« La nuit est propice à la réflexion, au silence, à la peur aussi. C'est dans l'obscurité qu'on dort, qu'on se tait, qu'on voit les fantômes » [Hieronymus P. Vasiliev]
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Eirian Almasdóttir

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Sam 13 Oct - 20:44
Pourquoi y avait-il ce couvre-feu déjà ? C’est un principe que la petite Eirian ne comprenait pas. Chez elle, cette règle n’existait pas ; il fallait seulement faire attention à la tombée de la nuit et si on voulait faire une sortie nocturne, on se devait d’être accompagné. Surtout les enfants. Mais là, empêcher les élèves de se balader dans les couloirs à partir d’une certaine heure : quel était l’intérêt ? Savait-il, qu’en réalité, c’était le meilleur moment de la journée pour découvrir son environnement ? Parce que la jeune écossaise était étrangère à la règle de ce couvre-feu et qu’elle ne voyait pas où était le mal, la Verbena sortit silencieusement du gros tonnelet qui menait au repère des Poufsouffles.

Il était sans nul doute bien tard, puisque ses camarades ne furent guère réveillés malgré les draps froissés, le frottement des habits, le léger grondement des vieilles portes en bois et le petit clapotis des pas de la jeune fille dans le dortoir et la salle commune. Et hors de la tanière des blaireaux, c’était un calme presque morbide. Les cuisines froides, les couloirs silencieux, juste le grondement des escaliers qui se mouvaient de temps en temps. On était au beau milieu de la nuit et tout le monde, normalement, dormait à poings fermés. Et face à cette constatation, Eirian prit une grande inspiration et ferma l’entrée du gros tonnelet derrière elle.

L’enfant n’avait pas peur du noir et n’usa aucun sort pour éclairer son chemin ; elle se guidait seulement en laissant glisser sa main sur les murs glacés. Elle écoutait le château respirer dans son sommeil : la complainte du vent s’immisçant dans la pierre, le silence pesant, son propre pas dans l’obscurité, son souffle lourd et posé se répercutant dans les murs... Le calme était si assourdissant que le simple fait d’ouvrir cette porte qui la menait dans le dédale des escaliers lui donnait l’impression d’avoir réveillé toute l’école entière. Pourtant, ce n’était rien comparé au bruit de gong que crachaient les marches mouvantes. La fillette resta d’ailleurs un moment, accoudée à la rambarde, à observer leurs petits manèges. Pourquoi faisaient-ils ça ? Quel était l’intérêt ? Cette école ne pouvait-elle pas avoir de simples escaliers fixes comme tout le monde ? Encore une fantaisiste matériel de ces sorciers de l’Ordre d’Hermès. Incompréhensible. Un soupir maussade et exaspéré lui échappa.

Eirian n’eut aucun mal pour rejoindre le Rez-de-chaussée. Elle avait déjà visité quelques étages et des cours intérieurs depuis qu’elle était arrivée. Mais elle n’avait jamais encore osé faire ce lieu-ci durant ses ballades nocturnes, en sachant qu’elle se rapprochait de la conciergerie. Jusqu’à lors, elle n’eut aucune interaction avec le surveillant et elle avait pu visiter Poudlard à loisirs. Et si au premier jour c’était pour passer le temps, tant elle peinait à dormir dans son nouveau lit, à présent c’en était devenu une escapade enrichissante. La saveur de l’aventure et du mystère, rien que pour elle, dans un calme salutaire ; c'était le meilleur moment pour découvrir et comprendre son nouvel environnement tout en méditant sur soi. Avec son sommeil agité, elle avait fini par prendre plaisirs à enfreindre le couvre-feu : elle dormait mieux après, écroulée par la fatigue.

Puisqu’elle n’avait jamais rencontré le concierge auparavant, bien qu’elle eût déjà entendu ses pas et ses clefs lors de ses dernières escapades, cela lui avait donné une certaine assurance pour oser s’aventurer jusqu’au Grand Hall. Mais avant, petit passage devant la conciergerie. Pas de lumière sous la porte ? Parfait, il n’était pas à son bureau, sans nul doute dans un couloir voisin ou un autre étage. C’était le moment ou jamais ! Trottant jusqu’à l’immense grande porte, la fillette n’hésita pas une seule seconde pour l’ouvrir… et le bois gronda. Immobilité totale. Sueurs froides. Souffle coupé. Les secondes s’écoulèrent et parurent infinis. Silence. Personne. Son soupir résonna. Bon sang, ne pouvait-il pas mettre un peu d’huile dans le mécanisme de leurs portières ?! Elle avait à peine ouvert pour que son corps puisse passer et pourtant cela avait fait un de ses boucans ! Pourvu que le concierge n’ait rien entendu ! L’écossaise se hâta de se glisser à l’intérieur, craignant d'être vue.

