourne le courrier de son fils. Cela fait plusieurs semaines que j’essaie de l’inviter ici dans un geste de réconciliation… Enfin, avec le tragique décès de son épouse, le moment est sans doute mal choisi... »

J’esquisse un sourire dur, partagé entre la suspicion et l’impression de trop bien connaître Potter et les sentiments qui peuvent traverser son esprit. Ressent-il de la culpabilité pour la pauvre Madame Malefoy qui a intercepté un enchantement qui lui était, paraît-il destiné ? Ou bien tout ceci n’est-il qu’affect politisé ?

« Votre grand coeur vous perdra, Monsieur Potter. Je ne pense pas que les Malefoy vous pleureraient si vous aviez perdu la vie dans cette attaque… Toutefois, je m’interroge : comment ces tueurs ont-ils pu échapper à la vigilence de vos aurores ? »

Après tout, s’il ressent vraiment de la culpabilité, peut-être cela permettra-t-il de le déstabiliser assez pour voir au-delà de ce masque de contenance. Je ne peux m’empêcher de laisser tournoyer quelques graines de curiosité. Harry Potter a indubitablement changé : est-ce pour le meilleur ou le pire ? Je le revois s’effondrer au milieu de la Grande Salle par un banquet d’Halloween, causant la panique chez les élèves et la consternation au sein de l’équipe professorale. Après quelques années d’incertitudes teintées d’escarmouches avec les Mangemorts… après des années de procès et de qui vive, la Guerre enfin, semblait achevée. Je m’étais alors hâté vers le corps émacié, l’avais porté jusqu’à l’infirmerie. Fumseck voletait au dessus de moi, lançant joyeuses trilles. Et le héros du Monde Magique survécut.

La voix du Ministre me parvient, étonnamment posée, presque débonnaire. Pour un peu, je pourrais presque croire que Potter est devenu raisonnable. La sensation est pour le moins inédite et déplaisante.

« Compris, compris ! Le Ministère restera soigneusement en dehors des affaires de Poudlard. Je suppose que vous avez fait venir du personnel de Sainte Mangouste ? Et vous n’avez pas répondu à ma question : comment vont vos étudiants ? »

Je dois me faire violence pour ne pas répondre avec la sécheresse acerbe qui a caractérisé nos rapports tout au longs des années passées. Il semblerait bien que Potter ait mûri, quand bien même cela soit une source constante d’étonnement à mes yeux. Il me faut toutefois composer avec son nouveau rôle dans le Monde de la Magie. Non pas celui de héros, bien sur, mais bel et bien son statut de chef d’État. Je ne pourrais plus le rabrouer aussi abruptement qu’en des temps jadis…

« Mes élèves vont bien, Potter. Nous avons effectivement fait venir un renfort médical de Sainte-Mangouste, merci de vous en inquiéter. »

J’avale une gorgée de thé, cherchant du bout de la langue un goût sortant de l’ordinaire avant de l’avaler. Les années de service m’ont rendu suspicieux, et la plupart des poisons sont détectables pour un maître des potions, et bon nombre de potions coercitives le sont tout autant… Du reste, Potter n’a pas, dans mon souvenir, d’extraordinaire talent pour les potions. Pas sans le livre du Prince de Sang-mêlé, en tous cas…

« Je ne vous ai pas convoqué Professeur Rogue… Severus … ou bien vous préférez ‘Monsieur le Directeur’ ? J’aime à croire que nous nous connaissons depuis suffisamment longtemps pour laisser tomber les ‘Monsieur Potter’, ‘Rogue’ et autres insultes réciproques. J’aimerais que nous puissions nous entendre, puisque nous allons être amenés à cohabiter pour le bien du Monde Magique. Même si le Ministère n’intervient pas dans les affaires de Poudlard, le bureau de la culture Sorcière a un droit de regard sur l’éducation des jeunes sorciers, et vous le savez parfaitement. »

Son propos me laisse pantois, juste le temps pour lui de poursuivre son propos… un propos si inattendu que j’en demeure pantois quelques secondes.

« Vous avez été proche de ma mère, vous m’avez toujours protégé et ce, dès la première année, malgré le peu d’affection que vous aviez pour mon Père. Vous m’avez sauvé quand Quirrell a essayé de me tuer sur mon balai en première année, je vous dois la découverte de l’expelliarmus au club de duel en deuxième année, vous vous êtes interposé entre un loup garou et moi, vous avez essayé de me sauver de Sirius que vous pensiez dangereux en troisième année, vous avez tenté de m’enseigner l’occlumencie, ce qui était peine perdue puisque j’avais un fragment de l’âme de Voldemort dans le crâne, vous avez tué Albus Dumbledore à sa demande pour votre couverture d’espion, vous m’avez apporté l’épée de Godric Gryffondor, et m’avez donné vos souvenirs sur votre lit de mort... Ne pensez-vous pas que nous pourrions, à défaut de devenir les meilleurs amis du monde, au moins enterrer la hache de guerre ? En plus… le choixpeau envisageait de m’envoyer à Serpentard lors de la répartition : imaginez un peu l’ambiance si vous aviez du mettre autant d’effort à me détester alors que vous étiez mon directeur de maison ! »

je tente de recomposer un masque impassible, mais je me sens plus ébranlé que ce que je souhaite bien reconnaître. Je me demandais, en arrivant dans ce bureau ce qu’était devenu le fils de Lily. J’ai ma réponse. Un jeune homme mature. Certes, encore maladroit dans beaucoup de domaines, les relations publiques au premier chef, mais un jeune homme mature tout de même. En me souvenant du gamin immature avec un complexe du héros et de l’auto-sacrifice, il me semble que des torrents ont coulé sous les ponts. Quand diable Potter est-il devenu aussi raisonnable ? Je ne peux m’empêcher de me montrer prudent. Je ne soupçonne rien de sa part, mais je crains, une fois n’est pas coutume, une rebuffade de sa part. Le fils de Lily. Il l’est plus qu’il ne l’a jamais été à mes yeux, en cet instant.

