Suaires {Augustus}
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Pelagia H. Ollivander

Pelagia H. Ollivander
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Lun 8 Oct 2018 - 10:36


Suaires

@Augustus Rowle

Une lente agonie d’un jour mourant. Le crépuscule enflamme un horizon trop haut, trop loin. Une ligne inatteignable sans cesse repoussée. Un balai emprunté à l’école, les cheveux ramenés en queue de cheval, une chaude cape sur les épaules, j’ai ressenti le besoin de m’éloigner. Vives inquiétudes me dévorent les entrailles : j’ai tout fait foirer. J’ai perdu mon calme et me suis moi-même exclue de l’équipe de Quidditch. Voler a pourtant toujours été infiniment libérateur. D’où mon rapt de balai. D’où ma haute silhouette filant vers les cieux au dessus des cimes de la Forêt interdite. Je m’éloigne de Poudlard, laisse derrière moi ses fenêtre illuminées et ses tourelles enchantées. Je glisse vers d’accueillantes ténèbres et de suaves nuitées. Paupières mi-closes, je m’allège des tourments, de la peur, de la peine, de la haine. Du désespoir.

Je ne puis revenir sur mon geste, mais je puis au moins l’analyser. Pourquoi ai-je ainsi perdu mon calme ? Qu’est-ce qui m’a touché plus que le reste dans le flot ininterrompu d’absurdités que m’a débité Connor ? Le fait qu’il sache. Ou pense savoir plus vraisemblablement. Je songe à cela, pensive. Le balai avance seul à lente allure. Les mains dans les poches, je ne me tiens qu’à la force des cuisses. J’ai, par chance, un bon sens de l’équilibre.

La quiétude du trajet a quelque chose de revigorant. L’air se mêle de malmener mes cheveux et me rosir les joues. Le ciel piqueté d’étoiles m’appelle. Lassitude et plénitude se chamaillent : l’une m’appelle à glisser vers le sol, l’autre à m’élever vers la lune. L’une m’entraîne, yeux clos, vers lune mort certaine, l’autre m’aspire hors de mon corps pour rayonner parmi les astres. Funestes envolées lyriques lorsque tambourine à ma tempe le début d’une migraine profonde. L’ondoiement de la clarté me bat le front, se lovant derrière les arcades sourcilières pour me faire exploser les yeux hors des orbites. C’était peut-être folie de m’aventurer au dehors. Je jette un œil par-dessus mon épaule : il me suffirait de faire demi-tour pour revenir au château en sécurité et aller me coucher.

Une faiblesse étrange me gagne pourtant. La tête me tourne, le début d’un malaise. Une trouée dans les arbres fait office de planche de salut. Je descends en piquet et me pose en bordure nord de la forêt. La lande est déserte, balayée par la froidure d’un vent d’hiver. Au loin, le ressacs de la mer fracassée sur les côtes. Qui aurait pu croire que l’école était si proche des ardeurs maritimes ? Combien de temps ai-je volé ? Où suis-je ? Je l’ignore. Le château à disparu. Il ne reste que les cimes des arbres et les troncs noirs d’une forêt menaçante. Balai à la main, je me recroqueville. Qui aurait pu croire qu’existaient ces côtes inhospitalières si proches de Poudlard ? Je resserre sur moi l’étreinte d’un manteau et sors ma baguette. Peut-être une flambée pourrait-elle me réchauffer un peu ? Quelle idée, mais quelle idée d’avoir dérivé aussi loin.


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Augustus Rowle

Augustus Rowle
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Ven 12 Oct 2018 - 21:31


Suaires
« Enfant jetée en pâture aux fauves. Suppliciée dans l’arène qui tient à bonne distance le sauvage animal par la pureté de sa foi et la tendresse de son visage. Sincérité dans les larmes de la martyre écartelée par les féroces désirs du Diable. Chaotique mélodie d’un hurlement. »

Ides et Calendes se calanchent sur la paroi rugueuse d’une implacable falaise. A pic rocheux aspic immobile de terre en proie aux cahots de la marée. Clamsent les corbacs de la forêt interdite, crapahutent les insectes carnassiers. La fourmi agace le guépard. L’asticot dévore le macchabée tombé du ciel. Les cimes des arbres se ploient, le tour de garde se poursuit à l’infini. Pas mesuré, agile. Oligarque monarque au service de la reine de ces terres. Lorsqu’il ne préside pas à la course folle des astres du Bureau de régulation des Créatures Magiques, le Strige ploie volontiers l’échine devant sa suzeraine éphémère. Belle Dame papillonnant d’aria en choeurs jusqu’à faire vrombir les timbres altier d’un contralto du monde. Envoûtante escamoteuse dont les agiles doigts façonnent la glaise du monde ainsi que le ferait divine Déité. Agit-il pour l’artiche ? Non. L’or n’a que peu d’intérêt. S’astique-t-il les reins en rêvant à la plastique bombasse de la blonde platine ? Pas plus. Les femmes l’indiffèrent. Alors quoi ? Quel élan, sinon le crime et la promesse du sang versé poue le faire sortir de sa tanière ?

La promesse d’un chaos.


