Aux premières heures de la nuit... [pv Severus Rogue]
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Regulus Black
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Jeu 20 Sep - 16:43
Aux premières heures de la nuit...
L
es ombres s'allongeaient à mesure que le soleil déclinait, enflammant la ligne d'horizon. Poudlard n'était déjà plus qu'une masse sombre dominant un vaste parc, un lac aux eaux illuminées par le coucher du soleil, et une forêt impénétrable et aussi ténébreuse que la nuit. Le fond de l'air était encore doux, imprégné d'odeurs diverses et agréables, comme celle de l'herbe verte, des arbres, des dernières fleurs estivales, de la poussière et de la vieille pierre...
Alors que je remontais d'un pas leste l'allée qui mène à l'école, je fermais un instant les yeux et humais ce parfum si particulier de ce paysage d'Ecosse en fin d'été. L'automne apporterait d'autres odeurs, d'autres couleurs, mais la fin de la chaude saison avait toujours une saveur particulière : celle de la rentrée des classes. Les souvenirs de mes années d'apprenti sorcier rejaillirent d'un seul coup dans ma mémoire, sans forcer, tandis que se fixait celle, actuelle, de ma première rentrée comme professeur.
Suite à une annonce de Severus Rogue, actuel directeur de Poudlard, qui cherchait des candidats pour divers postes vacants au sein de son école, j'ai répondu pour celui de professeur de potions. En effet, Horace Slughorn, après avoir contribué à la restauration de Poudlard, avait décidé de retourner à sa retraite dont l'avait tiré Albus Dumbledore quelques années plus tôt et laissait son siège vide.
A ma femme Milena, j'avais prétexté vouloir saisir l'occasion de partager à mon tour mon savoir avec la nouvelle génération tout en étant sur place pour soutenir les dispositions de l'actuel directeur. Je lui avais exposé les bienfaits de sa stricte neutralité dans le conflit actuel qui avait conduit à la scission du monde magique. Elle-même était convaincue que Potter avait beau avoir des idées intéressantes, il en existait certaines pour lesquelles il aurait mieux fait de s'abstenir de les promulguer. L'autre avantage que j'avais soulevé, c'était la nécessité de se rapprocher de Poudlard pour mes besoins professionnels, nous permettant d'être géographiquement plus proches de nos enfants. Sachant que notre ainée avait désormais la possibilité de faire des sorties à Pré-au-Lard, la perspective de pouvoir la croiser dans le village durant ces occasions l'avait séduite.
J'avais également une raison moins avouable et pour laquelle ma merveilleuse épouse m'aurait certainement admonesté : le souhait de garder un œil personnellement sur mes enfants. Notre cadet entrait aussi à Poudlard cette année, et les dissensions politiques allant crescendo, je préférais exercer sur ma progéniture une surveillance paternelle et prête à agir au cas où leur sécurité serait en péril.
Inutile d'expliquer en détail la scène que mes enfants nous firent. Je venais simplement de vivre la semaine de vacances la plus détestable de ma vie de père. Et chacun d'eux avait sa technique pour tenter de me dissuader de mener à bien mes projets. Malheureusement pour eux, des années de vie commune avec leur oncle Sirius m'avaient blindé suffisamment pour repérer et anticiper tout coup fourré.
 
Cependant, je n'étais pas venu par le Poudlard Express. Je considérais naturellement que ce moyen de transport était approprié pour des élèves, que le temps du trajet leur permettait de retrouver, ou se faire, des amis, ainsi que de se mettre dans l'atmosphère des études. Sans compter qu'ils ne m'auraient jamais pardonné de leur coller la honte "en s'affichant avec papa" dans le train.
Le transplanage restait le moyen de déplacement le plus pratique et aisé pour un sorcier adulte, et je n'avais eu aucun mal d'apparaître devant la grille du parc, à la limite des protections magiques qui entouraient l'école. Je portais sur moi ma cape d'été d'un superbe vert anglais que m'avait offert Milie pour mon dernier anniversaire (la précédente, non seulement élimée, n'avait pas survécu à un emprunt de mon fils), une bénédiction lorsqu'en un si beau soir de septembre, l'air se rafraichissait cruellement dès la disparition du dernier rayon solaire.
 
Ce ne fut pas le concierge qui m'accueillit, pas plus que le directeur, ni la directrice-adjointe. Tout ce beau monde était occupé à la Répartition ou à la surveillance draconienne des élèves pour cette première soirée de l'année scolaire. A la place, ce fut un professeur dont le visage ne me disait strictement rien, mais que j'aurais certainement l'occasion de mieux connaître par la suite. Nous n'échangeâmes  que les quelques formules de politesse de convenance avant de décliner mon identité et la raison de ma venue.
- Vous êtes en retard, grommela mon collègue.
- Pas du tout, protestais-je avec une sereine dignité. Mr le directeur m'a demandé de venir un peu plus tard que tout le monde.
Je lui sortis alors une lettre qui appuyait mes paroles et après l'avoir lue, l'enseignant m'accompagna jusqu'aux portes du château, non sans lâcher au préalable un soupire méprisant. Tout le long du chemin, nous prîmes soin de ne pas nous regarder ni de nous parler. Cela commençait bien...
Nous nous quittâmes une fois entre les murs de l'école. Au loin, j'entendais les échos des discussions animées des élèves qui étaient en train de profiter du festin. La Répartition devait être déjà terminée. Non sans crainte, je me demandais alors dans quelle maison venait d'être envoyé mon fils. Luttant contre mon désir d'aller jeter un coup d'œil pour éliminer tout doute, je montais les marches des escaliers à un rythme régulier. Pour un homme de l'ombre, discret et toujours affairé dans les ténèbres secrètes des cachots, il était ironique que Severus Rogue réside à présent dans les hauteurs lumineuses et aériennes de la plus haute tour de l'école. J'avais entendu dire qu'il était toujours aussi sombre et cassant, usant et abusant comme toujours de son habituel humour noir, aux traits ironiques, et fusillant du regard toute personne qui sortirait du droit chemin. Seules les rides trahissaient le poids des ans.
 
Les couloirs étaient vides, et leur silence était à peine troublé par le bruit de mes pas qui résonnait en claquant sur les murs. Seuls les torches rendaient à présent visibles mon parcours, tandis que les portraits que je croisais dormaient profondément, à moins que leurs locataires ne s'étaient exilés dans la partie du château proche de la Grande Salle, guettant la sortie des élèves pour avoir ensuite tout le loisir de commenter la nouvelle mouture de l'année.
Je n'irais pas m'étendre davantage sur mon périple jusqu'au bureau de Severus, j'ajouterais cependant que le temps me parut un peu long, et que je trouvais l'école quelque peu changée. Quoi de plus normal après vingt ans sans revoir ces murs, et une bataille sanglante qui n'avait pas laissé l'endroit indemne.
La porte qui s'offrait à mon regard me parut terne, glaciale. Ce n'est pas come si je m'étais attendu à autre chose. Severus considérait déjà, à l'époque où nous étions étudiants, qu'il avait d'autres chats à fouetter que de se préoccuper de la décoration. Son coin de dortoir était toujours très pauvre en effets et souvenirs personnels, mais par contre, toujours occupé par des livres, grimoires, parchemins, et vieilles plumes fatiguées d'avoir trop servies à gratter du papier. Même lui trainait un aspect un peu négligé, se contentant de porter son uniforme de Poudlard sans jamais chercher à s'arranger physiquement. Une porte terne, glaciale, comme son propriétaire.
Si cela pouvait provoquer un quelconque effet sur la psychologie de ses jeunes étudiants, ce ne m'affecta nullement. Je le connaissais suffisamment bien pour ne pas m'en étonner, et je savais que je n'avais rien à craindre de lui. Nous nous étions toujours appréciés par le passé, et même s'il y avait désormais un hiatus de plusieurs années dans notre relation, je doutais que cela eut une quelconque importance. Nous étions simplement devenus deux adultes avec leurs propres blessures, secrets et problèmes, ayant fait leur vie chacun de leur côté. Les dissensions actuelles nous obligeaient à resserrer les rangs et à sortir de notre zone de confort pour enrayer la menace, qu'elle vint d'un côté comme de l'autre.
Je toquais à la porte, à ma manière habituelle : fortement, avec détermination, mais sans agressivité ni péremption. Je savais que j'obtiendrai une réponse : la Répartition était terminée, le banquet était lancé et j'étais à l'heure pour notre rendez-vous.

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Sam 22 Sep - 22:57


Aux premières heures de la nuit


ft. le Professeur Regulus Black

Les derniers feux du crépuscule se sont déjà éteints depuis un bon moment lorsque je prends enfin la décision de dissiper les réjouissances de reprise. Chanson d’accueil du Choixpeau auquel a répondu le choeur de Poudlard, répartition. Il y avait eu un petit Black venu gonfler les rangs d’une improbable maison, le ventre déchiré par l’angoisse de l’épreuve à laquelle, avant lui, s’était soumis son père. Regulus Black. Je revois encore mon cadet, des années auparavant, s’avancer vers le Choixpeau. Le regard de son aîné, réparti à Gryffondor, pesait sur sa nuque, le regard des Sang-Purs de Serpentard ne le quittait pas. Deux instances s’affrontant silencieusement pour sceller le destin du cadet Black. La tradition l’avait emportée, il était venu s’asseoir à quelques places sur ma gauche. Alors que Rosier et Nott, quelques places à ma droite, s’envoyaient vanne sur vanne tout en complotant comme à l’accoutumée, j’avais jeté un coup d’oeil à la dérobée sur cet étrange héritier black. Enfant déjà bien trop sérieux pour son âge. Qui aurait pu lui en vouloir ? A l’exception du duo de trublions formé par mes aînés, nous étions déjà tous trop vieux pour nos âges. Temps de Guerre.