« Eh bien, je suppose qu’il n’aurait pas été sage de vous haïr avec autant d’acharnement si vous aviez été à Serpentard, Harry, tout comme il ne serait sans doute pas raisonnable de me montrer discourtois plus que de coutume puisque, comme vous l’avez souligné, nous allons être amené à nous croiser de temps à autre. »

Nouvelle gorgée de thé. Il faut bien cela pour reprendre contenance après un aveu si difficilement arraché. Je fixe Harry Potter du coin de l’oeil. Je n’ai pas pour vocation de le mettre à l’aise, et je pressens que s’il a daigné faire le premier pas d’une réconciliation, c’est qu’il a probablement besoin de mon aide.

« Mais vous devinez bien… Il y a quelque chose de préoccupant qui m’a poussé à vous demander, une fois encore, de l’aide. Notre archiviste a récemment mis au jours une portions de documents confisqués par le Ministère mais non pas détruits. Ce sont des manuscrits médiévaux, pour la plupart, lourdement bardés de protections. En temps normal, nous aurions fait appel à un briseur de sorts, mais ce sont des documents… sensibles. Je me demandais si vous accepteriez d’y jeter un œil ? »

Est-ce tout ? Un peu décevant. Je m’attendais à une demande plus rocambolesque, impliquant Poudlard, peut-être. La demande semble sans conséquence, presque un cadeau. Je ne peux m’empêcher d’être suspect et de tenter de deviner les motivations du jeune homme. Fils de Lily ou pas, il a les deux pieds joins dans le monde dangereux de la politique… je ne puis m’empêcher d’être particulièrement circonspect. Mais c’est le fils de Lily, et les mirettes émeraudes qu’il jette sur moi me le rappellent assez. Il a été, de surcroît, reconnu davantage pour sa franchise, son intégrité, son sens du sacrifice… Et j’aime à croire qu’il n’est pas totalement stupide… Sans doute sait-il que je pourrais explorer son crâne dans les moindres recoins… A moins qu’il ne soit devenu meilleur occlumens, ce qui ne serait pas improbable. Toutefois, une telle attaque sur la personne du Ministre serait une idée déplorable : lui comme moi le savons, et sans doute compte-t-il sur son statut pour le préserver de mes investigations.

Je ne sais sur quel pied danser avec ce nouvel Harry Potter. Autant, donc, se jeter à l’eau et voir où mènera le courant. Peut-être est-il sincère ? Peut-être tente-t-il quelque chose ? Peut-être y a-t-il un piège ? Peut-être n’y en a-t-il pas, après tout ?

« Pourquoi pas, Monsieur Potter. Je suis cependant surpris que vous pensiez à moi pour une telle… mission. N’y a-t-il donc personne dans l’ensemble des employés du Ministère qui puisse bénéficier de votre confiance ? Je crois me souvenir que vous avez un excellent directeur du département des Mystères… Archibald Rosier, me semble-t-il ? »

Plût au ciel que jamais Rosier ne sache que j’ai vanté ses mérites… sinon il sera insupportable pour les dix siècles à venir !
1610 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE
Harry J. Potter
Prince de Machiavel
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Sam 15 Déc - 14:17


Les sarcasmes sont la marque de fabrique de Rogue. Estampillés, brevetés depuis 1960 au moins. A tout coup, il traumatisait déjà son monde alors qu’il n’était qu’un bambin mignon dans les bras de sa mère. Des années de pratique ont vacciné le Ministre. Moi ? Je bouillonne et tâche de me contrôler. Le Directeur est un pro, on peut le lui reconnaître. Il frappe là où ça fait mal et contemple ensuite les dégâts avec un sourire satisfait. J’ai grandi, toutefois. Je ne suis plus le gamin muselé par ses émotions, instable comme une cocotte minute qui n’attend qu’une pichenette pour provoquer l’apocalypse.

« L’enquête est en cours, Monsieur le Directeur. Je ne puis vous livrer d’autre information que celle-ci : il est vraisemblable que nous ayons eu affaire à des professionnels. »

Je suis cependant soulagé que la voix posée de Rogue roule vers d’autres contrées. Ses remerciements polis, même s’ils sont de façade, me permettent de reconstituer l’image du Ministre, celui qui ne se laisse pas désarçonner, au contraire du jeune homme sous le masque. Un sourire entendu, le Ministre est fort aise de savoir que des mesures ont été prises, quand bien même la santé des individus l’indiffère. Ce ne sont que des chiffres. Des noms. Des photos dans un dossier. Des êtres qui ne prennent importance que s’ils s’incarnent devant lui et le laissent rencontrer leur âme. Je peux me fendre de mes tirades, y placer à la fois l’impassibilité du Ministre et la sensibilité du fils de Lily. Est-ce manipulation ? Les traits de l’homme se raidissent. Crainte ou haine ? Mon nom sonne sous ses lèvres. Le Ministre s’en amuse.

« Vous devez être la seule personne au monde a réussir à faire sonner mon prénom comme une insulte… Il faudra vraiment que vous m’expliquiez un jour comment vous faites, Severus. Je suis certain que c’est tout un art ! »

Le Ministre a repris le dessus. Fragile identité qui propose une mission voulue excitante et dangereuse à tout esprit aimant les défis. Le glas sonne pourtant bien vite. L’esprit du Directeur est vif. Des années d’espionnage, sans doute. Si la raison ne peut être troublée, il faut en appeler au coeur.