Assujetti à la Brillante Arès sans merci, le vampire accompli sa basse besogne en errant sur les landes désertes. De garde pour la nuitée, le démon des ombres se fait brillant gardien du sommeil des justes. Patrouillant en lisière de bois, là où la barrière lui a signalé intrusion, il quête et enquête. Un piaf clamsé aux abords de la forêt aurait-il pu faire trémuler l’enceinte magique ? Non. Quel oiselet échu du nid aurait donc pu éveiller les terribles instincts de prédation de la tête couronnée jusqu’à dépêcher sur le lieu du crime de lèse-majesté la haute silhouette d’un tueur ? Prudent, le dispenseur de mignardes tueries et de délicats massacres avance. Sa cheville souple piétine l’herbe rase énamourée, laissant sur son sillon l’odeur du trépassé. La charogne avide et putride baffée par l’air marin pour éventer sa vieille carcasse. L’arsouille même embaumé de picole, de pisse et de merde fouetterait moins que le sapin et la naphtaline.

Niaque est claire : déloger l’importun et retourner à sa lecture. Moulu comme il est, trouver le contrevenant lui prendra peu de temps, et le punir moins encore. Quoi qu’un bon châtiment exemplaire… Peut-être pourrait-il bâtir de ses cajôleries une nouvelle chapelle Sixtine. Il avait, après tout, gravé la dernière dans le dos d’une victime innocemment coupable à l’aide de ses seuls ongles. Une délicate agonie tandis qu’il se repaissait du sang et de la souffrance. Loin, si loin le temps de la guerre et des massacres. Son Sire, Dieu ait son âme, l’avait gourmandé et mené à la pénitence. Bourreau claquemuré dans les habits cléricaux du soigneur. Son rencard avec le Divin orchestré sur une ordalie.

L’heure n’est plus à la mignotise et aux tendresses. Une silhouette sur le seuil de la gaste forêt. Terre de mystères, frontière entre deux mondes. Féérie Poudlardienne au Nord, secret des Terres Flamboyantes au Sud. Quelqu’un s’est aventuré par-delà le linceul du monde, aspirant peut-être à faire d’un tapis d’épine un nouvel suaire pour sa dépouille. Frimas. L’idolâtre cadavre est une fille. Presqu’une enfant. Blondeur chatoyante, grande perle bleue des yeux. Un minois d’innocence qui lui frappe la joue comme jamais il n’a été frappé depuis plus de deux siècles. Si la douille endeuillée a laissé place à une crinière solaire, la beauté est même. Le visage est même. Frêle séraphine, séraphique fragilité. Une splendeur si troublante que la vue en devient douloureuse. « Vous ne devriez pas être ici, Puella »Il faut dissiper Illustre Illusio.

La voix devient cristal caressant le tympan. « Y a-t-il une Meredith Rowle dans vos ancêtres, Carissima ? » Ce disant, l’hyène s’est approchée. L’enfant semble désemparée et frigorifiée. Augustus attrape son épaule et la mène jusqu’à l’étau de ses bras. Suave prison de givre et de marbre. Convocation. L’enchantement sanguin fait son office. Malédiction consumée. La glace de la peau devient tendresse d’une carne vive. Fantasme d’existence humaine. Chaleur se diffuse jusqu’à son corps. Une main sur son dos, l’autre perdue dans la chevelure de l'infante retrouvée jusqu'à dénouer sa coiffure pour laisser libre ses mèches d'ange. Pourvu que dure encore un peu le songe...
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Pelagia H. Ollivander

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Dim 14 Oct 2018 - 20:29


Suaires

@Augustus Rowle
Je sens la frayeur me battre les tempes ainsi qu’un obséquieux tambour le ferait pour me rappeler la suave fragilité de la vie humaine. Tournent et chatoient les étincelles du chaos embaumant la froidure d’un vent hivernal. Je suis seule. Je suis faible. Je suis loin de tout. L’écrasante constatation se fait gifle cruelle. Quelle idée, vraiment, d’avoir volé jusqu’à ces rivages et de m’être perdue par-delà la forêt interdite. La barrière d’arbres a toujours semblé infranchissable. Être au-delà semble irréel. Je suis comme ces explorateurs qui découvrirent de nouvelles contrées au-delà d’un océan qu’ils pensaient infini. Tournoie le monde, s’écrasent les illusions. Les rigueurs d’un temps peu clément me frappent. Fragilité et fatigue m’assaillent au moins autant que les éléments extérieurs. Sans doute est-ce pour cela que je n’entends pas arriver le vampire venu à ma rencontre, pas plus que je ne décèle sa présence. Les tempes douloureuses battent sous les pulsations d’un malaise grandissant. Vagues et relents d’âme se fracassent sur le récif de ma déconvenue. J’aurais mieux fait de rester au lit.

La grisaille de l’inconscience menace déjà lorsque s’envole la troublante proximité d’une voix. Grave, masculine, elle tournoie à mon oreille avant de me faire lever le visage vers le nouveau venu. Nuit claire laisse entrapercevoir une silhouette fine avançant à pas mesurés. Un homme dont je distingue à peine les traits dans la clarté nocturne. J’ai encore assez de réserve pour balbutier un « Lumos » et voir, enfin, à la pâleur du faisceau magique, le visage du nouveau venu. Traits marqués, mâchoire sculptée, ce sont pourtant ses yeux, deux iris limpides qui ne me lâchent pas qui me marquent le plus. Un indéchiffrable regard jeté sur les choses et les êtres.