La voici au berceau de sa nouvelle vie. Là où tout avait commencé. Dans l’obscurité de la nuit, baigné par les rayons de la lune, le Grand Hall n’était que plus impressionnant, plus grand, voir même mystique. Quelque chose prit la jeune fille au cœur, là, seule, au beau milieu du passage centrale. Ce fut d’un pas timide qu’elle s’avança, entre les tables des quatre maisons et désarmée. Pieds nus, elle ne portait qu’une longue tunique blanche de lin et une ceinture de cuir où reposait sa bourse de runes. Sobriété et simplicité, à l’image de sa vie d’antan. Avant que ce chapeau l’élise auprès des Poufsouffle, sous le regard du corps enseignant.

Elle prit place sur le grand fauteuil du directeur. Mais Eirian était encore trop petite et la vue en était que décevant. Alors elle grimpa jusqu’à la table et s’assit en tailleurs. Là. L’image même de l’école s’étendait devant sa personne. Division. Quatre maisons. Sept années de sa vie. Des us et des coutumes étrangers. Une magie qu’elle ignore. Un héritage qu’elle s’imposait. Qu’elle n’en voulait pas. Son regard tomba naturellement dans la table des Serdaigle. Son cœur se gonfla douloureusement dans sa poitrine. Statique par une peur singulière, la Verbena était incapable de détourner ses yeux de cette longue attablée, vide, appartenant à l’égide de l’aigle. Mais elle avait besoin de sentir sa présence...

Descente timide de son perchoir. Des pas non-confiant. Le cœur lourd. Elle s’assit sur le banc et la première pensée qui lui vint à l'esprit la bouleversa sans qu’elle s’y attende : où se plaçait sa mère lors des déjeuners ? Un reniflement résonna dans la grande salle. Un bruit sourd. Celui des poings qu’on abattait furieusement sur le bois. Elle était là, recroquevillée sur elle-même, les poings si serrés que ses jointures se blanchirent. Et elle avait mal, tellement mal au cœur. De la colère a lui broyer la gorge, de la tristesse à lui brimer la cage thoracique. Et les larmes qui ne s’arrêtaient plus. Les bras se croisèrent et sa tête s’y réfugia lourdement, affalée sur la table. Ses sanglots bercèrent le Grand Hall, parfois recouvert par une voix brisée et suppliante :

… pardon... Maman… pardon…

1 070 mots

Hieronymus P. Vasiliev

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Lun 5 Nov - 16:30


La nuit...FT. Eirian Almasdottir

La nuit était tombée depuis un long moment déjà. Hieronymus Vasiliev rôdait dans les couloirs comme son prédécesseur avant lui. Il y avait toutefois quelques petites différences. Si Rusard avait été connu, apparemment, pour son pas claudiquant et son chat, Miss Teigne, le nouvel Intendant s’imposait de façon plus… sournoise. Après tout, une panthère des neiges qui caracolait dans les couloirs, ce n’était pas commun. Les sens affûtés du félin lui avaient permis quelques exploits, déjà. Notamment la découverte d’un septième année qui avait cru que se désillusionner serait suffisant pour le tromper. Dommage pour lui, la puissante patoune du félin s’était abattue sur son pied. Localisé à la fois par l’odeur et par le son… Non, vraiment, cette forme avait quelques avantages, il fallait le reconnaître.

L’homme terminait son ultime tour de garde pour la soirée avant qu’un professeur ne prenne la relève lorsqu’un bruit résonnant dans la grande salle attira son attention. Le fauve s’approcha à pas feutrés, son pelage blanc brillant dans la pénombre. Il distingua un mouvement à la table des Serdaigles. Une petite silhouette semblait avoir décidé d’élire domicile parmi les bleus et bronze… Une petite silhouette qui n’avait rien à faire là à cette heure tardive. Pourtant, quelque chose empêchait l’intendant de bondir tout de suite hors de sa cachette : la gamine pleurait, et s’il y avait bien une chose qu’il avait appris au cours de ses années à élever les bambins des familles les plus fortunées de Moscou, c’était que les enfants ne pleuraient jamais pour rien. Les raisons pouvaient échapper aux adultes, bien sur, mais l’expression de la détresse émotionnelle, elle, n’était jamais injustifiée.

Deux choses à faire, donc. Un, il fallait découvrir pourquoi l’enfant pleurait. Deux, lui faire passer l’envie de s’aventurer à nouveau dans les couloirs. C’étaient des missions tout à fait dans les cordes de l’homme. La panthère s’approcha de l’enfant, puis, lorsqu’elle fut arrivée derrière la petite, laissa place à un homme adulte qui s’éclaircit la gorge en allumant le bout de sa baguette magique d’un « lumos » informulé.