« Quoi que vous disiez ou pensiez, Professeur, il y a très peu de monde dans ce Ministère à qui je fasse réellement confiance. Pensez-vous qu’un gamin d’une vingtaine d’années ne compte pas d’ennemis entre ces murs ? J’ai eu beau vaincre Jedusor, je ne suis qu’un enfant ici, un ignorant des us et coutumes en politiques, et je ne dois qu’aux bons soins d’Hermione de n’être pas totalement à la ramasse. Mais vous savez tout cela. »

Le corps se déplie, le Ministre se lève comme s’ébroue l’astre solaire à l’est. Moi ? Je crève de peur d’essuyer un refus… ou pire. Contourner l’homme assis, lui faire suffisamment confiance pour offrir la vue de son dos. Rester aux aguets. Severus Rogue n’est sans doute pas homme à frapper l’échine, mais l’on n’est jamais trop prudent. Le Ministre et moi-même scellons la porte d’un sortilège. Je m’y adosse, l’oeil soudainement brillant.

« Un choix s’offre à vous. Vous pouvez accepter mon offre sans poser de question. Vous en tenir à cet objet, apprendre une chose ou deux au passage, et repartir tranquillement à vos occupations après vous être amusé dans les murs du Ministère… Ou bien vous pouvez oublier ce ridicule prétexte. Me poser les vraies questions auxquelles vous pensez, prêter un serment inviolable m’assurant de votre silence et écouter les réponses que vous êtes venu chercher ici. Je peux vous montrer mes souvenirs, si vous voulez. Tous. »

Jamais mon coeur n’a voltigé aussi fort dans ma poitrine. Sera-t-il le premier à savoir ?
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Severus Rogue
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Lun 31 Déc - 9:53
CONTRARIÉTÉS

Se contenter d’une information émiettée avant de laisser parler d’autres vox populi est souvent une excellente tactique pour qui aspire à grappiller le savoir aux pieds des grands et lever le voile des mystères. J’eus sans doute fait un journaliste d’investigation redoutable si mes paires ne m’insupportaient autant. Pépiements et piaillements mondains sont un joug duquel je me défaisais autant que faire ce peut dans ma folle jeunesse avant que les oripeaux directoriaux ne m’échoient sur les épaules. Douce et tendre ironie. Aussi laissé-je au jeune ministre le confort de se croire en sécurité avec l’explication cousue de non-dits qu’il m’a offerte :

« L’enquête est en cours, Monsieur le Directeur. Je ne puis vous livrer d’autre information que celle-ci : il est vraisemblable que nous ayons eu affaire à des professionnels. »

Les affres de la conversation roulent. Surprise. Je me prends à froncer le sourcil imperceptiblement en décortiquant chaque mot policé par mon vis à vis. Qui aurait pu croire qu’Harry Potter, le Golden Boy de Dumbledore pourrait un jour me forcer à une attention redoublée au cours de l’une de nos conversations ? J’esquisse sourire narquois à son exclamation :

« Vous devez être la seule personne au monde a réussir à faire sonner mon prénom comme une insulte… Il faudra vraiment que vous m’expliquiez un jour comment vous faites, Severus. Je suis certain que c’est tout un art ! »

« Des années d’entraînement, Potter, j’ai eu l’occasion de pratiquer avec votre père, votre parrain et vous-même. Vous y êtes presque, toutefois : un peu plus accentué, la morgue, et un peu plus de dédain ! Vous pouvez plisser le nez et relever le menton, aussi : effet garanti. »

Biaiser les provocations, entrer dans un jeu. Long temps y a eu que je ne me suis aventuré dans pareilles escarmouches verbales. Une fois n’est coutume, j’ai l’impression de jouer gros. Le tintement de ma défaite résonne déjà. Une faille, il y a une faille. Mon inaltérable curiosité. Si je puis musser sous l’impassibilité faite masque les vifs élans de coeur qui tambourinent dans ma poitrine, je ne pourrai les mettre à distance toujours. Je suis venu chercher des réponses et m’en trouve spolié pour l’heure.

« Quoi que vous disiez ou pensiez, Professeur, il y a très peu de monde dans ce Ministère à qui je fasse réellement confiance. Pensez-vous qu’un gamin d’une vingtaine d’années ne compte pas d’ennemis entre ces murs ? J’ai eu beau vaincre Jedusor, je ne suis qu’un enfant ici, un ignorant des us et coutumes en politiques, et je ne dois qu’aux bons soins d’Hermione de n’être pas totalement à la ramasse. Mais vous savez tout cela. »

Je hausse un sourcil.

« Comment ? Vous voulez dire qu’Harry Potter, le petit Gryffondor frondeur qui a connu l’Infirmerie mieux que son propre dortoir à force d’escapades et d’imprudences s’est mis à réfléchir avant d’agir ? Qui êtes vous et qu’avez-vous fait à Potter ? »

Ma voix ne trahit pas l’amusement qu’est le mien. Sèche et acerbe, je plaisante pourtant, prenant un malin plaisir à déstabiliser le jeune homme autant que son nouveau comportement me laisse songeur. J’ai plus de questions et moins de certitudes depuis que je suis enclos en ce bureau avec lui. L’onyx d’une prunelle caresse la silhouette parfaitement maîtrisée du Ministre à la recherche d’une faille dans laquelle s’engouffrer. Masque composé avec soin. Oignon dont il faudrait peler les couches pour retrouver l’adolescent qu’il fut jadis. Peut-on changer profondément en si peu de temps ? La résurrection semble trop spectaculaire pour être crédible.