Ah ça… tout le monde n’a pas l’insouciance de Nott et Rosier ! Je ne puis m’empêcher d’égrener une esquisse de sourire, pensif. Mes années à Poudlard avaient été marquées par beaucoup de choses : la solitude, la colère, la quête identitaire, les folies de ces deux-là. Et voici que l’un d’eux est désormais à la table professorale. J’ai laissé glisser mon œil jusqu’au profil busqué de Nott en grande conversation avec sa voisine, me demandant encore une fois, une énième fois ce qui a bien pu me passer par la tête à la création de ce poste de professeur d’arts obscurs. Ah si… je m’en souviens : faire enrager Potter. Il faut dire que les directeurs de Poudlard sont les héritiers d’une longue tradition d’emmerdeurs de Ministre. Je m’en serais voulu de ne pas sacrifier à la coutume.

Il se fait tard : je vois l’oeil ensommeillé des plus jeunes, devine la satisfaction des estomacs affamés s’apprêtant à être remplis. Parfait, je puis quitter discrètement l’assemblée pour aller retrouver mon rendez-vous. J’attire l’attention de tous en me levant, faisant tinter couvert et coupe dans une note aiguë. Dernières recommandations d’usage, rappel de l’interdiction formelle d’usage de magie dans les couloirs, et de la liste des produits interdits par l’Intendance de Poudlard. Enfin, vint l’heure des présentations de nouveaux professeurs. Liste longue, trop longue. Nott, bien sur, mais également le professeur Black et l’Intendant Vasiliev. De nouvelles têtes ébaudissent les anciens. Pour les premières années, tout semble nouveau, de toute façon. J’annonce enfin le repas.

Foule dispersée dans les joyeusetés d’un repas mérité, je peux enfin rejoindre les plus hautes sphères du château pour l’entrevue que j’ai demandée à mon nouveau professeur de potions. Regulus Black. Je l’ai cru trépassé il y a des années de cela. Voir son nom au milieu des candidatures m’a fait recracher le thé que j’avais en bouche de surprise. Regulus Black. Je me souviens avec trop de précision de lui : jeune homme curieux et passionné de tout. Intelligent, redoutablement intelligent. Plus redoutablement, encore, endoctriné par sa famille. Le curriculum vitae qu’il m’a fait parvenir était parfait. Je n’ai pas même demandé à le rencontrer et l’ai engagé. A présent qu’il réside en ces murs, le temps est venu des questions et des retrouvailles.

Je gravis les degrés qui me séparent du bureau et constate avec soulagement que je suis un peu en avance et que Regulus Black n’est pas encore arrivé. Je m’engouffre dans le bureau, accueilli par une trille vaguement endormie d’un Phenix roulé en boule sur l’un des sièges destinés aux invités devant le bureau. Je ne l’ai jamais vu quitter son perchoir du temps d’Albus, mais il semblerait qu’il cherche, désormais, plus de confort. J’égrène caresse le long de ses plumes scintillantes et allume d’un coup de baguette les cristaux disséminés dans la pièce. Les gemmes ont toujours eu de précieuses propriétés, notamment celles de pouvoir emprisonner la lumière avec le sort adéquat. De la belle magie. C’est ce qu’avait dit Lily, des décennies plus tôt, tandis que nous discutions de ce type d’enchantement aussi inutile qu’empreint de poésie et de sensibilité. Lily. Une brassée de fleurs dort dans une vasque de cristal. Entre les tiges, un poisson bat pensivement les nageoires. Diaphanes membranes qui s’agitent souplement dans l’eau claire. J’ai à peine le temps d’invoquer une bouteille et deux verres que frappe une main contre le montant de la porte. Fumseck s’ébroue vaguement puis réfugie sous l’aile son bec ensommeillé. Je le contourne pour ouvrir la porte, tombant nez à nez avec un visage vieilli mais reconnaissable entre tous. Une brève émotion déchire mon coeur.

« Entre Regulus, je t’en prie. »

Je m’efface pour le laisser passer et referme sur nous la porte du bureau. L’oeil du phénix papillonne quelques secondes, se rive sur le nouveau venu, mais l’oiseau ne fait pas mine de bouger, acceptant implicitement que le nouveau professeur de potions s’asseye sur le siège voisin. Je désigne à Regulus le siège d’une main, un léger sourire accroché à l’encoignure des lèvres.

« Assieds-toi. Cognac ? A moins que tu ne préfères autre chose ? »

J’attends qu’il fasse son choix, le sers et puis enfin me verser un fond d’alcool. Il faut bien cela pour encaisser la discussion de ce soir. Car je sens que beaucoup de choses se diront, et que toutes les réponses ne me satisferont pas.

« Cela fait quelques temps que je soupçonne que tu sois en vie. Quand ta fille est arrivée à l’école, en fait. Il faut dire que les métisses vélanes nommées ‘Black’ ne passent pas vraiment inaperçues. Un petit coup d’oeil dans les dossiers scolaires m’a donné l’identité de ses parents. Comment as-tu fait, Regulus ? »

Gorgée du liquide ambré, puis le verre s’échoue sur la table avec douceur. Coudes posés sur le bureau, poids du corps basculé vers l’avant, menton posé sur le dos d’une main enserrant sa jumelle. La franche lueur d’intérêt dans l’oeil ne cesse d’étinceler à la lueur des cristaux.

« Et pourquoi avoir demandé ce poste ? »

Petit sourire.

« Ne te méprends pas, tu étais la seule candidature un tant soit peu convaincante que j’ai reçue. Je l’aurais acceptée quoi qu’il se passe, mais… j’aime me faire une idée des convictions et des motivations de ceux et celles auxquels je confie la nouvelle génération de sorciers. Tu me comprendras, je l’espère. »

1096 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE
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Lun 24 Sep - 17:17
Aux premières heures de la nuit...
Severus était directement venu m'ouvrir la porte. Ce geste des plus banals revêtait une grande signification chez un homme de sa trempe : il sous-entendait qu'il estimait son vis-à-vis. Autrement, il aurait lancé un simple "entrez!" sec  et peu aimable. C'était déjà ainsi durant nos années adolescentes : il ne levait son nez de ses livres que si la personne qui lui parlait valait la peine de le faire. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils n'étaient pas si nombreux, les Serpentards qui jouissaient d'une telle preuve de considération. La plupart du temps, Severus jugeait ses condisciples vert et argent avec une relative bienveillance. Même au sein de notre maison, il n'avait pas vraiment bonne réputation, et il savait qu'il devait en permanence prouver qu'il était bien un "sorcier digne de ce nom" aux yeux des plus extrémistes enfants de bonne famille. Tout ça parce que Severus était un Sang Mêlé et qu'il avait eu la curieuse idée de se lier d'affection pour Lily Evans, Gryffondor, Née-Moldue... un ensemble de tares qui insupportait bon nombre de nos camarades de maisonnée.
Lily Evans qui était la seule, dans les autres maisons, à recevoir la considération pleine et entière de ce sombre garçon. La fascination qu'elle exerçait sur lui confinait à l'adoration... et contribuait à envenimer les relations -déjà déplorables à la base- avec le groupe que constituait James Potter, mon idiot de frère Sirius, et leurs autres amis. Aussi, n'avais-je jamais vu la relation entre elle et Severus d'un bon œil, même si j'avais toujours eu la décence de ne jamais en faire le reproche à mon infortuné camarade, même après que cette satanée rouquine ai osé foulé du pied leur amitié.
 
J'entrais, à sa demande, et le suivais sans mot dire, le laissant m'accueillir à son aise. Le bureau du directeur n'avait pas beaucoup changé depuis notre jeunesse entre ces murs. Visiblement, Severus avait opté pour préserver la décoration initiale de Dumbledore, et comme je le soupçonnais, ne s'était pas embêté à y adjoindre sa propre touche personnelle. Hormis la précieuse collection de grimoires que Severus avait patiemment constitué. Certaines choses ne changeaient jamais. J'imaginais aisément que mon vieux camarade devait garder précieusement des souvenirs de Lily dans ses appartements. Un souvenir, que je pensais oublié à jamais, se forma dans ma tête : celle d'un soir d'hiver où Severus avait glissé maladroitement une photo de Lily dans un de ses manuels scolaires, prise par une de ces amies, et qu'il avait audacieusement volé. Il avait fallut que je jette un sortilège d'oubli sur un de nos condisciples de Serpentard qui l'avait également remarqué pour ne pas qu'il le fasse chanter.
 