Un instant d’infini,
éternel frimas lové dans l’oeil
de celui qui approche.

L’indicible d’une rencontre. Je demeure sans voix, incapable de détacher les prunelles de cet étrange inconnu. Froid et frayeur me font frémir. Caresses du vent, gifles de terreur. Où suis-je donc ? Sa voix a sonné comme une menace. Où suis-je si ce lieu devrait m’être interdit ? Une nouvelle question me désarçonne plus encore que je pourrais le croire. Son incongruité me frappe ; Qu’est-ce que mon ascendance vient faire dans cette rencontre ? Une main étrangère m’attrape les épaules, un bras dangereusement paternel se referme sur mon corps. Douce chaleur naît de cette étreinte impromptue. Papillonne le poids de l’errance dans mon estomac. Creux carmin craché dans mes entrailles. La naissance d’un trouble tandis que je me laisse aller contre la poitrine d’un illustre inconnu. Je parviens à balbutier une réponse, enivrée par l’étrange sentiment de sécurité qui m’a fait tomber dans ses bras.

« Oui, c’est l’arrière-grand-mère de mon père, Meredith Ollivander née Rowle, pourquoi ? »

Mes mains se sont égarées contre sa chemise, coincées entre nos deux corps. Le balai est tombé au sol. Je ne me dégage pas. Pour la première fois, j’ai le sentiment de pouvoir oublier les tortures de mon corps et les fêlures de mon âme.



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Augustus Rowle

Augustus Rowle
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Ven 19 Oct 2018 - 12:03


Suaires
« Enfant jetée en pâture aux fauves. Suppliciée dans l’arène qui tient à bonne distance le sauvage animal par la pureté de sa foi et la tendresse de son visage. Sincérité dans les larmes de la martyre écartelée par les féroces désirs du Diable. Chaotique mélodie d’un hurlement. »

Visage même. Même voix. Les glaviots d’accords éructés par la princesse le troublent plus qu’il ne pourrait le reconnaître. Ἔρεϐος claque la gueule du malandrin vampirique. Ses crocs frémissent, son échine se trouble d’une indisciplinée expectative. Pour la première fois, un émoi retourne son coeur clamsé et triture sa vieille carcasse. Νύξ sa précieuse épouse ondoie tout près de lui, prête à apaiser le fils des ténèbres, mais aucune de ses flatteries sur son âme ne peut apaiser le tourment du vieillard. Deux cent putain d’années. Vertige. Vestige d’une humanité là, dans ses bras, choyée. Il a eu des gosses. Il les avait presque oubliés. Un peu de lui foule encore cette terre. Un peu de son épouse. Black et Rowle. Qu’a-t-elle dit ? Ollivander. Fabricante de baguette magiques, sa descendance... Douce ironie pour qui n’en a jamais usé. Ni vif, ni trépassé. L’étau des bras se resserre un peu plus sur la silhouette de la môme. Les paumes s’égarent sur le dos, la nuque, avides de rassurer la petite mioche. Le menton se pose sur le sommet de la tête blonde où volent une auréole solaire. Ἡμέρα, fille de la Nuit et du Chaos le contemple. Logée tout près de son coeur. Αἰθήρ luit dans ses prunelles mi-closes ; clarté divine engoncée dans les ténèbres mouvantes. La petite a envoyé son coeur au mitard et réveillé les pulsions paternelles qu’il planquait dans un morlingue depuis trop d’années.

Dernière douceur dispensée à travers le corsage d’une robe d’école trop légère pour se faire chaud écrin d’un petit corps vif. Fragile mécanique de précision. Chairs périssables, putréfaction à l’horizon. Etrange élan pousse le strige à vouloir suspendre la course des astres et la fuite du temps pour cette frêle poupée entre ses bras. La retenir à ses côtés jusqu’à la fin des temps. Grotesque pensée. Egoïsme confondant. Depuis quand l’autolâterie le pousse-t-elle à de telles narcisses ? Vanité de croire qu’il pourra éloigner le spectre de la décrépitude. Elle veillira et se décomposera comme tous les autres du lignage Rowle avant elle. « Mademoiselle Ollivander, je présume ? » Répondre à une question par une autre question. Elude savante de l’essentiel de la conversation.