Le jeune homme se déploie, quitte son bureau, passe près de mois, me présentant imprudemment son dos. Marque de confiance ou de folie ? La porte du bureau se verrouille dans un tintement sonore. Muscles crispés, j’ai déjà la baguette au bord des doigts, prêt à faire jaillir une offensive. Ironie du sort… Narcissa célébrerait sans doute mon nom comme celui d’un héros de son camp si je mourrais en assassinant le Ministre…

« Un choix s’offre à vous. Vous pouvez accepter mon offre sans poser de question. Vous en tenir à cet objet, apprendre une chose ou deux au passage, et repartir tranquillement à vos occupations après vous être amusé dans les murs du Ministère… Ou bien vous pouvez oublier ce ridicule prétexte. Me poser les vraies questions auxquelles vous pensez, prêter un serment inviolable m’assurant de votre silence et écouter les réponses que vous êtes venu chercher ici. Je peux vous montrer mes souvenirs, si vous voulez. Tous. »

Quelque chose s’est allumé dans l’oeil de Potter. La flamme viride embrase la prairie de son regard. D’un geste du poignet, ma baguette magique retourne se lover dans ma manche. L’heure n’est pas encore à l’affrontement, ou peut-être celui-ci a-t-il déjà débuté sur d’autres terrains. L’alternative est séduisante, j’en sors gagnant dans les deux cas. Les années à servir un Seigneur des Ténèbres m’ont laissé au moins la prudence pour bouclier. Je croise les jambes, me cale le dos dans une gesture désinvolte. Mains croisées, une seconde me suffirait pourtant à bondir baguette en main. Tension déploie le dos et abaisse les épaules dans une souple garde.

« Je note que vous ne me laissez pas de troisième choix, Monsieur le Ministre, celui de refuser en bloc vos deux propositions, de vous remercier pour votre temps et de retourner à Poudlard où d’urgentes affaires m’attendent toujours. »


Circonspection est de mise. L’œil glisse le long de la carcasse du Ministre, détaillant chaque muscle noué, chaque infime mouvement qui pourrait trahir de belliqueuses intentions. Le combat est ailleurs. Non pas dans le geste mais dans l’obtention de faveurs. Je le vois à présent. Ma curiosité s’agite sous le derme, réfrénée par des années d’espionnage et de suspicion.

« Vous n’espérez tout de même pas me faire prêter un inviolable si aisément, n’est-ce pas ? Je ne suis pas fou, Potter. Deux maîtres m’ont suffi. J’écouterai en revanche bien volontiers les réponses que vous pourriez avoir envie de me donner sans la protection de ce serment quant à vos activités pendant votre disparition, quant à ce que vous cherchez réellement à accomplir à la tête du Ministère et quant à ces fameux professionnels responsables de l'attentat qui a coûté la vie à la jeune Lady Malefoy. »
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Jeu 3 Jan - 15:26


La voix du Directeur résonne dans le bureau avec sa tranquille assurance alors qu’il laisse s’échapper des conseils parodiques à l’attention de son ancien élève. Le Ministre esquisse un sourire, le genre de rictus en coin déformant la bouche d’un amusement planqué sous la politesse de l’impassibilité. Je bouillonne derrière mon masque. Comment Rogue peut-il être aussi drôle et exaspérant en à peine quelques mots ? Son cynisme sarcastique m’aurait presque manqué pendant toutes ces années.

« Il est de mon devoir de vous fréquenter de temps en temps, alors, cher Directeur… ça serait tellement dommage que votre verve ne s’émousse. Ne m’avez-vous trouvé aucun successeur digne de vos sarcasmes à Poudlard ? »

L’oeil vert du Ministre s’est fait perçant. Qu’espère-t-il ? Que son ancien enseignant ait trouvé nouvelle cible à ses ires ou qu’il ait conservé une place spéciale dans son coeur, fût-ce par haine ? Garder contenance devient difficile à mesure que s’égrènent les plaisanteries. J’ai toujours eu le sang trop chaud pour la politique et pour ces petites palabres inutiles. Garnement d’action, j’aspirais plutôt à foncer dans la mêlée. Mais je ne le puis plus aujourd’hui : les tabloïds du monde sorcier en feraient leur chou gras. J’aurais pu disparaître plutôt que revenir, ne l’ai-je pas fait un temps ? Profonde inspiration alors que la voix de Rogue revient faire mousser le sarcasme. Quelque chose de différent résonne. Le ministre ne l’a pas quitté des yeux, le jeune homme relève la tête. Une fugace incrédulité… Mais il se fout de ma gueule ? Et avec bienveillance pour une fois ?

Qui est l’extra-terrestre qui a pris la place de Rogue ? Je l’ai senti sarcastique, c’est vrai, mais moins qu’à l’accoutumée. Moins violent. Moins dégradant. Presque un pied d’égalité. Le coeur se réchauffe, le Ministre s’en frotte les mains. Dos contre la porte du bureau, le Ministre toise le Directeur. S’affrontent les gerbes du pouvoir. Il ne sera pas dit que l’impérial lion d’Angleterre flanchera devant l’hydre à trois têtes. Hercule en avait fait son affaire, le Ministre se rêve demi-dieu.

Le masque reprend du service à l’unisson du coeur troublé. Manipulation et émotion peuvent-elles aller de paire ? Les deux facettes se mêlent dans un sourire timide où résonne une note de tristesse.

« Je comprendrais votre refus de vous mêler des affaires du Ministère et celles de votre ancien élève. Je comprends aussi votre refus de prêter serment. Je vais prendre un risque, professeur Rogue, à la hauteur du sacrifice que vous avez fait pour moi et pour le souvenir de ma mère. Celui de vous faire confiance, et de vous montrer les choses tout de même. Vous serez le premier à tout savoir… et j’espère que cela vous décidera à m’offrir votre assentiment. »

Je sors la baguette de Sureau de ma manche. Ma baguette. Puissante compagne donnée par la Mort elle-même. Le Ministre est son émissaire. Une vasque de pierre jaillit d’une armoire avec douceur et se pose sur le bureau. Pensine vide. Mes souvenirs n’y demeurent jamais longtemps. Le Ministre est paranoïaque : il sait que l’on veut s’emparer de lui, de ses plans, de son pouvoir.

« Vous pourriez sans doute user de légilimancie, mais je préfère la pensine. C’est indolore, au moins… Ou du moins pour moi. »

Je choisi avec soin quelques souvenirs que j’extrais négligemment pour les faire tomber en longs filaments à la surface du liquide argenté qui bouillonne un temps avant de retrouver son aspect placide.

« Faisons un deal, professeur : vous jetez un œil à cette pensine ici en ma compagnie, et en échange vous faites votre choix. Avec moi ou contre moi. »

Sourire tranquille du Ministre.