A ma surprise, je reconnus Fumseck, le phénix de feu Dumbledore. Les phénix étaient connus pour être extrêmement fidèles à leur maître. Un unique maître dans leur vie... alors pourquoi celui-ci se retrouvait avec Severus ? La chose me laissa songeur. Comme toujours, les mystères planaient en permanence à Poudlard.
Je m'assis sur le siège que me désigne Severus, juste à côté de l'oiseau cramoisi qui paraissait sur l'autre chaise.
- Cognac, merci, répondis-je au directeur de l'école. La Vodka de Boris est excellente, mais lassante quand il n'y a que cela à boire au coin du feu.
Severus ne connait pas Boris, mon beau-père, et il n'y avait aucune raison pour que le Croque-mitaine des cachots et l'Ours Bulgare se soient déjà croisés. Ma phrase devait lui paraître un peu étrange.
M'offrant mon verre, il se mit à enchainer sur ma survie qu'il soupçonnait, à cause de l'apparition de ma fille à Poudlard, qui, comme je le craignais, n'était pas passé inaperçue. Et pour cause : les métisses sont comme tout ce qui n'est pas Sang-Pur, mal vus. Demi-géants, demi-vélanes... c'était comme dire qu'ils étaient demi-sorciers et demi-monstres. Heureusement, mes enfants avaient un caractère bien trempé.
Puis, il en vint au vif du sujet. LA raison pour laquelle il m'a convoqué dans son bureau à cette heure plutôt que de me convier directement au festin pour la bienvenue traditionnelle des nouveaux élèves et enseignants. C'était comme s'il avait voulu se réserver la pièce maîtresse.
- Le meilleur moyen d'échapper au Seigneur des Ténèbres, c'est de le convaincre que l'on est mort. Surtout lorsqu'on souhaite préserver sa famille des représailles. Mais cela, Severus, tu t'en doutais.
J'esquissais à son encontre un sourire entendu. J'avais apprit la propre traitrise de mon interlocuteur et je savais que sur ce point, nous nous comprendrions. Le Seigneur des Ténèbres nous avait non seulement transformé en monstres, mais il avait démontré qu'il n'avait aucune considération pour nous. Il nous avait volé nos rêves, nos espoirs, nos êtres chers mais surtout notre innocence.  Le monde du Seigneur des Ténèbres n'était que mort, chagrin, désespoir, et surtout, il était vide de sens.
 
Une longue gorgée de breuvage plus tard, appréciant le gout du cognac qui changeait agréablement de la vodka, je repris, assuré que cette seule explication ne suffirait pas à Severus :
- Je ne peux pas tout te révéler, car il y a des choses que je préfère oublier. J'étais déterminé à nuire au Seigneur des Ténèbres en utilisant un de ses secrets et j'aurais dû périr dans mon entreprise. Mais quelqu'un qui m'est cher est parvenu à me sauver et a trouvé le moyen de me soigner et de me cacher. J'ai été laissé aux mains bienveillantes de gens qui n'avaient absolument rien à voir avec cette maudite guerre. Et c'est pour les protéger ensuite que je n'ai pas repointé le bout de mon nez pendant des années. Et ma nouvelle situation à leurs côtés me satisfaisait pleinement, je ne tenais pas du tout à voir ce bonheur retrouvé à nouveau volé .
 
Nouvelle gorgée. La cave de Severus méritait d'orgueilleuses éloges. Le cognac réchauffait mon coeur et mon corps et parfois, le bon alcool avait de plus intéressantes vertus que les sérums de vérité. En tout cas, cela permettait de délier plus facilement les langues.
- Mais les choses évoluent dans la vie, n'est-ce pas ? Il est impossible de garder les choses figées. Je me suis marié à une demi-vélane et j'ai eu des enfants avec elle. J'ai tenu à ce qu'ils aillent à Poudlard, car je crois fermement en la qualité de l'enseignement prodigué ici. J'ai moi-même d'excellents souvenir de mes années étudiantes et je ne souhaitais pas que mes enfants passent à côté d'une si remarquable expérience. Mon beau-père est une espèce d'ermite acrimonieux qui a élevé seul sa fille, au point que ma femme n'a jamais mis les pied dans une école. Je ne crois pas que garder mes enfants dans un cocon loin de la civilisation les protègera pour toujours des luttes extérieures.
Mon regard se pose sur le phénix endormi, à la respiration lourde et régulière. A quoi rêve cet oiseau ? De quoi a-t-il déjà été témoin entre ces murs.
- Bref, pour mes enfants, je sors de ma retraite. Et si j'ai postulé comme professeur au sein de cette école, c'est pour garder un œil sur eux. Narcissa Malefoy est ma cousine, je serais sot de croire qu'elle n'a pas remarqué l'apparition soudaine de mes enfants. Elle va certainement tenter d'entrer en contact avec moi, avec eux, et essayer de nous enrôler dans sa petite vendetta. D'un autre côté, grâce à... une source fiable, je sais aussi Potter pourrait également chercher à influencer mes enfants pour que ma famille se tourne vers l'idéologie du Ministère. Ce serait du pain béni pour lui si une famille de Sang Pur venait à adhérer pleinement à ses précieux préceptes. Il n'est pourtant pas question que je laisse les deux camps courtiser les miens, les soudoyer, leur monter la tête et leur imposer de choisir un camp. Je tiens à ce que mes enfants restent libres. Libres de leurs choix, ainsi que de leur avenir. Il est mon devoir de père que de les préserver de la stupidité des adultes, et de surcroit, de ceux qui n'auraient aucun scrupule à manipuler des enfants pour asseoir leur suprématie.
Fixant le fond de mon verre d'un air maussade, je laissais le passé me submerger un instant. Des sentiments de honte, de douleur, de chagrin m'enserraient le cœur.
- Je ne veux pas que mes enfants fassent les mêmes erreurs que moi, lâchais-je dans un souffle. Et je t'avoues que lorsque j'ai compris que tu t'acharnais à établir une bonne neutralité au sein de ton école, rejetant l'un et l'autre camp que j'ai su que cette école représentait la meilleure chance pour ma progéniture de grandir dans un environnement assez sain. Seulement, pour préserver ce que tu as si difficilement construit, je savais que tu avais besoin de soutien, et en premier lieu au sein de ton équipe pédagogique. J'ai baratiné ma femme à propos de mon amour pour l'enseignement, le désir qui couvait en moi depuis des années de partager enfin mes connaissances, mais à toi, je peux -et je dois- reconnaître que mes motivations sont également politiques. Ce monde n'est pas binaire. Tout n'est pas que tout blanc ou tout noir. Il existe des nuances de gris. J'ai goûté à un extrême, et cela m'a fait du tort. L'équilibre, Severus, est la seule chose qui peut nous préserver du pire. Attention, je ne parle pas de stagner. On peut avancer, faire évoluer les choses, mais sans avoir le besoin farouche de heurter et chambouler les choses là il n'y a pas besoin. Le point de vue de Narcissa n'est pas le plus pertinent, mais la politique de Potter ne peut qu'amener le chaos. Il veut trop changer les choses, trop vite, et certainement pas de la bonne manière. Il peut avoir les meilleures intentions, ce n'est pas en détruisant tout le passé que l'on parvient à construire un avenir. Il peut dire ce qu'il veut, ce gamin, l'humanité aura toujours besoin de se servir de privilèges pour valoriser ceux qui doivent l'être. Beaucoup de Sang Pur se sont permis de prendre pour acquis ces privilèges, mais d'un autre côté, nous effacer comme si nous étions une honte, ce n'est pas tolérable. Ce sont les plus anciennes familles qui ont forgé la magie d'aujourd'hui. L'oublier, c'est renier l'essence même de la communauté magique.
 
Je relevais la tête, plongeant mes yeux dans le regard ténébreux de mon vis-à-vis. S'il attendait le fond de ma pensée, il allait être servit. Mais peut être s'attendait-il à ce que je m'apprêtais à lui dire. Avec un sourire sarcastique, pâle copie de ceux de Severus, je lui déballais ma théorie :
- Il a fait quoi, Potter, durant cette année d'absence ? Et comment s'est terminée sa bataille avec le Seigneur des Ténèbres ? Je gage, mon vieil ami, que le fils Potter n'est pas sorti aussi indemne que prétendu de son duel. Je ne le trouve pas clair, et ma foi, si ce que l'on raconte est vrai, pouvoir pénétrer l'esprit d'un des plus grands mages noirs de tout les temps n'est pas séquelles. Je me méfie de lui, et de ce qu'il peut faire ou décider. Et puis, je n'ai pas besoin de te rappeler comment était son père ? Trop mystères entourent ce garçon aujourd'hui encore, et passe que la dénommée Granger soit au ministère de la magie à tout régenter à sa sauce, mais je ne suis pas prêt de faire confiance à quelqu'un d'aussi... secret... énigmatique... trouble que ce Potter. Et depuis quand on nomme Ministre de la magie un enfant ? Parce qu'à l'âge qu'il a, on ne peut pas le considérer comme un adulte aguerri. Je ne sais pas ce qui est passé par la tête des hautes sphères du Ministère, mais, moi, je ne suis pas prêt à lui faire confiance.
 
Finissant rageusement mon verre, je tentais de me calmer. Milie n'aimait jamais que je parle politique. Que ce soit l'un ou l'autre bord, je finissais toujours par m'énerver. Comment Narcissa pouvait encore perpétuer une tradition mourante ? Cela me dépassait. Severus était cent fois plus méritant que son imbécile de mari Lucius (je n'avais jamais été bien proche de Lucius, mais depuis qu'il avait mit en danger sa famille, je lui en voulais terriblement).
- Narcissa est une femme brillante. Elle devrait faire autre chose que s'esquinter à préserver ce qui ne peut plus l'être. Et Potter est peut être un grand héro, mais il traine une aura trouble qui ne dit rien de bon. Je suis las de ce genre de guerres stériles. J'ai envie de tout faire voler en éclat. Toi, Severus, tu es un homme censé. Enfin... quand Lily Evans n'est pas dans les parages. Mais ça, c'est autre chose. A mon avis, Poudlard peut être une bonne base pour une nouvelle révolution. Et quoi de mieux que de laisser la nouvelles génération décider elle-même de son avenir ?
J'avais rarement été aussi loquace et philosophe. Que Severus partage ou non mon point de vue n'étais pas mon problème majeur, ce qui m'importait, c'était de pouvoir offrir le meilleur avenir possible à ma famille. Milie avait trop souffert de rester en retrait, j'avais trop souffert d'avoir été mis en avant. Quel mal y avait-il à désirer laisser ses enfants se frayer la place qu'eux souhaitaient ?
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Sam 29 Sep - 21:22


Aux premières heures de la nuit


ft. le Professeur Regulus Black

La sombre étendue des ténèbres s’est jetée à l’assaut du bureau. Dithyrambe de noirceur où scintillent seuls quelques diamantins éclats. Les seuls éclairages subsistants sont ceux des cristaux installés par mes soins. Douceur d’une lueur qui m’évoque Lily à chaque œillade égarée sur les aspérités des roches. Deux hommes assis dans une pénombre repoussée à l’aide d’un enchantement, verres posés sur le bureau. Je détaille de l’oeil avec intérêt Regulus Black, faisant coïncider l’étrange maturité du visage avec les souvenirs d’adolescent que j’ai. Le jeune homme fin à la troublante beauté est devenu un père de famille mature et manifestement responsable.