Phalanges laissent cascader un or liquide libéré sur les épaules de la jeune fille. Sa jeune fille. Illusion confondante. Aveu retardé. Viendra le moment où elle comprendra qu’il n’est vif et où elle s’en retournera, épouvantée, à Poudlard malgré sa faiblesse. « Vous êtes ici sur les terres de Lord Malefoy. Nous pouvons vous offrir asile pour la nuit. Vous êtes trop faible pour rentrer à Poudlard sur ce balai... » Qu’elle le laisse l’aider. Silencieuse supplique ponctuée de l’effleurement de son épine dorsale. Qu’elle le laisse l’aider, par pitié. Folle impulsion qui enfièvre l’homme. Ce qu’il s’apprête à faire n’a pas le moindre sens. Murmure dispensé au lobe de l’oreille. « Je m’appelle Augustus Rowle ». Nul doute qu’elle connaîtra suffisament bien son arbre généalogique pour retracer par elle-même les ramifications qui les unissent. Bizarre quiétude s’empare du coeur biscornu : quelle exaltante expérience que de rencontrer sa descendance.
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Pelagia H. Ollivander

Pelagia H. Ollivander
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Jeu 25 Oct 2018 - 13:57


Suaires

@Augustus Rowle

Une douce chaleur m’environne tandis que s’égarent sur mes joues les froides rigueurs du vent. Choyée dans des bras tièdes, laissée aux assauts de l’hiver. Le frimas frappe aux portes de l’automne tandis que les courants océaniques viennent s’échoir sur la falaise dans un fracas d’écume. Toute parcelle de ma peau exposée aux aléas du climat semble vouloir se congeler sur place lorsque l’étreinte bienvenue, rassurante, presque paternelle, m’apporte un certain réconfort. Mon coeur fait quelques embardées. Je ne parviens à savoir ce qui me fascine assez pour me laisser ainsi enlacer. La voix basse de l’inconnu serpente jusqu’à mon oreille, troublante. L’accent de mon nom semble rouler entre ses lèvres avec une douceur confondante. J’opine.

« Oui, Hilde Ollivander, petite fille de Garrik Ollivander. Et vous êtes ? »

Éclats de curiosité qui scintillent comme autant de tessons colorés jetés dans les tréfonds d’une fontaine. Le miroitement de l’eau couvre à peine la chatoyante brillance des verroteries, attirant le plongeur dans les profondeurs jusqu’à ce que curiosité et cupidité ne le terrassent dans l’ondée glaciale. Je me sens comme cet imprudent noyé dans les flots caressant son corps. Immergée dans un ininterrompu frissonnement qui me glace la colonne vertébrale. La voix résonne encore autour de moi. Un apaisement pour me raccrocher au monde. Les Terres de Feu. Les Malefoy. Je connais bien, beaucoup trop bien l’endroit. Je n’y suis venue qu’une fois ou deux, bien entendu, mais je sais mon grand-père un fervent partisan des Malefoy. Trop fervent, peut-être. Au moins suis-je en sécurité relative ici. Je sais que s’il y a bien une chose que l’on respecte sur ce domaine est la pureté du sang… Ironique s’il en est pour moi de profiter de ce statut alors que j’ai vu mon grand-père torturé par une partie des soutiens actuel de la famille des blondinets au sang pur… J’acquiesce toutefois contre le torse de l’homme, trop consciente de ma propre faiblesse. J’ai une certaine confiance en l’inconnu, je n’ai pas l’impression qu’il ourdisse quelque sombre machination à mon encontre, et pourtant… Je sais à quel point ce type d’aveuglement peut être malvenu. Quelle idée, vraiment, de se laisser choir dans les bras d’un inconnu… La tête me tourne un peu, le monde semble tanguer sous mon pied. Mon crâne résonne des douloureuses pulsations d’une migraine. Merlin, qu’il est déplaisant de se sentir cet état de faiblesse, cet état d’extériorité, comme si rien n’avait d’importance sinon l’abandon dans les bras de Morphée. … Un Morphée dont le nom me fait relever fiévreusement les yeux.

« Augustus Rowle ? »

Ma voix me paraît lointaine ; un bourdonnement me prend les oreilles, faisant vibrer mes tympans d’une mélodie lancinante.

« Comme le père de Meredith ? Mais vous ne pouvez être son père, pas vrai ? Elle a vécu il y a presque deux siècles. »

Un tremblement me prend la colonne vertébrale tandis que j’essaie de m’écarter de lui. Qu’esf-ce qui peut avoir une telle longévité tout en ayant mystérieusement disparu de la circulation et des chroniques familiales ? Un vampire… voilà ce qu’il doit être, un vampire. Mon visage a perdu toute sa couleur, paré d’une seule pâleur mortifère. Je parviens enfin à me reculer, faisant quelques pas, trébuchant sur le manche de mon balai. Je me baisse pour le ramasser. Mouvement trop vif : un éclair de douleur me vrille le front, faisant tressaillir mes tempes d’une désagréable turbulence.

« Vampire ? »

Le mot sonne comme une question. Je perds l’équilibre, balai à la main, vaincue enfin par le malaise.