« J’ai l’impression que quelqu’un se trouve à un endroit où il ne devrait pas se trouver à cette heure avancée de la nuit. Votre nom, jeune fille ? Que faites-vous là ? »

Feindre de ne pas prêter attention aux sanglots de l’enfant était une torture. L’homme espérait vraiment que ces pleurs n’aient pour origine rien de grave qui pût nécessiter le besoin de réveiller le directeur en pleine nuit. Le vêtement peu conventionnel lui laissait craindre le pire. En quelques semaines de travail de l’école, il avait pu se rendre compte que les élèves hors ducommun étaient un peu trop souvent les victimes de mauvaises plaisanteries à son goût. Il espérait que ce ne fût pas le cas de la petite : les enfants pouvaient être si cruels, parfois, entre eux. Cependant, elle n’avait pas l’air blessée, ce qui lui laissait espérer qu’elle n’ait pas été la victime d’un mauvais tour. Il se décida en serrant les dents : tant pis pour la subtilité.

« Pourquoi pleurez-vous ? »




581 words (c) Fortuna

Eirian Almasdóttir

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Sam 8 Déc - 0:32
La réaction de la fillette fut aussi spontanée qu'étrangement primaire : lorsque cette voix résonna dans son dos, les muscles de ce corps si frêle se mirent en branle afin d'entamer le processus de survis qu'est de fuir le danger dans l'immédiat. De ce fait, Eirian bondit de son siège et alla se réfugier sous la table des Serdaigle avec l'agilité du chat sauvage et la couardise d'un chaton. Pour sûr qu'elle ne faisait pas bonne figure : que pouvait-elle faire face à un sorcier aguerris quand on était qu'une enfant tout juste capable de maîtriser ses runes ? Par ailleurs, qui était son adversaire ? Ses grands yeux noyés de larmes suivirent avec appréhension les courbes de cette silhouette massive. Son esprit, véritable cacophonie où le rythme cardiaque se mêlait à un souffle saccadé, peinait à mettre un nom sur ce visage. Il faudra quelques reniflements et hoquets de plus pour évaporer cette frayeur qui avait obscurcit ses idées et se rappeler qu'il y avait un homme, un certain Hieronymus, dont la mission était de surveiller les couloirs de l'école. Particulièrement les petits rebelles comme Eirian surpassant le fameux couvre-feux...

Je ne pleure pas ! rugit le petit chaton de sa cachette.

La vérité se lisait bien sur son visage : les larmes traçaient des sillons humides sur ses petites joues bien rondes et son nez rouge fuitait de morve. L'enfant tentait tant bien que mal de camoufler les preuves, mais rien y faire, les larmes coulaient sans s'arrêter. En petite boule sous la table, jambe repliées sur son son torse et bien tenus par ses frêles bras, la Verbena cacha un moment son petit minois derrière ses genoux, le temps de reprendre son souffle.

Et pourquoi on a pas le droit de sortir de nos chambres ?! Qu'est-ce que ça fait si on est dans les couloirs ou non ?! Vous avez peur qu'on se cogne contre un mur ?! Qu'on glisse dans une flaque d'eau ?! C'est n'importe quoi ! Moi j'ai vécu dans une forêt ! Là c'est dangereux ! Y'a plein de truc qui peut nous blesser ! Surtout quand la nuit tombe ! On entend les rapaces en chasse, les crapauds et les criquets qui chantent près des rives... Il y a aussi les cerfs qui mangent sous le clair de lune... Les yeux des chats sauvages qui brillent dans les feuillages... Le troupeau de Centaures à l'Est qui vient courir près des plaines de notre village... La magie qui vibre dans le vent, dans la pierre, dans la terre, dans le feu... Un feu de camps et du thé... On passait des heures sur les hamacs près de notre cabane pour profiter de la nuit... quand mon tonton me racontait des histoires... les contes et les légendes de mes ancêtres... Des créatures magiques qui pouvaient se cacher derrière les arbres...

La voix se perdait. Eirian s'étranglait dans ce sanglot coincé au fond de sa gorge. Ça faisait si mal de se remémorer tout ce qu'elle avait perdu en rentrant à Poudlard. Alors les larmes coulaient, encore et encore. Elle peinait à respirer, et son timbre se fit suppliant, souffrant, un gémissement douloureux de ce petit coeur meurtris :

Je déteste être ici... tout est froid... et bizarre... je n'aime pas qu'on me regarde... qu'on parle de moi... ils se moquent de moi... parce que je ne sais pas utiliser ma baguette... et il me trouve bizarre... et effrayante... mais je ne suis pas un monstre... je ne veux pas être sorcière... je ne veux plus être une sorcière... je veux être tranquille... s'il vous plait... laissez-moi tranquille... pitié...

Eirian éclata en sanglot, cachant son visage derrière ses genoux. Le petit coeur était en miette et l'enfant ne désirait qu'un endroit pour pleurer sur son héritage maudit, elle qui était contrainte de suivre les enseignements de cette école en honneur de ses défunts parents. Pour le meilleur et surtout pour le pire. Mais peut-être qu'il y avait là un appel à l'aide, une supplication d'avoir un peu de chaleur, un peu de réconfort, une oreille à écouter, une épaule pour la laisser pleurer, et pas juste un personnel du corps enseignant qui lui remontrait les bretelles pour une bête histoire de couvre-feux alors qu'elle sanglotait à chaude larmes son mal-être. Est-ce que tous les sorciers étaient des sans coeur ?

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