- Cognac, merci. La Vodka de Boris est excellente, mais lassante quand il n'y a que cela à boire au coin du feu.

Aucune question. Je le laisse poursuivre. Les considérations alcoolisées ne sont pas ce qui m’intéresse le plus, et j’ai pu, en outre, à l’aide des registres de Poudlard, apprendre que Regulus et Milena Black avaient deux enfants. A ce noyau familial dur, quelques recherches supplémentaires ont fait émerger le nom de Boris Lepchenko, père de la précédente. Des noms vides de toute substance : les informations sur leur compte se font rare. La famille a été plus que discrète, manifestement. C’est aussi la raison de la présence de Regulus dans mon bureau. Je suis décidé à le laisser parler tout son saoul sans poser une seule question ni soulever la moindre objection. J’ai besoin de savoir, de jauger, de décortiquer. Poudlard est un havre de paix, pour l’heure, et doit le rester. Pour ce faire, je me dois de connaître les dispositions d’esprit de mon personnel. J’ai déjà une vague intuition concernant certains d’entre eux, mon nouvel Intendant, par exemple, mais Regulus est trop habile pour que son CV n’ait révélé la moindre information. Je ne puis que compter sur notre vieille amitié et mes ressources propres pour percer le secret de ses motivations. L’alcool est donc un excellent point de départ.

- Le meilleur moyen d'échapper au Seigneur des Ténèbres, c'est de le convaincre que l'on est mort. Surtout lorsqu'on souhaite préserver sa famille des représailles. Mais cela, Severus, tu t'en doutais.

J’opine, rendant à mon interlocuteur un demi-sourire. Oui, je m’en doutais, mais je suis satisfait de l’entendre confirmer cette première supposition de ma part. Une gorgée infime d’alcool. Lèvres humectées tandis que se poursuit le flot de révélations.

- Je ne peux pas tout te révéler, car il y a des choses que je préfère oublier. J'étais déterminé à nuire au Seigneur des Ténèbres en utilisant un de ses secrets et j'aurais dû périr dans mon entreprise. Mais quelqu'un qui m'est cher est parvenu à me sauver et a trouvé le moyen de me soigner et de me cacher. J'ai été laissé aux mains bienveillantes de gens qui n'avaient absolument rien à voir avec cette maudite guerre. Et c'est pour les protéger ensuite que je n'ai pas repointé le bout de mon nez pendant des années. Et ma nouvelle situation à leurs côtés me satisfaisait pleinement, je ne tenais pas du tout à voir ce bonheur retrouvé à nouveau volé .

Je repose avec douceur le verre oscillant d’ambre liquide et me cale dans le fauteuil directorial pour écouter ce que je pressens être un point d’orgue à la situation présente. Langue déliée par les vapeurs d’un breuvage raffiné.

- Mais les choses évoluent dans la vie, n'est-ce pas ? Il est impossible de garder les choses figées. Je me suis marié à une demi-vélane et j'ai eu des enfants avec elle. J'ai tenu à ce qu'ils aillent à Poudlard, car je crois fermement en la qualité de l'enseignement prodigué ici. J'ai moi-même d'excellents souvenir de mes années étudiantes et je ne souhaitais pas que mes enfants passent à côté d'une si remarquable expérience. Mon beau-père est une espèce d'ermite acrimonieux qui a élevé seul sa fille, au point que ma femme n'a jamais mis les pied dans une école. Je ne crois pas que garder mes enfants dans un cocon loin de la civilisation les protégera pour toujours des luttes extérieures. Bref, pour mes enfants, je sors de ma retraite. Et si j'ai postulé comme professeur au sein de cette école, c'est pour garder un œil sur eux. Narcissa Malefoy est ma cousine, je serais sot de croire qu'elle n'a pas remarqué l'apparition soudaine de mes enfants. Elle va certainement tenter d'entrer en contact avec moi, avec eux, et essayer de nous enrôler dans sa petite vendetta. D'un autre côté, grâce à... une source fiable, je sais aussi Potter pourrait également chercher à influencer mes enfants pour que ma famille se tourne vers l'idéologie du Ministère. Ce serait du pain béni pour lui si une famille de Sang Pur venait à adhérer pleinement à ses précieux préceptes. Il n'est pourtant pas question que je laisse les deux camps courtiser les miens, les soudoyer, leur monter la tête et leur imposer de choisir un camp. Je tiens à ce que mes enfants restent libres. Libres de leurs choix, ainsi que de leur avenir. Il est mon devoir de père que de les préserver de la stupidité des adultes, et de surcroît, de ceux qui n'auraient aucun scrupule à manipuler des enfants pour asseoir leur suprématie.

Je le vois pensivement perdu dans les affres du fond de son verre, présage déjà les tourments de l’orage. L’alcool est un révélateur efficace et versatile. Il m’a permis d’aider Regulus à me parler de bonne grâce, mais n’est qu’une aide. Si mon nouveau professeur de potions avait décidé de me mentir, il aurait tout aussi bien pu le faire. Je ne suis pas homme à piéger au véritaserum d’anciennes connaissances pour lesquelles j’eus jadis quelque affection. J’analyse encore la profondeur de ses mots, de sa conviction, de son désir de protéger les siens lorsqu’il s’enflamme soudainement.

- Il a fait quoi, Potter, durant cette année d'absence ? Et comment s'est terminée sa bataille avec le Seigneur des Ténèbres ? Je gage, mon vieil ami, que le fils Potter n'est pas sorti aussi indemne que prétendu de son duel. Je ne le trouve pas clair, et ma foi, si ce que l'on raconte est vrai, pouvoir pénétrer l'esprit d'un des plus grands mages noirs de tout les temps n'est pas séquelles. Je me méfie de lui, et de ce qu'il peut faire ou décider. Et puis, je n'ai pas besoin de te rappeler comment était son père ? Trop mystères entourent ce garçon aujourd'hui encore, et passe que la dénommée Granger soit au ministère de la magie à tout régenter à sa sauce, mais je ne suis pas prêt de faire confiance à quelqu'un d'aussi... secret... énigmatique... trouble que ce Potter. Et depuis quand on nomme Ministre de la magie un enfant ? Parce qu'à l'âge qu'il a, on ne peut pas le considérer comme un adulte aguerri. Je ne sais pas ce qui est passé par la tête des hautes sphères du Ministère, mais, moi, je ne suis pas prêt à lui faire confiance.

Verre achevé et claqué sèchement sur le bureau, il reprend.

- Narcissa est une femme brillante. Elle devrait faire autre chose que s'esquinter à préserver ce qui ne peut plus l'être. Et Potter est peut être un grand héro, mais il traine une aura trouble qui ne dit rien de bon. Je suis las de ce genre de guerres stériles. J'ai envie de tout faire voler en éclat. Toi, Severus, tu es un homme censé. Enfin... quand Lily Evans n'est pas dans les parages. Mais ça, c'est autre chose. A mon avis, Poudlard peut être une bonne base pour une nouvelle révolution. Et quoi de mieux que de laisser la nouvelles génération décider elle-même de son avenir ?

Le silence s’installe, point d’interrogation laissé en suspens. Regulus a éructé d’un trait ses mots, craché d’un seul verre ses tripes ses aspirations, ses doutes de père, ses inquiétudes. Je n’ai jamais douté qu’il soit un homme droit au fond bon, sans doute un peu trop bon pour la période qui l’a vu naître. L’aiguillon du nom « Lily Evans » m’empêche pourtant de reprendre la parole pendant quelques secondes. Nom tabou. Nom imprononcé par des lèvres étrangères dans l’enceinte de ce bureau. Fumseck a redressé la tête aux côtés de Regulus et cille attentivement, redoutant l’orage. Rompre enfin la quiétude me demande un effort.

« Je te remercie de ta franchise, Regulus. »

Gorgée d’alcool pour se donner contenance autant que courage. Il m’est mal-aisé d’écarter de l’esprit le nom qui a jaillit soudainement, à dessein ou par négligence, d’entre les lèvres de Regulus. A-t-il deviné mon trouble ? Je n’en sais rien. Sait-il que Lily demeure une épine fichée dans une vieille carne par trop desséché ?

« J’ai à coeur de garder neutre Poudlard autant que faire ce peut. Les jeunes générations ne doivent être assujetties aux querelles des anciens. Si je prends publiquement et politiquement parti, je renforcerai nécessairement l’un des deux camps et influencerai les enfants et jeunes gens. Je m’y refuse, naturellement. Je ne veux pas de nouvelles guerres alors que nous venons à peine d’en achever deux contre le Seigneur des Ténèbres… si véritablement il est vaincu. »

Quelques moments d’hésitation, encore. J’achève le verre et le repose sur le carmin d’un sous-main directorial.