« Il serait regrettable que nous en arrivions à nous affronter, mais ce ne serait pas le premier duel que ce bureau aura connu. Soyez assuré de mon sérieux : si vous vous déclarez contre moi, l’un de nous ne sortira pas indeme de cet office. Je pourrais vous dire avec assurance que vous y laisserez des plumes, mais je n’en suis pas si certain. Vous êtes probablement meilleur combattant que moi, et je ne tiens pas à vous affronter. »

L’assurance de l’homme de pouvoir laisse place au fragile jeune homme à peine sorti de l’enfance. Je range dans ma manche la baguette de sureau et tend la paume au Directeur.

« Je ne veux que vous montrer mes intentions. Je vais vous montrer comment est mort Tom Elvis Jedusor, ce qui est advenu de moi pendant l’année et demie qui a suivi, et ce qui adviendra du monde sorcier si j’ai mon mot à dire. Je vous montrerai l’attentat aussi. Vous méritez de savoir ce que nous avons trouvé sur l’événement qui a mis en danger vos élèves. »
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Ven 4 Jan - 12:35
CONTRARIÉTÉS

Le flamboiement d’un intérêt glisse sur mon esprit. Je me suis laissé entraîner dans une suave chasse à l’homme où il s’agit de trouver sous le masque le Gryffondor mussé. L’amusement palpite sous le crâne, électrise le derme. Une chasse que je n’avais jamais eu l’occasion de pratiquer avec Potter. J’ai conspué, des années durant, les mondanités politiques, laissant le soin au Directeur et à @Lucius A. Malefoy de violentes escarmouches aux couleurs d’une politesse illusoire. Façade. Vertes répliques. Pointes acérées. J’y excelle en haïssant l’exercice. Me prendrais-je soudainement à apprécier ce sport des langues effilées lorsqu’il s’agit du jeune Potter ? Qui aurait pu croire que Miss Granger réussirait si habilement la transformation de la chenille en papillon ?

« Il est de mon devoir de vous fréquenter de temps en temps, alors, cher Directeur… ça serait tellement dommage que votre verve ne s’émousse. Ne m’avez-vous trouvé aucun successeur digne de vos sarcasmes à Poudlard ? »

La prunelle d’encre roule dans son orbite jusqu’à caresser les cieux. La réponse fuse avant même d’y avoir donné une seconde de réflexion, emporté dans le roulement des passes d’armes. Première erreur. Sonne le glas de ma froideur. La sévérité du faciès s’étiole dans l’honnêteté d’un vague amusement.

« Vous êtes irremplaçable, Potter, vous le savez bien. Ce qu’il y a de commode chez vous est que vous offrez plusieurs intéressantes prises aux plus acerbes remarques : votre parentèle, d’abord, mais encore vos déplorables aptitudes en potions ou votre célébrité. Si parfaitement Gryffondor, vous êtes la victime dont rêve tout bourreau. Comment aurais-je pu résister ? »

Un temps. Le silence louvoie quelques secondes, les prunelles virides sont accrochées par la brûlure de deux onyx.

« Je suppose que vous présenter mes excuses aurait pu être de bon ton. »

Reconnaître ma mauvaise-foi légendaire, faire l’aveu de ma partialité, de ma faiblesse. Il n’obtiendra sans doute jamais meilleure amende honorable que celle-là. Quiétudes solaires avant que sa voix ne reprenne son chant. Je ne lâche plus la fine silhouette engoncée dans sa parure de combat. Ministre drapé de ses oripeaux trois-pièces, adossé à l’unique voie de sortie tel un cerbère taillé en haute couture.

« Je comprendrais votre refus de vous mêler des affaires du Ministère et celles de votre ancien élève. Je comprends aussi votre refus de prêter serment. Je vais prendre un risque, professeur Rogue, à la hauteur du sacrifice que vous avez fait pour moi et pour le souvenir de ma mère. Celui de vous faire confiance, et de vous montrer les choses tout de même. Vous serez le premier à tout savoir… et j’espère que cela vous décidera à m’offrir votre assentiment. Vous pourriez sans doute user de légilimancie, mais je préfère la pensine. C’est indolore, au moins… Ou du moins ça l’est pour moi. »

Un geste, une pensine. La flamme de ma curiosité se ravive sur les braises encore fumantes de mes questionnements. Vraisemblablement, le haut dignitaire du Monde magique a pris un peu de finesse et perdu un peu de la grossière limpidité des Gryffondor. C’en le rendrait presque dangereux. Intéressant et dangereux. Il reste cependant plus enfant qu’homme. Dans quelques années, peut-être pourra-t-il se hisser au niveau d’un @Archibald Rosier… Encore que je ne le reconnaîtrais jamais devant ce dernier.

« Faisons un deal, professeur : vous jetez un œil à cette pensine ici en ma compagnie, et en échange vous faites votre choix. Avec moi ou contre moi. Il serait regrettable que nous en arrivions à nous affronter, mais ce ne serait pas le premier duel que ce bureau aura connu. Soyez assuré de mon sérieux : si vous vous déclarez contre moi, l’un de nous ne sortira pas indeme de cet office. Je pourrais vous dire avec assurance que vous y laisserez des plumes, mais je n’en suis pas si certain. Vous êtes probablement meilleur combattant que moi, et je ne tiens pas à vous affronter »

La main de mon vis à vis se tend, invitation limpide tourbillonnant dans l’urgence d’un choix. Ultimatum mussé sous l’affable bouille adolescente peinturlurée d’une inédite assurance. Je l’ai sous-estimé. Le visage qu’il me montre à présent, à qui l’a-t-il laissé entrevoir ? Le changement est radical : plus serpent que gryffon, orvet s’agitant sous la parfaite parure de l’enfant prodige de Dumbledore, du hérault de Gryffondor. Avait-il déjà en lui ces traits durant sa scolarité ? Me suis-je laissé si convenablement aveugler par ma hargne ? Pour la première fois de mon existence, j’ai l’impression de rencontrer véritablement le dénommé Harry Potter.