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Augustus Rowle

Augustus Rowle
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Ven 2 Nov 2018 - 14:39


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« Enfant jetée en pâture aux fauves. Suppliciée dans l’arène qui tient à bonne distance le sauvage animal par la pureté de sa foi et la tendresse de son visage. Sincérité dans les larmes de la martyre écartelée par les féroces désirs du Diable. Chaotique mélodie d’un hurlement. »

Le flot d’or s’écoule entre les phalanges du strige. Rivière pulsant, filant, dormant dans les rêves des plus fols orpailleurs. Le soleil miroite sur sa crinière tandis que le corps bascule. Chute. Ténèbres. Les bras de la nuit engloutissent l’astre diurne. Sienne. Langueur lancinante de la fièvre a frappé le petit corps. Blancs tremblements, brûlantes ondées emperlant le front. Gamine ulcérée par le mal. Le moissonneur recueille l’enfant, la lovant contre lui, l’emportant. Balai sur l’épaule, fillette pelotonnée contre le torse. Le frimas gueule autour d’eux, claque sur leurs peaux, dissipe la chaleur du sang vampirique. Glaçon de lumière. La lunaison flamboie haute dans l’empirée des cieux. Sommeillant soleils accrochés à la toile noire. L’encre se disperse dans les bras d’un nocturne dieu de ces terres. Immortels émois retournent le myocarde chaviré par l’instinct de protection.

Choyer. Couver. Serrer contre soi. La gamine semble faite de cristal. Si légère et si belle qu’on pourrait entendre tinter l’éclat de son âme à chaque pas. Paupières closes, soulevée du sol, arrachée à la terre, la voici emportée par une faucheuse en costume.

Glacies glaçant, brûlure des pâleurs célestes. Les loups hurlent à la mort dans la forêt. Le fauve est parmi eux. La panique s’instille dans les coeurs vifs, tandis que la silhouette du prédateur fend la foule d’un pas léger. Cahutes ronflantes de prétention poussent comme des champignons en lisière de bois. Les landes laissent peu à peu place à la civilisation. Tentes entoilées, flambées chaleureuses. Les enfants dorment, les parents veillent. Chambrées des manoirs et des tentes sont encloses pour la nuité. L’ogre rôde, sa victime portée comme une offrande à la tranquillité d’autrui. « Alors, Rowle, qu’était-ce, l’alerte ? C’est un uniforme de Poudlard que porte la gosse ? » La figure mortuaire d’un visage impassible. Mastar vampirique.. Un autre. Plusieurs buveurs de sang se sont attachés au camp des Malefoy. Matons du mitar élu par ces familles dans un volontaire ostracisme. Veilleurs crépusculaires, gardiens des dormeurs oublieux des monstres qui foulent le sol sous les astres hauts. Le besogneux enchargé incline la tête sur le côté, pensif. « Un petit oiseau Ollivander tombé de son balai à la frontière nord. Narcissa voudra s’occuper d’elle en l’absence de Garrick. » Explication lâchée comme un tuyau dans l’ombrage d’une ruelle. Elans d’un coeur mort mussés sous les côtes. Le masque de bronze blanchi par la lune ondoie de deux billes brunes pénétrantes. L’enfant lui appartient déjà un peu.

Les secondes tombent. Coin d’une flambée, un plafond blanc pour abriter le petit corps des rigueurs de la nuit. La chaleur cramerait presque l’air asséché. Fiel et fuel. Un verre dans une main, l’autre sur la peau laiteuse de la fillette. Les draps frais crépitent d’une tiédeur bienvenue pour ces fragiles corps vifs. L’état de vampire aura au moins cet avantage de préserver la fonctionnelle machine alimentée par les flux vitaux d’autrui. Mécanique et carburant. Caresses sur le dos d’une main, inquiétude luit dans les yeux du strige. Qu’arrivera-t-il si elle ne se réveille pas ? Les phalanges s’emmêlent contre la crème de la chair de la jeune fille, enserrant les doigts amollis par le sommeil. Verre reposé, carmin breuvage délaissé. Les traits apaisés du lardon chavirent le vieil esprit. Quelle tuile ! Sa fille là, offerte à Morphée. Ses veines palpitent sous la peau diaphane. Pas l’ombre d’un larbin à l’horizon, qu’il serait aisé et irrémédiable de cueillir sa vie d’un croc pour l’amener dans les ténèbres. Et Meredith reviendrait auprès de lui sous la blondeur angélique d’Hilde.

Le prénom roule encore dans son crâne, gratte les parois osseuses du gourbi mental. Les grouillantes pensées louchent vers la môme, léchant son visage de fiévreux espoirs. Comment pourrait-il larguer toute espérance lorsque le destin l’a jetée dans ses pattes ? Comment pourrait-il lourder un renoncement, plomber le cygne blanc d’une expectative douloureuse ? Doit-il prendre ou attendre ? Doit-il offrir l’immortalité ou l’imposer ? La soie d’une paume remonte le long de l’épaule enfantine, dégage la gorge des fils d’or qui s’y emmêlent. Caresse légère. Comme ça serait facile... L’hésitation est mère d’échec. La prunelle filiale s’ouvre, papillonne. « Hilde ? » Jamais vocalise ne lui a paru si suave.
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Lun 12 Nov 2018 - 12:27
SUAIRES

Une étoffe sous la joue, une caresse sur la peau. La douce chaleur d’un feu de cheminée claironne dans la chambrée. Je sens les brumes d’un évanouissement se dissiper lentement. Je suis dans un lit, au chaud. Je songe quelques instants à la possibilité que tout ceci n’ait été qu’un rêve. Ai-je vraiment pris mon balai pour survoler les ruines embroussaillées de la Forêt Interdite ? Me suis-je effondrée sur les Terres de Lady Malefoy, et ai-je été trouvé par… Mon ancêtre ? Un vampire ? L’écho de ma dernière question résonne à mes oreilles, lointaine voix ouatée d’un malaise.