« Comme tu le soulignes, les agissements de Potter sont suspect. J’ai eu l’insigne honneur – si l’on peut appeler ça ainsi – de lui enseigner les potions ou la défense contre les forces du mal pendant six années. J’ai sans doute été aveuglé par la haine que je porte à son père et ai fait de sa scolarité un enfer. C’est un Gryffondor, un gamin aveuglément courageux, impétueux, qui réfléchit trop peu avant d’agir. Emporté, loyal. Un parfait pion à sacrifier dans une guerre. Je ne peux croire que personne n’ait manœuvré pour mettre Potter sur le devant de la scène. Le ministre précédent qui meurt, Potter qui hérite du poste ? C’est encore un jeune homme comme tu le soulignes. Il passe bien dans la presse, mais c’est tout. La vraie question est : à qui profite la présence de Potter à la tête du ministère ? Qui aurait intérêt à diviser la société sorcière en poussant les Sangs-purs à la radicalité ? Qui aurait intérêt à fournir au reste de la société l’illusion d’un renouveau pour mieux manipuler son monde ? »

Je secoue la tête avec lassitude.

« Mais tous ceux qui ont connu mieux que moi Potter assure qu’il est bien celui qu’il a toujours été. Minerva en premier lieu. Elle s’offusque d’ailleurs de mon refus constant de soutenir activement la politique de son lionceau. Je ne compte plus le nombre de débat houleux que nous avons à ce propos... »

Je soulève la bouteille d’un geste, en propose un deuxième fond à Regulus et le lui verse s’il en désire avant de me resservir. Fumseck étend une aile et entreprend de lisser le rougoiement de ses plumes. Futé oiseau, je jurerais qu’il essaie toujours de me faire passer un message, à chaque geste. Celui-là m’échappe.

« Quant à Narcissa, je dois dire qu’elle m’a étonné. Je l’ai toujours pensée plus en retrait, dévouée à son seul fils pour lequel elle est prête à tout, même à me faire prêter un serment inviolable. »

Petit sourire presque amusé à la mémoire de cet événement. Avec le recul je reconnais l’habile manipulation de Narcissa Malefoy ou Black-Malefoy comme elle se fait appeler à présent pour jeter en pâture la pureté de son lignage au monde.

« Je savais qu’elle avait un caractère bien trempé, mais je ne pensais pas qu’elle se découvrirait des élans de politicienne. Elle agit avec brio, cependant. Si les idéaux qu’elle défend son vieillissants, je me dois de reconnaître un certain panache dans ses déclaration. L’éloignement de Lucius semble lui faire beaucoup de bien en terme d'émancipation mais ne change rien à l'archaïsme des valeurs qu'elle défend. »

Pensivement, je fais tourner au fond de mon verre le topaze de l’alcool. Les lueurs immobiles du bureau s’accrochent à la surface du liquide. Fumseck s’ébroue et s’en vas se poser sur le dossier du siège où il s’était endormi, promenant un œil bien trop pétri d’intelligence sur les deux occupants du bureau. Albus Dumbledore et les portraits du bureau directorial paraissent écouter avec beaucoup trop d’attention à mon goût la discussion.

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Regulus Black
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Lun 19 Nov - 17:20
Aux premières heures de la nuit...
L'oiseau s'agitait près de moi, tantôt me fixant, presque sur un air de défi, tandis que le nom de Lily Evans s'échappe de mes lèvres, comme me soulignant implicitement que mon acte "inconsidéré" ne devra pas être renouvelé. Oh, comme je les connaissais si bien, les sentiments secrets de mon vieux camarade d'école.  S'il donnait le change devant les autres Serpentards -dont l'aveuglement égocentrique se faisait plus démonstrative avec les années- pour un œil attentif et intelligent comme le mien, il ne parvenait pas à dissimuler la véritable nature de ses tourments. Son regard pétillait d'une lueur spéciale chaque fois qu'elle était dans son champ de vision, son souffle dans sa poitrine se figeait dès que quelqu'un parlait d'elle, son pas ralentissait subtilement lorsqu'il la croisait dans un couloir ou dans le parc. Je pourrais, mais cela serait si long, écrire tout un ouvrage sur les tourments sentimentaux de mon comparse durant ses années adolescentes, entre amours platoniques et à sens unique, rivalités haineuses, recherche désespérée de reconnaissance et soif de puissance inassouvie.

Ce phénix, je le connaissais assez pour savoir qu'il fut le compagnon privilégié de feu Albus Dumbledore, le directeur qui avait précédé Severus et qui fut un de nos mentors durant nos jeunes années. Dumbledore, le héro de mon frère ainé Sirius, et de la bande d'idiots qui lui servaient de copains. J'exhalais involontairement un soupir, tandis que Severus me resservait un nouveau verre d'alcool que je remarquais à peine.
Je me rappelais d'un chapitre dédié sur ces oiseaux rares et magnifiques, dont les qualités magiques attiraient autant l'admiration que la cupidité. Les larmes de Phénix resteront toujours un ingrédient de choix dans la confection des plus puissantes potions de soins. Le Severus adolescent nous en avait fait tout un exposé en pensant rendre service aux Serpentards pour leurs cours de potions. Peu avaient écoutés. Ce ne fut pas mon cas heureusement.
Ces brides de souvenirs d'un temps depuis trop longtemps écoulé m'arrachèrent un discret sourire, tandis que mon regard se perdait dans le flamboyant ramage du volatile. L'une des autres qualités notables des Phénix était leur extrême fidélité, n'appartenant qu'à un seul maître, et reprenant leur liberté à la mort de celui-ci. Aussi, sachant très bien que Dumbledore fut le maître légitime de Fumseck, je m'étonnais de le voir aux côtés de mon vieux camarade. Des hypothèses naquirent dans mon esprit, mais la plus logique d'entre elles me susurrait que le vieux fou avait certainement "cédé" l'oiseau à Severus dans un but bien précis et que l'animal n'était encore entre ces murs, veillant sur l'actuel directeur, que parce que son prédécesseur l'avait chargé d'une ultime mission.
"Le dernier ordre de Dumbledore" songeais-je intrigué, sans toutefois me permettre l'indiscrétion de poser la question à Severus. Probablement que les réponses à mes interrogations se révèleraient d'elles-mêmes avec le temps. Pour l'heure, il était question de ma présence entre ces murs, et non de celle de cet animal fantastique.

Je me sentis soulagé de constater que Severus partageait les mêmes doutes que moi sur Potter. S'il était indéniablement un héro, la figure moderne de l'espoir, les esprits pragmatiques étaient en droit de s'interroger sur la pertinence de sa nomination aux plus hautes fonctions politiques du monde de la magie à un âge aussi précoce. Et comme le soulignait si bien Severus, bien qu'homme d'action, le jeune Potter avait cependant toujours agit comme un pion parfait avançant impitoyablement sur l'échiquier. Si, autrefois, Albus Dumbledore était la main faisant avancer cette pièce maîtresse, qui, présentement, la manœuvrait depuis la mort du vieux fou ?
Suivre aveuglément Potter semblait imprudent. Mais avec le discours de Severus, je comprenais également que je devrais réserver mes doutes pour des oreilles sûres. Les inconditionnels du Gryffondor n'étaient clairement pas prêt à mettre en doute les réelles capacités de leur idole.
Severus me confia également son étonnement face à l'attitude post-guerre de Narcissa, appréciant sa nature de leader auprès d'une élite en totale déconfiture suite à la disparition du Seigneur des Ténèbres. Personnellement, je n'en avais jamais douté. Depuis longtemps, je devinais le potentiel de ma cousine, qui n'attendait, au final, que le moment propice où il pourrait pleinement s'exprimer. Et l'heure de gloire de cette blonde, possédant autant de sang-froid que de passion, était enfin venue.

La lumière jouait dans le liquide qui emplit mon verre. Un silence s'installa soudain entre nous, chacun perdu dans ses propres pensées. Les portraits étaient suspendus à nos lèvres, feignant de dormir, comme à leur habitude, mais l'atmosphère de la pièce ne trompait personne : le temps s'était suspendu au fil de notre conversation. Finalement, ce fut moi qui rompit à nouveau le silence :
- Tu as bien raison de maintenir une parfaite neutralité dans cette école. La rompre, c'est prendre le risque d'aggraver une situation dans laquelle nous ne voyons encore aucun aboutissement. Ce monde a été libéré du joug du Seigneur des Ténèbres et de sa folie, mais il est encore trop instable pour prétendre qu'il est sauvé. Les vieilles querelles demeurent, de nouvelles s'expriment en plein jours, et j'ai peur que ce ne soit le commencement d'une ère de troubles qui amenera de nouveaux conflits. Cette école doit demeurer un écrin de paix, où la liberté se défend encore tandis que l'innocence et la bienveillance seront préservés. Nous voici les gardiens bien fragiles de valeurs précieuses que peu sont disposés à comprendre.
Mes lèvres trempèrent à nouveau dans le nectar alcoolisé qui me fut servit. Je tressaillis, revigoré, à nouveau grisé. Pas ivre, cependant.
- C'est parce que j'ai bien conscience de tout cela que j'ai peur pour ma famille, ajoutais-je en fronçant les sourcils. Certaines personnes ne peuvent comprendre que je ne suis pas homme à estimer qu'il faille sacrifier ceux que nous aimons pour le bien de la communauté. Car, lorsque la paix sera revenue -si elle revient-, que me restera-t-il ? Encore une fois, que des souvenirs heureux d'un temps à jamais perdu ? Me montrer prudent et protectionniste fait-il de moi un lâche Severus ? Contrairement à Potter, j'ai tout à sacrifier, et j'estime avoir assez souffert. Je pense également que personne n'a le droit d'imposer des choix et des souffrances à mes enfants.
Le visage de mes deux Terreurs apparurent dans mon esprit, encore insouciants malgré leur caractère déjà bien trempé. Je n'ai jamais douté de leur force, de leur détermination, mais les enfants ne devraient jamais subir les guerres et les choix des adultes. Dans un conflits, les enfants restent toujours les premières victimes.
- Offrir une troisième voie, la neutralité, est un choix audacieux de ta part Severus, renchéris-je avec le plus grand sérieux. Mais je la salue, car jusqu'ici, j'avais l'impression que ceux qui ne souhaitaient pas choisir n'avaient d'autre choix que de subir. Ce n'est pas par couardise, mais nous avons le droit de n'adhérer au parti de personne. Le Bien, le Mal, le concept me semble un peu trop limité. Le monde n'est pas constitué que de Blanc ou de Noir. Il y a le gris... et toute une gamme de couleurs d'une richesse formidable. Il m'a fallut arriver aux Portes de la Mort pour le comprendre. Mais j'ai bien vu que tu te battais un peu seul... et tu viens encore de me le confirmer. Laisses-moi donc te prêter un peu de mon expérience et de ma force. Nous ne serons pas toujours d'accord pour tout, mais je sais que nous luttons pour la même chose.
Mes mains portèrent une nouvelles gorgée d'alcool à mes lèvres. Parler me libérait un peu. L'impression de ne pas être seul à penser de cette manière allégeait mon cœur et faisait bouillonner agréablement mon esprit. Severus et moi avions été blessés et trahis par le passé, et même si nous nous étions éloignés, nous connaissions une expérience proche de la vie. En bref, nous savions. Pas besoin de disserter trop longtemps à ce sujet.