« Je ne veux que vous montrer mes intentions. Je vais vous montrer comment est mort Tom Elvis Jedusor, ce qui est advenu de moi pendant l’année et demie qui a suivi, et ce qui adviendra du monde sorcier si j’ai mon mot à dire. Je vous montrerai l’attentat aussi. Vous méritez de savoir ce que nous avons trouvé sur l’événement qui a mis en danger vos élèves. »

Presque émerveillé de son aplomb et gagné par une franche curiosité, je me contraint néanmoins à la prudence, l’oeil sans doute un peu plus étincelant que je ne le voudrais. Voix négligemment roulée dans le silence tandis que j’avise la paume tendue.

« Je n’ai jamais beaucoup aimé les Ultimatum, Monsieur Potter. »

Œillade profondément fichée dans les émeraudes de mon vis à vis tandis que la main tendue demeure dédaignée. Il faut mettre au point les closes du contrat. J’étais jeune lorsque le Seigneur des Ténèbres me ravit ma liberté, désespéré lorsque Dumbledore m’empesantit les épaules d’une charge d’espion. Je ne suis plus ni l’un ni l’autre. Comme de trop nombreux sorciers de mon âge, j’ai traversé deux guerres en trente ans, affronté trop de morts, trop de douleurs, trop d’épreuves pour en sortir indemne. Certains sont brisés, d’autres paranoïaques. A bien des égards, je fais partie de la seconde catégorie.

« Et je ne sers plus aucun maître, merci bien. »

La blême forme des paluches du potionniste se love néanmoins contre la tiédeur des mains du Ministre. Doigts entremêlés dans une forte poigne, brusque, dénuée d’agressivité pourtant.

« Montrez moi, et je vous donnerai ma réponse. »
1034 mots


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Harry J. Potter
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Dim 6 Jan - 10:58


Le Ministre observe avec attention son ancien professeur, cherche à décrypter la moindre ombre à même de passer sur son minois impassible. L’homme est capable d’émotion, ses souvenirs l’ont montré. Torturé et brisé. Prisonnier d’un amour à sens unique, chéri par goût de l’expiation. Combien d’armes offertes à l’intrigant. Combien de moyens de pression. Si l’homme de pouvoir exulte, le jeune adulte, lui, est empli de pitié pour le Directeur de Poudlard dont le coeur a été si savamment et si systématiquement lacéré. Pour lui aussi, il faudrait construire ce monde meilleur.

Je regarde intensément, plus intensément, trop intensément, l’homme qui s’excuse devant moi. Un instant suffit pour que le masque ministériel se délite. J’en suis ébranlé. Plus jeune, j’aurais sans doute été aigri par la rancune et la hargne. Aujourd’hui, je les apprécie à leur juste valeur. Un premier pas l’un vers l’autre. L’inhumation d’une hache de guerre. J’incline la tête, main sur le coeur.

« Je suppose que si vous les aviez présentées, ces excuses, je les aurais acceptées avec reconnaissance. »

Peut-être l’échange le plus vrai qui a tinté dans ce bureau depuis des lustres. Ces mots confortent le Ministre qu’il est temps. Il discourt avec habileté, espérant aviver la flamme de la curiosité de Severus Rogue. Un homme de valeur, un homme loyal à ses engagements. Droit. Fier. Puissant. L’homme parfait pour régner sur Poudlard. La teinte ceinte de la couronne Directoriale, il ne peut qu’inspirer respect et déférence. A moi aussi, il inspire ces sentiments, c’est pourquoi je ne peux permettre à Narcissa de l’atteindre. Le Ministre sait qu’elle l’approchera tôt ou tard, il s’est montré avide de faire le premier pas. Il a vu le nom de l’homme dans le registre des Sang-Purs rédigé sous la houlette des Malefoy « Severus Prince ». Il a su qu’il fallait agir.

Paume tendue à l’homme dédaignée un instant par le Directeur. La frayeur monte dans la poitrine. Et s’il refusait ? La main tremble un peu lorsque, après avoir conspué les Ultimatums, il rejette tout maître. Le Ministre se sent à court d’idée, je me sens sans recours face au marbre impénétrable qu’est l’homme. Enfin sa paume enserre la mienne sans douceur, avec la force de caractère de son possesseur. Je pousse un infime soupir. Pour un peu, je l’aurais embrassé de soulagement. Le Ministre exulte.

« Merci de me laisser une chance. »

Je guide l’homme jusqu’à la Pensine et y plonge nos mains jointes avec un dernier regard pour l’homme. Le Ministre reste dans le bureau. Il n’y a, dans un tourbillon de fumée plus qu’Harry. Un Harry couvert de blessures qui s’avance dans la forêt, tremblant. La cape d’invisibilité sur les épaules, la pierre de résurrection dans la main. Je commente négligemment :

« Albus Dumbledore avait veillé à me laisser des indices avant sa mort : j’avais à ma disposition deux des trois reliques de la Mort des frères Peverell. La pierre de résurrection et la Cape d’invisibilité. Vous serez sans doute ravi – ou peiné – de savoir qu’il a tenté de vous tuer pour rien : vous n’avez jamais été maître de la Baguette de Sureau ; c’était Malefoy qui désarma Dumbledore… Et moi j’ai désarmé Malefoy. J’étais, à ce moment là, le maître de la Mort. Pompeux, je sais. »

Un sourire narquois tandis que mon alter-ego convoque une flopée de spectres autour de lui. Tant de morts venus le réconforter, lui parler. Père et mère. Parrain. J’observe du coin de l’oeil Severus Rogue, tentant de décrypter ses sentiments. Je l’amène plus près de la scène, effleure le fantôme de ma mère vivace dans mes souvenirs.