La délicatesse d’un toucher m’éveille tout à fait, paume fraîche traçant une ligne de flammes sur ma gorge. Ce n’était pas un rêve. J’hésite quelques instants. Tout ce que je sais sur les vampires me traverse l’esprit. Chant de terreur, glas terrible. Peut-être suis-je condamnée à mourir dans ses bras, abreuvant son dernier soupçon de non-vie ? Peut-être suis-je condamnée devenir infante dans la trop longue éternité de sa mort ? Le coeur tambourine tandis que j’ouvre les yeux après une mince hésitation. Je ne pensais pas affronter à nouveau la noirceur de sitôt… Mais peut-être ne m’a-t-elle jamais véritablement quittée.

Je me perds quelques instants dans la clarté céruléenne de ses yeux. Un murmure roule de sa gorge. Un prénom. Le mien. Je suis presque soulagée d’entendre mon nom plutôt que celui de mon ancêtre. Qui sait comment se mêlent les souvenirs après une existence trop longue ? Je remue doucement, tente de reprendre pied avec le monde. J’observe rapidement la pièce dans laquelle je gis. Triste figure blafarde sur son lit mortuaire. Les dernières brumes du sommeil se déchirent, et je prends conscience de plusieurs choses : s’il est encore éveillé, la nuit n’est pas achevée.

« Combien de temps ai-je dormi ? Et où suis-je… Augustus ? »

Je tente de me redresser, mais la lourdeur des couvertures rend difficile le moindre de mes mouvements. Je parviens toutefois à me redresser sur un coude, tremblante, et m’exhaler des couvertures pour m’asseoir sur le matelas en calant un oreiller dans mon dos. Je ne peux m’empêcher de dévorer des yeux Augustus Rowle. S’il est vraiment celui qu’il dit être, comme semble le prouver l’anneau familial à son doigt, que ne pourrais-je apprendre de lui ? Il a vécu si longtemps, a vu sans doute tant de choses… J’essaie de me remémorer l’arbre généalogique de ma famille et tend la main pour happer celle d’Augustus Rowle : je détaille la chevalière familiale ornant son annulaire.

« Vous êtes né en 1773, si je ne me trompe pas ? Mon grand-père m’a fait apprendre tout l’arbre généalogique de ma famille jusqu’au douzième siècle. Vous avez eu deux enfants, Meredith Rowle a épousé Sylvanus Ollivander à l’âge de dix-neuf ans, et c’est ainsi que nous sommes apparentés, n’est-ce pas ? »

Ma voix semble assurée pour mieux dissimuler ma frayeur. J’ai su, après coup, qu’il y avait des vampires dans les partisans du Lord Noir qui a torturé mon Grand-père, mais celui-ci est le premier auquel je m’adresse. Je ne peux que masquer ma frayeur et en appeler à son coeur : si je lui rappelle que nous sommes parents, peut-être me laissera-t-il en réchapper ? Fol, fol espoir. Menace égrenée à mi-voix sur le ton de la conversation.

« Je crois aussi que l’on va s’inquiéter à Poudlard si je disparais trop longuement... »
574 mots


Augustus Rowle

Augustus Rowle
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Mer 16 Jan 2019 - 19:28


Suaires
« Enfant jetée en pâture aux fauves. Suppliciée dans l’arène qui tient à bonne distance le sauvage animal par la pureté de sa foi et la tendresse de son visage. Sincérité dans les larmes de la martyre écartelée par les féroces désirs du Diable. Chaotique mélodie d’un hurlement. »

Anathème. Ire divine dardant des flammes de son courroux l’irrationnel ensevelissement d’un coeur alangui par la petite forme recroquevillée dans l’immensité d’un lit. Que soient maudits les malandrins emplumés qui se piquent de faire se frayer angéliques pensées dans un vieil myocarde ne battant plus mesure depuis belle lurette. Fichus suppôts du Très Haut. Trop haut. Le vernis de religiosité s’est craquelé pour faire mieux périr les derniers élans d’humanité d’un esprit affûté par les âges. Le temps a glissé, les saisons ont tempêté. Et le voici, ce strige qui devrait être affranchi de sa moralité et de ses tourments, ce macchabée des ères anciennes qui n’a plus à suivre que ses propres impulsions. La voici, créature noire du placard hésitant à montrer le croc à l’enfant éveillé d’un cauchemar. Pourra-t-il cueillir sa vie comme on coupe la rose à peine déployée ? Pourra-t-il l’emprisonner dans la résine froide du renoncement et glacer son âme, son corps, son sang ? Pourrait-il préserver la précieuse image.

Immortelle à peine éclose au monde


Le triste sire fixe le tremblement d’une carne encore tiédie par le miracle de la vie, bientôt refroidie par la damnation du trépas. Ce n’est qu’affaire de décennies… Ou moins. La voix pouponne par-delà ses pensées. Songe gueule d’un mignard trémolo. Elle est là sans être là. Sa fille. Cette fille qu’il pourrait ravir à d’autres pour faire sien le plus infime tressautement de son âme. Elle pourrait défier le temps à ses côtés, poupée de cristal enclose dans un luxuriant éternel. Vampire ? A ses côtés, elle ferait merveille. Son ascension et sa perte. Les histoires tragiques commencent toujours par l’hybris et s’achèvent dans le sang.