Je ne savais guère combien de temps s'était écoulé. La nuit était la plus totale alors que nous en étions à ce point de notre conversation. Des réponses avaient été données, mais des questions étaient également apparues. Le puzzle n'était pas encore prêt à révéler ses secrets. Qu'importe ! Le plus grande certitude qui en émergeait, c'était que Poudlard devait rester ce havre d'érudition, de paix et de neutralité qui garantissait qualité, sécurité et prospérité. De précieuses denrées... surtout en ce moment.
Pour beaucoup, Severus Rogue, avec son allure sombre et inquiétante, son visage fermé et inquisiteur, et son passé parmi les plus troubles qui soit, ne représentait pas cet idéal autrefois incarné par le bienveillant Albus Dumbledore. Le style était incontestablement différent, mais la pensée, elle continuait de s'incarner dans ce nouveau directeur. J'étais tout prêt à laisser Severus me montrer son potentiel. D'ailleurs, à ce propos...
- Tu dis être surpris par l'attitude de Narcissa, lui fis-je remarquer sur un ton plus léger. Mais que dire de la tienne ? Au début, j'ai été abasourdie par ta nomination et ta prise de position audacieuse. Bien loin de l'image que je garde de toi. L'ancien Severus était un garçon aigri, vulnérable et avide. Presque terne alors qu'il possédait des qualités innombrables et manifestes. L'homme que tu es devenu en est bien loin. De suiveur, te voilà devenu meneur. Cela te change agréablement.
Je me demandais alors si moi aussi j'avais changé, bonifié. Probablement. Milena avait été une source de progression et mon beau-père n'avait jamais hésité à me bousculer chaque fois qu'il avait estimé cela nécessaire. Les Lepchenko ne toléraient pas la stagnation, pas plus que de reculer. Avancer, évoluer, était un credo très puissant en eux. Se couper du monde n'était pas stagnation, c'était un recul nécessaire pour se recentrer, avant d'intégrer à nouveau le monde. J'avais été, un peu malgré moi, l'élément déclencheur de leur retour.

Je vidais d'un trait le fond de mon verre, avant de le reposer dans un tintement sec sur le bord du bureau. Du coin de l'œil, je surpris le portrait du vieux Phineas Nigellus Black, mon ancêtre, ouvrir un œil curieux en ma direction avant de retourner faire semblant de dormir. C'était un indécrottable ronchon, au caractère épouvantable, mais je savais qu'au fond de lui, rien ne lui importait plus que la sécurité de sa famille. Même si la manière dont il procédait parfois était hautement discutable. Je n'osais pas retourner Square Grimmaurd. Je ne souhaitais pas voir l'état dans laquelle devait se trouver la maison de mes ancêtres et de mon enfance. Je savais que Potter était passé par là et que ce qu'il y avait fait n'allait pas me plaire.
De même, je craignais de rencontrer ce garçon. Severus le connaissais bien, mais de mon côté, je n'étais pas certain d'avoir réellement envie de faire sa connaissance. Il était vrai qu'il avait reprit et terminé mon combat : les Horcruxes et leur destruction. Mais cela ne signifiait pas que nous nous entendrions. Je craignais d'être déçu par ce jeune homme dont j'ignorais tout et qui se servait de mon nom pour légitimer certaines actions (je m'étais étranglé en l'entendant dire que libérer les elfes de maison aurait été ce que j'avais voulu, surtout pour Kreattur, à l'époque où ma mort était encore une certitude pour tout le monde).
- Severus, puisque tu as été son professeur, parles-moi donc de Harry Potter.
Ma requête allait certainement surprendre mon interlocuteur, mais la curiosité me rongeait. Même si le rencontrer me terrifiait, je n'avais cependant pas le droit et luxe d'ignorer Potter et le phénomène qu'il constituait. J'avais besoin de me faire une idée très précise de lui, et pas seulement au travers des livres et de coupures de journaux. Entendre le témoignage de ceux qui l'avaient côtoyé était plus intéressant. Au passage, Rita Skeeter, pardon de mettre ta parole en doute, mais tu avais une réputation sulfureuse dans le monde du journalisme. Je me méfiais de l'impartialité de tes articles et biographies. Et même si Severus Rogue n'était pas l'être le plus impartial, il était un familier de Potter et une personne plus à même de m'offrir un témoignage fiable.


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Severus Rogue
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Ven 14 Déc - 12:18
PREMIÈRES HEURES

L’ambre légère d’un alcool fort danse dans le fond d’un verre. Deux ailes brûlent la vasque enclosant le liquide d’or et de flammes. Les paumes posées sur la froidure lisse du cristal se sont faite songeuses. Palmes blanches empennées de carne fine et translucide. Les minutes fusent dans le roulement d’une conversation qui semble entamée de longue date. Le roulis des mots répond au grondement d’un océan d’émotions, un tourbillon de pensées. La tempête naît d’un battement d’ailes de papillon. Quel battement, vraiment, que celui de la chute du Seigneur des Ténèbres.

Nuitée après nuitée. Songe après songe. L’horreur naît et décroît le temps de vêpres toujours plus lourdes à porter. Les épaules s’affaissent au réveil. Ce n’était qu’un rêve. Une réminiscence. Un moment d’égarement dans les brumes d’une guerre à peine écartée. La voix de Regulus fut le seul lien ténu auquel je pus me raccrocher pour revenir au réel.

«  Tu as bien raison de maintenir une parfaite neutralité dans cette école. La rompre, c'est prendre le risque d'aggraver une situation dans laquelle nous ne voyons encore aucun aboutissement. Ce monde a été libéré du joug du Seigneur des Ténèbres et de sa folie, mais il est encore trop instable pour prétendre qu'il est sauvé. Les vieilles querelles demeurent, de nouvelles s'expriment en plein jours, et j'ai peur que ce ne soit le commencement d'une ère de troubles qui amènera de nouveaux conflits. Cette école doit demeurer un écrin de paix, où la liberté se défend encore tandis que l'innocence et la bienveillance seront préservés. Nous voici les gardiens bien fragiles de valeurs précieuses que peu sont disposés à comprendre. C'est parce que j'ai bien conscience de tout cela que j'ai peur pour ma famille, ajoutais-je en fronçant les sourcils. Certaines personnes ne peuvent comprendre que je ne suis pas homme à estimer qu'il faille sacrifier ceux que nous aimons pour le bien de la communauté. Car, lorsque la paix sera revenue – si elle revient –, que me restera-t-il ? Encore une fois, que des souvenirs heureux d'un temps à jamais perdu ? Me montrer prudent et protectionniste fait-il de moi un lâche Severus ? Contrairement à Potter, j'ai tout à sacrifier, et j'estime avoir assez souffert. Je pense également que personne n'a le droit d'imposer des choix et des souffrances à mes enfants. Offrir une troisième voie, la neutralité, est un choix audacieux de ta part Severus, renchéris-je avec le plus grand sérieux. Mais je la salue, car jusqu'ici, j'avais l'impression que ceux qui ne souhaitaient pas choisir n'avaient d'autre choix que de subir. Ce n'est pas par couardise, mais nous avons le droit de n'adhérer au parti de personne. Le Bien, le Mal, le concept me semble un peu trop limité. Le monde n'est pas constitué que de Blanc ou de Noir. Il y a le gris... et toute une gamme de couleurs d'une richesse formidable. Il m'a fallut arriver aux Portes de la Mort pour le comprendre. Mais j'ai bien vu que tu te battais un peu seul... et tu viens encore de me le confirmer. Laisses-moi donc te prêter un peu de mon expérience et de ma force. Nous ne serons pas toujours d'accord pour tout, mais je sais que nous luttons pour la même chose.
- Je ne sais si je parviendrai à garder très longuement cette neutralité, Regulus. »

Une part de moi a vu tournoyer, autour du crâne de mon vis à vis, la colère et la volonté de protéger ses enfants. Les ravages d’une guerre et l’amour porté à sa famille. Les cicatrices et les joyaux brillants d’un lendemain. L’ombre et la lumière. Le désespoir et l’espérance. Sans doute est-il de loin plus optimiste que je le suis.