« Je le suis toujours. Les reliques sont toutes en ma possession. »

La scène s’estompe pour laisser place à la confrontation. Les doigts s’ouvrent pour laisser tomber la pierre de résurrection, la baguette s’abaisse, je me regarde tomber, vaincu par un Avada Kedavra bien placé.

« Lorsque Jedusor a tenté de me tuer la première fois, il a laissé une partie de son âme en moi. La cicatrice. Cela explique sans doute ma nullité en cours Occlumencie… en plus de la mauvaise volonté que vous comme moi y avions mis, bien entendu. Mais regardez, c’est là que ça devient intéressant : ce n’est pas moi que Jedusor a tué mais bel et bien le fragment d’âme qu’il avait laissé dans mon crâne. Ma cicatrice a d’ailleurs disparu depuis, elle s’est résorbée... »

Tandis que Jedusor s’approche d’un pas mesuré, baguette en avant, l’adolescent que j’étais remue et se redresse sous l’oeil effaré du serpent. Ainsi donc il n’est pas seul immortel, pis : un gamin semble avoir réussi là où il échoue si obstinément.

« Tu ne peux faire que ça, Tom ? Allez, c’est décevant ! Mais peut-être est-ce parce que tu utilises ma baguette ! »

Main tendue, concentration à l’extrême, désespoir frappant l’âme, le héros attire à lui son arme et chuchote le sortilège de mort. Vie fauchée. Lord Voldemort s’éteint sans un bruit. Je m’accroupis près du cadavre déliquescent avant que le souvenir ne s’envole.

« Je suis un meurtrier, Rogue. Je suis certain que vous ne m’en avez jamais cru capable. Je ne vous blâme pas : moi non plus je ne m’en croyais pas capable. Je m’en suis voulu. Je m’en veux. Cette nuit hante encore mes cauchemars. J’ai tué comme il a voulu me tuer deux fois. Je l’ai tué comme il a tué ma mère. »

Main flatte un instant la fumée informe avant qu’un nouvel espace ne s’agence. Pièce sombre, échos de voix étrangères à l’extérieur de la porte. Français. Assis à un bureau, verre d’alcool fort et cadavres de bouteille environnent un futur Ministre défait.

« Disons qu’il m’a fallut un peu de temps pour encaisser la guerre. Pendant quelques semaines, j’ai fait le tour de l’Europe et bu plus que de raison. C’est en France que j’ai eu l’idée, pourtant... »

Le visage rougi par les pleurs se redresse. Bouteilles et verre chassés d’un mouvement de bras, main cherchant dans un tiroir un petit flacon de potion de sobriété. Les paumes tremblent, le verre brisé jonche le sol. Commentaire narquois tandis que mon alter-ego prend une plume et du parchemin pour se mettre à écrire frénétiquement une liste de noms. Hermione Granger en tête de liste. Severus Rogue en bonne place.

« J’ai toujours été un peu théâtral, je présume. Jedusor était mort depuis un mois à peine, je venais d’avoir l’idée vers laquelle tous mes pas suivants m’ont menés. Un monde meilleur. Vous avez lu Huxley ? »

La nuit boisée de la Forêt Interdite. Lieu symbolique parmi les symboles. Un jeune Harry s’affaire à déchirer ses vêtements et maculer son visage de poussière et de sang séché. Baguette à la main, il avale le contenu de flacons de verre, les uns après les autres avant de faire disparaître les récipient d’un Evanesco. Je ne peux résister à un petit rire devant la mine imperturbable de mon voisin

« Je vous l’ai dit : j’ai toujours été un peu théâtral. J’ai pris des potions pour affaiblir mon organisme, aussi. Je voulais que les médicomages me croient désorientés et au seuil de la mort. J’ai, après tout, raconté à tout le monde que je n’avais pas la moindre idée de ce qui s’était passé durant cette année et demie d’absence. Et regardez bien votre tête quand nous arriverons dans la grande salle : c’est impayable ! »

J’entraîne Severus Rogue à la suite du jeunot titubant. Nous remontons avec lui les allées de Poudlard, ouvrons à grand peine la porte du hall.

« Je vous concède que je vous ai montré peu de choses de mon année et demie de disparition, mais je m’en voudrais de vous montrer d’un coup toutes mes cartes. Disons que j’ai été très occupé et que certains de mes plus proches conseillers actuels m’ont croisé durant cette période. Dès Septembre 1999, j’étais revenu en Angleterre et je commençais à mettre en place ce que vous allez voir. »

Le jeune Harry s’échoue dans la Grande Salle en plein festival d’Halloween. Il a balbutié sa célèbre phrase « Voldemort est mort » avant de s’effondrer comme une poupée de son. Le Severus Rogue de l’époque s’est levé, l’oeil brillant plus que de coutume, la bouche entrouverte de choc. Impayable. Le souvenir se brouille, j’entraîne Rogue dans de nouvelles contrées. Celles de l’Avenir. Assis à un café avec Hermione, nous discutons, ou plutôt, elle m’écoute :

« Écoute ça : le problème de notre société actuelle est qu’elle repose sur un système de castes. J’ai parcouru les lois du Monde Sorcier, certaines datent d’avant la création du Ministère de la Magie. Nous sommes encore sous le coup de traditions féodales pour le moins rétrogrades. Il faut que l’on dépoussière tout ça : plus nous attendons, plus le monde moldu entre dans le progrès, et plus ce sera dur pour les nés moldus comme toi de s’intégrer dans le Monde de la Magie. Il faudrait aussi que nos Ministres prennent en charge l’éducation des enfants : les enfants du monde sorcier doivent apprendre à se fondre dans la masse des moldus et vice-versa. C’est à ce prix que l’on pourra conserver efficacement le secret. Il y a des caméras à Londres, je suis certain qu’elles ont déjà dû enregistrer des phénomènes magiques. Avec Internet, ce n’est qu’une question de temps avant que le secret ne soit révélé… Et l’on n’est pas prêts ! »

Je commente négligemment en observant la mine mortellement sérieuse de mon double du passé.