Mon sang ? Question ne franchit le labre. A la place,ce sont d’autres réponses qui s’offrent aux muettes interrogations de l’enfant encore si tendrement palpitante de vie. « Vous avez étudié avec ardeur votre famille, Hilde. Vos assomptions sont correctes, puella. » Algide paume chemine jusqu’à l’ovale d’une pommette, effleurant les chairs pulsant sous son doigt d’une morbide douceur. « La nuit est trop courte pour je puisse vous escorter jusqu’au domaine à cette heure avancée, mais un vif viendra vous chercher au petit jour pour vous ramener parmi les vôtres. Vous connaissez le jeune @Hieronymus P. Vasiliev, je crois ? » Tacite reddition. Les battements vifs d’un coeur encore jeune ne cesseront ce soir. Le concerto de sa peur pourra tonner encore dans les ténèbres d’un levant. Et les ombres s’allongeront sous son pas.

« Avant que je ne vous rende au monde des vivants, Hilde, parlez-moi de vous. » L’indolente phalange jetée en pâture au galbe de son visage s’arroge le droit de caresser l’or couronnant son haut front. Tendresse paternelle pour une enfant, à travers elle, qu’il n’a pu voir grandir. Qu’il n’a pu chérir. Ange parmi les cieux. Chérubins et séraphins infernaux enterrent dans son âme solitaire le diapason maudit d’une illusion. Amore. La pourriture s’en hérisse sur la carne. Le visage s’en trouble à peine, masque mortuaire adoucit pour le dernier sommeil. « Pourquoi êtes-vous si triste, mon enfant ? »

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Sanglantes rencontres

Pelagia H. Ollivander

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Mar 5 Mar 2019 - 11:58
SUAIRES

Fracas de sensations et sentiments se mêlent, me dévalent l’échine d’une langueur mortifère. Frimas de peur, fascination étrange pour la carcasse du mort qui promène son pouce sur ma joue. Les cils papillonnent d’incertitude sous l’effleurement de l’oeil vif d’Augustus Rowle. Comment diable un macchabée peut-il avoir le regard si plein de vie ?

« Je vous remercie. »

Les pommettes s’empourprent d’une nuance carmine. Je ne peux réfréner l’instinct de survie qui me pousse à être sur mes gardes en présence du vampire. Je suppose qu’il aurait déjà pu mille fois me saigner s’il en avait éprouvé l’envie ou le besoin ; le fait qu’il ne se soit encore adonné de sanglantes noces est sans nul doute révélateur de motivations autres. Toutefois, je ne puis m’empêcher de le surveiller, l’épier, même, avec cette défiance si propre à ceux qui aspirent à voir le levant. Une fois n’est pas coutume, j’aspire à survivre, à vivre.

« Je ne sais pas bien ce que je pourrais vous dire sur moi : je suis à Poudlard, en septième année à Gryffondor. Jusqu’à récemment je jouais aussi au Quidditch dans l’équipe de ma maison et je fais partie de la chorale de l’établissement. »

La présence obsédante du strige ne semble pas bouloir me laisser de répit. Peut-être est-ce son pouvoir vampirique, peut-être est-ce une fascination morbide, mais je me sens irrésistiblement attirée par lui, poussée à la confession. Est-ce confiance aveugle ou folie clairvoyante ? Je ne pressens que trop bien la dangerosité de cet être mussé sous un physique atypique. Les traits busqués, les pommettes hautes, et ces yeux, ces mirettes qui flamboient à chaque fois qu’elles se posent sue moi. Je pourrais presque les sentir encore lorsque je détourne le regard ou clos les paupières.

Et puis sa question. Sa question roule et tombe dans mon oreille, jaillit dans mon âme bringuebalante depuis si longtemps. Je n’ai pas la moindre idée de la façon dont il a pu percevoir aussi aisément les secrets que j’enfouis sous le couvert d’une attitude composée et d’une allure soigneusement étudiée. Je n’ai pas pour habitude de laisser quiconque voir au-delà de la dame des glaces. Ce n’est plus de la retenue, c’est de la dissimulation. Les lambeaux de mon âme, les morceaux de mon esprits ne sont recollés qu’à grand’peine. Ces compositions de génie, ce maquillage, cet apparat suffit d’ordinaire à tenir éloignées les velléités de chacun de fouiller dans les profondeurs de mon âme, de labourrer et racler les noirceurs de mon esprit. Je peux généralement garder à distance le monstre sous la brisure, le bris sous la carne, la chair sous le masque.

Et soudainement, le monde explose. Mon visage s’affaisse de surprise et de douleur. J’aurais sans doute nié avec n’importe qui d’autre, mais pas lui. Pas cet être bizarre, froid, glaçant. On ne se gausse pas de la grande faucheuse. Car c’est ce qu’il est : un avatar de la Mort, un émissaire du néant. Un vampire. Les épaules s’agitent d’un soubresaut effrayé, presque désespéré. Je ne sais même pas que penser ou quoi dire. La présence du strige virevolte autour de moi, et sans crier gare, j’abandonne les dernières compositions du personnage pour me pencher et fondre en larmes dans l’étreinte glaciale et dure d’un monstre.