« - - Tu dis être surpris par l'attitude de Narcissa. Mais que dire de la tienne ? Au début, j'ai été abasourdie par ta nomination et ta prise de position audacieuse. Bien loin de l'image que je garde de toi. L'ancien Severus était un garçon aigri, vulnérable et avide. Presque terne alors qu'il possédait des qualités innombrables et manifestes. L'homme que tu es devenu en est bien loin. De suiveur, te voilà devenu meneur. Cela te change agréablement.
- Je résiste aux tempêtes tant que je le puis, mais viendra un moment où cela ne suffira plus : ta cousine ou Potter parviendront à trouver un argument qui fera mouche et me forcera à prendre parti… Le voisinage des Malefoy a mis sur pied une nouvelle liste des Sangs Purs, comme tu le sais sans doute… j’y suis, figure toi. Sous le nom de Severus Prince. »

Le nom de ma mère. Amertume d’un rictus à l’encoignure d’un labre déjà trop gorgé d’alcool. Le verre à demi-vidé tournoie le long de mes phalanges qu’orne un anneau familial aux armoiries des Prince. Même si je le voulais, je ne pourrais retirer la bague sans renoncer à l’héritage de feue mon ancêtre.

« Je suppose que Narcissa a cru que m’intégrer à la noblesse de notre société lui ferait marquer des points… Et d’un autre côté... »

La paume farfouille dans un tiroir pour en sortir une liasse de missives. Certaines estampillées aux armoiries du Ministères, d’autres à l’allure plus personnelle. Au tintement mat des enveloppes posées sur la table, dispersées à côté des verres succède la quiétude d’un silence mesuré troublé de la seule respiration paisible de Fumseck. Après un long regard à mon nouvel enseignant de potions, l’oiseau s’est lové sur le siège voisin, enfouissant son bec sous une nuée de plumes rouges dans le but manifeste de sommeiller. Son œil, pourtant, papillonne parfois, comme s’il écoutait avec attention ce qui se disait malgré les brumes du sommeil frappant aux portes de son esprit.

« Harry Potter m’a écrit aussi. Beaucoup. Pour m’inviter à le rencontrer, principalement… Les lettres ont commencé dès son retour d’entre les morts. Il est devenu plus difficile de laisser ses lettres sans réponse à présent qu’il est ministre… et il le sait. »

Je n’ai pu m’empêcher de laisser planer un sourire sombre. Voir les germes du politicien se dessiner sous la carne du jeune héros m’amuse… Cela ne devrait pas. Toutefois, constater son dépouillement des oripeaux du golden boy n’est pas désagréable. J’y pourrais presque trouver un spectacle divertissant s’il n’était pas si évident que j’entre d’une façon ou d’une autre dans les plans de mon ancien élève.

« Severus, puisque tu as été son professeur, parles-moi donc de Harry Potter.
- Je ne suis sans doute pas encore assez aviné pour t’en parler honnêtement. »

Une pause.

« Je l’ai détesté dès son arrivée à Poudlard. Il ressemblait beaucoup à Potter senior, plus jeune : excellent joueur de quidditch, un talent certain pour s’attirer des ennuis, gryffondor, tellement courageux qu’il en frôlait la stupidité. Je n’ai su qu’après coup qu’il avait été balancé dans le monde de la magie sans jamais y avoir été préparé : avant de recevoir sa lettre pour Poudlard, il ignorait tout de notre monde, de ses parents, de leur mort, du Seigneur des Ténèbres. Nous avons envoyé en guerre un enfant sans le préparer, Regulus. »

Quelques secondes s’égrènent. J’hésite, cède, me ressers un verre.

« Et il a vaincu, semble-t-il. »

Je porte la liqueur à mes lèvres, suspends mon geste, repose le récipient, la gorge nouée par un sentiment de culpabilité qui m’aiguillonne à chaque fois que je pose l’oeil sur la rondeur de sa calligraphie. Même son courrier aux allures officielles est de sa main. Je reconnaîtrais entre mille les traits particuliers de son écriture. Six années de copies à corriger forment un œil.

« Que puis-je te dire ? Je ne suis sans doute pas objectif avec lui. Je l’ai poussé à me haïr, j’ai rejoué avec lui l’inimitié que je portais à son père tout en le protégeant comme je le pouvais. Parce qu’Albus me l’avait demandé. Pour elle aussi. Je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je dois me comporter avec lui à présent. Il a vu mes souvenirs. Je les lui ai laissés avant de mourir. Il sait. »

Il sait quel coeur a vibré pour Lily Evans. Il sait quelle bouche l’a conduite à la mort en livrant la prophétie. Il sait quelle âme a sombré, depuis, dans les langueurs du désespoir sans plus attendre la moindre rédemption.
1385 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE
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Ven 11 Jan - 11:28
Aux premières heures de la nuit...
Les heures s'écoulent toujours, avides de rapprocher tout vivant un peu plus vers son trépas à venir. La nuit a avalé toute lumière naturelle, invitant, dans son obscurité, à la discrétion, au secret, parfois même au complot. Accompagnées d'un peu de bon alcool, les Ténèbres séduisent les esprits et délient certaines langues. Les deux anciens Serpentards sont de ceux-là. Les dernières gorgées de cognac incitent à la confidence, et même si Severus Rogue affirme qu'il n'est pas assez gris pour parler objectivement de Potter, son ton ne laisse aucun doute sur les sentiments qui se cachent derrière ce masque froid qu'il arbore d'ordinaire.
Courtisé par les deux camps, il voit son cœur et sa raison tiraillés dans tous les sens. Les arguments qu'il avance pour marquer son trouble parlent aux oreilles de Regulus Black. Le directeur de Poudlard résiste aux tentations, mais il est terriblement seul dans cette lutte, et pour ne rien arranger, son passé influe sur ses futures décisions. Car tout comme lui, Severus redoute la confrontation avec Potter. La cause en est différente, mais aucun des deux ne sait comment réagir face à ce gamin propulsé à la tête du monde magique bien trop tôt et bien trop mystérieusement. Peut être craignent-ils d'être déçus ? A moins que discuter avec Potter ne les force à affronter un passé qu'ils tentent de fuir ? Harry Potter est après tout le fils de Lily Evans, la dernière chose qui reste d'elle, et il a ses yeux... Il est aussi le filleul de Sirius Black, qui lui a légué bien plus que le patrimoine pécuniaire et immobilier des Black...
- Je comprends ton dilemme, marmonne Regulus.
Il repose son verre vide sur le bord du bureau. Son visage arbore une sévérité peu coutumière, car teintée d'une inquiétude qu'il ne prend même pas la peine de cacher. Severus est seul dans son combat. Ou du moins, l'était. En l'écoutant parler, se confier, Regulus a eut une idée. Il est possible qu'elle soit ridicule, inutile et que Severus la refuse tout simplement. Ses mains se rejoignent sous son menton, son regard fixe intensément le faciès de son vis-à-vis. Son côté réfléchi, calculateur, rusé (bref, les qualités appréciées chez les Serpentards), se peint sur ses traits réguliers. Même son ton se fait plus posé et suave.
- Je peux être ton messager si tu le souhaites. Narcissa est ma cousine, je peux la croiser sans équivoque, sans être accusé à chaque visite de choisir mon camp. Il n'y a rien de mal à aller voir une parente que l'on apprécie n'est-ce pas ? Quant à Potter, cela te permettrait de discuter avec lui sans le croiser directement. Je t'avoues, évidemment, que ce garçon titille ma curiosité, et même si j'éprouve pour lui une méfiance... disons... légèrement hostile à son encontre, il serait particulièrement stupide de ma part de l'ignorer et de l'éviter. Cela me permettrait de faire sa connaissance et de me faire une idée plus réaliste du personnage qu'il est.
Ce n'était évidemment qu'une suggestion. Jouer les diplomates secrets pour le compte de Poudlard n'était pas son ambition lorsqu'il a répondu à l'offre d'emploi de son ancien camarade. C'était la sécurité de ses enfants qui comptait le plus à ses yeux. Mais visiblement, Regulus Black est incapable de se mêler strictement de ses affaires, et en cela, il ne pouvait renier son lien fraternel avec Sirius. C'est terrible de ressembler autant à quelqu'un dont on essaye désespérément de se persuader qu'on le déteste.
Il se renfonce dans son fauteuil, pensif. Il chasse le souvenir de son ainé, tente de ne pas imaginer la complicité que le jeune Potter a obtenu de Sirius alors que lui-même, son propre frère, n'a pas su se l'accaparer. Pourquoi le cœur de Sirius s'était abandonné à Gryffondor ? Pourquoi avoir brisé sciemment une longue tradition familiale ? Il y a des choses que Regulus ne parvient toujours pas à comprendre, même en devenant père.
Le temps passe, et la fatigue guette. Las, Regulus se passe une main devant les yeux, réprime un bâillement et observe une énième fois le phénix au ramage flamboyant dormir à côté de lui. Dans cette atmosphère secrète et intime s'élève en sourdine les ronflements des portraits des anciens directeurs. Celui de Dumbledore est accroché juste derrière le fauteuil de Severus, trônant à la place d'honneur. Non loin de là, roupille celui de Phineas Nigellus Black, qui semble paisible pour une fois. Mais ce n'est que façade. Aucun des portraits n'a perdu une miette de la conversation. Et l'ancien Serpentard ne doute pas un instant que ceux qui ont le plus tendu l'oreille sont Dumbledore et Phineas Nigellus Black. Lorsqu'il aura quitté ce bureau, les portraits se régaleront à en discuter entre eux, décortiquant et analysant chaque phrase qui aura été prononcée plus tôt.
- Potter est une énigme, concède soudainement Regulus. Je me demande où tout cela va nous mener. Mais ce n'est clairement pas en me cachant que je peux veiller à la sécurité de ma famille. Poudlard doit rester un phare dans la nuit. Son rôle ne doit pas être celui d'une place forte pour un camp ou pour un autre. Tiens bon Severus. Pour le reste, laisses-moi t'épauler en toute discrétion.
Il lui adresse un sourire encourageant et volontaire. Il sait que son ancien camarade d'école ne s'épanchera pas plus ce soir, ni peut être un autre jour. Severus n'a jamais été un grand bavard, ni un être prêt à dévoiler ses sentiments. Même avec la personne qu'il chérissait plus que tout, il n'en était pas capable, alors à lui ! De toute manière, ils n'ont pas besoin de déverser leurs états d'âme. C'est inutile, ils savent avancer quoiqu'il arrive.