« Avouez que c’était un joli discours, non ? Et là où c’est ironique... »

La main de mon double tape sur la table, l’oeil vert brillant.

« C’est décidé, Hermione, Je vais entrer en politique ! »

Je secoue la tête.

« Là où c’est ironique… c’est que le Ministre précédent est décédé quelques semaines plus tard. Je suis certain que vous allez trouver la scène distrayante... »

Le décor disparaît pour laisser place à une pièce sombre, illuminée d’un seul feu de cheminée. Mon alter-ego marche d’un pas mesuré aux côtés d’un homme grand et élancé dont la nuque laisse apparaître quelques tatouages. Un Euthanatos.

« Jack Monroe, l’une des victimes des attentats. Un de mes hommes de main. Comme vous le devinerez sans doute, désormais, je n’étais pas exactement la cible de cet homme au Ministère… plutôt le commanditaire, en fait. Mais venez, approchons nous. »

Contournant le canapé, je laisse voir à mon voisin le cadavre livide du précédent Ministre. Henry Stones, assassiné chez lui sans que cela ne soit jamais revendiqué. J’ai un léger sourire à l’encoignure des lèvres. Un sourire froid, calculateur. Quelque chose qui ne colle sans doute pas à mon comportement passé. J’ai laissé tomber le masque pour Severus Rogue.

« Ce que j’ai donné à Monsieur Monroe pour ses services est assez simple en vérité : de l’argent. Les Euthanatoï ont toujours fait d’excellents mercenaires et de brillants hommes d’affaire. Or je suis un Potter et un Black d’adoption. L’argent n’est pas un problème, en dépit du soudain… retour à la vie de Monsieur Regulus Black. L’avez-vous bien connu, par ailleurs ? Pensez-vous qu’il soit homme à faire des problèmes ? »

Je n’ai pas pris garde à la scène suivante, aussi suis-je presque ébloui par la brillance du hall du Ministère. Je me suis arrogé le bras de Narcissa Black-Malefoy, et la laisse égrener ses sarcasmes avec une patience d’ange. Mon double engoncé dans son costume jette un coup d’oeil à Jack Monroe. Battement des cils, montre à gousset tirée de la poche pour voir l’heure. Le signal. L’homme brandit le bras et crache un « Mort à Potter ». Il vise clairement à côté. Narcissa Malefoy a un geste de recul, le sortilège frappe Astoria au lieu de la frapper elle.

« Dommage que Madame Malefoy soit toujours des nôtres… J’aimais bien Astoria Greengrass. Elle avait l’air gentille et aimée de Drago. Je regrette sincèrement qu’elle ait été au mauvais endroit au mauvais moment. »

Ne reste que le noir. Le silence d’un bureau directorial. Nous avons été éjecté de la Pensine. Je lâche la main de Severus Rogue, le masque poli du Ministre revient doucement se poser sur mes traits.

« Vous pourriez légitimement vous demander pourquoi je fais ça, et surtout pourquoi je vous montre tout ça. N’avez-vous pas remarqué combien il fut aisé pour Jedusor et Grindelwald avant lui d’utiliser les peurs et les haines de chacun pour faire d’innocentes familles des armées et des criminels de guerre ? Nous avons essuyé trois guerres civiles dans le monde de la magie au cours du dernier centenaire. A cela s’ajoutent les deux guerres mondiales moldues, et vous savez comme moi que Grindelwald n’est pas étranger à la seconde. A votre avis, que faut-il pour empêcher de nouveaux conflits ? Il faut régner par le bien être, par une société pacifiée, égalitaire. Il faut que chacun puisse trouver de quoi subvenir à ses besoins, que personne ne craigne son voisin, que personne ne redoute pour la vie de sa famille. Savez-vous comment l’on construit une telle société, Severus Rogue ? »

Un temps. Le Ministre a un sourire policé que dément le flamboiement de ses prunelles vertes. L’affaire est sérieuse. Très sérieuse. Voici l’orée d’un jour nouveau.

« Le loisir, la distraction, le bien-être. J’ai apaisé nombre de tensions chez les êtres magiques opprimés, j’ai gagné les faveurs d’une large partie de nés moldus et de sangs mêlés en défaisant l’élite magique des sangs purs de ses privilèges. Les ennemis que je me suis faits sont dangereux mais en sous-nombre, et je contrôle les médias. Hermione fait un excellent travail en la matière, par ailleurs, bien que je doute qu’elle sache exactement ce que j’ai en tête. L’heure du choix approche : préférez-vous vivre confortablement, heureux, épanoui et libre d’accomplir ce que vous voulez de votre vie dans une société pacifiée ou préférez-vous conserver votre libre-arbitre ? Je ne veux pas régner par les armes, la violence ou les assassinats. Je veux régner par la connaissance des faits et gestes de chacun, des plus intimes désirs de chacun. Comment les foules pourraient-elles se rebeller si nous ne leur donnons aucune raison de vouloir s’éveiller ? Tout ceci est simple à mettre en place, en vérité : endormir la méfiance des enfants, les préparer à accepter ce monde nouveau, faire fléchir les parents par la paix. Personne ne veut vraiment d’une nouvelle guerre. »

Cynisme est de mise, question sincère. Je ne lui ai pas laissé l’occasion de parler jusqu’à présent, ou si peu. Je suis curieux d’entendre ce qu’il aura à dire maintenant que la mascarade s’est achevée. Je m’attends déjà à ce qu’il se récrie. Je me demande jusqu’à quel point il a des principes… Jusqu’à quel point il est engoncé dans sa conception du mal et du bien.

« Alors, Severus Rogue, vous qui êtes le premier à voir par-delà le masque policé du Ministre, m’aiderez-vous à instaurer cette paix au prix d’une dictature, ou préférez-vous que nous nous affrontions ? »
Codage par Emi Burton - 2509 mots

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