Les souvenirs jaillissent, la douleur agite ma carcasse. Réminiscence de fantômes du passé, des horreurs de la guerre. C’est quelque chose dont je ne parle pas, jamais. Les blessures sont au dessus des mots. Je n’ai fait que poser sur elles un masque pour en dissimuler l’étendue et la profondeur. Même la douceur parentale n’a réussi à extraire de ma bouche plus que quelques aveux à mi-mot. Ils sont encore là, pourtant, les sortilèges virevoltants autour de moi, frappant mes os et mes muscles, brisant mon corps d’adolescent. Ils sont encore là, les rires caverneux et les flashs de lumière, la vibration douloureuse de mes os après les Doloris. Tout est encore là, et mon corps comme mon âme se souviennent.
668 mots


Augustus Rowle

Augustus Rowle
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Jeu 14 Mar 2019 - 17:59


Suaires
« Enfant jetée en pâture aux fauves. Suppliciée dans l’arène qui tient à bonne distance le sauvage animal par la pureté de sa foi et la tendresse de son visage. Sincérité dans les larmes de la martyre écartelée par les féroces désirs du Diable. Chaotique mélodie d’un hurlement. »

Nuées de corbacs. Les foules empennées d’ombres clamsent, tombées du ciel. Averse moribonde bat le pavé de piafs macchabées. L’ombre d’un matin agite les crocs, menace de déchirer les bienveillantes ténèbres. Flammes d’aurore grondent. Le funèbre baiser d’un mort entourant la vive de ses bras. Coeur lacéré, pantin désarticulé lové contre soi. Fol, fol qui oserait lâcher le précieux couffin de vie, tendre, chaud, réconfortant venu s’échouer contre sa carne décrépie. La glace d’une peau répond au glas d’un désarroi. Précieuse bibelotte en son sein.

Les sanglots s’estompent-ils ou redoublent-ils ? La paume s’est frayée voyage sous toison détressée. Soie d’or pur coule entre blafardes phalanges. L’ange vocifère. Cantique douloureux viendrait presque tirer le moribond de son ultime linceul. Pour un peu, la bête nocturne pourrait sentir palpiter un vieux sang tiré de sa torpeur. L’oeil flamboie au front, clos encore. Troisième œil n’est que légende pour les visionnaires. Métaphore pour les devins. Organe pour ceux de sa suite. Sire avant lui voyait. Clairvoyant. Claire voie dégagée dans un esprit aride. Tourbillonnent sentiments, sensations. Le myocarde trop longtemps assoiffé s’emplit d’un frimas de fraîcheur douloureuse.

Corps bercé dans une tendre étreinte. Princesse aux oripeaux déliquescents. Que reste-t-il du minois de Meredith dans sa descendance ? Le temps a passé, cultive la troublante similitude d’un masque mortuaire que les affres du monde défigurent. Sourires et larmes. De quoi faire fondre la glace des rives infernales. Styx est franchi, le faucheur redevient homme à l’heure d’un effleurement.

L’information factuelle livrée de voix paisible est moins importante que ce que crie le corps, hurle l’âme tourmentée. La fragile oiselle tombée du ciel vient quérir la salvation dans de bien méphistophéliques landes. Forces chthoniennes font trembler la carcasse. Soubresauts enfumés de souffres et de larmes. Le strige s’en trouve désemparé, ondoyant sous l’incongruité de la situation. Quel humain s’abandonnerait ainsi avec l’émouvante candeur de la jeunesse dans l’étreinte du fauve ? Larmes sonnent comme oraisons, et l’âme vieille s’agite d’une profonde incompréhension. « Belle enfant… puer » Murmure vilipendé au vu et au su de l’éternel.  Tenir tout contre soi l’éphémère d’un soupir, une vie si brève qu’elle s’en agite faiblement entre les paumes assassines. Brûle le souffle vif contre le marbre immobile du trépassé.

« Puella, me raconterez-vous, soir après soir, ce qui vous grève tant ? » Paumes affables roulent sur épaules et omoplates avec la douceur prudente d’un pater nostre susurré à l’oreille du condamné. Tempus fugit vibrant. « Me l’écrirez-vous ? Me le confierez-vous ? » Sang ne peut se résoudre à l’indifférence lorsque crie le désarroi. L’influence surnaturelle des Salubri ne permet pas seulement de régner sur foules ou d’appâter les indiscrétions. Il s’agit aussi d’un don de vie, de soin, d’apaisement. Moult guérisseurs de l’âme ont marché dans ce soir maudit, offrant de trop rares mains tendues aux dignes sur leur route et de trop nombreux glavius aux ireux, envieux et lépreux de ces vêpres éternelles. La basilique est vide sinon pour les rares âmes consacrées. « Je puis vous aider, Hilde, le voulez-vous ? » Vocalises palpitent d’insidieux pouvoirs chuchotés entre marteau et enclume fragiles des esgourdes féminines.

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