Le reste de la nuit que le goût piquant de l'inconnu. La réponse de Severus quant à sa proposition déterminera certainement l'emploi de sa personne à l'avenir. Mais en premier lieu, la journée du  lendemain s'annonce déjà chargée : son premier cours l'attend, et son devoir le plus urgent est de fournir la meilleure éducation possible à toutes ces têtes juvéniles et insouciantes. Parmi elles, celles de ses deux enfants. Il devra veiller à ne jamais mêler sa vie privée et devoirs professionnels. Feindre de ne pas être proche de sa progéniture sera une véritable torture, mais il a promit à son épouse que jamais il ne ferait honte à ses enfants, ni ne saboterait leur vie sociale. Promesse faite après les énièmes récriminations de leur fille sur le sujet et qui avaient bouleversé Milena.
Tapis derrière cette future routine, les affres d'une guerre froide se profilent. Nul ne peut y échapper, pas même lui, ni ses enfants. Pour les protéger, il devra agir. Certainement en secret, pour n'éveiller aucun soupçon. Que va dire Milena ? Elle va rouspéter, certainement. Sinon, il n'y a rien qu'elle ne puisse empêcher. Elle comprendra cette nécessité. Peut être souhaitera-t-elle agir également de son côté. Même s'ils sont très fusionnels, Milena et lui sont parfaitement capables de faire avancer les choses indépendamment l'un de l'autre.

Que disait la formule ? Alea Jacta Est, il semblait...



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Severus Rogue
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Dim 10 Mar - 20:56
PREMIÈRES HEURES

Le coeur de la nuit palpite désormais dans le bureau directorial. Trop de verres se sont échus, brûlant le gosier de l’ambre liquide qu’ils contenaient. Ne reste à présent plus que les soupirs d’une nocturne trop profonde. Le cristal des verres s’endort, les esprits sommeillent. Les portraits eux-même ont clos les yeux, attendant placidement que se taisent les voix lorsqu’il n’y aura plus rien à apprendre à l’autre. Mais il est toujours une découverte à partager, un sursaut à égrener dans les langueurs de la conversation.

Un sourire las se peint sur mon visage tandis que Regulus m’offre une inattendue proposition à laquelle il faut songer. Sa voix claironne dans le silence, troublé à peine par le souffle apaisé de Fumseck assoupi.

« Je peux être ton messager si tu le souhaites. Narcissa est ma cousine, je peux la croiser sans équivoque, sans être accusé à chaque visite de choisir mon camp. Il n'y a rien de mal à aller voir une parente que l'on apprécie n'est-ce pas ? Quant à Potter, cela te permettrait de discuter avec lui sans le croiser directement. Je t'avoues, évidemment, que ce garçon titille ma curiosité, et même si j'éprouve pour lui une méfiance... disons... légèrement hostile à son encontre, il serait particulièrement stupide de ma part de l'ignorer et de l'éviter. Cela me permettrait de faire sa connaissance et de me faire une idée plus réaliste du personnage qu'il est. »

J’opine gravement, scrutant le visage de mon interlocuteur, cherchant dans le moindre plissement de son front une clef de lecture. Je ne sais quels sont ses allégeances réelles, mais j’aime à croire que Regulus est resté drapé de cette dignité fière et altière si typique des Black. Qu’il a pu s’entourer de ce hâle d’honnêteté, de probité, qui le poussera à toujours défendre sa famille proche, ses enfants, sa femme, plutôt que les idéaux moribonds ou progressistes d’êtres qui ne lui sont plus que lointainement rattachés. Combien de décennies a-t-il passé reclus du monde ? Cela vaut bien un bénéfice du doute et la tentation séduisante d’une confiance accordée.

« Potter est une énigme, concède soudainement Regulus. Je me demande où tout cela va nous mener. Mais ce n'est clairement pas en me cachant que je peux veiller à la sécurité de ma famille. Poudlard doit rester un phare dans la nuit. Son rôle ne doit pas être celui d'une place forte pour un camp ou pour un autre. Tiens bon Severus. Pour le reste, laisses-moi t'épauler en toute discrétion. »

Les doigts finissent par s’entremêler sur la surface du bureau tandis qu’un mouvement grave de la tête entérine la discussion.

« Je suppose qu’il te faudra bien un jour te hasarder jusque chez ta cousine, ou répondre à son invitation si ton nom lui parvient aux oreilles… Et je suppose que tu voudras récupérer l’héritage des Black qui a été transféré à Potter… C’est d’accord, Regulus. Puisque tu ne pourras sans doute pas éviter les chantres des deux camps, pas plus que je ne le puis, tu peux t’ériger en messager. Que l’un comme l’autre soient assurés, si tu en as l’occasion, que l’école ne prendra parti pour aucun des deux camps en présence. Poudlard ne saurait être un lieu d’endoctrinement, peu importe ce qu’ils me feront miroiter. »

Un ronflement s’élève d’un portrait tout proche. Factice ou véritable, il semble être un signal.

« Je pense que nous ferions mieux, tous deux, d’aller prendre un peu de repos, Regulus… depuis que j’ai pris ce poste, je sens que je n’ai plus vingt ans ! »

Plaisanterie à demi-celée. Je suis l’un des plus jeunes directeurs que l’école ait eu à sa tête au cours de son histoire.
 
598 mots


PUTTING DEATH IN BOTTLE
Regulus Black
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En ligne
Lun 11 Mar - 14:25
Aux premières heures de la nuit...
Le temps passe, et cette conversation appartient à présent au passé. Pendant un instant, Severus parait songeur. Qui peut donc savoir ce qui se trame dans cette caboche ? Severus est un homme sombre et tourmenté, et trop de fois blessé. Ni bon, ni mauvais, il poursuit sa route selon où tourne le vent. Les verres sont vides, les portraits ronflent doucement. Celui de Phineas Nigellus Black est le plus bruyant, mais Regulus ne doute pas instant qu'il a été le plus assidu à l'écoute de cette conversation privée. Comment ignorer le retour d'un membre de sa famille supposé mort ? Comment résister à l'attrait d'en savoir plus sur lui et ce qui lui est arrivé pendant ce hiatus de près de vingt ans ?
La réponse positive de Severus le surprend autant qu'il le réjouit. Il lui fait donc suffisamment confiance pour lui léguer le délicat le rôle de "diplomate" de Poudlard. Il va donc pouvoir agir, comme escompté. Il réprime son sourire satisfait, observe son vis-à-vis et salut sa demande de mettre fin à leur tête-à-tête par un hochement de tête approbateur. Il est lui-même fatigué, et il doit encore ranger ses affaires dans son nouvel appartement. Une longue semaine d'installation et d'adaptation l'attend. Il se lève prestement, incline respectueusement la tête pour saluer son ancien camarade d'école et se dirige déjà vers la porte.
- Et bien, je ne tarde pas plus, lui assure Regulus dans un demi-sourire. Je te remercie pour la confiance que tu m'accordes, j'espère arriver à m'en montrer digne. Pardon, je devrais passer au vouvoiement, je suis désormais un de vos professeurs, monsieur le directeur.
Il ouvre la porte et en franchit le seuil, le cœur plus léger. A ses yeux, une nouvelle page de sa vie vient de débuter. Il a fort à faire, entre l'éducation de toute une foule d'adolescents dont les études ne sont pas toujours une priorité, ses enfants qui lui mènent une guerre psychologique à la suite de sa nomination, et à présent ce jeu de pouvoir dont il faut protéger l'école. En aidant Severus à maintenir la neutralité de l'école, il a gagné une première bataille. Mais combien de temps ce statut quo demeurera ? Narcissa est une femme terriblement rusée et persuasive, il sera difficile de lui opposer des arguments pour la convaincre d'abandonner ses vues sur Poudlard. Potter est un jeune homme mystérieux et sûr de lui, qui ne reculera pas devant un simple refus poli.
Il chasse ces pensées. Il n'est plus l'heure pour songer aux complots et aux enjeux de ce monde. Il a besoin de repos, et ses autres obligations vont lui demander beaucoup de son temps et de sa patience. Il dévale les degrés de l'escalier pour rejoindre rapidement couloirs et salles des cachots. Le trajet a paru interminable. Quelle idée a eu Severus de loger dans les hauteurs de l'école ? Au moins, cela entretien la bonne forme physique.
 
Devant la porte de ses appartements, il est prit d'un long bâillement. Ses yeux le piquent, il rêve d'un lit bien chaud et confortable. Il a une pensée soudaine pour son épouse Milena. C'est peut être la première fois depuis leur mariage qu'ils ne dormiront pas ensemble la nuit. Il se sent soudainement seul. Et épié...
Il tourne la tête d'un côté, puis de l'autre, et fronce les sourcils. Le couloir semble vide, pourtant les ombres lui paraissent menaçantes. Le produit de son imagination ? Peut être. La fatigue lui joue certainement des tours. Il ouvre sa porte et rentre dans ses appartements.
 
C'est parti pour une année à Poudlard.
 




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